Placements responsables

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COP 23 : Technique mais dans l’esprit de Paris

Le 29  novembre 2017

La COP 23 qualifiée de technique a pour objectif de définir les règles du jeu de l’Accord de Paris ainsi que la structure et l’agenda des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris par les Etats ratificateurs.

Sous la présidence des Fidjis (un état insulaire fortement exposé aux phénomènes de changement climatique), le ton engagé est donné. En effet, pour l’archipel où les coûts des conséquences climatiques sont estimés à 4% du PIB par an, l’enjeu de maintenir les ambitions de Paris est majeur, et même au-delà : l’objectif plus ambitieux des 1.5° d’augmentation de température maximale et le respect du pacte de solidarité entre pays en développement et pays développés chers aux premières victimes du changement climatique.

Second objectif de la COP : le dialogue dit de facilitation à savoir le bilan collectif des efforts en matière climatique et les premières discussions des modalités de relèvement des objectifs après 2020 pour les révisions quinquennales prévues par l’Accord de Paris.

Actions et besoins : le grand écart

Le dernier rapport du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (UNEP) sur les émissions mondiales[1] confirme les craintes des scientifiques : l’objectif des 2 degrés ne sera pas atteint. On se dirige plutôt sur une trajectoire de 3° avec les ambitions actuelles.

De même au niveau du financement. Si le retrait des Etats-Unis est avant tout un « non » symbolique (encore plus isolé aujourd’hui après la ratification des deux derniers états le Nicaragua en octobre dernier et la Syrie le 7 novembre dernier ), il n’en reste pas moins que c’est le retrait d’un des principaux bailleurs. Or, les besoins en infrastructures sont estimés à minimum USD 100 milliards d’ici 2020. Nous en sommes très loin aujourd’hui. Au contraire ! Les subsides pour les énergies fossiles ne diminuent pas  et le prix du carbone reste au plancher. Le bilan est donc globalement négatif. Et certains avancent même le spectre d’une crise des subprimes pour les exploitants de gaz de schiste avec des prix au plancher. Dès lors, émerge de plus en plus l’idée de taxer les extractions et les externalités des sources d’émissions plutôt que les émissions elles-mêmes.

Prix du carbone et autres alternatives

Aujourd’hui 85% des émissions échappent à toute tarification carbone. Et pour les ¾ de celles tarifées, elles le sont à un prix carbone inférieur à 10 USD par tonne. Pour atteindre les objectifs de Paris, ce prix devrait mondialement monter à un niveau entre 40 et 80 dollars la tonne d’ici 2020 et entre 50 et 100 d’ici 2030.

Le prix du carbone reflète en réalité ce que la collectivité est prête à payer pour la protection du climat.

Dans un jeu où chacun retarde sa contribution à l’effort collectif et attend que le premier baisse ses émissions[2], une taxe à l’émission n’incite pas à la déclaration. L’absence de marché mondial pour le prix du carbone, qui est complexe, permet les contournements et n’incitent pas les acteurs à l’investissement long terme (30-50 ans) nécessaire à la transition vers une économie bas carbone.

Un autre obstacle est également le financement nécessaire provenant des états alors que nombreux sont sans ressources et/ou endettés voire surendettés. Dès lors, certains se sont déclarés tributaires d’autres états qui disposent d’un droit de veto de fait pour toute décision au niveau mondial. Face à cet échec annoncé, émerge l’alternative d’un droit d’accise qui serait prélevé aux sociétés extractives privées ou publiques et redistribué sous formes de subsides pour des actions concrètes et d’impact mesurable en matière de réductions d’émissions dans des projets porteurs tels que l’immobilier, le transport et l’infrastructure. Et ce, à défaut d’une taxe sur le CO2 importé. Naïf me répondrez-vous. Peut-être mais cela demande déjà la création d’une institution internationale responsable de la collecte et redistribution de l’accise avec une gouvernance nécessairement irréprochable. Ensuite, la résistance au changement est assez caractéristique des parties prenantes politiques et économiques des sociétés dites développées. En attendant les émissions de gaz à effet de serre continuent de monter. Et, l’année dernière enregistre un triste record de la plus grande concentration de dioxide de carbone. Sans compter de nouveaux records de niveaux d’émissions de gaz à effet de serre. Si la COP 23 est technique, l’urgence climatique est toujours criante.

Maintenir l’esprit de Paris et garder le momentum

Paris et la COP 21 ont été clairement un vecteur de mobilisation mondiale pour la prise de conscience du risque carbone et la nécessité de l’implication de toutes les parties prenantes : Etats mais aussi les entreprises et les investisseurs. Alors que le siège de Donald Trump reste bien entendu vide lors de la conférence de Bonn, l’initiative « We are still in » regroupant près de 1700 entreprises et investisseurs démontre l’opposition face à la décision de la Maison Blanche. Cependant, il reste à espérer que l’ambition sera plus grande que le simple fait de rester dans l’Accord. Le 12 décembre, sous l’initiative d’Emmanuel Macron, le sommet « One Planet Summit » réunira les dirigeants de ce monde pour fêter les 2 ans de l’Accord de Paris. Ce momentum porté par l’ensemble des pays engagés est crucial aujourd’hui. Le retrait des Etats-Unis combiné à une Europe aux prises avec des montées nationalistes et indépendantistes croissantes conduit à un manque de leadership face à l’urgence climatique. La Chine pourrait être le maillon fort mais sur les questions de règles du jeu, de transparence et d’ambitions quantitatives de réductions d’émissions, elle n’est cependant pas la meilleure élève.

Il est d’autant plus important que l’ambition reste élevée car Varsovie sera vraisemblablement un hôte moins engagé lors de la COP 24. La Pologne reste en effet le principal blocage sur la réforme du marché européen du carbone (EU ETS).

La COP 23 fera probablement moins la une que sa 21e édition. Cependant, elle n’en reste pas moins majeure face aux ambitions promises il y a deux ans.

[1] UNEP The emissions gap report

[2] « Waiting Game » – Gollier & Tirole – effective institutions against climate change, April 6 2015

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Chaque degré supplémentaire appauvrit les Etats-Unis

Le 20 octobre 2017

On regrette que les États-Unis se soient retirés de l’accord climatique de Paris. Pas uniquement pour le climat, mais aussi pour l’économie américaine.

L’économie américaine est le grand perdant des conventions visant à limiter le réchauffement climatique à 2%, avait affirmé le président américain Donald Trump plus tôt cette année. Lequel s’est ensuite empressé de retirer son pays de l’Accord climatique de Paris. Il s’agit avant tout d’un « non » symbolique mais, à terme, il aura incontestablement des conséquences négatives. Le magazine Science a récemment évalué le coût économique de chaque degré de réchauffement climatique à 1,2% du produit intérieur brut américain.

Des états comme la Californie, New York ou l’Ioha souffrent directement des conséquences des changements climatiques et ont déjà adapté profondément leur fonctionnement et leurs modes de production ont atteint un point de non-retour. Les secteurs économiques sont aujourd’hui avant tout guidés par les progrès technologiques visant une meilleure efficacité énergétique et des gains économiques, et non par les engagements publics de leurs responsables politiques.

Même si l’option que d’autres pays prennent une voie similaire à celle des Etats-Unis ne peut être totalement exclue, le risque reste actuellement limité pour deux raisons :

  • Les réactions directes de l’Europe et surtout de la Chine qui se positionnent comme les deux moteurs de l’implémentation de l’accord de Paris
  • La sortie effective de l’accord qui risque de prendre plusieurs années

Le réchauffement climatique a également d’importantes conséquences humanitaires pour les États-Unis. Voici quelques années, le Pentagone avait déclaré que le changement climatique constituait un danger pour la sécurité nationale. Une grande partie des Américains vivent près des côtes, et un déplacement de population massif vers l’intérieur des terres à la suite d’une élévation du niveau des mers et des océans aurait des répercussions énormes sur l’économie et les structures sociales.

La dénonciation de l’accord climatique n’est sûrement pas une bonne chose, mais la réalité est heureusement plus encourageante que ne le laissent présager les rodomontades du président Trump. La plupart des états américains ne le suivent pas dans leur réglementation, et la realpolitik domine aussi dans le monde des entreprises. Il n’y a guère de nouveaux investissements à long terme dans les carburants fossiles. Les entreprises ont conscience que les futurs présidents pourront aisément annuler les décisions de Donald Trump, et les banques seront plus réticentes à financer de tels investissements.

Si les États-Unis réduisent leurs efforts, d’autres pays ont décidé de changer de braquet. La Chine a ainsi inclus dans son dernier plan quinquennal l’ambition de devenir le leader mondial dans l’innovation en matière d’environnement d’ici à 2020. Le pays compte également ravir aux États-Unis son leadership en matière d’énergie renouvelable.

Révolution industrielle

Le chantier de la transition énergétique, certes d’envergure considérable, n’en est pas moins crucial pour limiter le réchauffement de la terre. Depuis quelques années, nous vivons une révolution industrielle. Et celle-ci impose de porter un regard tout à fait neuf sur les secteurs et d’opter pour les entreprises qui travaillent à des solutions aux défis à venir. Au-delà de l’empreinte carbone des portefeuilles et de la multitude de rapports sur la durabilité, les investisseurs doivent rester pragmatiques dans l’évaluation des risques et des opportunités. Quelles seront, par exemple, les conséquences de l’introduction d’un prix fixe du carbone sur la compétitivité d’une entreprise? Quels sont les risques des stranded assets ou « actifs échoués », c’est-à-dire des réserves de pétrole et de gaz qui, en raison des mesures climatiques, ne pourront plus jamais être exploitées de manière rentable? Ceci ne concerne d’ailleurs pas uniquement les entreprises. Quelques-unes des plus grandes compagnies pétrolières mais aussi de réserves de gaz et pétrole sont entre les mains d’États, pensez au Venezuela et à l’Arabie saoudite.

Chaîne de production

La transition vers une économie durable est un travail titanesque qui crée énormément d’emplois dans le monde. Elle nécessite d’immenses investissements et financements d’infrastructure. Les investisseurs dans l’énergie alternative, qu’il s’agisse d’infrastructures ou de nouveaux produits et services, tout à la fois contribuent à ce bouleversement indispensable et profitent de son potentiel.

 

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Le rôle du régulateur dans la finance responsable : erreur de débat?

Le 27 septembre 2017

Il ne sert plus à rien de le répéter : le monde de la finance responsable et des investissements durables réclame des standards et une harmonisation des concepts et définitions au niveau européen pour une meilleure transparence. L’objectif est surtout d’aider le consommateur final à s’y retrouver et à comparer. Car, finalement, il ne faut pas attendre la création d’un label, quel qu’il soit, pour être soucieux de la transparence de ses produits.

Qu’en est-il du rôle du régulateur dans ce cadre ? Deux observations s’imposent :

  1. Il y a d’une part, l’implication croissante du régulateur européen dans les débats qui fleurissent partout. Cela concerne le difficile exercice d’équilibre entre le besoin de standardisation et d’harmonisation et la réglementation qui ne ferait que rajouter aux lourdeurs administratives et de reporting auxquels nous sommes tous, investisseurs et entreprises, aujourd’hui confrontés au nom de la « transparence ». Les autorités européennes s’impliquent de plus en plus. Dernier exemple en date : l’initiative de la Commission européenne de mettre sur pied le groupe d’experts à haut niveau sur la finance durable (High-Level Expert Group on Sustainable Finance). Dans son rapport intermédiaire, il explique que la finance durable doit financer l’économie réelle. La tâche qui lui incombe est dès lors de traduire sous forme de recommandations à son commanditaire les besoins de réglementation afin que le monde financier joue son rôle dans l’économie de demain. Notamment en termes de transparence et publication, avec l’inclusion du développement durable partie intégrante de l’obligation fiduciaire des investisseurs institutionnels. De cette manière, le monde financier prendra sa responsabilité de contribuer à une économie bas carbone.
  2. D’autre part, l’OCDE continue de publier ses études et analyses pertinentes sur les thèmes communs de l’environnement, la croissance verte, etc. et notamment cette comparaison interpellante entre taxes environnementales et taxes du travail.

Economie à bas carbone : quand la charge fiscale sur l’emploi surpasse celle sur l’environnement

Il s’agit ici de la comparaison de revenus issus des taxes environnementales versus taxes sur le travail en pourcentage du produit intérieur brut.

Nous ne débattrons pas de l’efficacité réelle d’une taxe, une fois encore l’OCDE y répond régulièrement, et ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui.

Cependant, la question de savoir si on ne se trompe pas de débat en parlant du rôle du régulateur pour une finance plus durable se pose.

Il est également amusant d’observer le débat sur le besoin des investisseurs d’exclure les entreprises impliquées fortement dans les substances nocives pour être « labélisés » responsables et durables alors que l’opposition de Nicolas Hulot sur la réintroduction du glyphosate, substance nocive, irrite. Exclure les substances nocives, responsabilité des investisseurs pour un monde durable ; à quand l’exclusion des subsides aux mêmes substances pour un cadre régulatoire durable et cohérent ?

Quand les membres de l’OCDE continuent de supporter des activités potentiellement néfastes à l’environnement

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Le surendettement planétaire toujours plus tôt

Par Degroof Petercam

Le 2 août 2017

A partir de ce mercredi 2 août, nous vivrons à crédit sur notre planète, c’est-à-dire que nous aurons consommé en à peine 8 mois autant de ressources naturelles que ce que la Terre peut renouveler durant l’année entière.

Le jour du dépassement (« earth overshoot day ») calcule depuis 1986 le jour de l’année à partir duquel nous avons consommé l’ensemble des ressources naturelles produites par la planète pour une année, sur base de plus de 6.000 données essentiellement issues des Nations Unies.

Toujours plus tôt

Depuis le premier calcul par l’ONG Global Footprint Network en 1986, le jour du dépassement n’a eu de cesse d’avancer avec un surendettement toujours plus important.

1986 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2017
1/11 13/10 7/10 25/9 29/8 14/8 9/8 2/8

 

Nos comportements de consommation mondiale requièrent aujourd’hui l’équivalent des ressources naturelles produites par 1,7 planète par an. Pénuries d’eau et désertification, érosion des sols, amoindrissement de la biodiversité et disparition croissante des espèces : les coûts d’un tel surendettement sont visibles au quotidien.

Move the date

Malgré le fait que cette date ait ralenti depuis 2005 et que les populations soient de plus en plus conscientisées à la problématique des limites des ressources naturelles, Global Footprint Network encourage à déplacer cette date grâce à son action #movethedate. Cependant, les efforts devraient être multipliés par 5 pour avoir un recul de la date de dépassement.

Aujourd’hui, les émissions carbone sont responsables de 60 % de l’empreinte écologique d’un pays. En réduisant par deux les émissions totales, nous pourrions gagner 89 jours et réduire notre surendettement à 1,2 planète. C’est d’ailleurs un des enjeux de l’Accord quasi planétaire de Paris en décembre 2015 qui, malgré le récent retrait des Etats-Unis, continue sa lutte contre le réchauffement climatique, appuyé par des centaines d’Etats, entreprises et partenaires.

Energie et agriculture

L’énergie joue évidemment un rôle important dans la réduction des émissions carbone. La majorité des pays investit massivement dans le renouvelable pour son indépendance énergétique comme par exemple le Costa Rica où près de 100 % de son électricité est produite par du renouvelable. Et plus près de chez nous, le Portugal, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne ont investi pour augmenter leur capacité de production en énergies renouvelables.

Classement des membres de l’OECD sur base de la production électrique provenant de sources renouvelables (exclus. Hydraulique)

Le secteur de l’alimentation et l’agriculture est également un important contributeur de l’empreinte écologique d’un pays (28 %). Favoriser des modes de production alimentaire respectueux des sols et des ressources naturelles, efficaces en énergie et réduire le gaspillage alimentaire permettraient également d’avancer sensiblement le jour du dépassement.

L’investisseur peut aussi changer la donne

Si les entreprises peuvent faire la différence en privilégiant des modes de production et de consommation plus écologiques, l’investisseur a également un rôle important à jouer en axant ses investissements sur des entreprises soucieuses de leur environnement. De nombreuses entreprises visent à développer des solutions pour répondre à ces problématiques notamment dans une technologie plus efficace pour l’énergie et l’eau, ou pour une agriculture plus durable et moins polluante. En favorisant les meilleures pratiques et les innovations en matière d’efficacité environnementale, l’investisseur participe à la transition vers une économie bas carbone tout en continuant à faire croître son patrimoine.

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Accord de Paris : Trump s’isole derrière son rideau de carbone

Le 21 juin 2017

La décision de M. Trump de se retirer de l’Accord de Paris est avant tout un non symbolique et relève d’une décision politique voire psychologique plutôt que basée sur un raisonnement valable économique ou scientifique.

Une décision politique

En affirmant haut et fort que les Etats-Unis rejettent l’accord universel de transition énergétique, Donald Trump s’adresse avant tout à la base de ses électeurs c’est à dire une classe moyenne blanche qui avait déserté les urnes électorales, se sentant abandonnée dans des régions américaines touchées massivement par le chômage après notamment la fermeture de mines de charbon. En refusant un accord « qui brise les travailleurs et compromet l’économie américaine » Donald Trump prépare les élections de mi-mandat et veut montrer l’image d’un président de parole face à ses promesses électorales tenues.

Pas de surprise

Si l’annonce a créé une véritable onde de choc à travers la planète, elle n’est pourtant pas surprenante. Depuis son avènement à la maison blanche, le Président n’a fait que défaire ce que son prédécesseur avait tenté de mettre sur pieds. Cependant de manière fragile puisque sans l’appui d’une majorité au Sénat, Barak Obama a procédé essentiellement par voie de décrets et a donc évité le passage devant le Congrès. Il est dès lors rapidement aisé pour son successeur d’annuler les décisions prises par voie similaire.

Et pourtant un engagement peu ambitieux

C’est d’autant plus un non symbolique de la part de Donald Trump que l’engagement pris par les Etats-Unis était peu ambitieux dans l’accord de Paris. Il faut en effet rappeler que l’accord de Paris est avant tout contraignant sur sa demande auprès des signataires d’engagement individuel de réduction des émissions carbone et de rapporter les efforts tous les cinq ans sur la poursuite de l’objectif. Cependant, depuis son investiture, Donald Trump a déjà quitté dans les faits l’accord de Paris en supprimant le Clean Power Plan ou en ré-ouvrant quelques mines à charbon et en relançant le très controversé pipeline de Keystone. L’objectif à atteindre était peu ambitieux. En effet, les Etats-Unis se sont engagés à réduire leurs émissions entre 26-28% d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 2005. Alors que la plupart des pays, l’Union Européenne première, se réfère à une base de 1990, les Etats-Unis ont défini leur objectif sur une base plus tardive et donc plus faible et plus favorable. Pour une comparaison valable et à même échelle, les Etats-Unis, second pays le plus émetteur et première puissance économique disposant des ressources financières, R&D et humaines pour le développement de transition énergétique, se sont engagés sur une diminution de 10% alors que l’Union Européenne de 40%. Difficile alors de convaincre les autres pays ne disposant pas des mêmes moyens de faire davantage d’efforts de réduction.

Make our planet great again

Après l’annonce de M. Bush de ne pas ratifier le Protocole de Kyoto, plusieurs pays ont songé à le rejoindre notamment le Japon ou le Canada qui s’est ensuite retiré. L’annonce de M. Trump quant à elle a plutôt suscité un tollé général et au contraire un renforcement de la détermination des dirigeants du monde et de la sphère privée.

Face au méchant, la France et son fraîchement élu Président endosse le rôle du gentil et se positionne en leader sur la question environnementale et climatique. En modifiant le slogan électoral de Donald Trump, M. Macron n’hésite pas à faire de la France le moteur de l’engagement européen, même si les efforts de la France sur la question ont été jusqu’ici dans les faits bien inférieurs aux efforts de son homologue Angela Merkel.

Cependant, l’annonce hautement médiatique du président américain est une aubaine pour l’Europe et la Chine d’ailleurs en plein sommet au même moment. Depuis le Protocole de Kyoto que la Chine avait refusé de soutenir, cette dernière a vu son essor économique doubler mais au prix d’une pollution que sa population aujourd’hui, particulièrement la classe moyenne émergente du développement économique refuse violemment. La Chine – comme l’Inde et l’Europe – a une densité démographique et une raréfaction des ressources qui la rendent lucide de l’enjeu du changement climatique contrairement à un pays comme les Etats-Unis, avec une densité démographique nettement inférieure et des ressources d’énergie fossile encore importantes. Si certains états souffrent fortement du changement climatique – la Californie en premier exemple – il reste certains américains peu conscients des limites réels de la planète.

Cependant, il faut être aussi équitable et rappeler que derrière ces prises de position des fervents défenseurs du climat, les pays du G7 continuent à subventionner massivement l’énergie fossile, malgré leurs engagements de transition d’économie bas carbone.

Une excuse économique qui met en péril ce même essor économique

« L’accord est un boulet aux pieds des Etats-Unis » invoque Donald Trump qui a bâti toute sa campagne électorale sur la création d’emploi et surtout la fin d’une réglementation excessive destructrice d’emplois. Or l’administration d’Obama ce sont 11,3 millions d’emplois créés notamment dans les secteurs des énergies renouvelables où la progression d’emploi est supérieure à tout autre secteur. A titre de comparaison avec 50.000 emplois créés dans les mines de charbon. Si Donald Trump a remis sur les rails de l’emploi plusieurs chômeurs de longue durée qui ont fait sa base électorale, en s’isolant de la sorte de l’accord universel, il prend également le risque que les Etats-Unis ne profitent pas de l’essor économique nécessaire à la réalisation de la transition vers une économie à bas carbone. Cette transition est un chantier gigantesque et planétaire créatrice d’emplois et nécessitant des infrastructures et des financements énormes, qui peuvent être profitables à plusieurs secteurs et économies.

Un Président toujours plus isolé

L’accord de Paris est une victoire face à l’échec du Protocole de Kyoto ; protocole que l’administration de M. Bush avait refusé de ratifier en évoquant que « le mode de vie des américains n’était pas négociable ». Cependant 20 ans plus tard, la conscientisation du défi du changement climatique n’a cessé de croitre et est incomparable avec l’époque de Bush. Y compris dans la sphère privée et la sphère financière. Dès lors, si M. Trump veut encourager la création d’emplois notamment en levant les obstacles régulatoires imposés au secteur de l’énergie fossile et du charbon, les entrepreneurs du secteur devront convaincre les banques et autres créditeurs d’investir dans une économie en déclin et sujette à un risque juridique croissant.

En effet, il est intéressant d’entendre la comparaison historique possible entre l’industrie du tabac et l’industrie d’énergie fossile. Nombreux sont les citoyens américains qui se sont retournés contre l’industrie du tabac mais surtout des états pour faute de négligence de ne pas avoir réglementé sur un secteur économique néfaste à leur santé. De plus en plus vient l’idée que pareil recours aux procès pourrait émerger. Les derniers sondages montraient en effet que plus de 65% des adultes américains étaient favorables au maintien de leur pays dans l’accord historique.

30 états vont poursuivre l’Accord de Paris et puisque le virage vers une énergie bas carbone est déjà pris par un grand nombre d’entreprises, c’est finalement deux tiers des structures américaines qui poursuivront les efforts et augmentent dès lors les tensions entre la Maison Blanche et les Etats.

Même les pétrolières majeures comme Exxon, ont non seulement investi massivement en énergies renouvelables ces dernières années mais n’ont pas soutenu leur Président dans son rejet. En effet, les dirigeants des entreprises craignent de plus en plus les représailles des citoyens américains faisant appel aux instances juridiques du pays pour accuser l’Etat de contribuer à la vulnérabilité du pays face au changement climatique.

Jusqu’ici le Président a certes tenu ses promesses mais s’est attaqué à la partie la plus facile (les décrets et autres). Ses autres décisions vont être de plus en plus confrontées aux vents contraires de ses coriaces adversaires et opposants alors que la procédure de leur implémentation sera déjà plus complexe.

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Turquie : le référendum confirme les craintes

Le 17 mai 2017

Les résultats sont là : Erdogan a convaincu une faible majorité (51,4 %) de son peuple pour la modification de 72 articles de la Constitution turque et renforce ainsi son pouvoir centralisateur. Le Président turc s’octroie donc la possibilité d’étendre à deux mandats supplémentaires son règne et rejoindre les patriarches de long règne des régimes autoritaires comme l’Algérie, le Tchad, le Cameroun ou l’Angola.

Déclin constant des droits civils et libertés

Les résultats du scrutin sont largement contestés pour cause de manipulation et manque de libertés d’expression et confirment le déclin constant ces dernières années des droits et libertés du peuple turc. Selon les ONG réputées en la matière, en particulier Freedom House, le pays enregistre le déclin le plus important des libertés individuelles et droits politiques. L’indice de démocratie, publié par The Economist Intelligence Unit, confirme également cette détérioration des droits depuis le coup d’Etat manqué de son leader le 15 juillet dernier.

L’ONG Freedom House qui travaille avec une centaine d’experts en démocratie et droits de l’homme, compare les pays d’Europe de l’Ouest avec la Turquie, où celle-ci affiche le score le plus bas. Si la Turquie est encore classée partiellement libre au niveau des libertés civiles et droits politiques, la liberté de la presse y est absente depuis plusieurs années. Elle a d’ailleurs perdu sa désignation de démocratie électorale et a reçu lors du dernier classement de l’ONG une tendance négative, ce qui pourrait mener à un abaissement de sa notation démocratique.

La détérioration démocratique en Turquie a été progressive au cours des dernières années. Le pays enregistre d’ailleurs, après la République Centrale d’Afrique, la baisse la plus importante des dix dernières années. En termes de libertés, elle se classe entre la République du Kirghizstan et Madagascar.

Une dette liquide et attrayante

Ce recul constant du respect des valeurs démocratiques est capital dans l’évaluation de l’investissement en Turquie. Conscients du risque relativement élevé, la dette souveraine du pays est souvent appréciée par les investisseurs pour sa liquidité et sa rentabilité et représente près de 8% des indices principaux de la dette souveraine en devise locale. Pour estimer son attractivité, la dette turque est souvent comparée avec l’Afrique du Sud, qui bien qu’elle présente peu de points communs avec la Turquie, offre un profil de liquidité et de rendement similaires pour un risque global comparable.

Un rendement insuffisant face à son profil de durabilité

La Turquie se distingue de l’Afrique du Sud sur une série d’indicateurs de durabilité, notamment en matière de population, répartition des richesses et soins de santé et sur les principaux indicateurs économiques. En effet, l’inégalité sociale y est moindre, la prévention en matière de santé, principalement pour les enfants y est plus grande et se traduit d’ailleurs en une mortalité infantile moindre et une espérance de vie plus longue.

Comparaison entre l’Afrique du Sud et la Turquie selon les 5 piliers de durabilité

Cependant, au cœur de notre modèle de durabilité des pays, se trouve la transparence et les valeurs démocratiques où le pays affiche un score nettement inférieur et parmi les plus bas de l’univers des 87 pays émergents.

Transparence et valeurs démocratiques

Si la dette est théoriquement éligible à l’investissement puisque le pays n’est pas (encore) considéré comme non-libre à l’instar de la Russie ou de la Chine, notre stratégie d’investissement en dettes émergentes locales s’est toujours tenue éloignée de la dette turque.

Les derniers évènements confirment nos craintes et ne laissent pas présager d’un investissement dans un avenir proche.

 

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Entrée en bourse de Snapchat : l’innovation technologique au sacrifice de la démocratie (Partie 2)

Le 3 avril 2017

Pour les sociétés cotées, les actionnaires, via les assemblées générales, ont le droit de nommer et révoquer le conseil d’administration de la société, en charge de la stratégie et de l’implémentation de celle-ci par le comité de direction.

Le conseil d’administration pour assurer l’équilibre de pouvoirs

Quand l’actionnaire ne peut pas s’exprimer, la composition et la qualité du conseil d’administration de l’entreprise sont primordiales pour s’assurer de la mise en place d’un contre-pouvoir vis-à-vis de l’exécutif.

Le conseil d’administration de Snapchat est composé aujourd’hui de 9 administrateurs dont 7 sont considérés indépendants. Si la question d’indépendance est sensible puisque le mandat de ses administrateurs est entièrement dépendant des droits de vote aux mains des deux co-fondateurs, la qualification de ceux-ci peut également soulever quelques questions. A priori, un seul administrateur serait reconnu comme ayant une expérience dans l’industrie et deux pour leur profil financier. Selon les publications de l’entreprise, aucune expertise sur la question des risques de sécurité cyber ne serait présente au conseil. Or, le défi de la protection des données personnelles est un enjeu clé pour le secteur, particulièrement depuis que Snap veut développer davantage le stockage des données.

Snapchat a construit son succès sur l’absence d’utilisation de données personnelles à l’insu des utilisateurs contrairement à ses concurrents Facebook ou Twitter puisque son modèle de business repose sur la destruction quasi instantanée des informations après vision. Cependant, afin de faire croitre la rentabilité de l’entreprise, ses fondateurs réfléchissent à de nouveaux développements qui permettraient une plus grande rémunération du système. Dans une mise à jour de ses contrats « Terms of Services » en Octobre 2015, Snapchat s’autorise les droits de reproduire, modifier, republier et sauvegarder des photos d’utilisateurs posés en « live story ». Cette révision des conditions d’utilisation a déjà créé une vague de plaintes d’utilisateurs, du moins ceux attentifs aux conditions et utilisations des applis qu’ils utilisent.

La présence d’une qualification d’expert de protection des données et cyber sécurité au sein du conseil d’administration est particulièrement avisée alors que Snap opère dans des marchés où le risque réglementaire en matière de protection des données personnelles est croissant. Aux Etats-Unis, qui représentent près de 88% des revenus de la société, la nouvelle administration présidentielle a évoqué le souhait de permettre aux agences gouvernementales d’avoir accès, au nom sacrosaint de la sécurité nationale, aux données des utilisateurs d’entreprises technologique.

Dans l’Union Européenne, qui comptent 33% des utilisateurs de Snap, le Règlement Général sur la Protection des Données, dont l’implémentation est prévue premier semestre 2018, pose également quelques défis pour les entreprises technologiques disposant de données sur les citoyens de l’UE. Ces dernières devront répondre à des exigences croissantes en matière de contrôles et de sécurité des données privées de leurs utilisateurs.

Conflit d’intérêts

Au-delà du déséquilibre des pouvoirs et contre-pouvoirs au cœur des bonnes pratiques de gouvernance, il y a lieu également de souligner les éventuels conflits d’intérêt entre l’entreprise et ses fondateurs.

S’il s’agit de pratiques relativement courantes dans le lancement des start-ups, il faut noter l’existence de prêts de l’entreprise à ses deux co-fondateurs. Les deux prêts contractés en août 2014 et février 2016 ont été cependant entièrement remboursés en septembre 2016.

Enfin, l’entreprise repose sur les conseils juridiques du cabinet dans lequel le père d’un des fondateurs est employé. A l’heure où les relations famille/travail font couler beaucoup d’encre…

Indéniablement, l’IPO de Snap ne répond pas à plusieurs bonnes pratiques en matière de gouvernance : indépendance et expertise du conseil d’administration, efficacité des contrôles internes, contre-pouvoir des actionnaires tout puissants, etc.

Si le statut de start-up explique l’immaturité des structures et une hiérarchie assez plate avec deux fondateurs puissants au sommet, assez typique de ce type d’entreprise à son stade de développement et son secteur d’activités, il reste difficilement justifiable la totale privation pour l’actionnaire minoritaire de son droit démocratique.

Snapchat est aussi clairement le type de business à succès pour les années à venir. Reste à voir comment celui-ci arrivera à concilier la flexibilité essentiel pour la dynamique de son modèle de business tout en respectant les principes de bonne gouvernance de plus en plus exigés par les investisseurs et la société civile pour l’intégrité de l’entreprise et la légitimité de sa licence d’opérer.

 

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Entrée en bourse de Snapchat : l’innovation technologique au sacrifice de la démocratie (Partie 1)

Le 21 mars 2017

L’absence totale de droit de vote attachée aux actions proposées au public par la maison mère Snap est à l’encontre du principe « une action, un dividende, un vote » et soulève la colère des investisseurs institutionnels fervents défenseurs de ce principe reconnu de bonne gouvernance. Le seul droit accordé aux actionnaires est donc celui de se taire. De plus, leur droit à l’information sera assez restreint puisque la société peut faire exemption légale, de par sa structure, à certains requis informatifs essentiels pour les investisseurs professionnels. En d’autres termes, les co-fondateurs, certes aussi les créateurs géniaux de l’appli à succès, se confèrent un pouvoir absolu qu’en regardant de près, peu contestable et peu contrebalancé par les instances de contrôle traditionnelles.

