La COP21 : la COP 22 sera-t-elle nécessaire ?

DSCN0488 pPar Degroof Petercam

C’est dans un climat de très haute sécurité qu’a démarré la tant attendue Conférence sur le Climat à Paris le 30 novembre dernier. Les espoirs sont grands ; les déclarations des gouvernements se succèdent et les investisseurs renchérissent également en engagement sur le sujet. Cependant, beaucoup considèrent que le risque de déception est grand également. Qu’en est-il?

Les annonces des pays

Dès le début de cette année, plusieurs gouvernements « phares » se sont prononcés sur leur programme de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre en vue du sommet des Nations-Unies relatif au changement climatique. Les Etats-Unis, l’Union Européenne, la Norvège, la Suisse, la Russie et le Mexique – soit un tiers des émissions globales de dioxyde de carbone – ont rapidement fait part de leurs efforts de réduction d’émissions à l’horizon 2020 afin de maintenir le réchauffement climatique à maximum 2 degrés.

Récemment la France, l’hôte de la conférence, a publié sa stratégie basse carbone sur un horizon de plus de 10 ans visant à réduire de 30% ses émissions CO2 à l’horizon 2020 et par quatre d’ici 2050.

Au cœur des débats également le charbon, le fossile le plus émetteur de dioxyde de carbone mais également d’autres particules néfastes à la qualité de l’air. Plusieurs gouvernements ont déjà adopté des programmes de fermeture des centrales utilisant ce combustible, considéré comme le plus menaçant pour le changement climatique par l’OCDE. Ainsi, le Royaume-Uni a annoncé la fermeture de ses centrales au charbon d’ici 2025. L’Allemagne s’est engagée à fermer 8 des principales centrales au lignite. Les Pays-Bas, déjà condamnés par leur propre Cour de Justice à La Haye pour leur stratégie climatique négligente et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’un quart d’ici 2020 par rapport à leurs niveaux de 1990, font face à une coalition de professeurs les priant de fermer rapidement leurs centrales au charbon. Au-delà de l’Europe, le cas de la Chine est parlant. Alors que l’économie est largement dépendante du charbon, la consommation de ce dernier commence à diminuer très progressivement. Face aux enjeux économiques (routes bloquées, avions cloués au sol, etc.) mais aussi à une pression grandissante de la population civile face à la pollution de l’air, le pays investit massivement dans les énergies renouvelables comme l’énergie solaire ou éolienne. Et si le pays est toujours considéré comme un des principaux pollueurs de notre planète, il dispose aujourd’hui de la plus grande capacité d’énergie éolienne et la seconde en énergie solaire.

Les Etats-Unis se sont également engagés à fermer leurs centrales au charbon. Près de 40% de ces centrales ont été fermées sur le territoire depuis 2010. Le changement climatique est une cause qui tient particulièrement à cœur au Président américain. Cependant, son engagement doit faire avec l’opposition politique qui gouverne également le pays. Et c’est ici que réside le risque principal du Sommet COP 21 : quantité d’annonces de dirigeants de pays doivent être traduites par des réglementations d’implémentation qui doivent être votées.

Obama en a déjà fait les frais avec un rejet du Sénat américain. En effet, la majorité républicaine a voté deux résolutions au Sénat annihilant les principales mesures de régulation du programme du gouvernement pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Avec ce refus, l’opposition montre son désaccord et son objection au Clean Power Plan du Président.

Ainsi, si le premier jour de la conférence a donné la parole aux grands de ce monde sur leur bonne volonté, il n’en reste pas moins que dès le deuxième jour, les premières divergences et questionnement sur l’implémentation des objectifs ont émergé.

La Chine et l’Inde rappellent la responsabilité historique des pays développés dans le changement climatique et au nom d’une justice environnementale, réclament dès lors une marge de manœuvre carbone et un dédommagement financier pour l’adaptation et la transition énergétique afin de ne pas compromettre leur croissance économique.

La question d’un accord contraignant ou pas est également un des risques majeurs de succès ou échec de la COP 21. Comme mentionné, les Etats-Unis ont déjà annoncé leur opposition au caractère contraignant. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler qu’à l’exception du Conseil de Sécurité, les Nations-Unies émettent très peu de décision à caractère contraignant.

Les engagements des investisseurs

Face aux annonces des gouvernements, la sphère financière s’est également petit à petit -notamment face à la pression de la société sur le rôle fiduciaire des investisseurs- emparée du sujet et un nombre croissant d’investisseurs -principalement institutionnels- se sont engagés dans le changement climatique.

Les ONG n’ont pas hésité à pointer du doigt les banques et assureurs sur leur responsabilité dans le réchauffement climatique et les inciter à désinvestir des énergies fossiles. De plus, de par leurs moyens financiers, ces derniers disposent également d’un levier important pour participer à la transition énergétique.

En effet, selon les derniers chiffres recensés par Novethic, plus de 960 investisseurs représentant près de € 30 trilliards, se sont engagés pour la lutte contre le réchauffement climatique, avec une place prépondérante aux Etats-Unis et aussi au Royaume-Uni mais également les Français qui pèsent significativement dans la balance. Et réjouissons-nous de voir que la grande majorité des investisseurs engagés viennent de pays où les autorités sont plus réticentes à prendre action comme au Canada ou en Australie. Il est dès lors permis d’espérer qu’ils finiront par forcer leur gouvernement à agir étant donné que le risque carbone, au-delà du risque environnemental majeur, représente un risque économique important. Au-delà du risque réputationnel pour les investisseurs, le concept des « stranded assets » a également radicalement modifié les modèles de valorisation des secteurs comme le gaz et l’énergie. Le risque de réserves de gaz et pétroles non combustibles suite à une réglementation plus stricte pour limiter le réchauffement climatique à maximum 2° est une réalité qui augmente chaque année, le changement climatique pesant davantage chaque année.

Cette réalité du risque carbone transforme progressivement les fonctionnements des secteurs concernés. Si aujourd’hui, le secteur du gaz et pétrole ont bénéficié de subsides des gouvernements, exclure un scénario où ces subsides seraient remplacés par des taxes, pour

les entreprises les plus émettrices de carbone n’est pas utopique alors que les mentalités et le monde sont en pleine révolution.

Entre espoir et risque, la COP 21, de par sa mobilisation auprès des nations mais aussi des investisseurs, appelle clairement à l’action et a conduit à des engagements d’efforts sans précédents de la part des pays.

Les investisseurs ont également pris part à la lutte contre le réchauffement climatique avec un mouvement important contre l’énergie fossile. Si le charbon est devenu la bête noire des investisseurs responsables alors que le pétrole et autres énergies fossiles restent tolérés dans la plupart des portefeuilles engagés, il n’en ressort pas moins une modification profonde des paradigmes de fonctionnement des secteurs les plus touchés tels que gaz et pétrole et biens d’utilité publique.

Les investisseurs ne peuvent ignorer ce mouvement vers une économie à bas carbone et le défi est ici de mesurer la matérialité des enjeux et l’impact sur la performance de leur portefeuille.

La COP 21 marque donc un tournant pour l’avenir; le changement climatique étant un risque mais également une opportunité.

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