Investir dans l’armement nucléaire ? Il n’en est pas question !

479px-Atomic_blast_Nevada_Yucca_1951Par Petercam

L’actualité a récemment mis sur le devant de la scène un rapport rédigé par l’ONG hollandaise IKV Pax Christi – en partenariat avec l’International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN) – consacré aux investissements controversés des institutions financières mondiales dans l’armement nucléaire. Le rapport « Don’t bank the bomb » pointe également du doigt quelques banques belges. Est-il possible de développer des produits d’investissements durables tout en finançant l’armement nucléaire ?  Faisons toutefois attention à ce type de raccourci. En effet, les médias peuvent être très prompts pour faire circuler l’information et, de cette manière, détruire momentanément la réputation d’un investisseur ou d’un autre.

Cependant lorsque l’on regarde de plus près la liste des sociétés dites « noires » selon le rapport dont question, force est de constater que si plusieurs sociétés font partie des suspects habituels, pour d’autres, le lien avec l’armement nucléaire n’est pas si évident. Prenons par exemple Rolls Royce. A l’évocation de ce nom, la plupart des gens répondront « voitures de luxe »; peu penseront à l’arme nucléaire. Et pourtant, la société fait partie d’une « joint-venture » au Royaume-Uni développant une nouvelle classe de sous-marin équipé de l’armement nucléaire appelé Successor.

Un autre exemple parlant est ThyssenKrupp. Le site internet de cette société allemande vante «le développement de solutions pour un progrès durable». Ses principaux produits sont les aciers renforcés et ultra légers, les équipements des turbines éoliennes, le câble électrique ou encore différents équipements d’autos actifs notamment au niveau du contrôle des émissions CO2 ou des mécanismes de sécurité lors d’accident. Les efforts de la société pour un futur plus durable sont incontestables. Et pourtant, via sa division Marine Systems, ThyssenKrupp est impliquée dans la construction des sous-marins Dauphins à destination de l’armée israélienne.

Enfin, avec la complexité et la globalisation des chaînes de production et la multiplication des sous-traitants, il devient de plus en plus difficile de déterminer toutes les activités d’une multinationale. Qui sait si notre smartphone ou Blackberry ne contient pas un élément qui aurait été plusieurs fois sous-traité auprès d’une société impliquée dans la fabrication de composants utilisés pour les tirs d’essais nucléaires.

En Belgique, comme c’est le cas dans un nombre croissant de pays, une loi connue chez nous sous le nom de « Loi Mahoux » interdit aux organismes financiers d’investir dans les armements controversés. Sont visés ici, les mines anti-personnel, les bombes à sous-munitions et les armes et blindages à l’uranium appauvri. Etonnement, l’armement nucléaire ne semble pas faire partir des armes principalement visées. Ne serait-il donc pas controversé ?

Indéniablement, l’armement nucléaire est un sujet de controverse. Aujourd’hui, cinq puissances sont reconnues officiellement comme détentrices de l’arme nucléaire : les Etats-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine. Trois autres ont prouvé par leurs essais détenir également l’arme: l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord.  Et les soupçons de détention d’Israël sont également très grands. Sans parler des pays qui entreposent des armes nucléaires américaines depuis la guerre froide : les Pays-Bas, l’Italie, la Turquie, l’Allemagne et notre cher plat pays… La Russie et les Etats-Unis restent cependant les détenteurs largement majoritaires.

Si le risque d’accident est en perpétuelle diminution grâce aux améliorations technologiques, il est peu rassurant de voir augmenter le nombre de puissances détentrices. Le Traité de Non-Prolifération des Armes Nucléaires vise à éviter ce risque. Rédigé en 1968, l’objectif est de prévenir que l’arme nucléaire se répande à travers le monde. L’Agence Internationale de l’ Energie Atomique (AIEA) est chargée de garantir son application.  Mais si ce traité est quasi universel, plusieurs des puissances détentrices ont refusé de le ratifier notamment l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord.

Autre traité d’importance sur le sujet : le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Adopté par l’ONU en 1996, ce traité interdit tout essai nucléaire ou autre type d’explosion nucléaire, que ce soit à des fins pacifiques ou militaires dans quelque environnement que ce soit. Cependant, ce traité n’est pas encore entré en vigueur aujourd’hui faute de la non-ratification de certains Etats clés. Seuls 35 sur les 44 requis par l’Annexe 2 du Traité l’ont ratifié. Parmi les grands absents : la Chine, l’Egypte, les Etats-Unis, l’Iran, Israël, la Corée du Nord, l’Inde et le Pakistan. Toutefois, la France signataire du Traité, a quand même repris une série de six essais souterrains au début du premier septennat de Jacques Chirac en 1995 pour se terminer le 27 janvier 1996 dans l’atoll de Fangataufa.

Ces différentes initiatives ont permis déjà une réduction substantielle des armes nucléaires à l’échelon mondial : évaluées à 70.000 au milieu des années quatre-vingt, elles seraient à 17.000 aujourd’hui.  Avec une telle baisse, il est évident que les sociétés impliquées dans leur fabrication cherchent d’autres créneaux de développement et diversifient de plus en plus leurs activités, rendant plus opaque la transparence sur les sociétés impliquées.

Incontestablement, les 314 milliards de dollars investis par le secteur privé dans l’armement nucléaire pourraient être utilisés à des fins plus durables et sûrement moins controversées.

Néanmoins et comme le souligne également le rapport « Don’t bank the bomb », les acteurs financiers, que se soient des banques, des fonds de pension ou des compagnies d’assurance, ont pris conscience qu’il était important de trier le bon grain de l’ivraie dans le cadre de leurs investissements. Une majorité a adopté une politique définie vis-à-vis de cet investissement controversé et l’implication est généralement très limitée et ce, dans un cadre restreint et précis. Cependant, il faut souligner la difficulté de distinguer les implications directes et indirectes d’une entreprise dans l’armement nucléaire. Le sujet est souvent entouré d’une certaine opacité. De plus, la multiplication des acteurs impliqués dans la chaîne de production et la complexification des procédés transforment l’établissement d’une liste noire de sociétés actives dans l’armement nucléaire en un exercice difficile et périlleux.

Source de l’illustration : Nevada Site Office Photo Library

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