Si vous êtes de la génération X, vous êtes probablement peu familier avec l’application Snapchat. Et pourtant, Snapchat ce sont 10 milliards de vues de vidéo par jour ! C’est l’application de la génération Z appelée aussi la « génération SnapChat ».

Les générations Y (Millenials entre 19 et 35 ans) et Z (Centenials entre 0 et 18 ans) représentent 59% de la population mondiale. Dans les pays développés, ils représentent 90% de la pénétration de marché des réseaux sociaux et des smartphones. Pas étonnant dès lors que les deux fondateurs de la maison-mère Snap voient grand pour le développement de leur application et décident le 2 mars dernier de faire appel à des capitaux publics.

Si les experts démographiques s’accordent à dire que les générations Y et Z sont caractérisées par une plus grande tolérance et par des valeurs d’égalité et d’équité non négociables, il n’en reste pas moins que l’entrée en bourse de la start-up innovatrice soulève un grand débat sur le respect de la démocratie actionnariale.

En effet, la structure actionnariale de l’entreprise repose sur trois types de classes d’actions :

  1. Actions de type A proposées à l’actionnariat public qui ne présentent aucun droit de vote attaché
  2. Actions de type B proposées aux fondateurs et aux ingénieurs et autres développeurs clés à l’initiation de l’appli. Un droit de vote est attaché par action.
  3. Actions de type C détenues par les deux co-fondateurs auxquelles sont attachés 25 droits de vote par action.

Pas de droit de vote, quelles conséquences ?

Pour les sociétés cotées, les actionnaires, via les assemblées générales, ont le droit de nommer et révoquer le conseil d’administration de la société, en charge de la stratégie et de l’implémentation de celle-ci par le comité de direction.

En supprimant ce droit, la démocratie actionnariale est piétinée puisque les actionnaires n’ont aucun mot à dire sur la composition du conseil d’administration et ne sont pas autorisés à déposer des résolutions d’actionnaires sur toutes autres préoccupations qu’ils pourraient avoir. En d’autres termes, ils n’ont rien à dire.

De plus, Snap échappe à l’obligation aux Etats-Unis du « Say on pay » et il n’y a donc aucun requis d’information sur la politique de rémunération des dirigeants.

Les deux co-fondateurs gardent le pouvoir absolu en détenant 89% des droits de vote sur leur entreprise, qui reste dès lors une entité privée. Les co-fondateurs ont donc tout pouvoir sur l’élection, la résignation et le remplacement des administrateurs, les décisions de fusions et acquisitions, augmentation de capital, consolidation, vente partielle ou complète des actifs de l’entreprise.

De plus, l’entreprise n’a publié aucune information sur un plan de succession possible dans le cas de l’absence d’un co-fondateur. Aujourd’hui, en cas de fin de contrat d’un co-fondateur, ce dernier garde sa capacité d’exercer son contrôle sur l’entreprise. En cas d’incapacité ou décès de l’un des co-fondateurs, le deuxième détient l’ensemble des droits de vote.

De plus, la société étant qualifiée de « emerging growth company » par la loi américaine « JOBS Act » de 2012, elle est exemptée de contrôle interne des reporting financiers audités et n’a pas d’obligations à donner des guidances financières trimestrielles ou annuelles. C’est également un point non négligeable pour les investisseurs. D’une part, les investisseurs ne disposeront que de très peu d’informations publiques sur l’entreprise, tout au plus ce que celle-ci voudra bien publier. D’autre part, les audits internes sont également des instruments de contrôle indépendants de la direction. A ce titre, il est intéressant de noter qu’en 2014 l’auditeur externe PwC avait identifié plusieurs faiblesses dans le contrôle interne de Snap notamment le manque de personnel comptable qualifié. Le conseil d’administration a décidé de remplacer PwC par le cabinet d’audit E&Y en avril 2016. La raison de la révocation n’a pas été publiée.

Pouvoir absolu pour les fondateurs : Snapchat innove

L’émission de différentes classes d’actions n’est pas une première en soi. Par exemple, la loi Florange en France permet à l’investisseur long terme (détention minimum de deux ans) d’obtenir un droit de vote double sur les actions détenues.

Il est même assez courant que les fondateurs d’entreprises technologiques veuillent maintenir le contrôle sur leur petit bijou. Ainsi Facebook et Google avaient également émis des classes d’actions multiples lors de leur introduction en bourse. Cependant, elles avaient accordé un droit de vote aux actions publiques. Snapchat innove en supprimant purement et simplement tout droit de vote aux actionnaires.

Lors de la clôture de l’IPO, le CEO et co-fondateur Evan Spiegel a également reçu des actions préférentielles représentant près de 3% des actions émises lors de la clôture de l’offre. Ces actions préférentielles sont converties immédiatement en unités d’actions subalternes aux classes d’actions C et seront versées par tranche trimestrielle au CEO sur les trois prochaines années. Cette compensation du CEO est estimée à 624 millions de dollars. Sans jugement de valeur matérielle de la conception d’une appli telle que Snapchat mais pour mettre les données en perspective, l’entreprise a déjà enregistré un coût potentiel de 551 millions de dollars dans son prospectus vis-à-vis de cette compensation. En 2016, Snap enregistrait une perte de 514 millions de dollars.

Primordiale dans le secteur opérationnel de Snapchat est l’attraction et la rétention des ingénieurs et développeurs du plus haut niveau afin de maintenir l’entreprise au top en matière d’innovation technologique. Les co-fondateurs l’ont bien compris en intéressant le personnel clé dans le capital de l’entreprise et en accordant des bonus et autres incitants réguliers aux exécutifs.

Cependant, la présence du CEO dans les comités de rémunération est à nouveau contraire aux bonnes pratiques d’indépendances du comité et renforce le contrôle total des fondateurs dans l’entreprise.

A suivre…

 

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De plus en plus d’éthique : voulue ou forcée ?

Le 2 février 2017

Si l’environnement et, en particulier, le changement climatique domineront les débats en 2017, l’éthique des affaires prend de plus en plus d’importance. D’une part, la réglementation va dans ce sens que ce soit la réglementation proactive ou les jugements post-évènements. D’autre part, la société civile et les investisseurs sont de plus en plus attentifs puisque l’éthique des affaires peut affecter les actionnaires et l’inégalité globale.

En effet, l’éthique des affaires peut être mise à mal dans trois domaines principaux : la corruption, l’optimisation fiscale agressive et le comportement anti-concurrentiel.

La corruption conduit à une réaffectation des fonds destinés à l’origine au secteur public vers une élite aux revenus supérieurs. Avec comme résultat que les institutions publiques sont dès lors sous-financées et dysfonctionnent. La valeur actionnariale est également affectée suite aux coûts des litiges potentiels, la perte de contrats et le risque réputationnel.

L’optimisation fiscale poussée à l’extrême conduit également à des baisses de recettes fiscales pour l’Etat qui peuvent mettre en péril le financement des services fondamentaux. A nouveau, les institutions publiques sont dès lors sous-financées et dysfonctionnent.

Enfin, les pratiques d’entente de fixation de prix ou abus de position dominante peuvent affecter la redistribution des biens, des niveaux de revenus les plus bas vers les plus hauts notamment du fait de l’inflation directe des rémunérations exécutives. Les actionnaires courent également le risque de coût de litiges et de réputation dans un environnement réglementaire de plus en plus sévère.

Enfin, quand la génération dite des « millénials » représente 59% de la population mondiale et que 88% de celle-ci vit dans les marchés émergents, il faut rester attentif à leur comportement de consommation mais surtout aux enjeux d’éducation, d’emploi et d’innovation, clés du succès de l’intégration et la prospérité de cette génération en quête de sens.

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Quelles Perspectives en 2017 pour les investissements relatifs au changement climatique?

Le 24 janvier 2017

Le changement climatique restera indéniablement le sujet majeur pour 2017 et ses thèmes liés tels que l’économie bas carbone ou les émissions vertes. En effet, le climat était au cœur des évènements observés en 2016.

La crise des migrants à laquelle doit faire face la majorité des pays européens est au cœur des débats politiques en Allemagne, en Turquie et autres, et est avant tout liée au climat. La Syrie a été victime d’une sécheresse dévastatrice entre 2006 et 2011 menant à l’abandon de nombreux villages par les familles syriennes du côté d’Alep et les villes du pays. Quelque 60% des terres agricoles de Syrie ont été affectées par les sécheresses des dernières années. Plusieurs provinces de Turquie sont également touchées tout comme l’Irak qui compte également d’importants migrants environnementaux.

L’environnement est une dimension de fragilité, terreau pour la montée en puissance de la violence, de l’instabilité politique et sociale et des mouvements extrémistes.

Si le Brexit n’a pas impacté véritablement l’engagement de l’Europe envers l’Accord de Paris, les discussions qui vont suivre sur la poursuite des relations UE et Grande Bretagne vont s’éloigner de sujets plus alarmants et plus urgents comme le changement climatique. Grand absent de l’Accord de Paris, le prix carbone où l’UE a un rôle pionnier à jouer afin de mener les négociations climatiques. En se concentrant sur d’autres problématiques, le Brexit met en danger l’outil clé de l’UE que sont les ETS (emissions trading scheme).

Enfin les élections américaines ont été une véritable surprise. Trump jette un froid sur l’accord de Paris et pourtant la crainte de son arrivée au pouvoir aura sans doute eu pour effet l’accélération de la ratification de l’Accord. Son discours pro-énergie fossile et ses récentes nominations à des postes clés tel que le CEO Rex Tillerson d’Exxon Mobil comme Secrétaire d’Etat, l’ancien gouverneur texan Rick Perry comme Secrétaire de l’Energie ou encore le Procureur Général d’Oklahoma Scott Pruitt à la tête de l’agence de l’énergie (EPA) font froid dans le dos. Ce dernier s’est opposé fortement aux programmes de l’EPA et en particulier le Clean Power Plan. Originaire du troisième état le plus important en gaz naturel des Etats-Unis, le secteur du gaz et pétrole peut être assuré d’une politique accommodante pour les années à venir.

Cependant l’objectif premier du futur président est l’emploi aux Etats-Unis. Sachant que le nombre d’emplois dans l’énergie solaire surpasse celui du charbon aux Etats-Unis, il est probable que le secteur du renouvelable ne soit pas trop mis à mal. En effet, ce dernier connait une création d’emploi à double chiffre ces dernières années, même supérieure à 20% clairement au-dessus de l’industrie pétrolière et gazière. L’industrie des renouvelables a considérablement amélioré son ratio coût/efficacité de sorte que l’argument de non-rentabilité n’est plus valable aujourd’hui. De plus, les politiques environnementales et l’implémentation des standards définis par l’EPA ressortent régulièrement de l’autorité des entités fédérées. C’est-à-dire les Etats qui peuvent aller plus loin dans leurs exigences comme par exemple la Californie ou le Nord qui ont adopté des programmes d’échange carbone. La réglementation et les forces de marché ont donc conduit une large majorité des entreprises à adapter leurs investissements et désinvestissements vers une économie à bas carbone et une marche arrière semblerait bien complexe.

Cependant comme pour l’ensemble du programme de Donald Trump, l’incertitude et l’ignorance règnent.

La ratification plus rapide qu’attendue de l’Accord de Paris démontre l’engagement croissant des nations et entreprises à l’échelon international. Le changement climatique est la priorité de la majorité d’entre eux qui, si non convaincue de l’urgence de l’action et de l’obligation morale qui peut en découler, voit l’opportunité de développement et le gain économique d’une production bas carbone et plus efficace énergétiquement. La Chine, en premier, qui reprend le flambeau délaissé par les Etats-Unis et l’UE cernés par d’autres préoccupations car bien consciente de l’enjeu d’apaisement social autour de la question de la pollution. Le smog régnant ces derniers jours sur la capitale et le nord du pays dicte sa dictature sur les transports et l’économie et conduit de plus en plus les Chinois à s’interroger sur leur futur réel.

Même la prestigieuse Agence Internationale de l’Energie (AIE) reconnait dorénavant que l’Accord de Paris est sans précédent et exige de véritables transformations dans le secteur énergétique avec un changement radical du rythme de décarbonation et d’efficacité énergétique. Et ainsi, une réaffectation majeure des capitaux s’impose.

Dans son dernier outlook mondial 2016 (World Energy Outlook), elle intègre son scénario 450 reposant sur 50% de chance d’atteindre l’objectif 2 dégrés de l’Accord de Paris ; perspective dorénavant intégrée dans son champ des possibles.

Même s’il était opportun de considérer un scénario plus ambitieux reposant sur un taux de réussite supérieur à 50%, ce nouveau scénario démontre la révolution opérée et ouvre la voie aux renouvelables pour une extension aux secteurs industriels, du bâtiment et des transports.

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Durabilité : les Etats-Unis, des faiblesses connues…

Le 26 décembre 2016

L’analyse de durabilité des pays a pris tout son sens lors de la crise des souverains de la zone euro et a démontré l’importance de regarder les enjeux de durabilité au niveau des Etats afin d’anticiper leur capacité à rembourser leurs dettes et non leur capacité à accroître leur endettement. Le modèle repose sur les 5 grands piliers de durabilité – à savoir la transparence et les valeurs démocratiques (1), la population, les soins de santé et la distribution des richesses (2), l’environnement (3), l’éducation/innovation (4) et l’économie (5).

Tenant compte de différents facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance, les Etats-Unis se positionnent sous la moyenne de l’OCDE.

La faible durabilité s’explique essentiellement par des critères environnementaux et sociaux.

D’une part, l’utilisation du charbon reste importante aux Etats-Unis. Source d’énergie peu coûteuse, elle est fortement émettrice de gaz à effet de serre. D’autre part, l’énergie renouvelable reste en-dessous de la moyenne observée dans le mix énergétique du pays.

Du côté social, l’inégalité des classes est connue aux Etats-Unis et le coefficient GINI qui mesure celle-ci, en partie, le démontre.. L’importance de la population carcérale pèse également dans la balance. L’obésité généralisée est une problématique à moyen et long terme pour la population qui encourt un risque de santé important et des conséquences financières liées importantes

Si de manière générale les Etats-Unis affichent un score satisfaisant en matière de démocratie et libertés, sa non-reconnaissance de la Cour Internationale de Justice ou de la Convention d’Ottawa sur les mines anti-personnelles est à regretter. Tout comme la peine de mort non abolie dans certains Etats.

… des forces trop peu nombreuses

Un domaine où clairement les Etats-Unis ont l’avantage est l’innovation. Que ce soit en dépenses en R&D ou en brevets enregistrés, les Etats-Unis restent leaders en la matière.

L’innovation est un enjeu clé pour les pays développés et les Etats-Unis l’ont bien compris. Le taux d’emploi de l’immigration est également supérieur à plusieurs Etats membres, notamment la Belgique et s’explique en partie par la volonté américaine d’une immigration qualifiée. Le taux de qualification de l’immigration américaine et canadienne est nettement supérieur à celle auquel fait face l’Europe. En effet, les deux tiers des migrants accueillis par les Etats-Unis et le Canada sont diplômés du tertiaire soit près du double de celui observé en Europe.

Peu d’amélioration à prévoir

Les déclarations de Donald Trump ne présagent pas d’un retournement de la situation, au contraire. En effet, s’il apparait assez clairement que Trump ne sortira pas officiellement de l’accord de Paris, signé par son prédécesseur, il n’en reste pas moins vrai qu’il mettra peu en œuvre pour atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre, engagés dans l’Accord. Ses déclarations durant la campagne soutiennent les énergies fossiles notamment l’augmentation de la production de charbon, la révision de l’exploitation du pipeline pétrolier Keystone XL, l’exploitation du gaz et pétrole en Alaska et dans le golfe du Mexique.

Bien que le plan « America First Energy Plan » de Trump rejette l’importance du changement climatique, plusieurs études montrent que la vulnérabilité du pays face à celui-ci n’est pas des moindres : notamment selon l’indice ND-GAIN, la vulnérabilité américaine est plus importante que la moyenne de l’OCDE.

L’engagement de baisser les taxes des entreprises de 35 à 20% est plutôt positif sur la transparence fiscale des entreprises américaines, qui n’auront plus d’intérêt à taxer leurs revenus dans les pays à fiscalité plus avantageuse. Il est difficile aujourd’hui de juger si le rapatriement des revenus aux Etats-Unis compensera la diminution des recettes fiscales. De même la croissance de l’emploi, objectif premier du programme Trump permettra-t-il également de compenser le bilan ? Car, si sur le court-terme, ce type de mesures est appréciable, il peut poser un risque sur le moyen terme pour le financement des politiques publiques. Si la mesure ne s’accompagne pas d’une réelle croissance économique, les secteurs de l’éducation et de la santé seront en première ligne des restrictions budgétaires d’une économie américaine, déjà fortement endettée. Une amélioration du score américain sur ces deux piliers de durabilité est donc difficile à présager. 

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Trump jette un froid sur la lutte contre le réchauffement climatique

Le 22 novembre 2016

C’est durant le 22e Sommet Onusien sur le Changement Climatique (COP 22) qui se tient actuellement à Marrakech que tombe l’annonce de la victoire de Donal Trump à la course à la maison blanche.

Si les craintes du Brexit pour la ratification de l’accord de Paris se sont vite dissipées, c’est ici un nouvel obstacle qui s’annonce pour le succès de l’accord dorénavant en vigueur.

En effet, fort de ses effets d’annonce, Trump a régulièrement commenté son opinion sur le changement climatique, notamment en proclamant le réchauffement climatique comme concept inventé par et pour les Chinois afin de nuire à la compétitivité de l’industrie américaine.

Les Etats-Unis représentent 16.4% des émissions globales et ont un rôle majeur à jouer dans le réchauffement climatique et la qualité de l’air. De plus, comme dans toute négociation internationale, les Etats-Unis sont un interlocuteur majeur dans les négociations sur les politiques climatiques.

Le résultat des élections américaines est donc de taille pour l’implémentation de l’Accord de Paris.

L’accord de Paris est entré en vigueur le 4 novembre dernier, suite à la ratification d’au moins 55 parties et la représentation de 55% des émissions globales. La conférence COP 22 qui se tenait au Maroc jusqu’au 18 novembre a pour but principal de définir l’implémentation de l’accord de Paris. Il convient en effet de définir le cadre de mesure et d’implémentation des différents plans climatiques de chacune des parties, difficilement comparables en l’état actuel, avant 2020. La ratification par un pays entraine que ses contributions nationales déterminées “intentionnelles” deviennent l’objectif et ne soient plus “intentionnelles”.

L’organisation du pouvoir américain laisse une certaine place au pouvoir et contre-pouvoir avec le Congrès et la Chambre des Représentants et rassure un peu sur le fait que Donald Trump n’est pas seul à bord.

S’il a déclaré que les Etats-Unis sortiraient de l’accord de Paris, la mise en pratique ne sera pas évidente. En effet, pour sortir de la ratification de l’accord, le pays doit introduire un préavis de 3 ans, qui sera effectif l’année suivante, un total dès lors de quatre années. En d’autres termes, si Trump introduisait son préavis le premier jour de sa présidence (20 janvier 2017), les Etats-Unis resteraient liés à l’accord jusque janvier 2021 c’est à dire dans la période de réduction des émissions (2020-2030) et après les prochaines élections présidentielles. Le risque est donc limité. Cependant, techniquement Trump peut également décider de sortir les Etats-Unis de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) où le délai de préavis n’est que d’un an, ce qui lui permettrait de se libérer de toutes les obligations liées à la CCNUCC y compris l’accord de Paris. Il va sans dire qu’une telle démarche serait fortement critiquée pour la diplomatie internationale.

Au-delà du retrait de l’Accord de Paris, Donald Trump défend un marché de l’énergie dérégulé, une énergie bon marché pour le consommateur et les industries américaines, et l’indépendance énergétique des Etats-Unis. Son soutien aux énergies fossiles est explicite et les énergies renouvelables, à moins qu’elles soient concurrentielles économiquement parlant, vont être négativement impactées.

Trump ambitionne d’augmenter la production de charbon, de revoir l’exploitation du pipeline pétrolier Keystone XL ainsi que l’exploitation de gaz et pétrole en Alaska et dans le golfe du Mexique.

Ce serait bien entendu une marche arrière substantielle bien malheureuse après les nombreux progrès enregistrés par Obama en la matière. En effet, alors que les Etats-Unis étaient en queue de peloton en matière de changement climatique, les deux mandats d’Obama ont permis l’adoption de plusieurs plans environnementaux majeurs tels que le Clean Power Plan, Climate Action Plan, Clean Water Rule ou encore l’accord bilatéral sur le climat avec la Chine qui a permis le succès de la COP 21.

La nomination du 9e siège vacant à la Cour Suprême pourrait être déterminant dans les plans de Donald Trump. En effet, la Cour Suprême détient le pouvoir de bloquer les lois adoptées par le Congrès jugées non constitutionnelles. Le candidat proposé par Obama n’avait pas été retenu faute de la proximité des élections. A voir si Trump parviendra à placer un de ses poulains.

Enfin, l’implémentation de l’accord de Paris requiert un financement important. L’annonce de Trump d’arrêter les soutiens financiers américains aux programmes des Nations Unies pose dès lors un risque important. Les Etats-Unis ont versé USD 11.6 milliards en R&D pour le climat en 2014; Ils soutiennent pour USD 26.1 milliards les programmes climatiques selon le American Recovery and Reinvestment Act de 2009. Ils ont également fait un dépôt initial de USD 500 millions pour le Green Climate Fund pour lequel ils se sont engagés à verser 3 milliards USD. Si les chiffres peuvent paraître faibles face au PIB du pays, ils sont importants face à l’ampleur des besoins.

La rapidité de ratification de l’Accord de Paris tend à prouver le sérieux de la prise de conscience du problème climatique. 82 parties ayant ratifié l’accord discutent actuellement ses modalités d’implémentation. La victoire de Trump jette indéniablement un sacré froid pour la lutte contre le réchauffement climatique. A espérer que ses effets d’annonce resteront du vent.

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Faut-il avoir peur d’une notation ESG de sa sicav ?

Le 26 octobre 2016

« Au secours mon fonds va être noté ESG ! ». Petite révolution au sein du monde des fonds de placement et sicav il y a quelques mois à l’annonce de Morningstar et d’une notation ESG des fonds présents dans leurs bases de données.

En effet, sur base de la recherche environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) de l’agence de notation extra financière Sustainalytics, Morningstar donne dorénavant une notation ESG aux fonds de sa base de données. Au plus le fonds est considéré de qualité élevée en termes d’environnement, social et de gouvernance, au plus il se voit recevoir de « planètes ».

Cette annonce a créé quelques émotions et réactions vives auprès des gérants d’actifs car cette notation concerne tous les fonds d’investissement hors obligations souveraines, qu’ils aient ou non un objectif d’investissement durable et des critères de sélection ESG au sein de leur processus d’investissement. Nous ne reviendrons pas sur l’absence de définition d’un « investissement socialement responsable ». C’est un autre débat mais la publication d’une notation ESG d’un fonds pourrait sous-entendre un engagement d’amélioration de cette notation, ce qui n’est pas l’objectif de tous.

Cela aurait pu s’arrêter là si quelques jours après cette annonce, le concurrent principal, MSCI ESG Ratings, n’annonçait pas une démarche basée sur la recherche extra-financière ESG de MSCI ESG Ratings.

La course entre concurrents d’être le premier sur une innovation du marché est claire. Mais finalement quel est l’objectif d’une telle démarche, que se cache-t-il derrière cette notation ESG et pourquoi l’industrie la craint-elle ?

Une méthodologie solide et rigoureuse

Qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre fournisseur, les ressources en matière de recherche extra-financière sont solides. En effet, entre 140 et 150 analystes se partagent les différents secteurs et régions afin d’analyser au mieux les entreprises d’un point de vue environnemental, social et de gouvernance. Ils se concentrent sur les enjeux les plus matériels en fonction de leurs secteurs respectifs et émettent une cotation pour chacun des aspects afin de classer les entreprises des plus préparées face aux enjeux ESG au moins préparées. Soit une approche dite du « best-in-class » dans le jargon de l’investissement responsable.

Le processus d’évaluation est établi depuis plusieurs années et suit constamment les progrès enregistrés dans le domaine afin de sélectionner les facteurs les plus pertinents et les plus matériels.

Cependant, nous l’avons déjà mentionné au sein de ce blog, la méthodologie de notation extra financière d’une entreprise et l’approche « best-in-class » comportent plusieurs biais en faveur des plus grandes capitalisations internationales et au détriment des plus petites capitalisations, particulièrement des pays émergents. Ces biais se retrouvent naturellement au sein de la notation agrégée du portefeuille d’investissement.

Mon fonds est noté 3 globes, bien ou peut mieux faire ?

Que la notation soit sous forme d’un nombre de globes attribués (Morningstar) ou d’une cotation entre 0 et 10 (MSCI ESG Ratings), finalement que signifie-t-elle pour l’investisseur ?

Probablement peu de choses. En effet, il s’agit ici d’une moyenne pondérée de notations des titres individuels couverts.

Tout d’abord, comme toute moyenne, un portefeuille peut très bien être investi dans des sociétés à profils extrêmes – soit les pires entreprises en matière d’enjeux ESG et les entreprises modèles en la matière – et obtenir la même moyenne qu’un portefeuille qui ne serait investi dans aucune société du bas de classement ESG mais se contenterait des sociétés à profil raisonnable ESG.

Ensuite, la couverture des instruments sous-jacents joue un rôle important. En effet, seuls les titres couverts par la recherche des agences sont pris en compte et la notation des titres couverts est ramenée au total du portefeuille. En d’autres termes, si vous êtes investis dans un portefeuille comprenant 4 multinationales ayant les ressources de remplir les questionnaires et autres politiques et programmes de la recherche indépendante et 25 petites capitalisations belges et étrangères peu couvertes, la notation de votre investissement sera celle finalement des 4 grandes multinationales et peut être assez élevée. Parallèlement, le portefeuille investi dans quelques moyennes capitalisations, typiquement moins bien cotées, aura une notation plus faible au niveau agrégé du portefeuille en ayant peut être des entreprises innovatrices en matière de durabilité environnementale ou sociale. C’est ainsi que certains portefeuilles investis fortement en pétrolières se sont vus attribuer une meilleure notation que des portefeuilles investis en petites entreprises innovatrices dans des segments particuliers de durabilité.

Il faut également faire attention à la catégorie dans laquelle votre fonds d’investissement est classé. Par exemple, un fonds mondial investi principalement dans les pays développés aura probablement une meilleure notation qu’un fonds également mondial mais davantage exposé aux marchés émergents car il existe une forte corrélation entre le taux de publication et le taux de qualité ESG. Au plus une entreprise publie des informations de type ESG, au plus la qualité ESG est élevée. Il y a ici une tentative de standardisation d’un modèle ESG qui n’est pas toujours adapté à tout portefeuille et toute stratégie. La réduction à un nombre quantitatif (de planètes ou sur une échelle de 1 à 10) et comparatif perd toujours en granularité de l’information et est peu perméable à la diversité des approches d’investissement.

Enfin peut toujours exister également le risque de conflit d’intérêt que les agences de notation extra financière n’oserait pas mal noter les entreprises clientes. Cependant, ce risque est moindre puisque les agences de notation extra financière sont typiquement rémunérées par les sociétés d’investissement qui utilisent leurs recherches dans leurs processus d’investissement. Les entreprises notées ne rémunèrent pas les agences de notation et ont le droit de réponse par rapport à la notation et aux controverses qui leur sont reprochées.

L’attrait de la démarche … plus de transparence et de sensibilisation

Fortement critiquée par les gérants d’actifs qui, en fin de compte « n’avaient rien demandé », la démarche a un double avantage. D’abord, en publiant une notation – qui vaut ce qu’elle vaut – elle suscite l’interrogation sur cette dernière, sa provenance, sa signification, sa raison d’être et amène les investisseurs à davantage s’interroger sur l’intégration des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les décisions d’investissement.

Ensuite, si quelque peu réductrice, l’approche conduit à davantage de transparence qui ne peut qu’être bénéfique à moyen et long-terme pour l’investisseur. Par cette information complémentaire et cette transparence, le mouvement d’investissement responsable, qui vise à intégrer systématiquement les facteurs ESG dans les décisions d’investissement, se généralise à tous les investissements. Il permet une plus grande prise en compte de ces facteurs au sein de la sphère financière et dès lors un plus grand levier d’impact.

C’est aussi le rôle des investisseurs responsables de suggérer des améliorations et d’interroger les agences de notation sur leur processus de cotation afin de promouvoir ensemble une finance responsable et durable pour le moyen et long-terme.

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Brexit : quel impact au niveau durabilité ?

Le 26 septembre 2016

Le Brexit a fait couler beaucoup d’encre, avant et après l’annonce du 23 juin dernier.

Même s’il reste de nombreuses incertitudes sur les conséquences mais aussi sur les modalités de sortie – notamment le délai –, nous pouvons toutefois nous interroger au sujet de l’impact potentiel des engagements environnementaux, sociaux et de gouvernance pris par le pays, et en particulier l’impact sur l’accord de Paris de décembre dernier.

L’engagement vis-à-vis de la Conférence Onusienne sur le Climat (COP 21) à Paris s’est fait au niveau de l’Union Européenne.

Au-delà de l’objectif 2020[1], l’UE a défini son objectif 2030. C’est-à-dire, 40% de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), 27% d’amélioration de l’efficacité énergétique et 27% comme part des renouvelables dans l’offre énergétique primaire. Cet objectif a été défini, le Royaume-Uni inclus, et s’articule autour de deux axes principaux: la réduction de GES et la part des renouvelables dans l’offre énergétique. Si le Royaume-Uni est en retard sur le deuxième axe, il est parmi les bons élèves sur le premier et son retrait de l’Union Européenne impacte l’engagement pris pour 2030.

En effet, si le Royaume-Uni ne compte plus dans les statistiques agrégées de l’Union Européenne, cette dernière sera contrainte de, soit revoir à la baisse son engagement, soit demander un effort plus important pour les membres restants afin de compenser. En effet, selon les calculs de HSBC, pour atteindre l’objectif de réduction de 40% des émissions de GES, les Etats Membres devraient contribuer à une réduction supplémentaire de 7.6%. Cela peut sembler dérisoire à partager entre 27 états. Cependant, face à la résistance de certains pays gros émetteurs, la tâche n’est pas aisée. De plus, la voix des membres gros émetteurs ayant affiché un certain scepticisme climatique, notamment le bloc de l’Europe de l’Est, s’accroit au sein du Parlement Européen avec le retrait du Royaume-Uni. Ce qui met en péril un engagement vers davantage d’efforts et donc d’investissements plus importants pour décarboniser leurs systèmes énergétiques.

Si cela avait néanmoins lieu, il faudra supposer également un impact plus important pour les sociétés et industries actives dans les Etats Membres contraintes de contribuer à la transition énergétique. Nous pourrions même pousser le scénario plus loin et envisager quelques délocalisations vers les réglementations plus laxistes en termes d’émissions. Un peu ce que nous voyons sur le terrain fiscal… au pays le plus offrant…

L’Union Européenne peut également annoncer une révision à la baisse de son engagement, un message qui serait bien négatif vue l’importance de l’enjeu et l’urgence d’agir.

Cependant, le Royaume-Uni, avec ou sans l’Union Européenne, peut également s’engager fortement sur la voie du changement climatique. Il faut en effet souligner que le pays a adopté en 2008 le Climate Change Act qui reste toujours d’application et vise une réduction de 80% des GES d’ici 2050. Ensuite, le comité sur le changement climatique est bel et bien existant au niveau national et travaille aux engagements du pays en matière de réduction de GES et d’efficacité énergétique. Comme souligné plus haut, le Royaume-Uni a atteint des résultats significatifs en la matière. Sur la période 1990-2014, la consommation énergétique du pays a baissé de 10% alors que le PIB augmentait de 65%. A titre de comparaison, la moyenne pour l’Union Européenne des 28 Membres représentait une baisse de 4% de la consommation pour une augmentation du PIB de 49%. Enfin, le Royaume-Uni peut ratifier l’Accord de Paris à titre individuel comme tout autre pays.

Le Royaume-Uni surperforme l’UE en matière d’efficacité énergétique sur la période 1990-2014

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En matière de renouvelables cependant, le pays a des progrès à faire et ne pose aucun risque de retard dans les objectifs de l’Union Européenne. En effet, les énergies renouvelables ne représentaient que 6.93% de l’offre en énergie primaire au Royaume-Uni comparée à 12.53% pour l’Union Européenne en 2014. Les évolutions, et notamment l’engagement du gouvernement vers plus de nucléaire et de gaz, laissent penser que le pays n’atteindra ni l’objectif de 2020 ni celui de 2030.

Les nombreuses incertitudes planant sur le Brexit soulèvent également plusieurs questions sur l’impact potentiel en matière d’engagement environnemental en particulier l’Accord de Paris, jugé historique pour la prise en compte du risque carbone.

