L’actualité Volkswagen : du petit lait pour le monde ISR ?

IMG_1679Par Degroof-Petercam

Volkswagen fait trembler les marchés actions et obligataires ces derniers jours après le scandale de fraude sur les émissions carbone réellement émises par leurs véhicules diesel aux Etats-Unis.

Alors que les agences de notation financières ont placé la société en statut « Watch », les agences extra-financières sont bien plus sévères en considérant la controverse au niveau le plus sévère de leur échelle d’analyse.

Sans remettre en cause la gravité et l’étendue de la fraude, il y a lieu de s’interroger sur la sévérité des agences extra-financières, qui dans un contexte CO 2 avec le sommet COP 21 fin d’année à Paris, pourraient vouloir faire un cas d’école de VW et, par principe de prévention, placer la notation au plus bas pour éviter toute critique ultérieure. Un peu ce qui avait été observé à l’époque sur les notations des dettes périphériques par les agences financières.

Au-delà de faire de VW un exemple sans précédent, il y a lieu également de s’interroger sur les audits et certifications en matière de standards ESG. En effet, le constructeur automobile était un composant de l’indice Dow Jones Sustainability Index. En 2013, il a été également reconnu comme la société la plus durable de son secteur. Signataire du Carbon Disclosure Project, la société a reçu un grade A pour la qualité des données environnementales qu’elle publiait.

Il était donc très difficile pour les analystes de mettre en avant un risque environnemental élevé pour la société et de montrer que la recherche ESG peut être pro-active et alerter sur certains risques.

Le constructeur automobile a reconnu officiellement avoir triché sur les chiffres publiés. Cela rappelle vaguement un cas comme Enron où les auditeurs ont été également impliqués dans la fraude pour complicité. Le cas VW soulève donc une question fondamentale quant à la fiabilité des données publiées dans les rapports de durabilité. Comme pour les données financières, les données extra-financières doivent faire l’objet d’audit indépendant et qualifié.

Le cas VW montre d’une part qu’il faut encore réserver une place au progrès sur les indicateurs de mesure et leur fiabilité. D’autre part, il démontre qu’accorder une attention particulière à la gouvernance d’une société est clef pour la durabilité de l’entreprise. En effet, si peu de monde aurait pu douter des métriques environnementales publiées, la gouvernance de la société allemande montre depuis un temps certain plusieurs faiblesses, essentiellement l’indépendance du comité de direction, l’indépendance du comité d’audit et un lobbying et des liens étroits avec le monde politique. Deux politiciens sont également membres du comité de direction, représentant l’état de la Basse-Saxe, qui sont attentifs à la problématique d’emploi que représente le constructeur automobile mais également à son impact fiscal en tant que précieux contribuable pour l’Etat.

L’ampleur de la fraude par rapport à la production soulève tout doute quant à l’implication du management au plus haut niveau.

Alors que les voix s’élèvent pour davantage de mesure d’impact ESG des portefeuilles durables comme la publication de l’empreinte écologique de son portefeuille en France dans la lignée du COP 21, il y a lieu d’adopter une grande prudence vis-à-vis des chiffres publiés. En toute bonne foi, les chiffres publiés peuvent être erronés du fait d’une expertise relativement récente et d’un manque de précision. Evidemment, l’initiative peut être applaudie comme une volonté de faire avancer le débat. Il faudra être attentif cependant à ne pas tomber dans un excès de reporting en tous sens qui s’éloigne de l’objectif premier d’un investissement responsable et durable visant à améliorer la performance ajustée au risque sur le moyen et long-terme et de faire de l’investisseur un acteur responsable de ses choix.

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