Montages fiscaux et réputation ne font pas bon ménage

IMG_1753Les entreprises sont souvent mises sous pression par leurs actionnaires pour maximiser leur rentabilité et, de ce fait, sont invitées à mettre en place des montages fiscaux. Or, ces montages font rentrer moins d’argent dans les caisses des Etats qui sont déjà dans des situations budgétaires difficiles. Par ailleurs, les contribuables ont l’impression de payer pour ceux qui arrivent à éluder l’impôt grâce à des montages juridiques et fiscaux astucieux.

Mais ces montages ne font pas toujours le bonheur des actionnaires. En effet, ils impliquent des risques qui ne sont pas négligeables. Seema Suchak, analyste spécialisée dans les matières environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) chez Schroders, montre que ces montages fiscaux entrainent une série de risques pour les grandes entreprises. Les constructions auxquelles elles ont recours pour optimaliser leurs bénéfices seront, selon cette analyste, intenables à terme.

Il y a, selon Seema Suchak, trois types de risques auxquels l’investisseur devrait être attentif avant d’investir dans une société qui développe ce genre de pratique : le risque de régulation, le risque de réputation et le risque sur le plan social. « En ce qui concerne la régulation, les pouvoirs publics analysent avec attention les montages fiscaux des grandes entreprises et adoptent de nouvelles législations en vue d’empêcher certaines pratiques visant à réduire l’impôt dû.  Pour nous, les structures complexes d’optimisation fiscale ne seront pas tenables sur le long terme », estime-t-on chez Schroders. En ce qui concerne la réputation, on a déjà vu l’impact qu’une mauvaise réputation pouvait avoir sur les habitudes de consommation ou sur les investissements dans des sociétés dont les comportements en matière d’environnement, de responsabilité sociale ou de gouvernance n’étaient pas corrects.

Il y a aussi des implications sur le plan social. « À terme, il est indispensable que les entreprises soutiennent les infrastructures de la région dans laquelle elles sont implantées, afin de leur permettre de déployer leurs activités opérationnelles en toute souplesse. L’évasion fiscale peut entraver le développement du pays. Schroders relève ici les effets en termes d’infrastructure, d’enseignement et de soins de santé. Force est de constater que les pays émergents sont ceux qui courent un plus grand risque », note-t-on encore chez Schroders.

Quels sont les secteurs qui sont principalement visés par ces pratiques et par ce risque réputationnel ? Seema Suchak met en exergue les secteurs bancaire, pharmaceutique et technologique. Ce sont pourtant des secteurs qui, traditionnellement, sont assez présents dans les fonds ISR. Cependant, ces banques n’ont pas toujours des comportements très éthiques. A titre d’exemple, selon la source suisse Reprisk, BNP Paribas est une des institutions qui aurait facilité le blanchiment d’argent, la fraude et l’évasion fiscale dans un certain nombre de pays. C’est à ce titre, et en raison d’autres pratiques, que cette société suisse a placé cette banque sur une liste noire. Les entreprises qui fournissent directement des produits aux consommateurs doivent être également particulièrement attentives. Notons que, pour éviter de tacher sa réputation, la chaîne Starbucks qui dit réaliser des pertes en Angleterre paye néanmoins, sur base volontaire, 20 millions de livres d’impôts. «L’entreprise n’était pourtant pas en infraction, mais ce prélèvement fiscal volontaire est un signe que sa réputation était en danger ».

Si les mauvais comportements fiscaux font le plaisir des uns, ils font aussi le malheur des autres. En marge des mauvais comportements en matière environnementale, sociale ou de gouvernance, ils peuvent ainsi être sanctionnés par certains investisseurs scrupuleux qui veulent investir leur argent de façon éthique et responsable.

Lire aussi :

Quand la banque vous interdit d’acheter

Comment concilier valeurs et économie ?

Comment remettre des valeurs au sein de l’économie? 

 


Pour en savoir plus sur ce sujet et sur le monde financier et économique, abonnez-vous gratuitement à la newsletter hebdomadaire ici
Nous n’avons que des produits de courrier électronique concernant la newsletter, des flashs actu ou l’invitation à des événements que nous organisons. C’est pour recevoir ce type d’informations que les lecteurs s’inscrivent. Nous ne recueillons et ne traitons que vos adresses électroniques. Veuillez noter qu’en vertu de GDPR, vous aurez le droit de nous demander à tout moment de recevoir une copie de vos données personnelles traitées, de demander la suppression de vos données personnelles. Nos newsletters contiennent un lien pour mettre fin à votre abonnement immédiatement ou le modifier.