Si les incertitudes règnent également ici et que plusieurs scénarii sont possibles, il faut reconnaître que le risque principal à court terme réside dans le retard de ratification de l’Union Européenne de l’Accord. Pour rappel, l’Accord obtenu en décembre dernier entrera en vigueur s’il est ratifié par au moins 55 parties représentant minimum 55% des émissions globales de la planète. Bien que 197 parties l’aient adopté aujourd’hui, la ratification fin juin ne comptait que 19 parties représentant 0.18% des émissions globales. L’Union Européenne devait compter pour 28 Etats Membres et 12.1% des émissions et être dès lors un contributeur important au succès de la ratification. Le Brexit retarde cette ratification et dès lors éloigne l’objectif des 55 parties et 55% des émissions. Si le climat n’est pas la priorité des discussions de modalités de sortie, il n’en reste pas moins que le changement climatique a lieu aujourd’hui et demande une réponse globale, ambitieuse et rapide.

[1] l’UE s’engage à une réduction de 20% de ses émissions de gaz à effet de serre, 20% d’optimisation de l’efficacité énergétique et que les renouvelables représentent 20% de l’approvisionnement énergétique. Les objectifs énumérés s’entendent par rapport à l’année de référence 1990.

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Principes d’Investissement Responsable des Nations-Unis : 10 ans déjà !

Le 25 juillet 2016

Les Principes d’Investissement Responsable, sponsorisés par les Nations-Unies, fêtent cette année leurs dix ans d’existence. A la vue de l’impressionnante croissance du nombre de signataires et d’actifs sous gestion représentés, les principes au nombre de six sont clairement un succès.

Graphe : Evolution des signataires aux Principes d’Investissement Responsable (UN PRI)

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Pour rappel, les six principes sont des principes de promotion des meilleures pratiques afin d’encourager l’adoption de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et promouvoir une finance plus durable et à plus long-terme.

Bien que les principes soient non contraignants mais plutôt de l’ordre de la guidance, les signataires des PRI doivent depuis deux ans obligatoirement rapporter sur l’évolution de l’implémentation des principes au sein de l’organisation. Ce reporting obligatoire a été une première avancée pour les PRI en leur accordant un poids certain. De plus, l’évaluation réalisée par les PRI sur base de ce reporting annuel permet également de mettre en évidence les forces et faiblesses de l’état d’avancement de mise en place des principes. Le signataire est informé de la progression d’implémentation comparée aux autres signataires de taille similaire ou signataire la même année et des pistes d’amélioration à suivre.

L’engagement aux PRI explique l’intégration croissante de critères ESG dans les démarches d’investissement, qu’elles aient un objectif formel durable ou non. De plus, il a également incité les investisseurs à prendre davantage leur responsabilité actionnariale et justifie en partie la croissance des engagements actionnariaux envers les entreprises. Il offre d’ailleurs l’opportunité de rejoindre d’autres signataires sur une plateforme d’engagement collaboratif, précieux pour les plus petits acteurs.

Aujourd’hui, les PRI font appel à leurs signataires pour l’objectif de la prochaine décennie. La première avait pour mission de conscientiser davantage le monde de la finance sur l’importance des enjeux ESG. Celle à venir, intitulée « passer de la sensibilisation à l’impact », vise à gagner davantage d’impact et de résultats tangibles pour un développement économique durable et équitable. Les projets et initiatives seront présentés début 2017 sur base des propositions faites dans la communication adressée aux signataires. D’ores et déjà certaines pistes d’amélioration ont été identifiées telles que plus de clarté autour des objectifs et de leurs ambitions ou encore la recherche d’un plus grand impact sur le « monde réel ». Une réflexion vise également l’intégration en parallèle des objectifs de développement durable des Nations Unies aux PRI.

En consultant ses signataires, les PRI visent à nouveau une plus grande responsabilisation des acteurs du monde financier pour une finance plus durable et à plus long-terme. On ne peut que s’en réjouir !

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Quels enseignements tirer de trois ans d’analyse de durabilité dans les économies émergentes ?

Le 23 juin 2016

En 2013, le niveau de développement des économies émergentes ne semblait pas permettre d’évaluer leur degré de durabilité. Or, après 3 ans d’analyse par nos experts, le sujet semble bien avoir démontré tout son sens !

Une approche adaptée aux enjeux des pays émergents

Afin de répondre aux particularités des économies émergentes, la méthodologie de durabilité a évidemment été adaptée aux problématiques propres de l’univers. Si le modèle repose sur les 5 grands piliers de durabilité – à savoir transparence et valeurs démocratiques (1), population, soins de santé et distribution des richesses (2), environnement (3), éducation/innovation (4) et économie (5) – les facteurs d’observation se différencient en se concentrant sur les enjeux majeurs de ces économies tels que l’accès à l’eau, l’éducation primaire ou le respect des droits politiques et libertés civiles.

par défaut 2016-06-15 à 15.41.39De plus, la méthodologie développée fait l’objet d’une révision semestrielle au sein d’un groupe de réflexion avec des experts externes pour une amélioration constante du modèle. Ainsi, sur les trois dernières années, les sources d’information se sont considérablement améliorées et les données sont davantage disponibles pour un plus grand nombre de pays. Ensuite, la méthodologie n’a eu de cesse de s’améliorer notamment par l’ajout d’indicateurs supplémentaires et par la couverture d’un nombre croissant de pays (passant de 84 à 87 économies émergentes entre 2013 et 2016).

Mesurer la dynamique de l’amélioration, essentiel dans l’univers observé

La dernière amélioration de la méthodologie porte sur le poids de la tendance dans la mesure de performance de durabilité des pays. La tendance a pour objectif de mesurer la dynamique d’un pays afin de s’améliorer sur les différents axes de durabilité et se mesure ici par les progrès enregistrés sur les trois dernières années. Le dernier classement a porté le poids de cette tendance de 25% originellement à 50% aujourd’hui, ç’est à dire que le progrès affiché par un pays a autant d’importance que sa position absolue.

par défaut 2016-06-15 à 15.42.08

Une analyse définitivement pertinente !

Si de nombreux observateurs pensaient qu’il était précoce de s’interroger sur la durabilité des pays émergents, les analyses de performance de cet univers démontrent la création certaine de valeur d’une telle approche.

D’abord, en se concentrant sur les aspects de transparence et de valeurs démocratiques, la méthodologie permet une première estimation du contexte politique du pays et de sa stabilité en regardant notamment la qualité de ses institutions de gouvernance, sa transparence ou son opacité (corruption, liberté de la presse) et le respect des droits primaires de sa population (droits politiques et libertés civiles). Ensuite, l’analyse de la population et de son bien-être permet également de détecter les faiblesses et les points de mécontentement et de soulèvement de la société civile, créant de l’instabilité, peu favorable aux investissements.

Dans le cadre d’un investissement en dette souveraine, la performance et la réduction du risque sont au rendez-vous. La contribution du filtre de durabilité est d’autant plus importante que les marchés sont volatils et baissiers et montre la force de l’outil dans l’appréhension des risques.

Une certaine prédictibilité ?

L’évolution de certains pays ces trois dernières années est également intéressante au regard d’un investissement potentiel.

Prenons l’exemple de l’Argentine, qui, récemment, est revenue sur le marché des capitaux internationaux avec un succès surprenant.

L’Argentine, qui reste historiquement l’exemple en matière de défaut de paiement pour les détenteurs d’obligations souveraines, est revenue sur les marchés de la dette internationale très récemment avec du papier sur 3, 5, 10 et 30 ans. L’émission, accompagnée d’un relèvement de la note de crédit par les trois principales agences de notation, a enregistré un franc succès en levant 15 milliards de dollars.

Fin mars, le sénat argentin clôturait l’implémentation d’un accord obtenu en février dernier entre le gouvernement et les détenteurs de dette argentine, victimes de la mise en défaut de paiement tristement célèbre de 2001 et ayant refusé la décote de 70% lors des négociations de 2005 et 2010. Cette clôture du dossier était nécessaire pour restaurer l’accès aux marchés des capitaux internationaux à l’Argentine, après 15 ans d’exclusion.

Les différentes démarches sont accueillies positivement par les investisseurs et par les agences de notation puisqu’elles laissent espérer une meilleure solvabilité et liquidité du pays. Cependant, l’analyse de durabilité et son évolution sur trois ans ne confèrent pas la confiance nécessaire pour revenir sur la dette argentine. En effet, la durabilité du pays ne semble pas s’améliorer. Au contraire, le pays perd 17 places sur les trois dernières années. Au niveau de la durabilité économique, le pays se classe en bas de peloton très loin de son voisin chilien et, à l’exception de son déficit courant, affiche des performances bien en-deça de la moyenne de l’univers étudié. Le manque de compétitivité de l’économie souffre fortement des problématiques observées en matière de transparence et de valeurs démocratiques. En effet, la crise institutionnelle profonde est notamment le résultat d’une inefficience de gouvernance, d’une corruption et d’une problématique d’éthique importante et, dès lors, d’une liberté économique répressive. Le pays affiche une détérioration de son classement en matière de corruption mais aussi au niveau des droits politiques et des libertés civiles. L’inégalité au sein de la population est également importante. La prévention santé ainsi que le taux de fécondité sont également sous la moyenne de l’univers. De plus, l’espérance de vie recule et classe le pays loin derrière son voisin chilien, par exemple.

C’est dans le cadre de l’éducation que les espoirs sont permis et visibles. Bien que les dépenses en la matière restent faibles, la population est lettrée en grande partie, bien davantage qu’au Chili, et le nombre d’enfants ayant achevé le cycle primaire est relativement élevé et supérieur au Chili à nouveau.

La dette argentine se traite à l’heure de la rédaction de cet article non loin des niveaux de la dette brésilienne, niveau difficile à justifier d’un point de vue durable.

Sur les trois dernières années, il faut également mettre en avant les résultats concrets des Millenium Development Goals, notamment très visibles au niveau de la mortalité infantile, l’éducation (l’accès à l’enseignment), l’accès à l’eau et la réduction de la pauvreté. Les résultats atteints combinés avec la hausse du critère de tendance à 50% permettent à certains pays, notamment africains, à sensiblement remonter dans le classement. Il faudra regarder de près les successeurs des Millenium Development Goals, à savoir les Sustainable Development Goals et ne pas sous estimer leur impact direct sur les axes de durabilité

Indéniablement, une analyse de durabilité apporte de la valeur ajoutée à toute décision d’investissement.

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Quelle est la valeur de la durabilité dans les économies émergentes ?

Le 18 mai 2016

L’analyse de durabilité dans les économies émergentes a tout son sens ! Les cinq piliers suivants définissent la durabilité d’un pays : transparence et valeurs démocratiques (1), population, soins de santé et distribution des richesses (2), environnement (3), éducation/innovation (4) et économie (5). L’enjeu est évidemment de répondre aux particularités des économies émergentes et adapter la méthodologie aux problématiques propres de l’univers. L’objectif est donc d’identifier les défis majeurs auxquels sont confrontés ces économies afin de retenir celles les plus à mêmes à afficher une croissance durable. Lorsqu’un pays affiche une croissance à deux chiffres alors qu’il ne peut répondre aux besoins primaires et vitaux de sa population, clairement la durabilité de la croissance à moyen et long terme est questionnable.

Les facteurs d’observation se différencient en se concentrant sur les enjeux majeurs de ces économies tels que l’accès à l’eau, l’éducation primaire ou le respect des droits politiques et libertés civiles.

La méthodologie fait l’objet d’une révision semestrielle au sein d’un groupe de réflexion avec des experts externes pour une amélioration constante du modèle. Ainsi sur les trois dernières années, les sources d’information se sont considérablement améliorées et les données sont plus disponibles pour un plus grand nombre de pays. Ensuite, la méthodologie n’a eu de cesse de s’améliorer notamment par l’ajout d’indicateurs supplémentaires et par la couverture croissante des pays qui est passée de 84 à 87 économies émergentes entre 2013 et 2016.

S’il peut paraître précoce aux yeux de certains de se concentrer sur la durabilité sociale, environnementale et de gouvernance des économies dites émergentes puisqu’en pleine révolution de croissance, il est donc pertinent de s’attarder sur la dynamique de croissance et de progrès affichés par ces pays. Ainsi l’aspect évolution doit être partie prenante du modèle d’analyse. Après réflexion et débat nous avons même décidé de rehausser le poids de cette mesure de tendance jusqu’à 50% montrant par là que, dans le contexte des économies émergentes, les progrès enregistrés ces dernières années nous semblent tout aussi importants que le résultat enregistré actuellement.

Si beaucoup pensaient qu’il était précoce de s’interroger sur la durabilité des pays émergents, les analyses de performance de l’univers démontrent la création certaine de valeur d’une telle approche.

D’abord, en se concentrant sur les aspects de transparence et de valeurs démocratiques, la méthodologie permet une première estimation du contexte politique du pays et de sa stabilité en regardant notamment la qualité de ses institutions de gouvernance, sa transparence ou opacité (corruption, liberté de la presse) et le respect des droits primaires de sa population (droits politiques et libertés civiles). Ensuite, l’analyse de la population et de son bien-être permet également de détecter les faiblesses et les points de mécontentement et de soulèvement de la société civile, créant de l’instabilité, peu favorable aux investissements.

L’évolution de certains pays ces trois dernières années est également intéressante au regard de l’actualité. Prenons l’exemple de l’Argentine, qui, récemment, est revenue sur le marché des capitaux internationaux avec un succès surprenant. L’Argentine, qui reste historiquement l’exemple en matière de défaut de paiement pour les détenteurs d’obligations souveraines, est revenue sur les marchés de la dette internationale très récemment avec du papier sur 3, 5, 10 et 30 ans. L’émission, accompagnée d’un relèvement de la note de crédit par les trois principales agences de notation en la matière, a enregistré un franc succès en levant 15 milliards de dollars. Fin mars, le sénat argentin clôturait l’implémentation d’un accord obtenu en février dernier entre le gouvernement et les détenteurs de dette argentine. Ces derniers, victimes de la mise en défaut de paiement tristement célèbre de 2001, avaient refusé la décote de 70% lors des négociations de 2005 et 2010. Cette clôture du dossier était nécessaire pour restaurer l’accès aux marchés des capitaux internationaux à l’Argentine, après 15 ans d’exclusion.

Les différentes démarches sont accueillies positivement par les investisseurs et les agences de notation puisqu’elles laissent espérer une meilleure solvabilité et liquidité du pays. Cependant, l’analyse de durabilité et son évolution sur trois ans ne confirment pas la confiance bien nécessaire pour revenir sur la dette argentine. En effet, la durabilité du pays ne semble pas s’améliorer. Au contraire : le pays perd 17 places sur les trois dernières années. Au niveau de la durabilité économique, le pays se classe en bas de peloton, très loin de son voisin chilien et à l’exception de son déficit courant, affiche des performances bien en-deça de la moyenne de l’univers étudié. Le manque de compétitivité de l’économie souffre fortement des problématiques observées au sein de la transparence et des valeurs démocratiques. En effet, la crise institutionnelle profonde est notamment le résultat d’une inefficience de gouvernance, d’une corruption et d’une problématique d’éthique importante et d’une liberté économique répressive. Le pays affiche une détérioration de son classement en matière de corruption mais aussi au niveau des droits politiques et libertés civiles. L’inégalité au sein de la population est également importante. La prévention santé ainsi que le taux de fécondité sont également sous la moyenne de l’univers analysé. Et l’espérance de vie recule et classe le pays loin derrière son voisin chilien, par exemple.

C’est dans le cadre de l’éducation que les espoirs sont permis et visibles. Bien que les dépenses en la matière restent faibles, la population est lettrée en grande partie, bien davantage qu’au Chili, et le nombre d’enfants ayant achevé le cycle primaire est relativement élevé et supérieur au Chili à nouveau.

Au regard de cette analyse, nous pouvons nous interroger sur la durabilité d’un investissement en dette argentine. Le temps nous dira si l’engagement vers une nouvelle politique est réel.

Comme pour les autres pays, il sera important de se pencher pour les années à venir sur les annonces versus les réalisations, démontrant le véritable engagement d’un pays sur les défis actuels où clairement les autorités publiques ont également un rôle à jouer et une responsabilité à prendre.

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Quelles solutions d’investissement dans un contexte de taux bas et d’exigences accrues ?

Le 20 avril 2016

Les intervenants, détenteurs et gestionnaires d’actifs évoquent les gestions plus actives, l’utilisation de dérivés pour contrer les taux au plancher. Peu d’acteurs lient l’exigence accrue de l’investissement responsable avec le contexte des taux bas. D’ailleurs, la recherche du moindre point de base et la chasse aux coûts sembleraient même réduire la place allouée à l’allocation ISR.

Deux réactions à ceci :

  • L’ISR ne devrait pas être vu comme une niche à laquelle une petite partie de l’allocation du portefeuille peut être dédiée. Au contraire, l’investissement responsable doit être intégré à la gestion comme véritable outil de gestion.
  • L’ISR n’est pas une source de coût suite à une réduction de la diversification des univers. Il contribue à l’optimisation du couple rendement/risque en permettant justement, dans un contexte de taux bas, de rechercher du rendement mais pas à n’importe quel prix.

Dans le cadre d’une gestion active, l’investissement responsable, intégré dans le processus d’investissement en amont comme en aval, permet avant tout un autre regard sur l’investissement et une interrogation plus approfondie sur les intentions du management, son business plan et donc également une meilleure appréciation de la rémunération du risque.

Face aux taux au plancher, depuis un moment maintenant, l’investissement responsable est une solution à considérer.

La recherche de rendement a poussé de nombreux investisseurs fin 2012 vers la dette souveraine émergente. Ici, une approche d’investissement responsable et durable prend tout son sens et permet de différencier les pays les plus risqués et les dettes les plus instables.

Les trois dernières années, marquées par une instabilité certaine de la dette émergente, ont permis de mettre en évidence l’apport d’un filtre de durabilité des pays. En s’interrogeant sur les dimensions de durabilité telles que la transparence et les valeurs démocratiques (1), la population, les soins de santé et la répartition des richesses (2), l’environnement (3), l’éducation/innovation (4) et l’économie, nous pouvons identifier les pays les plus avancés en terme de durabilité et estimer davantage les risques liés aux pays moins bien classés. Ainsi, le filtre montre une contribution importante dans l’alpha de la stratégie lors des marchés baissiers, en jouant un rôle de stabilisateur et résiliant aux risques extrêmes et permet au portefeuille de baisser moins que les marchés (beta inférieur à un). Dans les marchés haussiers, cette contribution est moindre, laissant davantage de contribution de valeur à l’expertise de gestion. Elle reste néanmoins positive de sorte que le portefeuille participe au rallye avec un beta égal à un.

Les taux bas perdurent également suite au contexte de faible croissance. Dans cet environnement, il y a lieu de rechercher les sociétés de haute qualité. La définition de celles-ci intègre, par nature, des sociétés durables c’est à dire capables de perdurer dans le temps et donc qui s’interrogent et intègrent les défis environnementaux, sociaux et de gouvernance auxquelles elles doivent faire face. D’une part, l’analyse d’investissement responsable permet d’éviter les risques extrêmes avec des sociétés peu préparées aux enjeux de demain.

D’autre part, les sociétés qui survivront sont celles qui innovent en tablant sur les enjeux comme opportunités pour demain. Les sociétés de haute qualité sont souvent assimilées à des actions chères. Si la valorisation en termes de cours sur bénéfice peut sembler élevée par rapport aux pairs, il ne faut pas sous-estimer le potentiel de croissance supérieur sur le moyen et long terme. Les investisseurs sont prêts à payer davantage pour la croissance. Ces entreprises sont celles qui sont innovatrices, compétitives et qui disposent d’une marge de pouvoir de prix par rapport à leurs pairs notamment par des barrières importantes à l’entrée. Sur le moyen et long terme, ce sont les profits des entreprises qui déterminent la croissance de valeur pour les actionnaires, prêts dès lors à payer une prime supérieure pour une croissance plus constante.

La sélection des valeurs individuelles est donc particulièrement importante et l’interaction entre l’expertise de gestion et l’investissement responsable est la clé pour une analyse globale de l’entreprise sur tous les enjeux auxquels elle doit faire face. Dès lors, l’ISR n’est pas une niche mais un outil intégré afin de regarder la société dans sa globalité vis-à-vis de l’ensemble des parties prenantes.

L’investissement responsable aide donc la gestion dans sa recherche de rendement avec un risque mesuré et est une réponse en soi au contexte de taux bas.

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La corruption ne payerait-elle pas ?

Le 17 mars 2016

Voilà une conclusion intéressante de la très renommée Harvard Business School[1].

Alors que beaucoup continuent à croire qu’il est impossible de faire des affaires dans certaines régions du monde sans pots de vin, cette étude a eu l’opportunité unique d’accéder à des données confidentielles sur la lutte contre la corruption. Elle a analysé un échantillon de près de 480 multinationales dans 32 pays. Ainsi, si la corruption accélère les ventes locales, son effet global sur les données financières de la société est nul.

La croissance des ventes sur les trois dernières années des sociétés présentant les programmes les plus robustes en matière de lutte contre la corruption s’élève à 2,6% de moyenne ; à comparer avec une croissance moyenne de 14,1% pour les sociétés moins scrupuleuses. Néanmoins, cela ne se traduit pas par un retour sur action supérieur pour ces dernières et démontre que  les coûts de la corruption ne sont pas compensés par la hausse des ventes.

Face à des avis partagés sur les pratiques locales de corruption, les managers ont souvent pensé de manière conventionnelle que le choix n’existait pas dans de grandes parties du monde et les méthodes de compensation basées traditionnellement sur la croissance des ventes ont renforcé cette approche. Cependant, comme l’indique le rendement sur action, les coûts des contrats corrompus ne sont pas compensés par les gains de hausse de ventes. Et le risque de réputation est grand puisque le risque de médiatisation est plus élevé. En effet, l’étude montre que la première moitié du classement étudié n’a pas été citée dans la presse sur un sujet de corruption alors que 25% du reste de l’échantillon ont fait l’objet d’au moins 5 articles sur les trois dernières années.

Pour leur recherche, les auteurs George Serafeim et Paul Healy ont eu accès aux indices de corruption des entreprises, réalisés par l’ONG Transparency International. Transparency International publie chaque année une étude agrégée de l’état de la corruption dans les multinationales, en se basant sur 14 indicateurs articulés autour de la stratégie de lutte contre la corruption, les politiques et les systèmes de gestion. Les deux auteurs ont également complété les indicateurs de Transparency International, basés sur le principe de self reporting, par leurs propres recherches notamment sur le cadre réglementaire d’application et de suivi de la lutte contre la corruption mais aussi les risques de corruption comme la prévalence de pots de vin dans certaines industries ou pays d’origine des entreprises et enfin la gouvernance d’entreprise (en particulier l’indépendance des conseils d’administration). Leurs propres facteurs ont confirmé que bien que self reporting, les notations de Transparency International reflétaient bien l’engagement de lutte contre la corruption.

La lutte contre la corruption gagne en ampleur. Que ce soit au niveau d’un pays ou d’une société, la facture est de plus en plus salée. En effet, pour les sociétés, l’amende financière tend à être proportionnelle aux revenus et n’est plus plafonnée. Quant aux pays, la corruption crée un cadre de fonctionnement peu propice aux affaires avec des conséquences directes pour le bien-être de leur population et des risques d’instabilité importante. C’est ainsi que Transparency International dénonce la corruption comme l’un des facteurs majeurs de la crise des réfugiés, la plus importante à laquelle les pays européens sont confrontés depuis la seconde guerre mondiale. En effet, les passeurs corrompent les officiers douaniers pour des passeports et visas frauduleux. Le trafic est estimé à plusieurs milliards de dollars, la corruption sévissant du début du processus jusqu’à la destination finale.

La corruption n’est évidemment pas la seule raison de ce mouvement de masse des populations. Cependant, une corruption généralisée affaiblit la légitimité et la stabilité d’un gouvernement et davantage quand celui-ci ne parvient pas à répondre aux besoins primaires de sa population.

Chaque année, l’ONG publie son classement de perception de la corruption dans 168 pays. Cette information est clé pour la durabilité d’un pays mais aussi pour mesurer le risque d’instabilité des entreprises actives dans les pays les plus corrompus.

Les enjeux liés à la corruption sont des éléments importants pour un investisseur, qu’il soit actionnaire ou détenteur d’obligation. Un investisseur averti en vaut deux.

[1] An Analysis of Firms’ Self-Reported Anticorruption Efforts

Paul M. Healy and George Serafeim, Harvard University

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Taxation des entreprises : quand la transparence est requise

Le 10 février 2016

Nous l’avions déjà évoqué dans nos quatre thèmes ESG de l’année, les entreprises font face à une demande de plus en plus croissante pour plus de transparence de leur démarche fiscale. Que la pression vienne des consommateurs et citoyens de répondre à une certaine moralité de licence civique d’opérer ou des autorités réglementaires qui se montrent de plus en plus entreprenantes en initiatives mais également en amendes et autres pénalités ; les entreprises se doivent d’être plus transparentes et responsables.

D’une part l’OCDE a adopté son Base Erosion and Profit Shifting Action Plan (BEPS), visant essentiellement à travers ses quinze mesures de lutter contre les pratiques fiscales illicites.

D’autre part, la Commission Européenne prend également le sujet à bras le corps en adoptant une directive en ligne avec le BEPS mais également en condamnant les Etats Membres pour concurrence déloyale. La Belgique en a fait les frais dernièrement. Selon une étude du Parlement Européen, le préjudice subi par les Etats Membres s’élèverait entre 50 et 70 millions d’euros par an.

L’enjeu est de taille mais la tâche compliquée. Il est en effet bien complexe de tracer une frontière stricte entre évasion fiscale et optimisation fiscale. Aujourd’hui, de nombreuses pratiques d’optimisation fiscale se réalisent dans un cadre réglementaire tout à fait légal et en toute transparence avec l’autorité compétente.

De plus, le succès des quinze mesures de l’OCDE dépend fortement de la cohérence et surtout de la coopération et de l’échange d’informations entre les membres sur l’implémentation du programme et sur les accords conclus entre les autorités de contrôle et les entreprises. Il s’agit donc essentiellement de standards internationaux qui seront vraisemblablement considérés comme meilleures pratiques mais l’aspect contraignant et uniforme de l’implémentation reste dépendant de la bonne volonté du pays membre, alors que pour beaucoup d’entre eux, la fiscalité des entreprises reste un pilier central de leur stratégie de développement économique.

Autre débat : la publication ou non de ce type d’informations. Alors que les mesures de l’OCDE vont plutôt vers une publication interne à l’usage des autorités fiscales, l’UE pourrait aller vers une information publique et ouvrir dès lors la porte au risque de mauvaise utilisation des données disponibles à des personnes moins qualifiées pour les interpréter de manière pertinente et correcte. Autre risque également, l’utilisation par la concurrence d’information sensible. Les autorités fiscales restent vraisemblablement les plus à même de collecter et juger de l’information.

Si l’impact sur les sociétés de ces différentes mesures est difficilement mesurable, l’initiative a le mérite d’exister, en particulier le reporting fiscal pays par pays. Aujourd’hui, la directive CRD IV oblige le secteur bancaire en Europe à publier ses données pays par pays et donne une première idée de ce type d’obligation d’information. Les institutions financières de l’Union doivent rapporter pays par pays leurs revenus, le nombre d’employés et succursales depuis juillet 2014 et également leurs bénéfices, taxes et subsides publics reçus dans leur déclaration fiscale 2015.

A rappeler que le reporting pays par pays est le grand maillon faible de l’engagement vers plus de transparence des entreprises, mis en évidence par le classement annuel de Transparency International. Les standards de reporting varient également d’une juridiction à l’autre, compliquant les comparaisons. Le reporting pays par pays donnerait aux investisseurs plus de transparence sur les payements fiscaux réalisés mais permettrait aussi une meilleure vision de l’exposition aux différents pays, en particulier ceux présentant une plus faible gouvernance, un risque plus élevé de corruption, voire un risque de violation des principes de base comme les droits humains et du travail et les risques ESG en général.

La volonté de transparence doit être encouragée et celle-ci peut s’évaluer également via d’autres axes que la taxation, sujet complexe et sensible. La transparence du management sur la composition de son conseil d’administration, sur ses processus de rémunérations, sur ses politiques de prévention de corruption ou ses programmes et leur niveau d’application à tous les échelons de l’entreprise inclus ses succursales et sa chaine de sous-traitance. Ici aussi la transparence fiscale n’est pas à l’abri d’un certain greenwash puisqu’elle peut être utilisée à des fins purement marketing. Néanmoins, défendre son comportement de contribuable responsable doit faire partie aujourd’hui de la responsabilité fiduciaire d’une entreprise. D’ailleurs, la stratégie fiscale d’une entreprise fait désormais partie de la méthodologie des indices durables Dow Jones.

Du point de vue de l’intégration des critères ESG, nous serons également attentifs à la stabilité de l’environnement fiscal dans lequel opère la société. En effet, il est parfois très difficile pour une entreprise d’anticiper et planifier – sans même parler d’optimisation – sa taxation étant donné les modifications constantes du cadre fiscal du pays. Si plusieurs pays prennent des mesures pour lutter contre l’érosion fiscale comme le Royaume-Uni et sa fameuse taxe Google ou encore l’Irlande qui s’alignerait sur les initiatives de l’OCDE, il ne faut pas perdre de vue qu’en général, ces initiatives s’accompagnent également d’un mouvement à la baisse des taux d’imposition notionnels. En effet, le gouvernement britannique a planifié la réduction de son taux d’imposition de 28% à 20% sur la période 2008-2015 et jusqu’à 18% en 2020.

Comme dit précédemment, si les bons élèves n’ont pas encore profité de leur comportement plus exemplaire que d’autres, la transparence fiscale va être un élément de plus en plus discriminant et payant sur le moyen et long-terme. Car, au-delà du risque financier d’amendes ou autres difficilement estimables, c’est le risque réputationnel qui pèse essentiellement suite au changement d’attentes de la société civile vis-à-vis des grandes multinationales principalement.

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Quels seront les grands thèmes de l’investissement responsable en 2016 ?

Le 13  janvier 2016

Les grands thèmes de 2015 domineront encore l’an prochain.

1. Investissement bas carbone – désinvestissement des énergies fossiles et le concept des « stranded assets »

Au cœur des débats de la COP 21 à Paris, le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles, majoritairement du charbon, a marqué par son importance. Longtemps hors sujet des débats financiers, le concept de « stranded assets » gagne un intérêt progressif auprès des investisseurs et la reconnaissance qu’il s’agit d’un risque existant.

Alors que 2016 va marquer une concentration atmosphérique record de dioxyde de carbone, la chasse aux énergies les plus polluantes va se poursuivre. Comme annoncé, l’engagement vers une économie bas carbone a substantiellement modifié le paradigme de fonctionnement des secteurs les plus exposés comme le pétrole et le gaz ou les biens d’utilité publique. Ainsi, la part de l’énergie fossile dans la génération d’électricité baisse sensiblement même si elle est appelée à rester au-dessus des 50% d’ici 2030 selon l’Agence Internationale de l’Energie. En cas de réglementation plus stricte pour les émissions de gaz à effet de serre, elle pourrait diminuer plus rapidement, toujours au profit des renouvelables (inclus hydro) qui représentent dorénavant plus de la moitié de la génération de nouvelle capacité énergétique, d’abord en Chine, aux Etats-Unis, Japon et Allemagne. Les investissements y restent importants et permettent une diminution constante des coûts.

Graphique 1: Part de l’énergie fossile dans la génération d’électricité (%)

par défaut 2016-01-07 à 08.52.08

Les entreprises représentent de véritables catalyseurs pour l’action climatique avec des engagements de réduction d’émissions carbone importants.

2.  Obligations vertes et transition énergétique

L’année 2015 marque une nouvelle année record d’émissions d’obligations vertes : plus de 42 milliards de dollars fin novembre, notamment dans le cadre de la transition énergétique. Ce marché pèse aujourd’hui plus de 100 milliards de dollars et se diversifie à travers les secteurs. Si les banques multilatérales et les supranationaux sont toujours fortement représentés, le monde corporate est dorénavant le premier émetteur représentant près de 45% des émissions de 2015.

Renforcé par les principes des green bonds, ce secteur bénéficie également d’une crédibilité croissante notamment grâce à un reporting et un contrôle des engagements de plus en plus professionnels. Ces initiatives soutiennent le secteur et assure son essor pour les prochaines années puisque les investissements en infrastructure à bas carbone sont gigantesques, en particulier dans les économies émergentes telles que la Chine ou l’Inde qui, à elles seules, nécessiteraient respectivement l’équivalent de 450 milliards de dollars par an et 165 milliards de dollars pour assurer leurs objectifs climatiques de 2030.

