2015 : Les banques centrales dominent (à nouveau) les marchés

Euro_ECBPar Wim Vermeir – Chief Investment Officer- AG Insurance

La BCE opte pour l’all-in

Après quelques mois de spéculations incessantes, la Banque Centrale Européenne a finalement lancé, le 22 janvier, sa campagne de rachat d’obligations : le « quantitative easing ». L’objectif de cette démarche, dans le cadre de laquelle la BCE rachètera 60 milliards d’euros en obligations chaque mois pendant les 18 mois à venir, est d’inonder le marché de liquidités, en espérant qu’une partie de ces liquidités revienne dans l’économie réelle et stimule encore la reprise économique.

Au cours des derniers mois, la BCE avait été de plus en plus incitée à prendre des mesures exceptionnelles – comme un taux de dépôt négatif –, étant donné que l’inflation de la plupart des pays de la zone Euro était presque nulle. En Belgique, elle était même passée à -0,65 %. Le principal coupable : la faiblesse des prix du brut, qui ont perdu près de 60 % depuis la mi-2014. Certes, un pétrole bon marché a un effet positif pour les consommateurs et la croissance économique, mais son impact sur l’inflation est catastrophique. Un rétablissement rapide du prix du pétrole semble peu probable à court terme. En effet, l’OPEP, et plus particulièrement l’Arabie Saoudite, a tout intérêt à ce que les prix restent aux alentours des 50 USD. Au cours des dernières années, la production de pétrole des États-Unis a sensiblement augmenté : grâce à de nouvelles technologies, il est désormais possible de produire du pétrole de schiste pour un coût de production moyen de 70 USD. Afin de contrer cette relance époustouflante de la production américaine, l’Arabie Saoudite essaie de maintenir les prix à un niveau plus bas afin que des investissements supplémentaires aux USA ne soient plus rentables et, dès lors, que les pays de l’OPEP puissent à nouveau reconquérir des parts de marché.

par défaut 2015-03-07 à 09.06.28Conséquence des mesures de la BCE : dans les 12 à 24 mois à venir, les chances d’une hausse durable des taux d’intérêts sont devenues très minces, et ce malgré une légère amélioration de l’environnement économique. Acheter 60 milliards d’euros en obligations par mois, c’est plus facile à dire qu’à faire ! Si l’on regarde les besoins de financement de plusieurs pays de la zone Euro, on constate que la Banque Centrale devra acheter environ 60 % des obligations d’État émises en 2015. En d’autres termes, la quantité de tels titres disponibles pour les investisseurs privés, comme les fonds de pension et les assureurs, sera plutôt limitée, et la demande excédera l’offre.

par défaut 2015-03-07 à 09.06.37Dans un tel scénario, les taux d’intérêt peuvent difficilement repartir à la hausse. Une autre conséquence de l’intervention de la BCE est un affaiblissement de l’euro vis-à-vis du dollar US. Cette tendance sera favorable à notre économie, étant donné que nos entreprises pourront plus facilement vendre leurs produits à l’étranger. Les premiers signaux sont positifs : au cours du trimestre écoulé, l’exportation de la zone Euro vers le reste du monde a progressé de 4,2 %.

Baisse des returns pour les investisseurs

Pour les investisseurs, cela signifie que les placements relativement sûrs n’offriront qu’un rendement limité. Le taux d’intérêt belge à 10 ans a sensiblement reculé ces dernières années et ne s’élève plus qu’à 0,6 %. Les durées plus courtes proposent même un rendement négatif (-0,05 % sur 3 ans). Les personnes qui investissent aujourd’hui doivent comprendre que le résultat final sera faible.

par défaut 2015-03-07 à 09.06.48Pour plus de rendement, il faudra donc se tourner vers des actifs plus risqués, comme les obligations d’entreprises et les actions. Les perspectives sont fondamentalement positives pour ces actifs. Le spread sur le rendement supplémentaire proposé par une obligation d’entreprise vis-à-vis d’une obligation souveraine n’est pas exagérément faible. Par ailleurs, les entreprises présentent une structure de bilan saine. Dès lors, le nombre de « defaults » (défauts de paiement) a atteint un niveau historiquement bas. Les actions, et plus particulièrement les actions européennes, sont attrayantes. La valorisation est relativement avantageuse et les entreprises devraient profiter de la reprise de l’économie et de la relance des exportations. Nous partons dès lors du principe que les bénéfices d’entreprises augmenteront d’au moins 10 % cette année. Enfin, ces investissements plus risqués profiteront pleinement des injections de liquidités de la Banque Centrale.

Quelles sont les implications pour les assureurs ?

Dans un premier temps, les taux faibles ont un impact limité sur les assureurs, étant donné que l’on peut parler d’une gestion ALM (asset&liability matching) stricte. En d’autres termes, les obligations (à long terme) des assureurs sont « matchées » par des investissements à long terme. En règle générale, les obligations qui font partie du portefeuille d’investissement sont conservées jusqu’à l’échéance et continuent à payer des coupons historiquement élevés pendant toute cette période. Seuls les nouveaux investissements seront effectués aux taux actuellement faibles. Toutefois, la majeure partie du bilan d’une compagnie d’assurance est composée de positions historiques.

Nous pouvons cependant affirmer que les taux d’intérêt garantis, qui ont déjà été réduits plusieurs fois, resteront faibles dans les mois à venir. Au final, quelqu’un doit bien payer la note.

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