Graphique 2: estimation des besoins d’investissement globaux 2015-2060

par défaut 2016-01-07 à 08.51.55

3. Evasion fiscale

Le cadre régulatoire s’est renforcé durant toute l’année et devrait continuer dans ce sens en 2016 notamment par les implémentations dans les différents pays membres du programme de l’OCDE via le Base Erosion and Profit Shifting Action Plan (BEPS) ou des différentes directives de l’UE. Les premiers effets sont déjà visibles : les cas des Pays-Bas et du Luxembourg condamnés à recouvrir 30 millions d’euros de taxes auprès de respectivement Starbucks et Fiat Chrysler ou dernièrement la Belgique qui doit récupérer 700 millions d’euros de taxes de multinationales ayant bénéficié d’avantages fiscaux déloyaux. A noter que la Commission Européenne a un droit rétroactif de 10 ans sur les taxes impayées.

Les multinationales sont clairement visées ici. Dès 2016, les premières mesures du BEPS seront applicables, principalement la chasse aux pratiques de transfert de prix consistant à exporter les bénéfices vers les pays aux fiscalités plus avantageuses que celle du pays dans lequel l’essentiel de la production se trouve localisée (investissement et personnel). La transparence du reporting pays par pays est un élément à ne pas sous-estimer. Les mesures visent la fin de la double non taxation et devraient freiner sensiblement les moyens d’évasion fiscale.

A noter également l’entrée en application de la Directive européenne comptable et Transparence pour les industries extractives dès 2016.

Le Royaume-Uni a également pris la situation en mains avec la taxe surnommée Taxe Google, soit une taxe de 25% sur les bénéfices artificiels générés dans les pays à plus forte taxation mais déclarés dans les pays à plus faible régime fiscal.

L’évolution du contexte américain est à surveiller puisque la règle de la SEC autorisant aux multinationales de ne rapporter que sur les activités dites « significatives » a ouvert une porte à l’obscurantisme fiscal. Cependant, les multinationales d’origine américaine sont de plus en plus confrontées aux réformes en-dehors de leurs frontières .

Les contraintes budgétaires sont le lot de l’ensemble des pays au monde et le redressement fiscal représente un levier important de ressources supplémentaires de revenus de sorte que les multinationales sont prises d’assaut de tous les côtés avec une pression certaine sur la rentabilité.

Si l’optimisation fiscale se fait régulièrement dans les règles légales, les mesures prises récemment mais surtout le changement d’attentes de la société civile vis-à-vis des grandes multinationales rendent ces échappatoires de moins en moins accessibles et les risques financier et réputationnel sont importants. A nouveau, si les bons élèves n’ont pas encore profité de leur comportement plus exemplaire que d’autres, la transparence fiscale va être un élément de plus en plus discriminant et payant sur le moyen et long-terme. Pour rappel, DJ Sustainability a ajouté à sa méthodologie un critère sur la stratégie fiscale, preuve de l’importance croissante du sujet. Et à regarder le rapport de Transparency International sur les 125 multinationales les plus importantes à l’échelle mondiale, les opportunités sont encore grandes pour se distinguer.

4. Cybersecurity

Alors que sont répertoriées entre 80 et 90 millions d’attaques annuelles relatives à la « cybersecurity » dont près de 70% ne sont pas détectées, tous les secteurs sont concernés : la finance et l’assurance en premier plan mais également les technologies d’information et communication (ICT), l’industrie et la vente en détails. Le coût des attaques cyber peut être considérable : estimé en moyenne à 12.7 millions de dollars pour les sociétés américaines en 2014 le « cybercrime » coûte jusqu’à 575 milliards de dollars par an. Et les estimations s’élèvent à plus de 3 trillions de dollars à l’avenir suite à la hausse constante des fonctions en ligne et des interconnections entre les sociétés et les consommateurs.

Le « cybercrime » affecte le commerce, la compétitivité, l’innovation (perte de la propriété intellectuelle) et dès lors la croissance économique globale.

Si les grandes entreprises sont les premières victimes, les petites et moyennes entreprises sont de plus en plus visées, se pensant à l’abri de par leur taille et n’ayant pas toujours les budgets consacrés à ce risque. Or, ces budgets sont en hausse pour les sociétés conscientes de l’enjeu. Selon PwC, les budgets alloués à la sécurité cyber ont doublé sur les deux dernières années pour les entreprises américaines mais restent encore peu significatifs. En effet, les entreprises tendent à être peu préparées à ce risque important. Cela va au-delà d’une problématique purement IT et doit être au cœur de la stratégie de développement de la société. Une expertise en la matière au sein du comité de direction est certainement un atout pour les sociétés qui veulent perdurer.

Ces quatre thèmes vont continuer à dominer l’année 2016.

S’y joint également un focus toujours constant sur la responsabilité des entreprises envers leurs fournisseurs et ce, sur toute la chaine de délégation.

Également lié à la problématique de cyber sécurité, la gouvernance des entreprises est au cœur des discussions plus élargies sur l’importance de la diversité et l’indépendance des membres.

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La COP21 : la COP 22 sera-t-elle nécessaire ?

Le 15/12/15

C’est dans un climat de très haute sécurité qu’a démarré la tant attendue Conférence sur le Climat à Paris le 30 novembre dernier. Les espoirs sont grands ; les déclarations des gouvernements se succèdent et les investisseurs renchérissent également en engagement sur le sujet. Cependant, beaucoup considèrent que le risque de déception est grand également. Qu’en est-il?

Les annonces des pays

Dès le début de cette année, plusieurs gouvernements « phares » se sont prononcés sur leur programme de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre en vue du sommet des Nations-Unies relatif au changement climatique. Les Etats-Unis, l’Union Européenne, la Norvège, la Suisse, la Russie et le Mexique – soit un tiers des émissions globales de dioxyde de carbone – ont rapidement fait part de leurs efforts de réduction d’émissions à l’horizon 2020 afin de maintenir le réchauffement climatique à maximum 2 degrés.

Récemment la France, l’hôte de la conférence, a publié sa stratégie basse carbone sur un horizon de plus de 10 ans visant à réduire de 30% ses émissions CO2 à l’horizon 2020 et par quatre d’ici 2050.

Au cœur des débats également le charbon, le fossile le plus émetteur de dioxyde de carbone mais également d’autres particules néfastes à la qualité de l’air. Plusieurs gouvernements ont déjà adopté des programmes de fermeture des centrales utilisant ce combustible, considéré comme le plus menaçant pour le changement climatique par l’OCDE. Ainsi, le Royaume-Uni a annoncé la fermeture de ses centrales au charbon d’ici 2025. L’Allemagne s’est engagée à fermer 8 des principales centrales au lignite. Les Pays-Bas, déjà condamnés par leur propre Cour de Justice à La Haye pour leur stratégie climatique négligente et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’un quart d’ici 2020 par rapport à leurs niveaux de 1990, font face à une coalition de professeurs les priant de fermer rapidement leurs centrales au charbon. Au-delà de l’Europe, le cas de la Chine est parlant. Alors que l’économie est largement dépendante du charbon, la consommation de ce dernier commence à diminuer très progressivement. Face aux enjeux économiques (routes bloquées, avions cloués au sol, etc.) mais aussi à une pression grandissante de la population civile face à la pollution de l’air, le pays investit massivement dans les énergies renouvelables comme l’énergie solaire ou éolienne. Et si le pays est toujours considéré comme un des principaux pollueurs de notre planète, il dispose aujourd’hui de la plus grande capacité d’énergie éolienne et la seconde en énergie solaire.

Les Etats-Unis se sont également engagés à fermer leurs centrales au charbon. Près de 40% de ces centrales ont été fermées sur le territoire depuis 2010. Le changement climatique est une cause qui tient particulièrement à cœur au Président américain. Cependant, son engagement doit faire avec l’opposition politique qui gouverne également le pays. Et c’est ici que réside le risque principal du Sommet COP 21 : quantité d’annonces de dirigeants de pays doivent être traduites par des réglementations d’implémentation qui doivent être votées.

Obama en a déjà fait les frais avec un rejet du Sénat américain. En effet, la majorité républicaine a voté deux résolutions au Sénat annihilant les principales mesures de régulation du programme du gouvernement pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Avec ce refus, l’opposition montre son désaccord et son objection au Clean Power Plan du Président.

Ainsi, si le premier jour de la conférence a donné la parole aux grands de ce monde sur leur bonne volonté, il n’en reste pas moins que dès le deuxième jour, les premières divergences et questionnement sur l’implémentation des objectifs ont émergé.

La Chine et l’Inde rappellent la responsabilité historique des pays développés dans le changement climatique et au nom d’une justice environnementale, réclament dès lors une marge de manœuvre carbone et un dédommagement financier pour l’adaptation et la transition énergétique afin de ne pas compromettre leur croissance économique.

La question d’un accord contraignant ou pas est également un des risques majeurs de succès ou échec de la COP 21. Comme mentionné, les Etats-Unis ont déjà annoncé leur opposition au caractère contraignant. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler qu’à l’exception du Conseil de Sécurité, les Nations-Unies émettent très peu de décision à caractère contraignant.

Les engagements des investisseurs

Face aux annonces des gouvernements, la sphère financière s’est également petit à petit -notamment face à la pression de la société sur le rôle fiduciaire des investisseurs- emparée du sujet et un nombre croissant d’investisseurs -principalement institutionnels- se sont engagés dans le changement climatique.

Les ONG n’ont pas hésité à pointer du doigt les banques et assureurs sur leur responsabilité dans le réchauffement climatique et les inciter à désinvestir des énergies fossiles. De plus, de par leurs moyens financiers, ces derniers disposent également d’un levier important pour participer à la transition énergétique.

En effet, selon les derniers chiffres recensés par Novethic, plus de 960 investisseurs représentant près de € 30 trilliards, se sont engagés pour la lutte contre le réchauffement climatique, avec une place prépondérante aux Etats-Unis et aussi au Royaume-Uni mais également les Français qui pèsent significativement dans la balance. Et réjouissons-nous de voir que la grande majorité des investisseurs engagés viennent de pays où les autorités sont plus réticentes à prendre action comme au Canada ou en Australie. Il est dès lors permis d’espérer qu’ils finiront par forcer leur gouvernement à agir étant donné que le risque carbone, au-delà du risque environnemental majeur, représente un risque économique important. Au-delà du risque réputationnel pour les investisseurs, le concept des « stranded assets » a également radicalement modifié les modèles de valorisation des secteurs comme le gaz et l’énergie. Le risque de réserves de gaz et pétroles non combustibles suite à une réglementation plus stricte pour limiter le réchauffement climatique à maximum 2° est une réalité qui augmente chaque année, le changement climatique pesant davantage chaque année.

Cette réalité du risque carbone transforme progressivement les fonctionnements des secteurs concernés. Si aujourd’hui, le secteur du gaz et pétrole ont bénéficié de subsides des gouvernements, exclure un scénario où ces subsides seraient remplacés par des taxes, pour

les entreprises les plus émettrices de carbone n’est pas utopique alors que les mentalités et le monde sont en pleine révolution.

Entre espoir et risque, la COP 21, de par sa mobilisation auprès des nations mais aussi des investisseurs, appelle clairement à l’action et a conduit à des engagements d’efforts sans précédents de la part des pays.

Les investisseurs ont également pris part à la lutte contre le réchauffement climatique avec un mouvement important contre l’énergie fossile. Si le charbon est devenu la bête noire des investisseurs responsables alors que le pétrole et autres énergies fossiles restent tolérés dans la plupart des portefeuilles engagés, il n’en ressort pas moins une modification profonde des paradigmes de fonctionnement des secteurs les plus touchés tels que gaz et pétrole et biens d’utilité publique.

Les investisseurs ne peuvent ignorer ce mouvement vers une économie à bas carbone et le défi est ici de mesurer la matérialité des enjeux et l’impact sur la performance de leur portefeuille.

La COP 21 marque donc un tournant pour l’avenir; le changement climatique étant un risque mais également une opportunité.

 

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Immigration, une aubaine pour l’Europe ?

Le 12 novembre 2015

Alors que les frontières européennes sont assaillies de vagues d’émigrants tentant désespérément de rejoindre nos côtes, les discours nationalistes de barrières à l’immigration se confrontent à ceux prônant une plus grande ouverture et un accueil plus important.

Le recul du processus démocratique, les guerres civiles et le terrorisme expliquent en partie ces mouvements migratoires, qui ont été observés durant les grandes vagues fin du 19e et 20e siècles. Mais il s’agit également de la conséquence de la globalisation ; après le commerce et les capitaux, ce sont aux populations de se globaliser et de s’inter-changer librement.

Si certains craignent cette menace pour leurs marchés internes, elle peut être cependant une opportunité importante, et davantage au regard des évolutions démographiques de notre Europe vieillissante.

Notre planète compte aujourd’hui 7.3 milliards d’habitants. Elle en comptera plus de 11 milliards d’ici 2100. Avec cependant de grandes disparités en termes de croissance de population entre les continents et les pays mais également en groupes d’âge.

Le vieillissement de l’Europe est bien connu de tous. Il en va de même pour la plupart des pays développés à hauts revenus où la migration est souvent la seule source d’accroissement de la population. Cependant le vieillissement de la population n’est pas l’exclusivité de l’Europe : d’ici 2050 le nombre de quadragénaires aura aussi explosé en Afrique et en Asie, avec les conséquences connues en termes de marché d’emploi ou de ratio de dépendance vieillesse (nombre de personnes actives pour le nombre de personnes au-delà de 65 ans).

Aujourd’hui, les 34 membres de l’OCDE comptent près de 115 millions d’émigrants soit 10% de sa population. Ceux-ci contribuent pour plus des 2/3 de la croissance de la force de travail, facteur important face aux tendances d’emploi actuelles de la région.

Les Etats-Unis restent de loin la destination première des émigrants. L’Allemagne compte aussi parmi les destinations visées, suivie par la France et l’Espagne sur notre continent.

Les dernières données d’émigration en OCDE montrent plusieurs tendances. Tout d’abord, l’origine des migrants : de plus en plus d’Asie (notamment Chine et Inde) mais aussi d’Union Européenne (Roumanie e Pologne). Ensuite, le niveau d’éducation plus élevé que dans le passé : plus de 30% des émigrants ont un niveau d’éducation supérieure avec un diplôme universitaire selon les dernières statistiques de l’OCDE. Et pourtant, les émigrants font toujours face à une discrimination sévère en matière de travail ; un immigrant a deux fois plus de chance d’être surqualifié pour le job qu’il obtient qu’un natif. C’est ici tout le défi pour les pays dits riches car il y a une perte considérable en matière de développement économique potentiel. L’importance du chômage parmi la population émigrée est également un défi important à relever. Malheureusement, l’écart entre le chômage des émigrants et des natifs tend à s’accroitre en Europe (de 4.1% à 5.3% entre 2008 et 2013) alors qu’il se réduit aux Etats-Unis sur la même période.

Face à l’importante émigration de l’Amérique Latine, les Etats-Unis ont-ils adopté de meilleures politiques d’intégration que l’Europe ? Sont-ils plus conscients du potentiel que représente la population latino-américaine pour la force de travail ? Ou le haut taux d’emploi des émigrants s’explique principalement par des emplois sous-qualifiés et sous-payés surnommés « Mc Donald’s job » ? la réponse est sans doute à mi-chemin. Cependant, il est intéressant d’observer que les deux tiers des migrants accueillis par les Etats-Unis et le Canada sont diplômés du tertiaire, soit près du double de celui observé en Europe.

Migrants par niveau d’éducation en % du total Union Européenne Etats-Unis
Primaire 48 22
Secondaire 28 36
Tertiaire 24 42

Source : OCDE (2000)

L’Europe doit donc trouver une solution à la faible qualification de ses immigrés.

Et les chiffres publiés pour notre pays ne sont guère plus encourageants. Si les flux d’immigration sont finalement limités dans notre pays comparés à la moyenne de l’OCDE, la population émigrée constitue une part importante de la population totale en Belgique, classant notre pays dans le top 10 des membres de l’OCDE.

par défaut 2015-11-05 à 09.59.50

Source: OECD Migration Outlook 2014

Mais les chiffres d’emploi montrent les progrès encore à faire en matière d’intégration ; les immigrés devant faire face à un taux de chômage plus élevé que les natifs.

Et alors que nous fêtions le 8 septembre dernier le jour de l’alphabétisme, encore un nombre important d’analphabètes se compte dans notre pays parmi les immigrants. Sans surprise, ce chiffre est plus élevé pour les femmes.

par défaut 2015-11-05 à 09.59.28Source: OECD Migration Outlook 2014

L’essoufflement du progrès technique et le vieillissement de notre population minimisent le potentiel de croissance de nos économies. En effet, le gain de productivité est réduit et la population active ne croit plus. L’immigration est alors un levier potentiel de croissance. Dès lors, elle ne devrait pas être crainte mais intégrée dans nos politiques de développement comme vecteur de croissance au-delà d’une logique budgétaire. Face à une population vieillissante, il faut hausser la qualité de cette main d’œuvre potentielle afin d’accroître réellement la population active et le marché de la demande avec une population disposant d’un réel pouvoir d’achat, porteur pour notre économie.

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L’actualité Volkswagen : du petit lait pour le monde ISR ?

Le 14 octobre 2015

Volkswagen fait trembler les marchés actions et obligataires ces derniers jours après le scandale de fraude sur les émissions carbone réellement émises par leurs véhicules diesel aux Etats-Unis.

Alors que les agences de notation financières ont placé la société en statut « Watch », les agences extra-financières sont bien plus sévères en considérant la controverse au niveau le plus sévère de leur échelle d’analyse. Sans remettre en cause la gravité et l’étendue de la fraude, il y a lieu de s’interroger sur la sévérité des agences extra-financières, qui dans un contexte CO 2 avec le sommet COP 21 fin d’année à Paris, pourraient vouloir faire un cas d’école de VW et, par principe de prévention, placer la notation au plus bas pour éviter toute critique ultérieure. Un peu ce qui avait été observé à l’époque sur les notations des dettes périphériques par les agences financières.

Au-delà de faire de VW un exemple sans précédent, il y a lieu également de s’interroger sur les audits et certifications en matière de standards ESG. En effet, le constructeur automobile était un composant de l’indice Dow Jones Sustainability Index. En 2013, il a été également reconnu comme la société la plus durable de son secteur. Signataire du Carbon Disclosure Project, la société a reçu un grade A pour la qualité des données environnementales qu’elle publiait.

Il était donc très difficile pour les analystes de mettre en avant un risque environnemental élevé pour la société et de montrer que la recherche ESG peut être pro-active et alerter sur certains risques.

Le constructeur automobile a reconnu officiellement avoir triché sur les chiffres publiés. Cela rappelle vaguement un cas comme Enron où les auditeurs ont été également impliqués dans la fraude pour complicité. Le cas VW soulève donc une question fondamentale quant à la fiabilité des données publiées dans les rapports de durabilité. Comme pour les données financières, les données extra-financières doivent faire l’objet d’audit indépendant et qualifié.

Le cas VW montre d’une part qu’il faut encore réserver une place au progrès sur les indicateurs de mesure et leur fiabilité. D’autre part, il démontre qu’accorder une attention particulière à la gouvernance d’une société est clef pour la durabilité de l’entreprise. En effet, si peu de monde aurait pu douter des métriques environnementales publiées, la gouvernance de la société allemande montre depuis un temps certain plusieurs faiblesses, essentiellement l’indépendance du comité de direction, l’indépendance du comité d’audit et un lobbying et des liens étroits avec le monde politique. Deux politiciens sont également membres du comité de direction, représentant l’état de la Basse-Saxe, qui sont attentifs à la problématique d’emploi que représente le constructeur automobile mais également à son impact fiscal en tant que précieux contribuable pour l’Etat.

L’ampleur de la fraude par rapport à la production soulève tout doute quant à l’implication du management au plus haut niveau.

Alors que les voix s’élèvent pour davantage de mesure d’impact ESG des portefeuilles durables comme la publication de l’empreinte écologique de son portefeuille en France dans la lignée du COP 21, il y a lieu d’adopter une grande prudence vis-à-vis des chiffres publiés. En toute bonne foi, les chiffres publiés peuvent être erronés du fait d’une expertise relativement récente et d’un manque de précision. Evidemment, l’initiative peut être applaudie comme une volonté de faire avancer le débat. Il faudra être attentif cependant à ne pas tomber dans un excès de reporting en tous sens qui s’éloigne de l’objectif premier d’un investissement responsable et durable visant à améliorer la performance ajustée au risque sur le moyen et long-terme et de faire de l’investisseur un acteur responsable de ses choix.

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Gaspillage de nourriture : un problème de durabilité à grande échelle

Le 14 septembre 2015

Ce 3 septembre les 193 Etats Membre des Nations Unies ont adopté après deux années de travail impliquant exceptionnellement la société civile, un nouvel agenda ambitieux de développement durable qui sera adopté en Septembre lors du Sommet du Développement Durable à New York.

Parmi les 17 objectifs de développement visant à mettre fin à la pauvreté, promouvoir la prospérité et le bien-être de la population et la protection de l’environnement d’ici 2030, le 12e objectif vise la lutte contre le gaspillage alimentaire.

En effet, selon les estimations des Nations Unies, un tiers de la nourriture totale serait gaspillée soit 1.3 milliard de tonnes, qui ont requis une part importante des terres agricoles. En Union Européenne, ce sont près de 100 millions de tonnes d’aliments sains gaspillés chaque année. Et sans actions prises, ce seront 120 millions de tonnes d’ici 2020. Mais, l’Union Européenne s’est attaquée à cette problématique et vise une réduction ambitieuse de 50% du gaspillage alimentaire d’ici 2020. Notamment, le projet FUSIONS (Food Use for Social Innovation by Optimising Waste Prevention Strategies), vaste programme de recherche lancé en août 2012 pour 4 ans, a 3 objectifs pour la lutte contre le gaspillage alimentaire : définitions des concepts, stratégies communes et innovation sociale pour lutter contre le fléau.

Assurer le droit alimentaire à 9 milliards de personnes en 2050 et ce, dans un environnement de changement climatique et de météo extrême, est un défi majeur à relever où le gaspillage a un rôle clé à jouer.

En effet, le paradigme de produire davantage pour nourrir les 2 milliards d’habitants de notre planète est de plus en plus remis en cause. A ce titre, le paradoxe est tel aujourd’hui qu’il y a simultanément dans notre monde des personnes décédant d’obésité et de mal nutrition. C’est une première aussi que l’obésité comme cause de mortalité ait dépassé celle liée à la malnutrition.

En effet, il apparaît que la quantité alimentaire produite répondrait largement aux besoins caloriques de la planète. Il faut penser davantage à produire mieux et non produire plus. En ce sens, vient aussi une demande accrue vers une alimentation de haute qualité, dans laquelle la technologie a un rôle prépondérant à jouer.

Le gaspillage alimentaire provient essentiellement de deux sources :

  • Dans les pays émergents, la problématique de conservation et de transport
  • Dans les pays développés, l’abondance de nourriture et le comportement du consommateur (dates de péremption trop strictes, campagne de vente « un gratuit à l’achat de deux »), sont à l’origine de gaspillages importants).

L’intégration verticale du processus de production, de la production à la consommation, est une première réponse à la problématique.

La consommation efficace est une autre réponse à long-terme sur la sécurité alimentaire.

Sans parler de la consommation d’eau nécessaire pour produire ces inconsommables.

Il y a ici une responsabilité du consommateur mais les investisseurs ne sont-ils pas également responsables ? Peuvent-ils apporter une réponse à la problématique alimentaire? La spéculation alimentaire serait-elle l’unique objectif possible d’un investissement dans la thématique agricole ?

Sans nier l’influence potentielle des fonds spéculatifs sur la volatilité et la hausse des prix des matières premières, il faut également pointer d’autres éléments contributeurs.

En effet, l’évolution démographique, les changements des mœurs alimentaires et également la production de bio éthanol expliquent la grande partie de la hausse également. Quand certains pays émergents représentent une part importante de la population mondiale et en même temps ne détiennent qu’une petite partie des terres arables et des ressources d’eau potable, la situation n’est clairement pas durable et les besoins sur les ressources agricoles sont criants. La hausse des prix a des conséquences directes sur les terres agraires en production.

Les fonds d’investissements en matières premières agricoles sont souvent accusés de la spéculation alimentaire et l’impact dramatique pour les populations plus pauvres. Cette accusation croissante a conduit plusieurs institutions financières à fermer leur fonds d’investissement, généralement indexés et investis dans les dérivés sur les matières premières agricoles.

Les contrats à terme ou futures ont été mis sur pied à l’origine pour protéger les producteurs et industries de transformation contre les risques liés aux variations intrinsèques des prix agricoles. Aujourd’hui, ces produits dérivés peuvent être détournés de leur but premier et conduisent à l’effet inverse de celui souhaité en aggravant la volatilité et la hausse des prix. Deux risques majeurs sont liés à cette spéculation alimentaire : d’une part la hausse des prix se fait au détriment principalement des populations les plus pauvres ; d’autre part la maximisation du profit provoque des actions d’accaparement des terres.

Cependant, à côté des produits dérivés, l’investisseur peut choisir une autre voie plus durable et constructive en cherchant les entreprises innovantes capables de répondre aux enjeux à venir. De plus, favoriser les sociétés qui investissent et aident à capitaliser sur les progrès en amont de la chaîne de production. Longtemps, le secteur agricole a été délaissé par les investisseurs et a accusé un sérieux retard en investissement dans la chaîne de production. Aujourd’hui, les sociétés s’engagent davantage en capital-investissement en amont de la chaîne de production. Le but final devrait assurer une alimentation suffisante, qualitative et abordable afin de répondre aux besoins d’une population globale en croissance tout en préservant et fertilisant les ressources naturelles pour ne pas compromettre la qualité de vie des générations futures.

Sur le terrain du gaspillage les financiers et les environnementalistes devraient trouver un terrain d’entente car pour les premiers il conduit à une mauvaise utilisation des ressources économiques ; pour les seconds des ressources naturelles.

Lire aussi le corner placements responsables

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Pollution en Chine, mais que font les autorités?

Le 10 août 2015

Record de vues sur les médias sociaux les premiers jours de sa parution pour le documentaire 2015 sur la pollution de l’air en Chine « under the dome ». Ce documentaire de plus de deux heures, réalisé par l’ancienne journaliste vedette de la télévision Chai Jing, dénonce les sociétés étatiques dans le secteur de l’énergie, production d’acier et charbon comme obstacles majeurs à l’implémentation des mesures contre la pollution prises par le gouvernement chinois. En effet, le film condamne l’inertie du Ministère de l’Environnement face aux effets du smog sur la santé. De plus, la journaliste vise à sensibiliser les citoyens et à les convaincre de leur propre responsabilité dans cette situation.

La pollution atmosphérique en Chine n’est pas un phénomène nouveau. Avec des niveaux dix fois supérieurs aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé, le pays fait face à la pollution globale de l’air la plus importante dans le monde en termes de particules dans l’air (PM 2.5). cette pollution conduit inévitablement à des problèmes majeurs de santé inclus des morts prématurées.

Au-delà des coûts de santé, le smog pèse sur l’économie générale. Les pics de pollution peuvent réduire la visibilité jusqu’à moins de 250 mètres voire même 50 mètres. Le trafic aérien et routier en est dès lors impacté ; certaines sections d’autoroute devant être fermées et des vols annulés.

De plus, la qualité de l’air nuit de plus en plus à l’engagement et à la rétention des talents expatriés en Chine. Pour les sociétés américaines mais surtout européennes, la qualité de vie est primordiale dans les considérations d’un nouvel emploi. Bien que les multinationales offrent des compensations financières alléchantes et des couvertures d’assurance plus avantageuses, les expatriés talentueux rechignent à rejoindre les mégalopoles chinoises pour y travailler. La problématique est similaire en Inde.

Exposition médiane annuelle – PM 2.5

par défaut 2015-08-04 à 13.40.31Source : Banque Mondiale – 2010-2014

Les autorités du pays sont bien conscientes de cette problématique majeure. Le gouvernement chinois est aujourd’hui celui qui investit le plus dans la R&D en énergie renouvelable. La Chine est un des plus importants producteurs de panneaux solaires et de turbines d’éolienne, non seulement du fait de la faiblesse de ses coûts de production mais également du fait des investissements importants par le pays en recherche et développement.

De plus les autorités ont adopté un plan ambitieux 2013-2017 pour lutter contre la pollution de l’air, représentant jusqu’à 3% du PIB du pays. Depuis les années 80, les investissement pour la protection environnementale ont été augmentés de 0.5% du PIB à 1.9% en 2010 et plus de 3% aujourd’hui.

Cependant, le film « under the dome » dénonce l’absence d’implémentation réelle d’un tel plan.

Dans le cas de la Chine, il faudra d’abord s’assurer que les décisions du gouvernement central soient implémentées au niveau local. À cette fin, le pouvoir centralisateur a inclus une évaluation des officiers locaux pour le succès de son plan.

Il est intéressant de se pencher sur les sources principales émettrices de particules PM 2.5. L’analyse dans la ville de Bejing est pertinente pour l’ensemble du pays. Ici, les principaux responsables de l’air irrespirable sont le transport et les industries lourdes.

Principales sources émettrices de PM 2.5 – cas de Beijing

par défaut 2015-08-04 à 13.41.43Source: Beijing Municipal Environmental Protection Bureau, via publication Exane 22/09/14

Dans le secteur du transport, le pays a imposé des restrictions drastiques – voire les plus sévères dans le monde – sur la consommation d’essence pour les voitures (-5.3% annuellement) d’ici 2020.

Le charbon explique à lui seul un quart de la médiocrité des standards de qualité de l’air. Depuis 2013, les autorités centrales et locales ont également défini certains contrôles de consommation de charbon. Au-delà du quantitatif, la qualité du charbon est également de plus en plus soumise à des contrôles et restrictions. Cependant, le charbon reste une source très bon marché pour la génération centrale de l’énergie. La Chine, grande consommatrice de charbon, doit défier la réallocation de son mix énergétique afin d’être moins dépendante de cette source fortement polluante. Le pays s’est engagé à réduire la part du charbon en-deçà des 65% d’ici 2017; ce qui reste cependant une source majeure de son mix énergétique. Reste à voir si un programme de prix du carbone efficace pourrait modifier la situation.

Le gouvernement central a fait de la protection environnementale sa priorité. Les conséquences en matière de santé sont substantielles. Sur le plan économique, le coût est tel que les autorités n’ont pas d’autres choix que de trouver rapidement une solution efficace.

L’engagement du pays n’a eu de cesse dès lors de croître ces dernières années.

Cependant, à la vue de la situation mise en évidence dans le film “under the dome” – malgré la remise en question de son indépendance et de sa véracité – l’implémentation au niveau local et, plus important encore, l’impact des mesures restent encore à se matérialiser.

L’accomplissement des objectifs de pollution d’air est donc partie intégrante de l’évaluation de la performance des instances locales.

Plus importantes encore: les mesures de renforcement pour l’application des règles environnementales. Bien que celles-ci ne soient pas extrêmement drastiques, elles s’inscrivent dans un effort commun et incluent:

  • Élévation du risque des amendes pour les entreprises en défaut ;
  • Investissement dans les capacités de monitoring afin d’effectuer les campagnes de vérifications;
  • Pouvoir accru aux ONG reconnues par l’Etat par rapport aux sociétés en défaut vis-à-vis des réglementations environnementales, notamment possibilité de poursuites judiciaires.

“Sous le dome” dénonce une réalité bien connue mais également la responsabilité des citoyens. Les niveaux de pollution sont tels en Chine que les mesures mises en place semblent insuffisantes pour remédier à la situation.

Néanmoins, les mesures et les moyens donnés ne cessent de croître et, étant donné l’impact économique, les autorités seront forcées tôt ou tard – sans doute pour les mauvaises raisons – de renforcer encore leurs politiques et programmes. Evidemment, ceci sans mal étant donné les intérêts et conséquences critiques pour les entreprises étatiques.

Cependant, le documentaire, au-delà de la problématique majeure environnementale, soulève également la question de l’absence de débat sur le sujet, résultat de l’absence de liberté, en particulier l’absence de liberté de la presse et des droits civiques. La Chine est évidemment à mille lieux de l’exemple récent des Pays-Bas, condamnés par la justice hollandaise de réduire davantage ses émissions de gaz à effet de sphère suite à la plainte déposée par 900 citoyens. Cependant ce film est une étape importante aussi pour davantage de liberté d’expression.

 

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La transparence, un mot clé en investissement responsable

Le 16 juin 2015

La semaine dernière avait lieu la sixième édition du Geneva Forum For Sustainable Investment (GFSI) à Genève. Maître mot du forum : la transparence.

En effet, tout le monde s’accorde à dire que la durabilité est à un tournant puisque l’ensemble des acteurs sont conscients que l’inaction par rapport aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sera plus coûteuse que l’action.

Le comportement des trois agents économiques que sont l’Etat, le consommateur et l’entreprise dicte de nouvelles règles et demande une adaptation des secteurs économiques, y compris le secteur financier.

En effet, l’Etat, par sa régulation croissante mais aussi les régimes fiscaux, force l’adoption de comportements plus responsables.

Le consommateur, dans une démarche globale de durabilité responsable, exprime de nouveaux besoins et comportements de consommation qui tranchent avec le passé.

Enfin, l’entreprise, consciente de son rôle, et face au nouveau paradigme de son client, adapte son comportement et ses politiques pour légitimer ses modes opératoires.

A ce tournant de la finance durable, les techniques et les mesures de qualité n’ont de cesse de s’améliorer et de gagner en maturité. Le grand défi actuel réside dans la transition de la conscientisation à l’intégration et l’implémentation dans la gestion globale. Néanmoins, face à une offre très riche en investissement durable et responsable, les investisseurs sont désorientés. Force est de constater que la connaissance des intermédiaires est médiocre.

Il faut donc comprendre et définir les objectifs de deux mondes distincts, celui de l’investissement responsable et celui des investisseurs, afin de les faire converger vers un but commun.

Les intermédiaires ont un rôle crucial à jouer dans ce processus.

La transparence s’impose dans les marchés de manière croissante. En amont pour l’origine de l’argent ; en aval pour la destination de l’argent. La traçabilité des flux monétaires est primordiale, notamment pour éviter tout risque réputationnel.

C’est donc en toute transparence que les intermédiaires et les consommateurs finaux doivent être informés sur l’approche des produits durables, leur philosophie, leur objectif, leur composition et leur structure de coût.

L’organisation de forums, tels que celui de Genève, permet de réunir un grand nombre d’investisseurs et de spécialistes qui rehaussent le débat et améliorent le niveau de connaissance. Il permet aussi de faire connaître des approches moins connues comme l’intégration des critères ESG dans les classes d’actifs telles que l’infrastructure ou les obligations gouvernementales, moins courantes que les actions ou les obligations d’entreprises.

Au cœur de l’approche durable et responsable, la transparence permet un réel échange d’information et de meilleures pratiques avec un objectif d’amélioration permanente et de contribution à une finance plus durable pour demain.

Face à une prise de conscience individuelle et collective de plus en plus grande et à un activisme croissant des investisseurs et des individus, la gestion durable peut espérer être davantage qu’une niche pour investisseurs spécialisés ; elle serait totalement intégrée dans une approche globale, compréhensible et accessible à tous, avec un véritable impact sur le fonctionnement de la sphère économique.

 

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L’Afrique, les smart grids de demain – investir durablement en Afrique

Le 18 mai 2015

L’Afrique, encore appelée le continent perdu il y a quelques années, est aujourd’hui considérée comme le continent de l’avenir. Il faut, en effet, reconnaître que celui-ci montre des chiffres impressionnants. Tout d’abord, elle jouit d’une réelle superficie qui peut englober à elle seule l’Europe, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et l’Argentine!

Le territoire offre une grande diversité de richesses du sol puisqu’il dispose du tiers des réserves mondiales en matières premières minérales non énergétiques. Ses exportations consistent principalement en pétrole, minerais et produits agricoles.

Ensuite, le continent qui compte 1 milliard d’habitants aujourd’hui, verra ce chiffre doubler à l’horizon 2050. Il s’agit d’un véritable défi d’urbanisation puisque les villes, peuplées de 350 millions de citoyens aujourd’hui, atteindront 1 milliard d’habitants d’ici 2030 !

Au défi de l’urbanisation s’ajoute celui de l’éducation qui est le deuxième objectif des « Objectifs de Développement pour le Millenium » des Nations-Unies. Beaucoup d’investissements dans le domaine ont déjà été réalisés et ont permis l’allongement de la période d’éducation scolaire. Cependant, c’est également le cas dans nos pays développés, de sorte que l’écart de formation ne diminue pas et pose un défi pour un nivellement de la qualification de la main-d’œuvre de ces pays.

Si beaucoup mettent en avant le taux de croissance, il faut néanmoins noter que celui-ci est inégal et que la création d’emplois qui y est liée reste insuffisante. Dès lors, partant du postulat que l’Afrique est le continent de relais de la croissance tant attendue, il faut être attentif aux piliers de durabilité sur lesquels repose celle-ci.

D’abord la stabilité politique. Les agences de notation financière ont intégré des critères tels que les indicateurs de gouvernance de la Banque Mondiale. D’autres indicateurs peuvent être également révélateurs des risques d’instabilité politique. L’exemple des massacres d’étudiants en septembre dernier dans l’Etat de Guerrero à l’ouest du Mexique illustre bien ces propos. En général d’origine indigène, les étudiants – enseignants de demain et chargés de l’alphabétisation des zones les plus rurales – étaient des enfants de paysans et des étudiants d’écoles créées après la révolution, dans un contexte de contestation forte qui forge toujours les esprits et la formation. Les évènements ont démontré à quel point l’infiltration du crime organisé et du trafic de drogue est importante au sein des instances dirigeantes du pays. Combinés avec une population pauvre et une distribution des richesses inégalitaire, les conflits sociaux sont importants.

Ensuite la population. Le potentiel démographique est énorme dans ces pays. Encore faut-il qu’il soit durable, alors que des épidémies telles qu’Ebola ont décimé certaines populations et que le sida est un fléau majeur dans nombre d’entre eux. Il faut également s’intéresser à la mortalité infantile ou à la couverture de vaccination primaire.

Les jeunes seront le relais de croissance s’ils sont formés et intégrés dans le marché du travail. Plus le niveau d’instruction d’une population est faible, plus le risque de rébellion est élevé. C’est d’autant plus vrai si la croissance ne bénéficie qu’à une minorité de la population. La croissance doit donc être inclusive et passer par un secteur de transformation porté par les PME locales, créatrices d’emploi, innovantes et dynamiques.

Un pays comme le Kenya diversifie ses sources de croissance pour ne pas être dépendante exclusivement d’une ou plusieurs matières premières, comme c’est la cas au Nigéria qui est tributaire de l’évolution du prix du pétrole.

Enfin, l’enjeu environnemental. Nous avons déjà évoqué l’enjeu de l’urbanisation qui peut être accueilli positivement puisque, selon certains, l’apparition des smart grids et autres smart cities aurait d’abord lieu en Afrique avant de se développer sur notre vieux continent.

D’autres enjeux sont essentiels comme la sécheresse et l’accès à l’eau potable. La sécheresse est un risque réel pour la Corne de l’Afrique et l’Afrique subsaharienne. L’accès à l’eau potable est évidemment plus problématique dans les zones rurales qu’urbaines. Dans certains pays, comme le Botswana ou le Sénégal, l’eau potable peut se révéler deux fois moins accessible dans les campagnes que dans les villes.

Il n’est pas question ici de décourager les investisseurs en soulevant les nombreux défis auxquels doit faire face le Continent Africain. Au contraire ! L’objectif est de souligner les opportunités et la diversité des pays. Le Nigéria n’est pas le Ghana qui n’est pas le Mozambique ou encore l’Afrique du Sud. Cette diversité est intéressante pour l’investisseur qui peut également profiter de la décorrélation entre les devises.

par défaut 2015-05-08 à 10.37.12En investisseur avisé et responsable, s’intéresser au développement durable sur lequel repose la croissance de ces pays est une garantie pour la stabilité et la pérennité des rendements.

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L’ISR afin de réinventer la gestion active

Le 28 avril 2015

Une table ronde organisée par les Echos à Paris le 15 mars 2015 avait pour titre : « L’ISR pour réinventer la gestion active face au raz de marée de la gestion indicielle ».

Soutenue par les Etats-Unis, la gestion indicielle gagne du terrain et représenterait plus de 15% des actifs gérés dans le monde. Sans avancer de chiffres, les spécialistes en la matière invoquent une progression notable, notamment parce que la gestion indicielle et passive n’est pas nécessairement en opposition à la gestion active. Au contraire, nombreux sont les investisseurs institutionnels qui l’utilisent en complément pour des questions de liquidité et d’efficacité. En effet, le coût serait la première raison d’investissement.

Cependant, la gestion indicielle et passive soulève plusieurs questions.

Tout d’abord, la question des indices qu’elle réplique, basée sur leur capitalisation boursière côté actions et leur endettement côté obligations. La crise des souverains de la zone euro avait déjà mis en exergue les distorsions de pareille construction ; cependant la large majorité des indices obligataires – souverains ou d’entreprises – reste construite sur la base de l’endettement de l’Etat ou de la société. Ainsi, Lehman Brothers, 2 semaines avant sa faillite, voyait son poids doubler dans l’indice américain Iboxx suite à une nouvelle émission et représenter 5% de l’indice. Était-il bien raisonnable de copier cette composition et doubler sa position à 15 jours de l’écroulement de ce géant ?

Cela a bien entendu été étudié après la chute de Lehman Brothers et certaines leçons en ont été tirées. Car la gestion passive et indicielle ne manque pas d’idées et l’innovation fait émerger constamment de nouvelles stratégies basées sur des indices construits différemment comme le « equally weighted » càd. l’équipondération des positions ou encore le « low risk contribution » càd. un poids plus important en fonction de la contribution au risque total de l’univers. Ces stratégies, appelées à la mode « smart beta », découlent fortement de réflexions purement économiques et financières et reposent sur de savants calculs mathématiques. Or, un questionnement peut avoir lieu également sur la composition de l’indice et la définition qui en est donnée. Par exemple, un indice dit « faible volatilité » ou les stratégies « low vol », quelle est la définition de volatilité ? Le risque encouru par l’investisseur est-il réellement défini par la seule notion d’écart-type ou standard deviation ?

Le monde des ETF et de la gestion indicielle s’interroge également. Et, au regard de ses innovations, il est légitime de s’interroger si la gestion passive ne s’approprie pas finalement la gestion active.

L’ISR est une approche fondamentale, en soi un smart beta aussi dans le jargon, qui se base sur la remise en question de l’acteur économique intégré dans un environnement complexe, globalisé et interconnecté. Dans la classe des actifs obligataires, la démarche se concentre davantage sur la capacité de l’acteur économique (Etat ou entreprise) à rembourser les dettes contractées plutôt qu’à sa capacité à emprunter davantage. Il s’agit d’une approche de conviction, qui n’a pas peur de s’éloigner des indices boursiers traditionnels. Et si la tracking error peut sembler forte puisque la gestion est détachée de l’indice, l’investisseur prend-il réellement un risque supérieur ?

Vient ensuite la question de l’impact de l’investisseur. Si la gestion passive gagne du terrain au point de se substituer à la gestion active, l’ensemble des investisseurs se comporte dans le même sens en répliquant les mêmes indices. À côté d’un questionnement évident sur la liquidité des marchés, le risque systémique est également important.

Enfin, nous terminerons sur un rôle important en cette saison des assemblées générales des actionnaires : celui de l’actionnaire. L’ISR s’inscrit dans une démarche responsable càd. faire entendre sa voix par le vote et le dialogue engagé avec l’entreprise. D’une part, c’est prendre sa responsabilité en tant qu’investisseur : en prenant des décisions d’investissement nous avons un impact social, économique, environnemental et de gouvernance sur l’entreprise. D’autre part, la recherche académique montre qu’un dialogue engagé réussi avec l’entreprise conduit à une amélioration de sa valeur, une situation gagnante pour tout le monde.

Il est encore rare que la gestion passive et indicielle fasse entendre sa voix auprès des sociétés, notamment du fait de la question de qui va supporter le coût du processus de vote.

L’ISR ne réinvente pas la gestion active. Il le complémente dans une évolution logique de notre monde actuel.

L’ISR est donc une approche et une démarche globale en complément de la gestion active, perpétuellement en innovation puisqu’il s’agit d’un questionnement global face à un environnement en constante mutation.

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La journée de la femme : toujours une nécessité !

Le 12 mars 2015

La journée de la femme reste toujours l’occasion de faire le point sur la représentativité des femmes au pouvoir. L’an dernier, l’angle d’observation était plutôt depuis la sphère privée, principalement la représentation des femmes au conseil d’administration des entreprises. L’imposition de quotas minimum pour une représentation féminine aux instances de gouvernance des sociétés publiques et ou de grande taille se fait croissante et contribue à rehausser le niveau de présence féminine, qui reste cependant largement minoritaire.

Et pourtant les recherches et études ne cessent de démontrer la valeur ajoutée d’une diversité dans les instances de direction, capable de véritablement challenger les décisions prises et apporter un autre point de vue et d’autres pistes de réflexion. Tournons-nous cette fois vers la sphère publique car les gouvernements et autres institutions dirigeantes des pays jouent un rôle crucial dans le développement de ceux-ci. Ici aussi, les femmes restent de manière générale sous-représentées dans les différents échelons de pouvoir, décisionnel, juridique ou de gouvernance. En moyenne les femmes représentent à peine un tiers des postes de décisions dans l’OCDE.

Et pourtant, il est assez logique de concevoir que les instances décisionnels, en charge de la conception à l’implémentation et le contrôle des lois et réglementation, reflètent la composition de la population pour laquelle ces réglementations s’appliquent et s’adressent.

Bien qu’il y ait des différences majeures entre les pays, notamment les membres de l’OCDE, le défi reste global. Les facteurs socio-économiques et historiques expliquent toujours la prépondérance masculine au sein des instances de gouvernance. D’une part les contraintes liées à la fonction sont souvent difficilement compatibles avec les responsabilités familiales qui culturellement reposent de manière prépondérante sur les femmes. D’autre part, les qualités de leadership et d’entrepreneuriat restent l’adage des hommes.

Evidemment la question est également liée au système électoral puisque pour un grand nombre de fonctions, ce sont les électeurs qui attribuent les postes. La Belgique est ici un bon exemple d’encourager des femmes au parlement en introduisant des lois de quotas de candidates sur les listes électorales. La première législation de quota fut introduite en 1994 avec un requis minimum de 25%. Ce requis fut rehaussé jusqu’à 50% en 2002 avec une exigence supplémentaire que les deux têtes de liste soient de sexe différent. Ces différentes lois ont permis une hausse importante des femmes au sein des parlements du pays.

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La disparité entre hommes et femmes est visible en termes de représentativité mais également au niveau des salaires. Comme dans le secteur privé, la différence salariale reste toujours une problématique pour les fonctions équivalentes avec aussi une concentration des femmes dans les fonctions moins bien rémunérées.

Et pourtant, comme dans le secteur privé où les études montrent la corrélation positive entre présence féminine au sein des conseils d’administration et performance de la société, il existe également une corrélation positive entre moins de disparités au sein d’un pays et la proportion de femmes dans les législatures. De même il existe une relation positive entre le nombre de femmes ministres au sein d’un gouvernement et la confiance accordée à ce dernier. Enfin, la diversité au sein du pouvoir d’une société est essentiel pour maximiser sa compétitivité en assurant les solutions les plus innovantes et garantes de croissance.

 

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Cette année, fêtons la Saint Valentin autrement !

Le 13 février 2015

En effet, les 13 et 14 février prochains seront les deux jours consacrés à la campagne internationale de désinvestissement dans les énergies fossiles (« Global Divestment Day – http://gofossilfree.org/).

Les voix s’élèvent de plus en plus à travers le globe pour un désinvestissement total des énergies fossiles. L’objectif poursuivi par les militants est d’obtenir le même succès qu’à l’époque de la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud qui avait donné lieu à une campagne majeure de désinvestissement dans toute entreprise impliquée.

Alors que 2014 vient d’être déclarée l’année la plus chaude depuis le début des relevés de températures il y a près de deux siècles, il est indéniable que la menace du changement climatique est bien présente et requiert une transition énergétique radicale. Cette dernière repose de moins en moins sur les énergies fossiles pour faire place à davantage d’énergies renouvelables et propres. L’enjeu de réduction des émissions carbone gagne en importance depuis le risque croissant d’une législation plus stricte en la matière pour éviter tout réchauffement climatique. La limite de 2° de réchauffement de la température globale reste ambitieuse et exigera très certainement davantage de mesures et de contraintes.

Dans ce contexte et avec un prix du baril en baisse continue, les entreprises du secteur énergétique sont appelées à remettre en question leur allocation de capital dans des projets coûteux de développement énergétique basé sur des ressources fossiles fortement émettrices de carbone et des projets dont la rentabilité peut être mise à mal avec un baril inférieur à USD 90.

Les entreprises du secteur pétrolier et gazier font dès lors face à un moment crucial de leur développement où la question de l’allocation du capital se complexifie et un véritable paradigme de leurs sources de revenus et de leur plan de développement sur le moyen et long-terme émerge.

Ces deux jours de campagne appellent à se mobiliser pour un engagement collectif des investisseurs et autres acteurs afin d’obtenir des gouvernements la fin des subsides pour les énergies fossiles, qui représentent des milliards pour le secteur par an, et une détermination du prix du carbone pertinente.

La question du prix du carbone est clé pour déterminer le risque auquel s’exposent les sociétés du secteur. Nous l’avions évoqué dans notre précédent blog avec la question des dits « stranded assets » c’est à dire les actifs des réserves qui ne seraient pas exploitées en cas de législation plus stricte et plus contraignante à restreindre le niveau d’émissions carbone. Il s’agit pour une grande partie essentiellement des actifs non-conventionnels, dont l’exploration et les coûts de production sont élevés et ce inclus les sables bitumeux, les actifs offshore ou en eaux profondes. Face à leur incapacité d’exploiter leurs réserves d’énergies fossiles, les sociétés pétrolières et gazières vont voir leur valorisation en chute libre suite à leur forte corrélation avec leurs réserves d’énergie prouvées. Elles font donc face à un nouveau paradigme qui devrait laisser davantage de place au développement du renouvelable.

Dans ce cadre, elles pourraient également trouver une source de financement intéressante via les dites « green bonds ». Ces obligations vertes sont des obligations traditionnelles mais vertes dans le sens que l’argent levé doit financer un projet concret lié à l’environnement. Le marché souffre aujourd’hui de l’absence d’une définition unique et de standards en la matière. Cependant, il a connu un fort engouement l’an dernier avec près de USD 20 milliards levés et plusieurs éléments confortent l’idée d’un plein essor également pour 2015.

En effet :

  1. La transition énergétique, l’efficacité énergétique et le développement durable, est un vrai levier pour le marché.
  2. Le marché se diversifie, aussi bien en termes d’émetteurs (à l’origine des supranationales, aujourd’hui de plus en plus d’entreprises du secteur privé), que de secteurs (encore largement dominé par les biens d’utilité publique, d’autres secteurs se lancent). La taille des émissions s’accroit et se rapproche de plus en plus de la taille standard des émissions traditionnelles pour les investisseurs institutionnels ;
  3. L’adoption des Principes des Obligations Vertes est un pas dans la bonne direction vers plus de structuration et de standardisation du marché.

Enfin, dans le nouveau paradigme du secteur, la piste des programmes de capture et stockage des émissions carbone est à creuser afin que la technologie apporte la viabilité au projet, qui fait encore défaut aujourd’hui.

Bonne Saint Valentin 😉

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Prévisions 2015 : 0% carbone ?

Le 12 janvier 2015

Comme le veut la tradition, le début d’année coïncide avec les prévisions des différents économistes pour la nouvelle année.

Pour l’Europe, les perspectives sont modestes : croissance, inflation et taux d’intérêt proches de 0%… et que dire d’un 0% d’émission carbone ?

Le concept

Depuis maintenant près de deux ans a été lancé le débat de la décarbonisation de l’économie et la thèse des dits « stranded assets » c’est à dire ces actifs, principalement pour le secteur de l’énergie (pétrole, gaz et biens d’utilité publique), qui deviendraient inexploitables si les régulations en matière de limitation de la hausse de température de la planète devenaient plus sévères. La théorie des stranded assets se base sur une large portion de réserves de carbone déjà comptabilisées qui deviendraient imbrûlables en cas de hausse du prix du carbone et donc de l’augmentation sensible des coûts d’exploitation.

En effet, pour ne pas excéder les 2° de réchauffement climatique, mondialement reconnu, le budget total d’émission carbone devrait se tenir à 565 gigatonnes de CO2 d’ici 2050. Cependant, les réserves actuelles de charbon, gaz et pétrole représentent plus de 5 fois le potentiel d’émissions carbone que ce budget estimé. Le risque de réglementation vers davantage de restriction est donc particulièrement élevé. D’ailleurs, le nombre de mesures réglementaires déjà initiées a triplé ces 10 dernières années dans plus d’une soixantaine de pays.

Si les limitations en émissions carbone devaient se renforcer, les sociétés pétrolières notamment ne seraient pas en mesure d’exploiter certaines de leurs réserves ; ces actifs sont dit « stranded » ou imbrûlables.

Il s’agirait essentiellement des actifs les plus exposés et les plus vulnérables c’est à dire ceux dont la production est la plus coûteuse et la plus émettrice de carbone comme les sables bitumineux, les exploitations en eaux profondes, les actifs offshore comme en Arctique ou encore tout actif qui a un coût d’exploitation supérieur au pétrole conventionnel mesuré en équivalent de baril de pétrole.

L’agence internationale de l’énergie estime à 2/3 des réserves d’énergie fossile existantes non exploitables si la communauté internationale mettait en application son objectif de limiter la hausse de la température à moins de 2° au-dessus des niveaux préindustriels.

Un risque pour les investisseurs ?

Le concept de stranded assets émerge essentiellement d’un risque croissant de réglementation en matière d’émissions carbone. Il se base sur des hypothèses de réglementation plus stricte et plus imposante. Les différentes grandes réunions sur l’environnement montrent un engagement croissant en la matière, y compris les grandes Nations les plus polluantes comme le dernier accord des Etats-Unis et de la Chine. A la veille du sommet COP 21 – Conférence sur le Changement Climatique des Nations Unies – à Paris, les attentes sont grandes pour plus d’engagement concret et chiffré. Même si plusieurs anticipent déjà une grande déception, le COP 21 augmentera la pression vers plus de transparence sur le risque carbone.

Une régulation plus stricte et plus contraignante engendre le risque d’une création de bulle carbone qui pourrait coûter cher aux investisseurs devant faire face au scénario long terme de décarbonisation de l’économie. Ce scénario conduirait à une séparation des actifs les plus exposés et une réallocation des sites exploités si possible.

Comment se protéger ?

Si les sociétés se trouvent incapables d’exploiter une large part de leurs réserves d’énergie fossile, le marché pour ce type de produit cesse effectivement d’exister et pose un défi important pour les investisseurs. En effet, la valorisation des entreprises énergétiques est fortement corrélée aux réserves prouvées d’énergie, qui peuvent se dévaloriser substantiellement.

Un investisseur averti en vaut deux. Mais comment approcher ce risque encore jusqu’ici très théorique et fortement dépendant des hypothèses sur le réchauffement climatique et les réglementations qui pourraient s’ériger ?

Aujourd’hui, plusieurs investisseurs institutionnels comme par exemple le fonds de pension danois, PensionDanmark, ont choisi la voie de désinvestir dans le secteur. La campagne de désinvestissement pour une économie exempte d’énergies fossiles bat d’ailleurs son plein. Les fonds de pension légaux en Suède, la famille des fonds AP, se sont engagés également à classer leur portefeuille d’investissement en fonction du risque carbone (élevé, moyen et faible) et à désinvestir des sociétés mondiales pour lesquelles le risque est élevé.

Le fournisseur global d’indice FTSE a également collaboré avec l’un des plus grand gestionnaire de fonds, Blackrock, pour la création d’une nouvelle famille d’indices exempts de toute énergie fossile. Sont exclus de ces indices les sociétés qui extraient ou exploitent les énergies fossiles.

L’autre piste est celle de l’engagement et de récompenser potentiellement les sociétés les plus proactives par rapport à la problématique, notamment celles se tournant davantage vers les énergies renouvelables au détriment des énergies fossiles. Ou encore les programmes de capture et de stockage du carbone émis.

Malgré l’absence d’une réglementation globale, le secteur énergétique fait déjà face à des transformations importantes – régulation de la qualité de l’air, coûts à la baisse du renouvelable, disponibilité de l’eau, etc. Les sociétés de biens d’utilité publique sont confrontées à l’incertitude de la durée de vie des sites de génération d’énergie et les mécanismes de marché tels que les prix du carbone y contribuent. Par conséquent, elles sont également vulnérables aux actifs dépréciables.

Le concept de stranded assets, bien qu’encore fort théorique et hypothétique, soulève des questions importantes pour le secteur des énergies fossiles. Les analystes financiers devraient intégrer différentes hypothèses afin d’évaluer leurs résultats de valorisation aux scénarii plausibles. Les métriques traditionnelles telles que le ratio de remplacement des réserves seront remplacées ou tout au moins perfectionnées afin d’intégrer des métriques complémentaires reflétant davantage un monde contraint à des limitations d’émissions carbone.

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Respect pour les droits humains: quel rôle pour les investisseurs !

Le 24/12/2014

A quelques jours de la journée des droits de l’Homme, une table ronde intitulée: « respect pour les droits humains: quel rôle pour les investisseurs » était organisée.

Une fois n’est pas coutume dans le monde plutôt masculin de la finance : trois femmes et un modérateur. Et trois scandinaves dans un auditoire parisien !

L’engagement de la Scandinavie est fort d’acualité, aussi bien par le biais de ses entreprises que de ses investisseurs. Faut-il rappeler la liste noire des sociétés exclues à l’investissement pour cause d’allégations fortes en droit social et humain du fonds norvégien du pétrole et reconnue comme référence par les investisseurs éthiques ?

Il faut dire que pour les investisseurs le risque est triple. D’une part, le risque réputationnel, pour l’entreprise impliquée. Mais aussi pour l’investisseur dès lors impliqué indirectement et d’autre part le risque économique et financier, la violation de droits humains représentant une forte raison de dévalorisation du titre.

L’atteinte à la réputation et les impacts financiers et opérationnels qui en résultent en sont, en général, les conséquences principales, les amendes monétaires étant moindres. Le monde de l’investissement doit intégrer un nouveau concept d’analyse financière : non plus le ratio P/E pour « price to earnings » (cours boursier sur résultat) mais pour « Price to Ethics » (cours boursier sur approche éthique).

Les investisseurs scandinaves engagés préconisent avant tout le dialogue avec le gérant d’actifs et l’entreprise coupable de violation. L’engagement peut être coopératif afin d’avoir plus de poids, comme il est maintenant aussi possible via le mécanisme Clearing House des Principes des Investissements Responsables sponsorisé par les Nations Unies (UNPRI). Désinvestir dans l’entreprise est le moyen utilisé en dernier ressort en cas d’échec de la procédure d’engagement.

Alors qu’on dénombre 35,8 millions de personnes victimes aujourd’hui d’esclavage moderne, il n’est pas désuet de se rappeler la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948.

D’ailleurs, la consultation de la lettre journalière de l’ONG Human Rights Watch démontre par sa variété et son internationalisation, que de nombreux progrès sont toujours à faire pour garantir ces droits élémentaires.

Les abus de droits humains sont divers. Le graphe ci-dessous montre la hausse des controverses liées au respect des droits humains.

par défaut 2014-12-12 à 16.29.39Au-delà des problématiques de chaînes d’approvisionnement, souvent liées à des formes d’esclavage moderne ou de discrimination sociale comme l’interdiction du droit d’association, le respect des communautés reste toujours problématique, notamment dans les secteurs agricoles ou les industries du secteur extractif.

OUI, les investisseurs ont un rôle à jouer. Le Rana Plaza, l’incendie de cet immeuble au Bangladesh révélant l’esclavage de l’industrie textile, en est un bel exemple avec la campagne Clean Clothes Campaign. Les investisseurs et les entreprises se sont engagés à améliorer les conditions de travail y compris à faire pression sur le gouvernement afin d’assurer un salaire minimum aux ouvriers.

Le scandale des crevettes en Thaïlande a également dévoilé l’esclavage sur les bateaux de pêche et la responsabilité des entreprises – ici agro-alimentaires – vis-à-vis du contrôle de leur chaîne complète d’approvisionnement.

L’intégration de la chaîne d’approvisionnement dans les politiques d’engagement des entreprises est de plus en plus sous la loupe des investisseurs. Ces derniers ne veulent pas se rendre complices de violation de droits et adoptent de plus en plus le principe de Savoir, Observer, Alerter, Influencer et Remédier.

Un indice pour se référer !

De plus, les investisseurs peuvent désormais se référer à un indice sur les droits humains. Annoncé le 1er décembre dernier à Genève lors du 3e forum des Nations Unies sur les droits humains, l’indice Corporate Human Rights Benchmark a pour objectif d’offrir un cadre référentiel de problématiques matérielles liées au non-respect des droits humains. En collaboration avec le groupe de travail sur la question des Nations Unies, il offre également une base de données transparente aux investisseurs et aux entreprises. L’indice se concentre dans un premier temps sur les 500 plus grandes sociétés dans les domaines les plus exposés au risque de violation des droits de l’homme : l’agriculture, l’appareillage, la technologie d’information et de communication et l’industrie extractive.

Des législations pour plus de transparence

De plus en plus de pays exigent des entreprises – généralement cotées – un rapport sur les politiques mises en place sur la question des droits humains, avec une approche souvent dite de « comply  or explain » soit être conforme ou justifier.

Les sociétés font face donc à un niveau de conformité de plus en plus exigeant. Soit elles sont capables de répondre de la qualité, la compréhension et l’intégration de leur politique en la matière, soit si elles ne se déclarent pas, elles devront rendre des comptes notamment devant la société civile. Ces différents points peuvent être aussi l’objet d’un dialogue engagé avec les investisseurs responsables.

Pareille législation vers davantage de transparence existe déjà au Royaume Uni pour les sociétés cotées, en France pour les sociétés cotées et celles comptant plus de 500 employés, en Suède pour les sociétés publiques, au Danemark, pour les entreprises publiques, les sociétés cotées et non cotées en fonction de leur taille. Une fois de plus, les pays scandinaves montrent l’exemple…

En avril 2013 la Commission Européenne a adopté une proposition de Directive, actuellement à l’étude par le Parlement Européen, qui obligera les 18.000 plus grandes sociétés européennes à publier leur rapport non financier sur base du principe « comply or explain », en incluant l’information sur les droits humains, la diversité, la lutte contre la corruption et autres indicateurs clés ESG.

Alors qu’une large majorité des pays du monde a ratifié les principaux traités des droits humains (principalement au nombre de neuf), la violation de ces droits élémentaires est quotidienne et courante dans plusieurs régions et les autorités internationales semblent manquer leur agenda à plusieurs reprises.

Que ce soit le manque d’égalité pour les femmes dans le monde islamique ou la persécution des dissidents religieux ou politiques, les exemples sont nombreux pour nous rappeler le besoin criant de défense des droits humains.

L’autoritarisme politique gagne du terrain en Russie, Turquie, Hongrie et Vénézuela. Même l’Europe et les Etats-Unis, considérés comme grands défenseurs modèles des droits humains, ne sont pas à l’abri. La crise de la dette en Europe a nourri des mouvements extrémistes de xénophobie notamment envers les communautés musulmanes. Aux Etats-Unis, les évènements du 11 septembre ont faire renaître des pratiques de torture dans certaines prisons et ailleurs. Et l’indice mondial d’esclavage recense 1500 personnes dans notre pays, victimes d’esclavage moderne.

Ce n’est que depuis quelques décennies que les gouvernements ont pris leur responsabilité vis-à-vis des droits humains et ceci depuis un angle international. Les Etats-Unis et l’Europe ont récemment condamné les incidents en Syrie, Russie, Chine ou encore Iran. Et l’aide internationale devient conditionnelle du respect des droits humains.

L’indice Corporate Human Rights à l’initiative d’investisseurs responsables, en classant les sociétés globales cotées dans les 4 secteurs les plus exposés (agriculture, technologies d’information et de communication, secteur extractif et appareils), a pour but de lever le voile sur les pratiques de ces entreprises les plus exposées et ainsi de faire pression par le biais du risque réputationnel tel une épée de Damoclès brandie au-dessus de leur tête.

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Gouvernance d’entreprise: que penser des dernières réformes ?

Par Petercam

Le 18 novembre 2014

Puisque la force et la qualité du cadre institutionnel sont essentiels au bon fonctionnement d’un pays, la gouvernance d’entreprise est primordiale afin d’assurer sa croissance durable.

Dans la foulée de la crise financière et économique de 2008,  fleurissent un peu partout en Europe des réformes du cadre régulateur de la gouvernance d’entreprise.

Les thèmes principaux sont :

  • L’audit : afin d’éviter tout conflit d’intérêt des audits externes, plusieurs mesures sont mises en place. Tout d’abord, la liste des services proscrits ne recourant pas à des services d’audit, s’allonge. Ensuite, un cap maximal de revenus provenant de services autres qu’audit est fixé. Enfin, une rotation des sociétés d’audit est préconisée. Ainsi, la directive européenne va dans le sens d’une rotation obligatoire tous les 10 ans avec une possibilité de renouvellement pour 10 ans supplémentaires. A ce niveau, les Pays-Bas ont été bien plus sévères avec une rotation tous les 8 ans sans possibilité de rallongement pour une seconde période.
  • La mixité des conseils d’administration : sans être une fan des quotas obligatoires de représentation féminine, il faut admettre que, dans certains pays, cette obligation a eu plusieurs effets bénéfiques sur les conseils. Le constat est que les conseils rajeunissent et se diversifient, notamment au niveau du cursus universitaire et de l’expérience professionnelle puisque l’imposition d’un quota met fin à certains copinages entre anciens diplômés ou collaborateurs. Cette diversification est intéressante et importante à la vue des évolutions de la gouvernance d’entreprise notamment vers davantage de responsabilisation du conseil d’administrateur (voir ci-dessous).  A noter aussi la véritable volonté des gouvernements pour des conseils de plus en plus indépendants. La moitié d’indépendants au sein du conseil devient une bonne pratique dans de nombreux pays, notamment le Royaume-Uni ou la Scandinavie. Clairement, un tiers de représentants indépendants au conseil est devenu un minimum.
  • « Say on pay » : si la communication de la rémunération des membres des conseils et directeurs exécutifs  peut requérir l’accord des actionnaires (par exemple au Royaume-Uni ou en Suisse), la tendance s’inscrit  vers davantage de transparence au sujet de la rémunération. Sans impacter réellement les rémunérations prévues, cette pratique améliore essentiellement la transparence. Cependant, toute comparaison reste difficile étant donné l’absence de référence unique, l’existence de stock-options et autres variables souvent encore opaques. Toutefois, quelques bonnes pratiques sont à citer, par exemple, en Allemagne où les sociétés publient de plus en plus la différence entre le salaire le plus élevé et le plus bas ou encore le salaire maximal.
  • Efficacité et responsabilisation du conseil d’administration: les membres des conseils d’administration sont de plus en plus responsabilisés. Ainsi, les mauvaises conduites des Directeurs peuvent être criminalisées en  Allemagne. De plus, la législation a instauré un plafond maximal sur l’assurance responsabilité civile souscrite par les directeurs.

Cette responsabilisation du conseil est un point important car il conduit à une spécialisation au sein du conseil ; chaque membre se spécialisera dans l’une ou l’autre thématique. A noter qu’un expert informatique, dans les réseaux et autres,  est un atout considérable pour une société, quand la cybersécurité devient un défi majeur de nombreux secteurs économiques (notamment bancaire et de détail).

De manière générale, les réformes entreprises dans les différents pays européens vont dans le bon sens. Force est de constater qu’une fois encore les pays scandinaves affichent des pratiques exemplaires en la matière et depuis un certain temps déjà. Le Royaume-Uni reste l’exemple par excellence avec notamment son Stewardship Code.

L’Italie et l’Espagne font preuve de bonne volonté et adoptent des réformes qui leur permettent de réduire l’écart avec les meilleurs élèves.

Cependant, il faut mentionner quelques dispositions mettant à mal le principe « d’une action, un dividende, un vote ». L’Italie comme la France ont instauré l’action à double vote permettant essentiellement aux pouvoirs publics de vendre un paquet important d’actions de certaines sociétés stratégiques sans en perdre le contrôle (comme Eni ou Enel en Italie). La loi Florange va également dans ce sens en accordant un double vote à toute action détenue pour une période minimale de 24 mois dans les sociétés cotées françaises. L’objectif louable de cette pratique est l’encouragement de l’actionnariat à long terme et le découragement des pratiques court-termistes de trading. Cependant, il semblerait que l’actionnariat long terme soit plutôt une excuse utilisée pour des fins moins louables. Plusieurs agences spécialisées en conseil de vote aux assemblées générales plaident pour un vote défavorable à l’approbation des comptes et/ou la réélection du conseil si l’entreprise ne propose pas un changement dans ses statuts afin d’éviter l’action à double vote automatique dès mars 2016.

Les crises successives de gouvernance ont conduit à une prise de conscience aussi bien de la part des autorités de contrôle que des entreprises elles-mêmes de l’importance d’une saine gouvernance. Les entreprises ont parcouru un sacré chemin ces vingt dernières années en matière de transparence et de gouvernance. Le dernier rapport de Transparency International sur la transparence des plus grandes capitalisations mondiales montre qu’il y a encore des progrès à faire, notamment sur la transparence des activités opérées dans les différents pays. Mais l’engagement actionnarial de plus en plus actif et la pression des médias et du risque réputationnel lié permettent de rester optimistes.

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Combien cela coûte-t-il d’investir de manière responsable et durable ?

Le 15 octobre 2014

Pourquoi cette question revient-elle sans cesse, alors que la recherche académique n’a de cesse de prouver que l’investissement durable ne va pas  nécessairement de paire avec de la sous-performance  ?

Lors d’une récente table ronde dans le cadre de la semaine de l’ISR à Paris, un professeur de la Sorbonne, Nicolas Mottis, nous répondait que le débat était stérile. Pourtant il persiste.

La première raison est à chercher dans l’origine des fonds durables. Les fonds de première génération étaient des fonds dits éthiques, à la demande de congrégations religieuses, soucieuses de ne pas investir dans des secteurs ou dans des pratiques contraires à leurs valeurs et croyances.

Aujourd’hui, le concept a évolué de niche d’investissements éthiques à une approche plus globale et intégrée dans la gestion d’actifs traditionnelle. Il faut donc bien distinguer entre un fonds éthique, qui veut répondre à certaines valeurs d’ordre éthique et un fonds durable, qui intègre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) afin d’évaluer tous les risques et opportunités d’un environnement global intégrant les différentes parties prenantes en interaction.

L’approche repose sur la conviction que seules les entreprises ou tout acteur économique qui intègrent les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont à même de rester profitables sur le moyen et long-terme

La deuxième raison de cet éternel débat est liée à l’hétérogénéité des fonds durables ou qualifiés de la sorte.  L’approche dite « best in class » qui favorise les meilleurs élèves, combinée éventuellement avec une approche « best effort » (récompenser les progrès sur une période de temps) n’est pas unique. Certains fonds répondent à des problématiques spécifiques ou thématiques ; d’autres se basent sur des critères d’exclusion et de screening normatif ; d’autres encore se concentrent sur le dialogue actionnarial capable de faire évoluer les pratiques.

La majorité des travaux académiques tend à montrer qu’il est très difficile de prouver la valeur ajoutée d’un filtre extra financier dans la sélection des portefeuilles dits durables. Par contre, au niveau des entreprises prises individuellement, la recherche a démontré la valeur ajoutée, notamment en matière d’accès au financement et du coût de celui-ci pour les sociétés affichant des scores plus élevés sur des critères ESG.

Si la question du coût d’une telle approche est obsolète, la question du quand peut paraître plus pertinente. D’où le sujet de notre table ronde à Paris : faut-il une crise d’envergure pour révéler les atouts de l’ISR ?  Nous constatons que l’alpha extra financier dans nos stratégies durables apporte la plus grande valeur ajoutée dans les moments de crise. Ce dernier tend à s’amenuiser les crises s’estompant. Nous l’avons constaté avec un portefeuille d’obligations souveraines émises en euro lors de la crise des souverains de la zone euro. Nous le constatons cette fois avec un portefeuille d’obligations souveraines émergentes lors de la crise des devises locales qui a chamboulé le marché. Coïncidence de répéter le même succès?

Enfin la troisième raison réside dans la différence de point de vue entre marchés financiers et pilotage interne des entreprises. Si la convergence entre les deux est amorcée, les deux perceptions sont encore à rapprocher et les points de vue à réconcilier.

Du côté des entreprises, les politiques de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) peuvent être une solution, si du moins celles-ci sont intégrées au niveau opérationnel et décisionnel de l’entreprise. Le risque d’un éventuel rattachement aux départements marketing ou communication  pourrait conduire à un certain greenwash des politiques.

Du côté des investisseurs, un travail d’éducation est à entreprendre. Seule une démarche de transparence et d’éducation pourrait mettre définitivement fin au préjugé.

Tout d’abord il faut une véritable compréhension de l’investisseur dans l’offre des portefeuilles/stratégies dits durables. Il est capital que ce dernier comprenne la stratégie, ses objectifs, ses définitions et ses concepts.

De plus, l’investisseur devrait adopter une réelle démarche d’investissement à long-terme. Cela demande de vaincre la dictature des indices de référence et surtout le besoin d’un rapport trimestriel voire même mensuel. L’investissement durable l’est dans la durée. Du fait de la dichotomie temporelle entre marchés financiers, encore court termistes, et les enjeux de durabilité, par définition moyen voire long terme. L’investisseur devrait investir sur le moyen terme et accepter des périodes de sous et surperformance en fonction des marchés.

Le débat ne devrait donc pas être « cela paie-t-il d’investir de manière responsable » mais plutôt « quand cela paie-t-il ? ». A cette question, il y a lieu d’espérer que chacun adopte une vue long-terme inscrite dans la durabilité.

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La transition démographique : toujours un défi majeur

Le 15 septembre 2014

Le vieillissement de la population est un défi majeur à prendre en compte de par sa matérialité importante, les interconnections économiques et sociales et sa pertinence actuelle. En effet, la population mondiale croit à un rythme de 1% par an alors que la population senior croit du double. Les attentes sont de 8 milliards d’habitants en 2025 comparés à 6.9 milliards en 2010 dont 1.2 milliards de seniors alors qu’ils n’étaient que de 700 millions en 2010.

Au niveau de la croissance économique, le vieillissement pèse à deux niveaux. D’abord, la part des dépenses sociales consacrées à la population senior augmente. Ensuite, la population active diminue, de même que leurs contributions aux différents systèmes sociaux.

D’ici 2020, le nombre de pays catégorisés comme « super âgés » c.-à-d. définis par les Nations Unies, comme comptant plus de 20% de la population dans la tranche au-dessus de 65 ans, va augmenter jusqu’à 13 nations. Aujourd’hui l’Allemagne, l’Italie et le Japon en font déjà partie. Ils seront rejoints par la Finlande et la Grèce d’ici 2015.

Il s’agit essentiellement de l’Europe même si d’autres pays sont déjà considérés comme âgés comme les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, Cuba ou encore la Nouvelle-Zélande.

Cependant il ne faut pas croire que le problème du vieillissement ne concerne que les pays développés.  Des pays tels que l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Chine ou encore la Thaïlande et la Turquie sont également déjà considérés comme âgés ç.à.d. présentant une population de plus de 65 ans d’au moins 7% de la population globale.

Autre fait inquiétant également pour les économies émergentes : la vitesse de la transition démographique. La Chine illustre bien ce point avec  un rythme de vieillissement inquiétant, résultat de la politique de contrôle des naissances en place depuis la fin des années septante. La population en âge de travailler a baissé fortement car, d’une part, le taux de fécondité a diminué et d’autre part l’espérance de vie a progressé. La population de plus de 65 ans en Chine est appelée à doubler sur la période 2014-2030 soit 26 ans alors que les Etats-Unis ont mis 69 ans à accomplir pareille évolution.

Le vieillissement fait pression sur le marché de l’emploi avec une baisse de l’offre de main d’œuvre. La solution peut passer par une amélioration de la participation au marché de l’emploi, l’immigration mais également l’innovation et le progrès technologique qui améliore la productivité et le capital humain (meilleure éducation). Les interactions du vieillissement sont donc importantes. Regarder la qualité du marché de l’emploi est donc également une information importante à mettre en parallèle avec le ratio de vieillissement. Ce dernier compare le nombre d’adultes dans la population active pour le nombre de personnes âgées. Au Japon, le poids d’un adulte de plus de 65 ans ne sera plus supporté que par 2 adultes en âge de travailler en 2020. L’Europe n’est pas à l’abri d’une telle évolution avec un ratio entre 2.7 et 3.3 adultes dans la force de travail pour la même échéance.

D’ici 2050, le ratio est estimé de 2 pour 1 dans les économies matures et 4 pour 1 dans les économies émergentes.

Il faut donc être attentif à la composition du chômage, à la qualité de la main d’œuvre (qualification) ou encore la dynamique de l’innovation pour améliorer la productivité et assurer la poursuite de la croissance.

Finalement peu de pays afficheront des taux de croissance de leur population active supérieurs à ceux enregistrés dans le passé sur les 15 prochaines années. Ces opportunités d’investissements,  si certaines conditions notamment de qualification de la main d’œuvre sont remplies, se retrouvent essentiellement la région d’Afrique sub-saharienne (Congo, Côte d’Ivoire, Mozambique, Tanzanie ou Somalie). Une situation en contraste avec des pays comme l’Italie ou l’Espagne où la population active enregistre des taux de croissance négatifs entre 2000 et 2015.

La transition démographique joue également sur les marchés financiers puisqu’il va de pair avec une hausse de l’aversion au risque et impacte dès lors l’offre d’actifs financiers dits sûrs. La théorie du cycle de vie montre que l’épargne et la demande de produits financiers se fait essentiellement dans la période active ; ensuite la retraite est financée par le produit de ces investissements avec donc une diminution pour les instruments risqués vers une demande plus accrue des instruments de haute qualité. Mais reste à définir un instrument financier sûr et de haute qualité après la crise souveraine de la dette euro. Il faut ici tenir compte de l’endettement (ex. des pays périphériques), de la solvabilité (rehausse sans cesse du plafond budgétaire américain) ou du vieillissement de la population (Japon). De plus, la qualité des crédits tend à se dégrader selon les agences de notation et le nombre de papier gouvernemental encore coté AAA diminue. Le FMI a d’ailleurs estimé que les instruments dits de haute qualité diminueraient de 9.000 milliards de dollars, soit 16% de leur volume d’ici 2016.

La transition démographique est un défi majeur pour toutes les économies, y compris les pays émergents. Ici, la hausse de la population active va de pair avec une hausse du produit intérieur brut par habitant. Pour cela, il est important de garantir l’éducation et la formation des jeunes de manière à ce qu’ils constituent une population active importante et qualifiée.  De plus, pour maintenir une croissance durable, les pays émergents doivent réfléchir au développement de leurs systèmes de protection sociale, encore souvent aux prémices de leur mise en place.

L’éducation est donc un pilier capital de durabilité pour assurer la relève par les générations futures.

L’OCDE estime que la moitié de la croissance économique des dix dernières années dans les pays développés provient d’une amélioration des compétences. D’où l’importance de l’éducation, et principalement le cycle tertiaire dans nos économies. Le Japon a connu un vieillissement important de sa population et a été assez précurseur en modèle de transition démographique. Cependant, dans les scores PISA, il se démarque parmi les meilleurs élèves, classés juste derrière les meilleurs tels que la Chine ou Singapour. Le Japon a compris l’enjeu que représentent les générations futures.

Si les évolutions peuvent paraître minimes, il n’en reste pas moins que l’analyse de durabilité reste pertinente pour les instruments financiers, montrant les risques et opportunités à moyen et long-terme qui s’offrent à l’investisseur averti. Le vieillissement démographique n’est pas un mythe mais un fait d’aujourd’hui. Le défi est majeur du fait de ses nombreuses implications et notamment en matière de prix des actifs financiers. Sa matérialité justifie pleinement l’analyse d’indicateurs clé tels que le ratio de vieillissement de la population, l’importance de l’éducation et la formation des générations futures ou encore les détails du marché de l’emploi.

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Où en est-on avec l’or bleu ?

Le 25 juin 2014

Alors que les tensions montent en Iraq et que les économistes s’inquiètent des répercussions non négligeables sur la disponibilité du pétrole, il me semble opportun de faire le point sur une autre denrée précieuse : l’eau.

En 2005, l’Organisation des Nations Unies lançait la décennie (2005-2015) de « l’eau, source de vie » à l’occasion de la journée mondiale de l’eau du 22 mars. L’objectif de ce programme est d’encourager les efforts pour assurer le respect des engagements internationaux pris dans le domaine de l’eau. A la veille de la clôture de ce programme, qu’en est-il de la situation ? L’eau étant un bien vital, les enjeux économiques et financiers sont évidents. Non seulement l’eau est essentielle pour la vie mais elle constitue également une source d’énergie majeure dans certaines régions du monde avec un potentiel encore inexploité dans d’autres.

La pénurie de l’eau est une problématique à laquelle tous les pays sont confrontés ; certains davantage que d’autres. Il s’agit d’une urgence pour les populations et la planète qui s’aggrave avec les enjeux majeurs de la démographie, du changement climatique et de la pollution. Aujourd’hui 768 millions d’habitants n’ont pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards n’ont pas accès à des sanitaires répondant à un minimum d’hygiène. L’eau insalubre reste la première source de mortalité, devançant la malnutrition.

La carte ci-dessous montre l’importance de la pénurie d’eau, dans le top 3 des risques pour 2014 selon le Forum Economique Mondial. Les estimations parlent de la moitié de la population confrontée au stress de l’eau d’ici 2030 (source Merrill Lynch) et 50 pays exposés au risque de conflit sur l’eau. Ces estimations sont confirmées par d’autres sources, notamment l’Institut de Technologie du Massachussetts (MIT) qui a également évalué les besoins en eau d’ici 2050. Les pays les plus exposés sont l’Inde, l’Afrique du Nord et le Moyen Orient, qui font également face à des taux de croissance d’urbanisation élevés.

 par défaut 2014-06-21 à 13.19.06

Source : UNEP Grid Arendal

L’eau est également vitale pour la production d’énergie que ce soit dans l’énergie hydroélectrique ou le refroidissement des centrales thermoélectriques ou l’énergie géothermique. Les gouvernements sont conscients de ce potentiel et doivent l’être dans une optique de protection de l’environnement contre les effets néfastes éventuels.

Or, l’énergie hydroélectrique représente une alternative non-polluante précieuse face à la domination des énergies des combustibles fossiles.

La coopération internationale est ici nécessaire puisque 145 pays ont un territoire situé sur un bassin transfrontalier. Il est important que se poursuivent les efforts de coopérations et la signature des traités concernant des bassins hydrographiques transfrontaliers.

L’eau n’est pas seulement une problématique à laquelle les pays doivent répondre. Les entreprises y sont également confrontées. En particulier, mentionnons un secteur comme celui de l’alimentaire qui est étroitement lié à l’agriculture et qui reste le plus gros consommateur d’eau ; plus de 70% de l’eau utilisée et dont 60% est jetée. En agriculture, si l’irrigation peut coûter cher, elle accroît de 100 à 400% les rendements de la plupart des cultures agricoles. D’où l’enthousiasme pour les innovations technologiques visant à augmenter le rendement agricole par goutte d’eau.

L’empreinte écologique en matière d’eau est la plus importante pour des cultures telles que le blé, le maïs, le soja ou l’huile végétale. Cela représente un défi majeur pour les sociétés du secteur alimentaire. La problématique de l’eau croissante, l’inflation des matières premières est grandissante. Il ne suffit pas aux Danone, Nestlé et autres d’adresser la problématique dans leurs processus de fabrication, en réduisant et optimisant l’utilisation de l’eau. Ces sociétés doivent également chercher des alternatives et optimiser leurs matières premières. Pour la petite anecdote, JPM a estimé la consommation d’eau combinée de Nestlé, Unilever, AB Inbev, Coca-Cola et Danone à 575 milliards de litres par jour, soit de quoi couvrir les besoins vitaux journaliers de chaque habitant de notre planète.

Le secteur des biens d’utilité publique est également confronté à la question de l’eau, essentiellement de son point de vue de préservation de la biodiversité et des écosystèmes. Il est important de regarder l’importance de l’utilisation de l’eau mais également le pourcentage d’eau recyclée ou encore quelles sont les politiques et initiatives prises visant à réduire la consommation.

Les enjeux sont tels que l’eau est devenu un réel actif financier. Tout d’abord, le risque de coût inflationniste pour toute société qui n’anticipe pas l’aggravation de la pénurie. Ensuite, l’eau peut être une opportunité d’investissements comme par exemple les sociétés spécialisées dans les solutions de traitement de l’eau, de gestion de l’eau ou encore liées à l’infrastructure et l’offre. A ce titre, l’indice de marché S&P Global Water a enregistré une performance annualisée de 9.884% sur les 10 dernières années[1], battant plusieurs records d’actifs financiers.

Ces différents facteurs montrent l’importance économique d’un tel bien qui se raréfie de plus en plus.

Tenir compte des enjeux liés à l’eau est donc capital et essentiel pour mesurer l’attractivité d’un pays ou d’une entreprise.

Il s’impose d’adopter une approche compréhensive de la problématique en étudiant l’influence aussi bien des changements climatiques que socio-économiques et leurs effets sur les projections de l’Offre et de la Demande. Des critères tels que l’empreinte de l’eau ou l’intensité d’utilisation de l’eau par rapport aux volumes des ventes, peuvent donner des informations précieuses sur la capacité d’une société d’anticiper et se parer à la problématique de la raréfaction de l’eau.

Aujourd’hui, plusieurs outils sont à la disposition des sociétés pour s’y préparer. Le Filtre du Risque de l’Eau développé par WWF est une première opportunité pour mesurer le risque. Il permet également de vérifier le degré de dépendance à l’eau d’un projet de développement d’une société.

Les problèmes liés à l’eau vont se multiplier de manière significative dans les années à venir. En tant qu’acteur responsable, nous nous devons d’y faire attention.

Dans nos pays développés où il suffit d’ouvrir un robinet, il est important que nous restions soucieux de la préciosité d’un tel bien et que nous le traitions telle que toute autre ressource se raréfiant.

 

[1] Performance annualisée en dollars sur 10 ans au 30/5/2014

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Rana Plaza : le bilan après un an

Le 14 mai 2014

Le 24 avril 2013, l’immeuble bangladais Rana Plaza s’effondrait suite à un incendie, coûtant la vie à plus de 1100 ouvriers sous-payés. Le bâtiment, tristement célèbre depuis, abritait 5 ateliers de sous-traitance de l’industrie textile. La catastrophe levait ainsi le voile sur l’insalubrité, l’absence de normes de sécurité et les conditions de travail des petites mains sous-qualifiées confectionnant à longueur de journées les vêtements ornant nos vitrines occidentales.

L’article rédigé à l’époque, « Espoir sur les cendres de l’immeuble Savar » montrait une part d’optimisme. En effet, cet évènement, non loin d’être le premier, mais probablement un des plus importants en coûts humains, accentuerait l’importance du contrôle des chaines de sous-traitance pour les sociétés textiles, soucieuses de leur image médiatique.

Quel bilan un an plus tard ?

Alors que les décombres n’ont pas été déblayés et que des cadavres s’y trouvent toujours ensevelis, les progrès enregistrés restent modestes. Deux grandes alliances ont été formées suite à la catastrophe : d’une part, l’Accord sur la Sécurité, signé principalement par les détaillants européens et l’Alliance, signée par les concurrents américains. Ces deux accords ont fait pression sur les autorités bangladaises. Les principales améliorations des conditions de travail  notoires sont :

  • Hausse du salaire minimum à environ 50 euros, niveau supérieur à celui enregistré dans les autres secteurs industriels du pays ;
  • Renforcement des inspections par les autorités pour la sécurité des immeubles industriels ;
  • Autorisation de la formation syndicale.

Cependant, les réformes accusent un manque de ressources pour assurer les conditions adéquates et garantir l’implémentation de ces nouvelles mesures.

En effet, la sécurité reste toujours à risque et de nombreux incendies continuent à être déplorés dans le pays. Les normes restent non respectées : extincteurs d’incendie vides et en nombre insuffisant, installations électriques vétustes, sorties de secours non prévues, etc.

Plusieurs marques s’étaient engagées dans un fonds d’indemnisation pour les familles des victimes. Le Rana Plaza Donor Trust Fund visait à lever auprès des détaillants 40 millions de dollars pour compenser les familles. Au 24 avril 2014 seuls 8,8 millions ont été récoltés, exclus les 7 millions de dollars supplémentaires versés par Primark.

De plus, les marques se sont engagées dans le contrôle de la sous-traitante et le rythme de croissance de l’industrie textile au Bangladesh reste élevé (10% en 2014). Il faut néanmoins déplorer le transfert de la demande de sous-traitance vers le Cambodge ou l’Ethiopie où la main d’œuvre n’a pas (encore) connu l’inflation salariale comme dans les autres pays asiatiques, et amorcée au Bangladesh.

Cependant, au Cambodge notamment, les petites mains, emportées par le mouvement international vers plus de justice et de respect des droits humains et de travail, se sont révoltées.  Révolte vis-à-vis du salaire minimum, bien que plus élevé qu’au Bangladesh (60 euros/mois) et contre la cadence de travail exigeant des ouvriers de produire 700 pièces par jour par individu. Toutefois, la révolte a été sévèrement réprimée. Quatre morts ont été décomptés et des dizaines de blessés. Le coût humain est élevé face au gain : une hausse de 15 euros  du salaire minimum.

Si le salaire minimum est un sujet majeur dans les conditions de travail des sous-traitants dans les pays à risque, il ne pèse pourtant pas grand-chose dans la balance : le salaire des ouvriers représenterait moins de 1% du prix du vêtement acheté en magasin ! Ce pourcentage diffère en fonction du niveau de sous-traitance.

Car les distributeurs textiles ont, à leur défense, l’excuse de la complexité de la chaine de sous-traitance. En effet, cette dernière est particulièrement complexe dans le secteur. La chaîne démarre à la culture du coton ou la production des fibres synthétiques, la transformation de ceux-ci en fils et finalement la confection des vêtements et produits de luxe.

L’industrie est particulièrement intensive en main d’œuvre et est dominée par des ouvriers non qualifiés, où il n’est pas rare de retrouver des enfants. Les pays producteurs aujourd’hui présentent souvent des lois inappropriées, une faible application des lois et des droits du travail déficients.

Ce profil ouvre la porte à l’exploitation de l’esclavage moderne. La Birmanie, par exemple, à l’instar de l’Ethiopie, devient le nouvel eldorado de la sous-traitance. Avec une législation du droit du travail défaillante et un salaire minimum à 40 euros par mois, les avantages sont criants pour les fabricants.

Cependant, le focus sur les chaînes d’approvisionnement est croissant et oblige les sociétés à prendre leurs responsabilités et à se renseigner de plus en plus sur l’entièreté de celle-ci. La traçabilité de la matière première, le contrôle de la main d’œuvre, etc. Le risque réputationnel est tel que les sociétés n’ont pas d’autres choix que d’instaurer des mécanismes de contrôle fonctionnel et de garantir aux ouvriers et syndicats de donner leur feedback sur les conditions de travail.  etc.

Les deux accords majeurs, l’Accord sur la Sécurité et l’Alliance, sont des accords sur 5 ans. Il ne faut donc pas minimiser leur impact actuel et continuer à contrôler les progrès résultants.

Plus que jamais la sous-traitance est dans l’œil de mire des ONG et autres parties prenantes dans le domaine du textile. Si l’esclavage moderne existe toujours, il faut noter l’amélioration croissante des conditions de travail des ouvriers non qualifiés, déplaçant la problématique dans d’autres pays où la régulation n’a pas encore suivi. Il est vrai qu’à force d’être déplacé, l’esclavage moderne ne trouvera plus de faille suffisante à son installation. Les révoltes surviennent un peu partout. Aujourd’hui, Adidas, Nike et Asics doivent faire face à des mouvements de grève importants en Chine. Les contestations ne sont pas dirigées vers le salaire mais sur les prestations sociales comme par exemple l’assurance maladie. Selon Reuters, le nombre de grèves a augmenté d’un tiers depuis le début d’année en Chine. Et lorsqu’une étude de PwC en 2008 avançait que la moyenne de performance boursière des sociétés souffrant d’interruptions dans la chaîne d’approvisionnement est environ 19% inférieure à la performance moyenne des sociétés ne montrant pas ce souci, les professionnels de la finance ont un argument de poids pour s’intéresser de près à la problématique.

Les espoirs restent donc permis.

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Les obligations d’impact social et obligations vertes, les obligations du futur ?

Le 22  avril 2014

Alors que les discussions financières se concentrent fortement sur la possibilité d’une remontée des taux d’emprunts, se profilent de plus en plus des obligations d’un nouveau type : les  « green bonds » et les « social impact bonds ».

Si les deux portent le nom de bond ou obligation, elles ne doivent pas être confondues. Les green bonds ou obligations vertes sont des obligations dont le but est de financer un projet environnemental bien précis. Il s’agit, comme c’est le cas pour une obligation traditionnelle, d’un emprunt auprès d’un Etat ou d’une société avec un paiement d’un intérêt et un remboursement à l’échéance du capital.

Les social impact bonds ou obligations d’impact social (OIS), il faut le reconnaître, portent un nom finalement peu approprié par rapport à leur nature. Il ne s’agit pas réellement d’un emprunt avec un paiement d’intérêt à échéance régulière ni de remboursement de capital.

En effet, les OIS sont davantage un contrat entre différentes parties prenantes, du secteur public et privé. La première OIS a vu le jour en 2010 au Royaume-Uni, où depuis lors plusieurs initiatives, plus précisément à Peterborough, ont suivi. La communauté locale y a levé, via le secteur privé, 5 millions de livres sterling pour financer un programme sur 6 ans visant à réduire le taux de récidive des anciens prisonniers ; la moyenne nationale étant relativement élevée (60%).

Il s’agit d’un contrat financier sous lequel les intervenants investissent leur argent pour gérer privativement des programmes à caractères sociaux ou environnementaux. Ils regroupent quatre partenaires principaux autour d’un projet social et/ou environnemental : un partenaire public, qui définit la problématique sociale ou environnementale à résoudre, l’investisseur social, qui préfinance le programme, l’opérateur généralement une organisation sans but lucratif et finalement un évaluateur indépendant.

Le partenaire public définit la problématique et se tourne, via un intermédiaire financier, vers un financement privé pour lever les fonds. L’organisation sans but lucratif vise à résoudre la problématique définie, en disposant des fonds levés. L’évaluateur indépendant évalue les avancements du projet et mesure les résultats obtenus afin de déterminer si les termes du contrat sont remplis. Dans ce cas, le pouvoir public paie le montant économisé par le projet social par rapport à une charge entièrement prise par le pouvoir public et conserve le résidu. L’intermédiaire peut alors rembourser le capital et le taux de rendement défini préalablement aux investisseurs privés. D’où l’appellation d’obligation puisqu’il peut y avoir remboursement et rendement payé à échéance. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que si le terme du contrat n’est pas rempli, si l’objectif social et/ ou environnemental n’est pas atteint, le gouvernement n’est pas redevable et l’investisseur privé n’est pas remboursé de sa mise de départ.

Les applications pratiques des OIS sont multiples, de l’amélioration de l’efficacité de la recherche d’emploi pour les immigré, la réinsertion des prisonniers afin de réduire le taux de récidive, la prise en charge des adolescents à difficulté pour éviter le placement en foyers ou encore la prise en charge des diabétiques ne suivant pas l’hygiène requise pour leur traitement.

Bien que les OIS aient été fortement critiquées, considérées comme une privatisation des services publics et une spéculation financière sur les plus démunis (par exemple, les programmes en faveur des sans-abris), elles sont de plus en plus encouragées et acceptées par les pouvoirs publics qui reconnaissent les avantages de pareils contrats. Angela Merckel les a également mises en avant comme véritable instrument de politique publique.

L’avantage de l’externalisation du risque pour les pouvoirs publics semble assez évident. En effet, ils n’interviennent financièrement qu’à la réalisation des objectifs définis, confirmée par l’évaluateur indépendant. D’où l’importance de la qualité et objectivité de l’évaluateur indépendant.

Cependant si l’avantage est clair, le développement de ce type d’obligation n’est pas garanti. En effet, il peut être confronté à certains raisonnements d’ordre plus culturels. Tout d’abord, il faut une reconnaissance du pouvoir public de son impuissance face à une problématique spécifique et faire aveu d’inefficacité à répondre à celle-ci. De plus, le type de problématique en question peut se produire dans de nombreux pays comme par exemple la France ou la Belgique où l’Etat Providence reste un pilier fort de la conception de la population, considéré comme rôle clé de l’Etat qui se doit de l’assurer. Les OIS font face à une perception négative, considérées en tant qu’instrument financier spéculatif pour « faire » de l’argent sur le dos des plus démunis.

Pour les organisations sans but lucratif, l’avantage est également assez visible puisque les OIS représentent une source innovante de financement, qui peut être importante et nécessaire par rapport à la taille des projets requis. Libérée de la problématique de financement, l’organisation peut se concentrer sur son activité principale c’est à dire sur les programmes de prévention et de résolution de problématiques sociales et/ou environnementales précises.

Pour l’investisseur privé, la réponse n’est pas si évidente. Si les OIS apportent une diversification de leur portefeuille avec une classe d’actifs atypique, elles offrent également un retour sur investissement social et financier dans le cas où les objectifs mesurables sont bel et bien atteints.

Lorsque ce n’est pas le cas, l’objectif social peut être partiellement atteint mais pas le financier. Les OIS peuvent dès lors être perçues comme une forme de philanthropie. Cependant, aux yeux de certains, la philanthropie ne peut être associée à un rendement et une prime de performance. Ce qui est bel et bien le cas des OIS en cas d’atteinte des objectifs ; l’investisseur privé se voit alors rembourser sa mise de départ avec un taux de rendement qui peut être défini progressif en fonction des objectifs. Dans le cas du projet de Peterborough, le taux de rendement peut monter jusqu’à maximum 13% en fonction de la réduction du taux de récidive. Par contre, si la baisse de celui-ci est inférieure à 7.5%, le rendement est nul.

Il existe également un risque politique pour l’investisseur privé. Il faut une certaine garantie de stabilité des dirigeants locaux en place pour assurer la poursuite du programme au-delà d’un éventuel mandat politique. En cette période pré-électorale en Belgique, un investisseur averti en vaut deux.

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La diversité des genres peut-elle améliorer la performance de la gestion entrepreneuriale ?

Le 18 mars 2014

La journée de la femme a été l’occasion de rappeler les acquis principaux gagnés ces dernières décennies, acquis oubliés pour la plupart par la jeune génération. A savoir: le vote des femmes en 1948 ; l’ouverture d’un compte sans l’approbation de l’époux en 1976, etc.

Cela peut paraître invraisemblable aujourd’hui. Peut-être que dans plusieurs années, nous trouverons également invraisemblables l’imposition de quotas minimum de représentation féminine à la direction des sociétés.

Et pourtant, la question d’un pourcentage minimum, contraignant ou volontaire, de femmes au conseil d’administration des grandes sociétés revient régulièrement sur la table.

La Norvège a été innovatrice en la matière en imposant un système de quota pour les conseils de surveillance dès 2002. Ce modèle est de plus en plus copié par ses voisins européens.

Pourtant et malgré cette obligation, il ressort d’une dernière étude que les 25 plus grandes sociétés cotées du pays ne comptent aucune femme comme Chief Executing Officer (CEO). Et seule une d’entre-elles aurait une femme comme Chief Financial Officer (CFO). Ce constat s’expliquerait notamment par la sous-représentation féminine dans le secteur privé. En effet, les femmes ne représenteraient que 37% des employés du secteur privé en 2011 contre 71% dans le secteur public.

Il faut reconnaître que les femmes à la tête des grandes entreprises restent encore de l’ordre de l’exception. A ce titre, nous pouvons souligner les progrès dans des secteurs typiquement plus « masculins » comme la nomination en décembre dernier chez le géant  automobile américain General Motors de Marry Barra, première femme CEO d’un grand constructeur du secteur. En Février 2013, Honda Motors avait fait un premier pas en nommant la première femme au sein du conseil d’administration.

Plus proche de chez nous, en France, le Crédit Agricole a nommé également une femme au comité exécutif du groupe en novembre 2013. Le comité n’avait plus de représentation féminine depuis 2009.

Et pourtant l’Hexagone est montré en exemple en matière de parité représentative avec, en 2012,  22% de femmes dans les conseils d’administration des sociétés cotées selon une étude de Ernst & Young au sujet des sociétés du CAC 40 (grandes capitalisations) et du SBF 120 (moyennes et petites capitalisations). Cette performance fait suite à la loi Copé-Zimmermann de 2011 imposant un quota de 20% minimum de femmes au conseil d’administration des entreprises cotées en bourse, celles comptant un minimum de 500 salariés et un chiffres d’affaires supérieur à € 50 millions en 2014. Ce quota est appelé à croître à 40% pour 2017.

Selon la même étude, l’Espagne, où une loi similaire existe, compte 26% de femmes au conseil d’administration.

Ce chiffre baisse à 19% au Royaume-Uni où aucune disposition réglementaire n’a été prise. En Italie, un texte législatif est en cours.

Chez nous, le parlement belge a adopté un plan en juin 2011 pour obliger les entreprises publiques et les sociétés cotées d’avoir un minimum de 30% de sièges des conseils d’administration occupés par des femmes.

A nouveau, les disparités entre pays européens sont grandes. L’Union Européenne a pris une obligation de moyen  en novembre dernier pour tendre vers 40% de femmes au conseil d’administration des sociétés cotées d’ici 2020.

Cependant, si les quotas sont en progression notamment en France, la parité est loin d’être acquise en matière de rémunération. Selon une dernière étude du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) français, la rémunération annuelle des femmes reste en moyenne 27% inférieure à celle de leurs équivalents masculins.

L’obligation d’un quota minimum, simple question d’égalité et de parité ? Ou la diversité des genres peut-elle améliorer la performance de la gestion entrepreneuriale ?

Sans rentrer en débat sur « les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus », la diversité apporte également une diversité d’opinion et une véritable possibilité de débat et d’échange d’idées dans un esprit critique. De plus, le manque réel de capacité d’opposition et de remise en question des grandes décisions émanant des leaders aux profils similaires et sortant des mêmes écoles, est de plus en plus citée comme une des causes de la crise de 2008.

La question de la valeur ajoutée de la diversité des genres fait débat de longue date. A ce titre, citons l’étude de l’Institut de Recherche de Crédit Suisse : « Gender diversity & corporate performance ». Selon cette étude parue en août 2012, analysant la performance de 2360 sociétés ces 6 dernières années, il apparaît qu’il était plus rémunérateur d’investir dans les sociétés comptant des femmes aux commandes que dans celles n’en comptant aucune.  Il s’agit ici d’une observation ; la relation de cause à effet n’étant pas directement identifiable. De plus, l’analyse conduit à deux conclusions : d’une part, les sociétés présentant un meilleur degré de diversification des genres semblent être relativement défensives par nature et d’autre part la surperformance pourrait être réduite dans des périodes d’environnement macro-économique plus stable lorsque les sociétés sont récompensées davantage pour leur adoption de stratégies de croissance agressives.

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Source Crédit Suisse

Au Japon, alors que l’administration Abe vise également une meilleure diversité des genres avec un minimum de 30% des femmes dans les positions de direction des sociétés cotées d’ici 2020, une étude de la banque Nomura avance que les sociétés cotées ayant pris des actions positives en matière de promotion de la diversité des genres surperforment l’indice de marché japonais (Topix) sur le long terme.

Avec une potentialité de meilleure performance et la profusion de régulation en faveur des femmes au sein des entreprises, il est possible de croire qu’un 8 mars à venir, les jeunes générations s’étonneront qu’il aura fallu passer par une obligation de quota pour qu’elles aient leur siège au sein des conseils d’administration des sociétés au même titre que leur équivalent masculin.

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Les semences de l’investissement agricole responsable : à quand la récolte ?

Le 10 février 2014

Olivier De Schutter, porte-parole aux Nations-Unies pour le droit à l’alimentation, a retracé l’évolution des investissements dans le secteur agricole ces dernières années.

Régulièrement, les ONG s’indignent au sujet de la spéculation financière sur les denrées alimentaires, conduisant à une hausse des prix et à l’incapacité pour les populations plus démunies de survenir à leurs besoins vitaux.

Si, aujourd’hui, de nombreuses institutions financières ont fermé leurs fonds indiciels en ressources agricoles ou leurs fonds investis via des contrats à terme, la question du droit à la terre reste primordiale.

En effet, l’agriculture exige, avant tout autre chose, une terre arable. La question du droit à la terre mais également la question environnementale de la dégradation des sols sont des préoccupations croissantes des ONG mais également des sociétés agro-alimentaires, de leurs clients et de leurs actionnaires.

Les Nestlé et Danone de ce monde ne peuvent plus se contenter de produire des denrées goûteuses et de qualité. Ils doivent aussi les produire dans le respect de leur environnement, écologique et social.

Oxfam via «  behind the brands », dans le cadre de sa campagne GROW, réalise régulièrement  une évaluation des progrès enregistrés par le top 10 des sociétés agro-alimentaires sur 7 thèmes liés à l’agriculture responsable. La question de la terre, au sens environnemental et social, reste la plus préoccupante pour l’ONG.

D’abord et comme indiqué par Olivier De Schutter, les abus du passé ont créé un climat de méfiance entre les sociétés agro-alimentaires et les organisations paysannes en charge de la défense des droits des agriculteurs. Après la crise financière de 2008, les gouvernements des économies émergentes n’ont pas hésité à surenchérir sur les conditions d’offre de leurs terres afin d’attirer les capitaux privés et combler ainsi le retard considérable accumulé par faute d’investissement public dans le secteur agricole. Ces transactions n’ont en général pas inclus la consultation des communautés locales, dont le droit d’accès aux ressources dont elles dépendent s’en trouve gravement menacé.

Il faut également noter qu’en Afrique sub-saharienne, où les investissements fonciers à grande échelle ont été concentrés, les terres agricoles dans les zones rurales sont considérées dans la plupart des cas comme étant propriété de l’Etat. Dès lors, les populations rurales sont dépourvues de toute protection de leur droit foncier.

Enfin, les transactions sur le foncier sont un domaine dans lequel la corruption est fréquente.

Mais ne tombons pas dans le fatalisme. En effet Olivier De Schutter met en évidence plusieurs initiatives prises par les Etats mais aussi par le secteur privé.

D’une part, en mai 2012 le Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale (comité intergouvernemental du FAO[1]) a adopté un ensemble de recommandations sur la gouvernance des ressources. Bien que le texte n’ait pas de pouvoir contraignant juridiquement, il est doté d’une forte légitimité. Il est, en effet, le fruit de négociations longues de deux années pour un consensus entre des dizaines de gouvernements. Il marque dès lors un pas vers plus de transparence et moins de concentration agraire.

De plus, en 2010 la Banque Mondiale avec la FAO mais aussi le FIDA[2] et la CNUCED[3] ont rédigé conjointement un ensemble de sept principes pour l’investissement agricole responsable. Cependant, l’absence d’implication des gouvernements et de la société a fait perdre sa légitimité au texte. Aujourd’hui, le même Comité de Sécurité Alimentaire Mondiale penche sur l’établissement de Principes sur l’Investissement Agricole Responsable à destination du secteur privé. Ce texte qui devrait être adopté en Octobre 2014, offrirait un cadre régulatoire, notamment aux sociétés agro-alimentaires dans leurs relations avec leur chaîne d’approvisionnement.

A ce niveau l’ONG behind the brands note déjà plusieurs progrès. Sur les sept thèmes – terre, femmes, agriculteurs, main d’œuvre, climat, transparence et eau -, certains progrès ont été enregistrés par le top 10 mondial de l’agro-alimentaire. Cependant, il faut déplorer qu’aucune d’entres elles n’atteignent le meilleur score (« Bien » score entre 8 et 10) sur aucun des thèmes évoqués. Les progrès se concentrent essentiellement sur la question des ouvriers, du climat et de l’eau et la transparence dans une moindre mesure.

Mais une fois encore ne tombons pas dans le fatalisme et soulignons également la mise en place d’initiative collaboratrice dans le secteur comme notamment la Roundtable for Sustainable Palm Oil (RSPO)[4] qui rassemble plusieurs sociétés et ONG impliquées dans la culture du palmier à huile notamment en Indonésie ou en Malaisie. Les améliorations, qu’elles soient sur le plan environnemental avec l’arrêt de la déforestation ou sur le plan social avec des conditions de travail des ouvriers plus décentes – sont notables et laissent entrevoir un avenir meilleur.

Chacun à son niveau a un devoir de plus de transparence et respect du droit de la terre.

Les sociétés agro-alimentaires devraient identifier clairement la provenance de leurs matières premières agricoles et les risques et impacts liés pour les communautés sur les questions foncières.

Une fois l’identification claire, celles-ci devraient s’engager à une politique de tolérance zéro sur la question de l’accaparement des terres.

Enfin, elles disposent d’un levier de pression sur les gouvernements et les contreparties terriennes et peuvent également rallier leurs pairs à leur cause de politiques de tolérance zéro.

Les investisseurs ont également une responsabilité en la matière. Ils peuvent engager le dialogue pour un renforcement des politiques des terres arables et participer activement aux initiatives pour une plus grande responsabilité des investissements dans une démarche de plus grande transparence.

 

[1] Food & Agriculture Organisation – Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture

[2] International Fund for Agricultural Development (IFAD) – Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA)

[3] UN Conference on Trade and Development (UNCTAD) – Conférence des Nations-Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED)

[4] Table Ronde pour l’Huile de Palme Durable

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La corruption est-elle un indicateur à prendre en compte ?

Le 13 janvier 2014

Les fêtes terminées – avec les questions que peuvent soulever le saumon fumé ou le foie gras – c’est à nouveau l’occasion d’une rétrospective de l’année qui s’est achevée.

Il faut noter qu’en 2013 s’est produit un anniversaire important : les 20 ans de Transparency International, l’ONG militant pour la lutte contre la corruption à différents niveaux.

Chaque année, Transparency International publie son indice de perception de la corruption pour plus de 170 pays à travers le monde. Bien qu’il soit question de la perception de la corruption, cette information est clé pour estimer si le contexte est favorable ou pas à la négociation d’affaires.

De plus, plusieurs liens ont été établis entre le niveau de corruption et la pauvreté, la santé ou encore le taux d’alphabétisation. Dans des pays comme ceux en voie de développement, l’indice de perception de la corruption est donc un indicateur bien plus large que la corruption des pouvoirs publics ou privés. Il donne également un complément d’information sur l’état de la population, son avenir et sa stabilité sociale. Des informations importantes pour évaluer la solvabilité d’un pays.

Dans la dernière édition de 2013, peu de progrès sont à enregistrer. Si les pays européens restent parmi les leaders, il faut noter une aggravation du niveau de perception dans des pays tels que l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Même si cette dernière a enregistré des progrès au niveau des engagements politiques pris en 2013. Alors que le consensus tend à parler d’une sortie de crise pour les pays européens, une aggravation du niveau de corruption pourrait mettre à mal les prémices d’une reprise.

Sur le continent américain, peu de progrès sont enregistrés. Dans le Nord, le Canada recule de quelques places dans le classement. Plus au Sud, les pays d’Amérique Latine restent pour la plupart avec un score en-dessous des 50 (l’échelle allant de 0 à 100).

C’est le continent africain qui, si la corruption reste toujours une problématique, montre des signes d’encouragement. La perception reste toujours importante mais des mesures concrètes pour éradiquer ce fléau ont été prises.

Dans un souci de transparence, la législation est croissante en matière de lutte contre la corruption et plusieurs initiatives peuvent être mises en avant. Par exemple, au Brésil, la loi entrant ce mois-ci en vigueur introduit une amende jusqu’à 20% des revenus de la société pour corruption.

Plus près de chez nous, la France a renforcé son système avec une protection systématique des personnes qui font part des anomalies (whistleblowers). Les amendes sont également proportionnelles aux revenus et non plus plafonnées à € 1 million, comme précédemment.

Ces programmes d’alertes (whistleblowing), dans lesquels le monde anglo-saxon semble mettre beaucoup d’espoirs, voient leur nombre croître. Nettement moins répandus en Europe, ils soulèvent plusieurs interrogations quant à la protection des droits des pointeurs d’alerte. En Belgique par exemple l’absence de réelle législation n’offre aucune protection légale pour les dits dénonciateurs qui craignent de faire l’objet de harcèlement ou de licenciement.

Ces programmes de dénonciation – essentiellement avancés au Royaume-Uni, au Luxembourg, en Roumanie ou encore en Slovénie, posent en effet des questions sur leur efficacité (protection des droits, fausse déclaration, etc.). Avant d’être une solution au problème de corruption dans sa globalité, plusieurs progrès doivent être enregistrés au niveau des failles juridiques et ce, avec une véritable volonté politique sous-jacente. Aujourd’hui, les procédures d’audit sont privilégiées pour sécuriser davantage l’intégrité de l’information.

Ce cadre régulatoire est appelé à croître davantage notamment avec les initiatives prises pour encadrer les pratiques de lobbying. En effet, la frontière entre la corruption et le lobbying reste très floue. Différentes organisations, qu’elles soient ONG ou non, plaident en faveur d’un meilleur encadrement des activités de lobbying.  Les objectifs poursuivis sont tout à fait louables :

  • l’équité d’accès aux décideurs afin que les décisions ne favorisent pas un intérêt particulier ;
  • l’intégrité pour éviter les dérives telles que le manque de transparence, les conflits d’intérêt, etc. ;
  • enfin la traçabilité des décisions prises par les décideurs pour une transparence totale pour les citoyens. Transparency International plaide pour un meilleur encadrement des activités de lobbying en ligne avec les recommandations de l’OCDE.

La lutte contre la corruption gagne en ampleur. Que ce soit au niveau d’un pays ou d’une société, la facture est de plus en plus salée. En effet, pour les sociétés, l’amende financière tend à être proportionnelle aux revenus et n’est plus plafonnée. Quant aux pays, la corruption crée un cadre de fonctionnement peu propice aux affaires avec  des conséquences directes pour le bien-être de leur population et des risques d’instabilité importante. Les enjeux liés à la corruption sont des éléments importants pour un investisseur, qu’il soit actionnaire ou détenteur d’obligations. Un investisseur averti en vaut deux.

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L’éducation : un défi de durabilité majeur

11/12/2013

La publication des tests PISA de l’OCDE montre l’importance de l’éducation, clé de l’avenir des Etats. Ces tests permettent de comparer les connaissances et compétences des élèves de 15-16 ans dans 64 économies différentes.

L’Asie du Sud-Est – en particulier la Chine et Singapour – se démarque clairement en occupant les premières places dans les 3 compétences requises : mathématiques, sciences et capacité à la lecture. Alors que les pays européens se retrouvent plutôt dans le ventre mou du classement.

L’analyse des résultats est pertinente dans une optique de durabilité car elle questionne sur les systèmes d’éducation et sur la capacité d’un pays à assurer la qualification suffisante de ses générations futures.

Alors qu’une pénurie d’ingénieurs est à craindre de façon croissante dans plusieurs pays développés, les résultats en mathématiques des élèves belges donnent un faible espoir car si ceux-ci sont supérieurs à la moyenne de l’OCDE, ils se dégradent sur les 10 dernières années. Et nous ne rentrerons pas dans le débat des différences entre régions, problématique que nous retrouvons dans plusieurs pays notamment en Espagne et en Italie avec des divergences substantielles, expliquées également par les différences de statuts socio-économiques des régions.

Les facteurs socio-économiques et culturels restent très discriminants dans notre pays et chez nos voisins comme en France. A l’heure des restrictions budgétaires pour les gouvernements et une facture croissante sur les ménages, se pose clairement la question de l’égalité des chances entre les élèves. L’étude de l’OCDE conclut à ce titre que s’il n’y a pas moins d’enseignants dans les institutions défavorisées, la qualité de ceux-ci est régulièrement plus faible.

La Belgique, et l’Europe en général, doit être attentive à cette problématique, qui est une issue majeure à notre époque. D’une part, le système éducatif repose principalement sur les ressources publiques, dans un contexte de restrictions budgétaires. D’autre part, la pénurie de main d’œuvre hautement qualifiée crée une surenchère sur l’engagement d’ingénieurs ou autres, qui n’hésitent pas à s’expatrier vers des opportunités plus prometteuses. L’Italie notamment doit faire face à une importante fuite de cerveaux ; le marasme économique ne retenant pas particulièrement les hauts diplômés du pays.

Les sociétés, pour être durables, doivent également s’inquiéter des évolutions des systèmes éducatifs de leur pays. Dans des secteurs de haute qualification ou reposant fortement sur l’innovation, elles se doivent de s’entourer des meilleurs profils et de les garder. L’ensemble du cadre de travail pour l’employé doit être étudié afin d’évaluer si celui-ci assure la stabilité du personnel et surtout la rétention des cerveaux de la société pour sa durabilité future.

C’est sans doute pourquoi les sociétés devraient être plus impliquées dans la formation des étudiants dans des pays comme le nôtre où le système repose essentiellement sur les revenus de source publique. Une meilleure implication du secteur privé permettrait de faire face à la problématique budgétaire des principaux gouvernements européens sans tomber dans un système plaçant la charge principale sur les épaules des ménages et conduisant alors à une inégalité des chances inacceptable.

C’est ce qui est observé dans les systèmes d’éducation en Asie du Sud-Est comme en Chine par exemple. Si Shanghai occupe la première place aussi bien en mathématiques, en sciences ou en capacité de lecture, le système éducatif repose très peu sur les revenus publiques et davantage sur les ménages. L’éducation représente un des plus gros postes de dépenses de ces derniers. D’ailleurs, le phénomène est tel qu’il pourrait conduire à une dangereuse « fièvre » éducative où les familles font face à des choix difficiles comme la vente de leurs logements ou le surendettement afin d’assurer la meilleure éducation possible à leurs enfants.

De plus, les facteurs socio-économiques et culturels expliquent des disparités importantes entre les performances individuelles.

Si le modèle des pays émergents peut nous paraître imparfait, il faut également reconnaître un certain retard en Europe face aux nouvelles technologies et les opportunités que celles-ci offrent notamment en termes de coûts et en termes d’éducation pour tous. En effet, les systèmes éducatifs reposant sur le e-learning, avec une transition de l’enseignement en classe vers un enseignement digital et à la carte, sont avant tout un succès aux Etats-Unis et dans plusieurs pays dits émergents alors que nos pays restent assez frileux sur le recours de ce type de technologie.

La Belgique, mais aussi l’Europe en général, doit définitivement mettre l’éducation au cœur de sa problématique de durabilité, d’une part d’un point de vue économique pour une meilleure efficacité mais d’autre part d’un point de vue de compétitivité de ses entreprises, qui jouiraient d’une main d’œuvre hautement qualifiée et désireuse de développer l’économie domestique. Face au défi démographique, il est temps de ne plus penser sur le court terme mais bien sur l’investissement dans des compétences et qualifications plus durables.

L’éducation est la clé de l’avenir. Elle pose plusieurs questions de durabilité, aussi bien pour les Etats que pour les entreprises.

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Investir dans l’armement nucléaire ? Il n’en est pas question !

Le 13 novembre 2013

L’actualité a récemment mis sur le devant de la scène un rapport rédigé par l’ONG hollandaise IKV Pax Christi – en partenariat avec l’International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN) – consacré aux investissements controversés des institutions financières mondiales dans l’armement nucléaire

Le rapport « Don’t bank the bomb » pointe également du doigt quelques banques belges. Est-il possible de développer des produits d’investissements durables tout en finançant l’armement nucléaire ?  Faisons toutefois attention à ce type de raccourci. En effet, les médias peuvent être très prompts pour faire circuler l’information et, de cette manière, détruire momentanément la réputation d’un investisseur ou d’un autre.

Cependant lorsque l’on regarde de plus près la liste des sociétés dites « noires » selon le rapport dont question, force est de constater que si plusieurs sociétés font partie des suspects habituels, pour d’autres, le lien avec l’armement nucléaire n’est pas si évident. Prenons par exemple Rolls Royce. A l’évocation de ce nom, la plupart des gens répondront « voitures de luxe »; peu penseront à l’arme nucléaire. Et pourtant, la société fait partie d’une « joint-venture » au Royaume-Uni développant une nouvelle classe de sous-marin équipé de l’armement nucléaire appelé Successor.

Un autre exemple parlant est ThyssenKrupp. Le site internet de cette société allemande vante «le développement de solutions pour un progrès durable». Ses principaux produits sont les aciers renforcés et ultra légers, les équipements des turbines éoliennes, le câble électrique ou encore différents équipements d’autos actifs notamment au niveau du contrôle des émissions CO2 ou des mécanismes de sécurité lors d’accident. Les efforts de la société pour un futur plus durable sont incontestables. Et pourtant, via sa division Marine Systems, ThyssenKrupp est impliquée dans la construction des sous-marins Dauphins à destination de l’armée israélienne.

Enfin, avec la complexité et la globalisation des chaînes de production et la multiplication des sous-traitants, il devient de plus en plus difficile de déterminer toutes les activités d’une multinationale. Qui sait si notre smartphone ou Blackberry ne contient pas un élément qui aurait été plusieurs fois sous-traité auprès d’une société impliquée dans la fabrication de composants utilisés pour les tirs d’essais nucléaires.

En Belgique, comme c’est le cas dans un nombre croissant de pays, une loi connue chez nous sous le nom de « Loi Mahoux » interdit aux organismes financiers d’investir dans les armements controversés. Sont visés ici, les mines anti-personnel, les bombes à sous-munitions et les armes et blindages à l’uranium appauvri. Etonnement, l’armement nucléaire ne semble pas faire partir des armes principalement visées. Ne serait-il donc pas controversé ?

Indéniablement, l’armement nucléaire est un sujet de controverse. Aujourd’hui, cinq puissances sont reconnues officiellement comme détentrices de l’arme nucléaire : les Etats-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine. Trois autres ont prouvé par leurs essais détenir également l’arme: l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord.  Et les soupçons de détention d’Israël sont également très grands. Sans parler des pays qui entreposent des armes nucléaires américaines depuis la guerre froide : les Pays-Bas, l’Italie, la Turquie, l’Allemagne et notre cher plat pays… La Russie et les Etats-Unis restent cependant les détenteurs largement majoritaires.

Si le risque d’accident est en perpétuelle diminution grâce aux améliorations technologiques, il est peu rassurant de voir augmenter le nombre de puissances détentrices. Le Traité de Non-Prolifération des Armes Nucléaires vise à éviter ce risque. Rédigé en 1968, l’objectif est de prévenir que l’arme nucléaire se répande à travers le monde. L’Agence Internationale de l’ Energie Atomique (AIEA) est chargée de garantir son application.  Mais si ce traité est quasi universel, plusieurs des puissances détentrices ont refusé de le ratifier notamment l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord.

Autre traité d’importance sur le sujet : le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Adopté par l’ONU en 1996, ce traité interdit tout essai nucléaire ou autre type d’explosion nucléaire, que ce soit à des fins pacifiques ou militaires dans quelque environnement que ce soit. Cependant, ce traité n’est pas encore entré en vigueur aujourd’hui faute de la non-ratification de certains Etats clés. Seuls 35 sur les 44 requis par l’Annexe 2 du Traité l’ont ratifié. Parmi les grands absents : la Chine, l’Egypte, les Etats-Unis, l’Iran, Israël, la Corée du Nord, l’Inde et le Pakistan. Toutefois, la France signataire du Traité, a quand même repris une série de six essais souterrains au début du premier septennat de Jacques Chirac en 1995 pour se terminer le 27 janvier 1996 dans l’atoll de Fangataufa.

Ces différentes initiatives ont permis déjà une réduction substantielle des armes nucléaires à l’échelon mondial : évaluées à 70.000 au milieu des années quatre-vingt, elles seraient à 17.000 aujourd’hui.  Avec une telle baisse, il est évident que les sociétés impliquées dans leur fabrication cherchent d’autres créneaux de développement et diversifient de plus en plus leurs activités, rendant plus opaque la transparence sur les sociétés impliquées.

Incontestablement, les 314 milliards de dollars investis par le secteur privé dans l’armement nucléaire pourraient être utilisés à des fins plus durables et sûrement moins controversées.

Néanmoins et comme le souligne également le rapport « Don’t bank the bomb », les acteurs financiers, que se soient des banques, des fonds de pension ou des compagnies d’assurance, ont pris conscience qu’il était important de trier le bon grain de l’ivraie dans le cadre de leurs investissements. Une majorité a adopté une politique définie vis-à-vis de cet investissement controversé et l’implication est généralement très limitée et ce, dans un cadre restreint et précis. Cependant, il faut souligner la difficulté de distinguer les implications directes et indirectes d’une entreprise dans l’armement nucléaire. Le sujet est souvent entouré d’une certaine opacité. De plus, la multiplication des acteurs impliqués dans la chaîne de production et la complexification des procédés transforment l’établissement d’une liste noire de sociétés actives dans l’armement nucléaire en un exercice difficile et périlleux.

Autre article sur le même sujet:

– les listes noires

Source de l’illustration : Nevada Site Office Photo Library

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Activisme actionnarial : Faut il voter pour être responsable ?

Le 8 ocotobre 2013

A l’instar du vote obligatoire en Belgique afin de remplir notre devoir de citoyen, les investisseurs devraient –ils être contraints de voter pour être responsables ?

Ces dernières années ont marqué une hausse de l’expression démocratique des actionnaires ; les investisseurs institutionnels participant davantage aux assemblées générales des sociétés dans lesquelles ils investissent.

Cet intérêt accru dans la participation aux assemblées des actionnaires s’explique, entre autres, par le succès grandissant de l’initiative des Principes d’Investissement Responsable sponsorisés par les Nations Unies (UNPRI). En effet, parmi les 6 principes, il faut noter également la volonté d’être un investisseur actif qui intègre les questions d’environnement, social et gouvernance (ESG) dans ses politiques et pratiques d’actionnaires.  Avec plus de 1200 signataires représentant environ 34.000 millions de dollars, le nombre de détenteurs et gérants d’actifs qui s’engagent dans l’activisme actionnarial croît chaque jour.

Cependant, la notion d’actionnaire actif varie d’une culture à l’autre, que l’investisseur soit européen ou plutôt anglo-saxon par exemple. En effet, si l’investisseur institutionnel européen vote davantage que dans le passé aux assemblées des actionnaires, l’engagement à l’anglo-saxonne, de communication directe avec le management des sociétés afin de faire pression sur celui-ci, reste très limité.

Dans son rôle sociétal d’investisseur, ce dernier a également le rôle de prendre sa responsabilité dans ses investissements. Participer aux assemblées générales semble dès lors nécessaire. Faut-il ainsi que les autorités légifèrent et obligent les actionnaires à voter ? Aux Etats-Unis,  la loi Dodd-Frank Act va dans cette direction par rapport à la rémunération des dirigeants. La France pourrait adopter un projet similaire avec la proposition de l’Afep-Medef pour un vote consultatif sur la rémunération des dirigeants. Ce sujet est incontournable en matière d’investissements responsables et de pérennité des entreprises. La question reste de savoir si les actionnaires peuvent avoir un impact à ce niveau. La réponse est affirmative, selon une étude récente[i] qui tend à démontrer l’impact de l’exercice des droits de vote sur la gestion des sociétés. Notamment en matière de rémunération des dirigeants, les sociétés ont tendance à modifier leur politique de rémunération avant le vote formel en ligne avec les recommandations des agences spécialisées afin d’éviter une recommandation de vote défavorable. Une  dernière étude de Mercer  Human Resource Consulting confirme ceci. De plus en plus de sociétés modifient leur programme de rémunération après avoir fait face à un rejet de leur résolution de Say on Pay de sorte que l’augmentation moyenne de votes favorables après un rejet a augmenté de 41% en 2012. Plus proche de chez nous, le vote des citoyens suisses en faveur de la proposition de l’élu Minder contre les rémunérations abusives est également la conséquence du rejet des actionnaires du rapport sur les rémunérations des dirigeants de la banque privée suisse Julius Baer. Alors que le vote est consultatif.

 Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu’exercer son droit de vote requiert une certaine procédure à mettre en place notamment au niveau des banques dépositaires, qui a un coût également. Le droit de vote peut donc être davantage un droit privilégié réservé aux grands investisseurs. Cependant, l’engagement collaboratif peut apporter une solution de taille critique. Une politique de vote, alliant pertinence du vote et contrôle des coûts,  peut toujours être envisagée et adoptée.

Lorsqu’une société représente un certain pourcentage dans les portefeuilles de l’investisseur, celui-ci ne doit pas minimiser l’influence qu’il peut avoir à exercer son droit de vote. Si les points de l’agenda concernent traditionnellement l’adoption des résultats de l’année écoulée, il y va régulièrement de questions cruciales d’augmentation de capital, de nomination au Conseil d’Administration, etc. : des questions clés également pour la stratégie ESG de la société dans le futur. Il est donc important de s’y exprimer. Il existe différentes options pour exercer ce droit de vote, qu’il passe par le vote direct ou par un prestataire de services.

La responsabilité actionnariale ne doit pas nécessairement passer par « l’engagement » perçu parfois agressivement en Europe occidentale. Si les anglo-saxons s’engagent facilement dans la rédaction de lettres formelles de requêtes d’informations voire même de pression sur le conseil d’administration, le dialogue peut également s’engager lors des rencontres avec le management des sociétés. Encore trop souvent, les analystes financiers et gérants de portefeuilles ne posent pas de questions d’ordre ESG sous prétexte que personne ne pose ce genre de questions et que la société ne donnera pas de réponse. Et en même temps,  interrogeant des responsables de la communication en matière de durabilité de sociétés, ceux-ci  se plaignent de l’absence de questions des investisseurs sur ces stratégies. C’est en interrogeant davantage les sociétés sur leurs défis ESG que les réponses seront données et qu’elles le seront ensuite systématiquement et spontanément. Le dialogue actionnarial sur les questions ESG tend à avoir une valeur ajoutée en générant des bénéfices et en réduisant les risques et externalités ESG négatives.

L’engagement actionnarial – qu’il revête la forme de l’engagement à l’anglo-saxonne, le vote en assemblée des actionnaires et/ou le dialogue engagée avec la société – est un outil de gestion à part entière à intégrer par l’investisseur, afin de mieux évaluer les risques dans leur globalité, de défendre des valeurs et des bonnes pratiques et par conséquent contribuer à des sociétés plus durables. C’est donc un processus de long-terme qui par un effet de boule de neige, dans une approche structurée, ajoute de la valeur et contribue à la performance de la société et la pérennité de l’investissement.

 

[i] « Outsourcing shareholder voting to proxy advisory firms », Rock center for corporate governance at Stanford University Working Paper n° 119, May 10 2013.

Articles sur le même sujet:

– le rôle des actionnaires

– Qu’est ce que l’activisme actionnarial?

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L’investissement socialement responsable (ISR), uniquement réservé aux investisseurs institutionnels ?

Le 9 septembre 2013

Alors que la majorité des investisseurs institutionnels s’accorde à dire que l’investissement responsable est incontournable, il faut reconnaître que l’intérêt des investisseurs privés reste encore frileux.

Non pas que ce dernier ne se soucie guère de l’impact éventuel de ses placements – au contraire – mais bien plus probablement parce que face à un marché hétérogène sans réels repères, il se perd.

Tout d’abord, la confusion est grande sur la terminologie utilisée. L’investissement responsable  peut revêtir différentes formes d’engagement de l’impact investing – investissement direct dans des sociétés, organisations ou fonds afin de générer un impact social et/ou environnemental mesurable – aux fonds d’investissement socialement responsables plus classiques.

Ces derniers sont, de par leur lien historique à la sphère religieuse, assimilés à la notion de valeurs éthiques et morales et souvent régis par un système d’exclusion de certains secteurs ou pratiques (pornographie, tabac, peine de mort, etc.). Or, aujourd’hui, le monde de l’investissement responsable, qui tend d’ailleurs à perdre son « S » (socialement) en cours de route va bien au-delà des valeurs morales et religieuses. Convaincu des défis auxquels doit faire face notre planète – au niveau social, environnemental ou de gouvernance – l’investissement responsable regarde les acteurs économiques d’un angle plus global et davantage intégré que purement financier.  Avant d’exclure, l’approche se concentre sur le mode de fonctionnement et l’engagement de la société par rapport à son rôle sociétal et sa responsabilité fiduciaire. Il est davantage question d’entrer en dialogue avec la société afin de comprendre et convaincre que de meilleures pratiques existent dans des points clés en matière environnementale, sociale et de gouvernance. D’où l’abréviation de plus en plus utilisé d’ESG, plus précisément « intégration de critères ESG ». Il n’est plus ici question d’évaluer le coût financier en termes de rendement d’un placement du fait d’avoir privilégié  une société plus ISR qu’une autre.

« Combien cela va-t-il me coûter en termes de performance d’être éthique ?» revient régulièrement dans les conversations. Mais bien au contraire de complémenter le rendement financier d’une valeur supplémentaire qu’elle soit sous la forme de rendement – une société en avance sur l’anticipation des défis de demain est une société innovante et performante – ou sous la forme de risque/volatilité – une société soucieuse de son environnement en terme écologique, social et de rapport aux autres est une société mieux préparée et protégée aux risques de demain.

Or, cette évolution du monde de l’investissement responsable a encore du chemin à faire pour aboutir  et convaincre les investisseurs. Pour se faire, trois axes sont à privilégier.

Tout d’abord, la transparence. Si celle-ci est un requis primordial de toute analyse extra financière, il faut bien reconnaître que les fonds d’investissement dits ISR et autres stratégies manquent toujours aujourd’hui de la transparence suffisante qui permette à l’investisseur privé de situer ses besoins dans l’offre actuelle. En Belgique, le secteur financier – en particulier les recommandations de Febelfin et Beama – sont un premier pas vers plus de transparence. Tout fonds d’investissement dit « responsable », « durable », « ISR », ou autre se doit de répondre à un minimum d’informations et de requis pour être répertorié tel quel sur le site de Febelfin/Beama. En France, le label Novethic établit un cadre de reconnaissance des fonds dits ISR commercialisés sur le marché domestique. En l’absence de réelle concurrence sur le marché, le label est de plus en plus reconnu comme la référence internationale pour le monde des investisseurs responsables. Cependant, si les professionnels sont nombreux à connaître ce label, il reste inconnu pour de nombreux particuliers, et certainement hors de la France.  Alors qu’il avait pour vocation d’être un label pour le marché des particuliers ! Et ce n’est pas du côté des instances européennes que le particulier peut se tourner aujourd’hui. La problématique de cadre référentiel est criante dans le domaine.

Etroitement lié à la transparence, la comparabilité  est un objectif primordial pour le développement de l’investissement responsable. Le concept n’étant pas strict, la comparabilité est toujours discutable.  Déjà définir la notion d’investissement responsable ou socialement responsable soulève de nombreux débats. En France, deux groupes de travail distincts se sont emparés du sujet, démontrant directement l’absence d’accord sur la définition. La plupart des définitions existantes se concentrent davantage sur les processus possibles des différentes approches d’investissement responsable – exclusion, sélection négative, sélection positive, best in class, etc. – mais finalement peu s’axent autour de l’objet et des objectifs poursuivis.

La difficulté de comparaison réside dans l’immatérialité de certains aspects de l’investissement responsable. Or, la mesurabilité est l’instrument le plus aisé pour permettre une parfaite comparabilité de deux produits financiers. Si les labels et recommandations apprécient de plus en plus la qualité d’une stratégie durable, via la qualité de sa recherche, l’existence d’activisme, etc. la mesurabilité de l’impact de l’approche durable est encore à ses prémices. En effet, pour gagner en crédibilité, l’approche doit se concentrer davantage sur les résultats obtenus par la stratégie que le processus en soi. En parlant de résultat, il n’est pas ici question uniquement des résultats financiers. Ceux-ci restent importants car le particulier reste un investisseur soucieux du rendement de son portefeuille. Il s’agit ici du fameux double alpha ; la conviction que l’analyse de durabilité apporte une valeur ajoutée dans la connaissance des risques et opportunités d’un investissement. Mais également un résultat extra financier. Le portefeuille investi a-t-il un impact positif en matière environnementale, sociale et/ou de gouvernance ? Ici aussi le monde de l’investissement responsable évolue. Il ne se contente plus de mesurer la performance financière mais de montrer que le portefeuille peut être plus soucieux de l’environnement (par ex. les sociétés investies sont moins génératrices de CO2, etc.) dans sa globalité. Cependant, il faudra également du temps pour que les instruments de mesure et les référentiels soient totalement efficaces et prouvés.

En matière de produits financiers, l’offre a généralement dirigé la demande. Il est donc du devoir des institutions financières de faire progresser le domaine de l’investissement responsable, le rendant accessible à tout investisseur. En améliorant la transparence, la comparabilité et la mesurabilité de telle stratégie, les institutions financières seront alors en mesure de convaincre des bienfaits de l’investissement responsable et pourront assumer pleinement leur rôle sociétal.

Autres articles surle même sujet :

– le rôle des listes noires 

– Marchés émergents et investissement durable

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Espoir sur les cendres de l’immeuble Savar

Le 5  juin 2013

De manière croissante, les sociétés de gestion, les investisseurs institutionnels et privés prennent conscience de leur rôle dans la logique des affaires et de l’importance que des critères autres que purement financiers peuvent revêtir.

La croissance des signataires de détenteurs et gestionnaires d’actifs, que ce soit en nombre ou termes d’actifs sous gestion, des principes d’investissement responsable sponsorisés par les Nations-Unis (UNPRI), en témoigne.

Ces principes, au nombre de six, encouragent les détenteurs et gestionnaires d’actifs à intégrer à tous les niveaux de la société les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

De manière générale, les critères de gouvernance sont relativement bien intégrés auprès des sociétés de gestion car ils sont probablement les plus proches des comptes financiers. Juger de la qualité et faisabilité d’un business plan requiert de s’interroger sur la fiabilité du management et de s’attarder donc sur les questions relatives au conseil d’administration, sa composition, sa qualité, sa transparence, etc.

La catastrophe environnementale de BP et la chute de son cours de bourse a été un point déclencheur important sur les questions environnementales et les coûts financiers liés impactant dès lors les valorisations des sociétés pétrolières mais autres également. La régulation en matière environnementale s’accroit davantage avec des amendes et des frais juridiques qui – s’ils restent encore souvent marginaux par rapport aux revenus des sociétés impliquées – sont un coût de plus en plus important, impactant sur le cours de bourse. Sans parler du risque réputationnel, parfois même plus important. Les entreprises sont dès lors de plus en plus attentives à la problématique.

La triste actualité liée au catastrophique incendie de l’immeuble à Savar au Bangladesh, qui s’est écroulé le 24 avril dernier et a coûté plus de 1.100 vies (arrêté au 16 mai), pourrait être une brique supplémentaire à l’édifice de la défense des aspects cette fois sociaux. Il est vrai que l’évènement n’est pas le premier en date ; sur les six derniers mois, l’incident mortel est le troisième dénombré au Bangladesh.  Cependant, son coût humain est substantiel et sa couverture médiatique importante. Il est difficile pour les sociétés textiles telles que H&M ou Inditex de ne pas répondre d’une manière ou une autre aux interrogations multiples après pareil accident. Le risque réputationnel pour ces sociétés est énorme. Il est tout de même difficile d’afficher sur tous les murs des grandes capitales européennes la jolie Vanessa Paradis, souriante et arborant une magnifique blouse « Conscious collection » de H&M alors qu’en même temps circule une photo du numéro 1 du détaillant suédois au milieu du désastre du building Rana Plaza avec le slogan «Enough fashion victims ».

Aujourd’hui le coût financier reste limité au risque opérationnel  lié au retard occasionné par l’arrêt de fabrication et le temps nécessaire à trouver une alternative. Lorsque l’on sait que l’industrie textile représente plus de 80% du total des exportations du pays et emploie plus de 3.5 millions de personnes, l’alternative sera relativement vite trouvée.

Il est question avant toute autre chose du risque réputationnel. Mais si celui-ci fait progresser les bonnes pratiques, c’est finalement mieux. La grande difficulté dans toutes ces actions de responsabilité sociétale des entreprises est de pouvoir clairement distinguer le « green wash » du reste. Les grandes multinationales sont très efficaces pour établir des politiques, des procédures et des engagements clairs et détaillés. Cependant,  la mise en pratique et le suivi des bonnes résolutions est une toute autre étape. Ici, les accidents déplorables tels que l’immeuble Savar permettent de lever le voile sur des méthodes peu connues. Le joli sourire de Vanessa nous a-t-il rendu inattentifs et aveugles sur des pratiques peu responsables. Il faudrait davantage de conscientisation de la part des investisseurs et consommateurs, combinée à un contrôle plus accru des régulateurs et des conséquences financières plus lourdes pour mettre fin à ce genre de procédés.

L’intégration de critère ESG pourrait-elle constituer un cercle vertueux ? Les sociétés financières seraient plus attentives à ces derniers et donc plus regardants aux méthodes et controverses. L’observation accrue et le risque réputationnel lié conduiraient les sociétés à mettre en place des procédures et politiques afin d’améliorer leur profil extra financier. Ces améliorations auraient des conséquences positives pour les différentes contreparties, que ce soit du point de vue des employés, clients ou fournisseurs.

Enfin vient également le risque de régulation, qui sur le moyen et long-terme est appelé à gagner en importance. Le gouvernement bangladais doit faire face à une pression accrue de l’Europe et ailleurs pour améliorer les standards de sécurité et les systèmes de contrôle. L’importance de l’industrie textile du pays s’explique principalement par le faible salaire des ouvriers, le plus bas de la région. En effet, la Chine a vu s’expatrier cette industrie vers ses voisins du fait de l’augmentation salariale progressive dans le pays.

Coût horaire de la main d’œuvre dans l’industrie du textile

 

Source : Exane BNP Paribas,

Au Bangladesh, les salaires sont restés au même niveau depuis 2006. Il n’est pas étonnant de voir se rebeller les ouvriers, encore peu organisés syndicalement et surtout réprimandés avec violence par les autorités. Ce fut le cas avec l’intervention du bataillon Rapid Action, unité d’élite de la police appelée en principe pour les crimes organisés et les actions terroristes. Les syndicats sont pour la plupart illégaux dans l’industrie et forcés d’opérer en secret avec des budgets ridicules. Face aux nouvelles pressions, le gouvernement bangladais sera sans nul doute forcé de revoir sa politique sur les représentativités syndicales et sur les ONG de défense des droits des travailleurs de l’industrie, reconnues comme perturbateurs de la paix nationale.

Réjouissons-nous dès lors de l’accord né de la catastrophe au Bangladesh comme élément important vers une activité économique plus durable. Il est sans doute à déplorer que dans le refus de signer cet accord, engageant les sociétés à un contrôle de sécurités de minimum 5 ans des usines, nous retrouvions des détaillants américains tels que Wal-mart, qui sont régulièrement cités dans pareilles situations.

Et réjouissons-nous également de voir que la communauté d’investissement a pris le relais de pareille initiative en signant une déclaration par laquelle les représentants de plus de 1200 milliards d’actifs sous gestion exigent des grandes marques du textile et de la distribution de contribuer collectivement au respect et application des droits sociaux fondamentaux de l’Organisation Internationale du Travail et adopter une tolérance zéro à tout abus dans leur chaîne de production.

Ceci montre l’importance du contrôle sur la chaîne d’approvisionnement. Celle-ci est primordiale dans l’ensemble relationnel de l’entreprise. La sélection de ses fournisseurs doit faire l’objet d’une analyse approfondie et faire partie intégrante de la stratégie de l’entreprise.

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La corruption un mal nécessaire ?

Le 6 mai 2013

La corruption dans le monde des affaires est sujet courant. Si celle-ci s’inscrit clairement à l’encontre de l’éthique des affaires, beaucoup d’investisseurs diront cependant qu’elle  est nécessaire pour réussir ses projets notamment dans des pays comme le Nigeria et autres. Et une société qui  refuserait de la pratiquer au nom de l’éthique verrait ses chances de réussite fondre comme neige au soleil.

Serait il donc impossible de réussir sans recourir à des pratiques corruptives ? Un investisseur dans une société est-il donc obligé de choisir entre performance et éthique des affaires ?

Certainement pas.

D’une part, plusieurs cas récents, comme le scandale Olympus ou autres, montrent qu’une fois la lumière faite sur un cas de corruption, le cours de bourse s’en fait ressentir.

D’autre part, la législation est de plus en plus contraignante en la matière et force les sociétés à être de plus en plus attentives et en tout cas transparentes sur les versements effectués.

En effet, les Etats-Unis ont déjà légiféré en la matière en 2004. Le Royaume-Uni a suivi en 2010 seulement avec la loi Bribery Act, considérée comme la plus avancée en la matière. Alors que les institutions européennes ne viennent de se mettre d’accord que très récemment sur un projet de texte.

L’avance des Etats-Unis sur la régulation du sujet peut expliquer que les sociétés américaines, selon la dernière étude de Vigeo[1] sur la  prévention de corruption au sein des entreprises cotées, apparaissent comme mieux préparées, affichant des engagements explicites. Le taux de transparence est quasi-total avec 99% des sociétés étudiées qui rendent visibles leurs engagements à ce sujet. Alors que 87% des entreprises européennes et seulement 66% des sociétés de la région Asie-Pacifique offrent la même transparence. Si l’Europe montre une progression depuis la dernière enquête de Vigéo, les statistiques cachent des disparités importantes entre les Etats Membres. Les entreprises autrichiennes et irlandaises obtiennent des scores relativement faibles dans leur précision des engagements ; le score est légèrement meilleur pour les sociétés françaises, espagnoles et finlandaises alors que les sociétés néerlandaises affichent un score moyen de 55/100.

L’existence d’un cadre législatif apparaît donc comme influant sur les entreprises afin de se prévenir de ce fléau.

Et pourtant, à la vue des risques latents, il serait opportun pour une entreprise de se protéger, qu’un texte légal contraignant existe ou non dans le pays.

En effet, les risques sont multiples. A côté du coût même de la corruption et de l’éventuelle amende en cas de condamnation – sans parler du risque de litiges au vue de la longueur des procès -,  le risque réputationel est substantiel et le scandale peut longtemps peser sur l’image de la société. Une implication dans un cas de corruption peut exclure de facto une société d’un nombre important d’appels d’offres venant de clients ayant affiché une politique transparente sur le refus de corruption. Ensuite, plusieurs sociétés refuseront de collaborer avec un partenaire corrompu. D’autres partenaires pourraient contraindre ladite société à revoir les contrats existants.

La corruption induit également une incertitude dans la relation commerciale. Y aura-t-il une limite à la démarche corrompue ? Que se passe-t-il en cas de changement d’interlocuteurs ? Cette incertitude est un coût supplémentaire. Le manque de transparence et de visibilité sont donc à intégrer dans les modèles d’évaluation des projets en question. Il s’agit d’un poste de  coût important, dont l’estimation peut être complètement faussée du fait du facteur incertitude, lors du calcul du rendement sur investissement. L’exemple de la société BAE est intéressant à ce niveau. Face aux nombreuses allégations de corruption dans lesquelles la société était impliquées et face à l’importance des problèmes liés, elle a adopté une politique de tolérance zéro face à la corruption, quitte à perdre certains contrats. Le coût des risques mentionnés ci-dessus est apparu clairement plus lourd qu’un éventuel coût d’opportunité.

Selon l’étude de Vigéo, la corruption serait d’autant plus présente dans les marchés dits « business to business ». Ainsi les secteurs les plus sujets au fléau sont par ordre d’importance le bâtiment et les travaux publiques (BTP), le secteur pharmaceutique et de la biotechnologie, les fabricants d’équipements et de services médicaux, les parapétroliers et enfin les automobiles.

Aujourd’hui, le secteur des industries extractives est relativement bien placé dans les classements. La pression des parties prenantes a eu gain de cause en forçant les sociétés à mieux se préparer en la matière. Ainsi, parmi les sociétés les mieux équipées revient régulièrement la société Statoil dans les différentes études sur la question.

Le projet de texte issu des négociations entre les trois instances européennes vise également ce même secteur. Il incite les groupes publiques comme privés actifs dans le secteur du gaz, du pétrole, des mines ou des forêts à communiquer en toute transparence sur les paiements réalisés auprès des gouvernements pour tout projet générant plus de 100.000 euros. La loi leur imposera de rapporter publiquement les paiements totaux de chaque projet, les taxes sur profits ou production, les royalties, dividendes, bonus et tous paiements relatifs à l’amélioration des infrastructures.

Si la loi régit un secteur déjà fortement avancé en la matière du fait de la pression des parties prenantes, elle apparaît comme une étape importante vers une obligation de transparence accrue applicable à l’ensemble des secteurs économiques.

Mais une communication en matière de paiements est-elle suffisante pour lutter contre la corruption ?

S’il est normal que les entreprises rémunèrent les Etats pour l’exploitation des ressources naturelles, le bénéficiaire des paiements reste  l’inconnue de l’équation. Cependant, les sociétés ne sont pas en mesure de vérifier et même de dicter la destination des émoluments réalisés. L’Etat devrait être l’acteur principal à même de garantir l’utilisation de ces compensations financières au bénéfice du bien-être de l’ensemble de sa population afin de garantir la durabilité de celle-ci. C’est ici que le travail de Transparency International sur l’indice de corruption publié chaque année  a tout son sens afin d’épingler les pays les moins bons élèves en la matière.

Il est clair que les gouvernements et instances régulatrices ont un rôle important à jouer dans la lutte contre la corruption.

De même les multinationales doivent également afficher une politique claire. De plus, la transparence de la communication, afin d’être efficace dans la lutte de la corruption au sein du groupe entier, doit s’accompagner d’un engagement clair et fort au niveau des plus hautes instances dans la société et d’une formation et sensibilisation de l’ensemble des collaborateurs afin que ce qui a été clairement défini comme objectif du groupe le soit compris et appliqué à l’ensemble de ses structures et filiales. La formation et la sensibilisation des membres du personnel a été reconnue comme maillon faible des politiques de prévention corruptive dans l’étude de Vigeo.

Enfin les investisseurs, institutionnels comme privés, ont également un rôle à jouer. Si la question de l’éthique du monde des affaires n’apparaît pas comme une raison valable aux yeux de certains, les risques et coûts liés, qui ont un impact matériel sur l’investissement en question, peuvent largement prendre le dessus et amener à la même conclusion : la corruption n’est pas un mal nécessaire ; au contraire, même si le chemin est encore long pour une tolérance zéro en matière de corruption, les pressions grandissantes du cadre régulateur et des parties prenantes clouent les sociétés fautives au pilori et font courir une perte importante à l’investisseur peu alerte en la matière.

 

[1] Que font les entreprises pour prévenir la corruption ? – Vigeo – Février 2013

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Marchés émergents et investissement durable : incompatibles ?

Le 3 avril 2013

Deux tendances émergent clairement des marchés financiers actuels. D’une part, un large consensus favorable aux investissements dans les pays émergents, source de croissance et donc de rendement pour les années à venir.

D’autre part, la conviction croissante de regarder un Etat ou une société au-delà des comptes financiers mais bien d’intégrer des notions de développement durable et les préoccupations socio- environnementales et de gouvernance.

Et pourtant, il y a fort peu d’interrogation simultanée sur les deux tendances comme si elles étaient par nature inconciliables. Bien au contraire ! Elles devraient être indissociables même si plusieurs devaient avancer l’argument de prématuré pour ne pas les associer.

Il est vrai que la plupart des marchés émergents ne sont pas exemplaires en matière de durabilité écologique ou démocratique. Cependant, s’interroger sur la question dans le cadre de la gestion d’un portefeuille investi dans la région a une réelle valeur ajoutée.

Notre planète compte plus de 7 milliards de personnes aujourd’hui et devrait en accueillir 9.5 d’ici 2050 selon les statistiques des Nations Unies. Or, la grande part de cette croissance s’opère dans des régions en voie de développement, qui sont déjà confrontées à une problématique de surpopulation et de manque de ressources. Le défi démographique va de paire avec un défi énergétique et donc un défi écologique et par la même un défi économique.

Il est important de s’assurer que les éléments fondateurs d’un cadre régulatoire favorable au bien-être de la population et de son développement durable sont garantis. Ainsi, les droits politiques et les libertés civiles, en ce compris celles de la presse, sont primordiales pour assurer les bases nécessaires au développement économique et sociale. De même, la corruption se doit d’être éradiquée. Lorsqu’elle laisse penser qu’il est impossible de conclure des affaires avec succès sans passer par ce passe-droit, c’est également un élément clé dans l’évaluation de l’investissement. Le manque de transparence et les risques liés doivent être intégrés et tenir compte d’une prime de risque supplémentaire.

La défense des valeurs démocratiques est importante. D’une part, dans une démarche d’investisseur responsable, cela ressort comme une obligation morale. D’autre part, la recherche académique montre la corrélation importante entre la qualité du cadre institutionnel d’un pays et le risque de défaut de la dette souveraine.

Une analyse claire et complète de la soutenabilité d’un Etat apporte donc une réelle valeur ajoutée à la construction d’un portefeuille d’investissement, au-delà des valeurs idéologiques qu’elle pourrait mettre en avant. Il s’agit de donner une cartologie complète des risques et opportunités liés à un pays.

Le travail de l’ONG internationale Freedom House est pertinent pour juger du niveau de démocratie d’un pays. Sur base d’une enquête annuelle regroupant 25 questions relatives aux droits politiques et aux libertés civiles, les pays sont considérés libres, partiellement libres ou non libres.

Sur base d’un nombre limité de critères pertinents, adaptés aux spécificités du contexte de développement économique en cours et relatifs aux domaines de transparence et valeurs démocratiques, d’environnement, de population, soins de santé et de partage des richesses, d’éducation et d’économie, un classement des pays considérés comme émergents par les marchés financiers[1] dévoile clairement le lien entre démocratie et durabilité du pays. Il n’est pas étonnant de retrouver la grande majorité des pays dits non-libres dans le bas du classement de soutenabilité.

L’analyse donne donc des informations importantes sur les degrés de soutenabilité dans les différents domaines des pays en question et permet de mettre en parallèle certains pays à des stades de développement économique similaires mais avec des démarches différentes au regard des domaines socio-écologique et de gouvernance.

L’objectif n’est pas d’exclure certains pays dont le score de durabilité peut être encore faible aujourd’hui. En effet, plusieurs pays de l’univers sont entrés récemment dans un processus de démocratisation. Les années de dictature pèsent et pèseront longtemps sur le développement durable d’un pays. La transition vers une totale garantie des libertés civiles et des droits politiques, ainsi que de la liberté de la presse ou des droits égaux entre les hommes et les femmes, quant ceux-ci ont été bafoués pendant des années, ne peut se faire en un jour. Il faut donc laisser le temps au temps et suivre de près les progrès enregistrés. La Côté d’Ivoire est, à ce titre, un exemple parlant d’un pays au développement économique prometteur, riche de ressources et de matières premières. Le départ forcé de Gbagbo a été suivi d’une importante instabilité et de graves violences. Si maintenant la situation semble apaisée et le pays en voie vers un meilleur futur, le pays ne correspond pas non plus à une démocratie totale et réelle.

Disposer d’une vue d’ensemble des risques et opportunités d’un pays est une source d’information majeure pour juger de la faisabilité des opérations des sociétés en fonction de leurs marchés cibles et des projets d’un Etat et ainsi mesurer la valeur qualitative d’un investissement financier.

 

[1] Selon l’appartenance aux indices obligataires de référence pour ces marchés de type Barclays ou JP Morgan Emerging Markets.

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Un pays peut-il être durable ?

Le 5 mars 2013

La recherche extra-financière sur les entreprises existe depuis plusieurs années et les classements des sociétés sur base de « best in class approach » sont courants aujourd’hui. Il semblerait toutefois que la crise des dettes souveraines dans la zone euro et la remise en question du statut d’actif sans risque pour les obligations gouvernementales de la zone euro aient été un mal nécessaire pour voir aussi émerger des classements sur les critères extra-financiers des Etats.

Les modèles de durabilité des pays restent donc encore limités; notamment à cause de l’absence d’une définition universelle et de la difficulté d’en établir une.

Néanmoins, les premières leçons de la crise souveraine de la zone euro semblent donner des pistes sur ce que comprend la durabilité financière d’un pays. Ainsi, il apparaît clairement que la dette publique ne peut être considérée seule. Elle doit être analysée en parallèle avec l’importance de la dette privée, des entreprises et de ménages. La balance courante est un élément de durabilité important.

Mais qu’en est-il des critères de durabilité hors du périmètre financier ? Quels sont les autres axes de durabilité d’un pays et existe-t-il un lien entre les deux dimensions ?

En l’absence de définition universelle de durabilité, la durabilité peut reposer sur plusieurs dimensions :

  1. La dimension politique et démocratique : un pays durable respecte ses engagements vis-à-vis des pays tiers et de sa population. La bonne gouvernance du pays assure la mise en place d’institutions adéquates de développement et de contrôle pour garantir le meilleur fonctionnement du pays. Les institutions sont érigées de manière démocratique, la corruption est proscrite et les citoyens sont libres de s’exprimer ;
  2. La dimension environnementale : un pays durable est soucieux de ses ressources naturelles et agit dès lors dans le respect de son environnement. Il considère la planète comme un bien public où chacun a un devoir de respect et de préservation.
  3. La dimension sociale : un pays durable est attentif au bien-être de sa population. A cette fin, les instances de gouvernance assurent une qualité de vie suffisante à tous les niveaux pour l’ensemble de sa population. Elles garantissent la sécurité et l’accessibilité à des soins de santé de qualité.
  4. La dimension future : un pays durable investit dans ses générations futures; d’une part en assurant les meilleures conditions pour les générations futures et d’autre part en leur apportant l’éducation suffisante pour assurer le développement et la gouvernance du pays à l’avenir.
  5. La dimension économique : enfin un pays est durable s’il se donne les moyens d’assurer sa viabilité économique en évitant les endettements excessifs, en assurant une stabilité des prix à sa population et en gérant ses revenus et dépenses en bon père de famille.

Au regard de ces cinq dimensions, sur base d’une cinquantaine critères pertinents (données quantitatives de sources fiables et réputées), plusieurs pays au sein de l’OCDE par exemple se distinguent en tête du classement tels que la Scandinavie ou encore la Suisse. A l’opposé, des pays comme la Grèce, la Turquie ou le Mexique montrent des faiblesses de durabilité, visibles dans les cinq dimensions.

Pouvons-nous dès lors conclure qu’il existe un lien entre durabilité économique – en ce compris capacité à faire face à ses créanciers – et durabilité socio-environnementale ? Si la preuve n’a pu être scientifiquement apportée jusqu’à présent, il est cependant difficile de conclure à un hasard des choses au vu des résultats obtenus.

Pour sélectionner les critères pertinents dans chaque dimension, l’approche s’est voulue la plus objective possible. En effet, en sélectionnant des données quantitatives, comparables pour l’ensemble des pays étudiés et  en provenance de sources fiables et réputées, le biais subjectif du concept de durabilité, induit notamment par l’absence de définition universelle, est sensiblement réduit.

Le défi majeur de la méthodologie retenue est de garantir une force de prédiction au modèle. En effet, les marchés financiers ayant tendance à anticiper les événements, un modèle d’analyse est pertinent s’il anticipe et permet de distinguer des signes avant coureurs. En reposant sur des données historiques, il est difficile d’attribuer une certaine prédiction des facteurs retenus.

Ce manque pourrait être comblé en partie en tenant compte des politiques mises en place ou des traités et conventions signés. Cependant, dans les deux cas, il s’agit d’engagements et les résultats réels ne sont mesurables qu’après un certain temps. Néanmoins, suite aux résultats obtenus, Petercam reste convaincu qu’aborder la durabilité d’un pays au-delà de sa durabilité financière est une valeur ajoutée à l’appréciation d’un Etat et la qualité de son crédit. Avec bientôt 5 ans d’existence du modèle, il est possible d’estimer la dynamique d’un pays dans les différentes dimensions observées. Ainsi, un critère de tendance est également inclus dans le modèle permettant d’identifier le dynamisme d’un pays à se maintenir dans le peloton de tête du classement, ses efforts à améliorer une position moyenne ou au contraire un certain laxisme conduisant à une détérioration relative par rapport aux autres pays dans les différents domaines. De cette manière, certaines tendances sont perceptibles et constituent une source d’information supplémentaire pour l’investisseur sur les engagements réels d’un pays, en tant qu’acteur économique majeur.

Plusieurs observations intéressantes peuvent être faites des résultats d’une approche « best in class » intégrant les cinq dimensions de la durabilité d’un pays et démontrent par là la valeur ajoutée et la pertinence d’une telle démarche.

La première observation concerne la pertinence des notations de crédit par les agences reconnues. En effet, lorsque sont mis en parallèle le classement des Etats membres de l’OCDE et leur notation de crédit par S&P par exemple, une certaine stabilité apparaît dans le classement de durabilité alors que les notations de crédit ont connu des modifications substantielles au cours des années écoulées.

Prenons l’exemple de l’Espagne : à l’origine du modèle de durabilité, la péninsule ibérique se classait 22e avec une notation de crédit équivalente à l’époque à AAA par S&P. Dans le dernier classement – septembre 2012 – le pays note une légère amélioration de sa position durable (19e) – expliquée notamment par la dimension sociale où le faible taux de suicide, de ratio de dépendance ou de mortalité infantile en termes relatifs constituent une force du pays – alors que sa note de crédit par la même agence s’est détériorée sensiblement (BBB-).

La Grèce est également un exemple intéressant de la discordance entre la durabilité globale du pays lors de l’introduction du modèle (décembre 2007) et sa notation de crédit. Alors que depuis le début, la Grèce occupe inlassablement la 3e place en queue de peloton, elle a connu une dégradation substantielle de A- à CCC en passant par le statut de Not Rated sur les 3 dernières années. Et dernièrement, na notation a été relevé de 6 crans ( !) laissant supposer une amélioration sensible du débiteur hellénique.

La deuxième observation concerne la tête du classement. Comme expliqué plus haut, s’il n’y pas de preuves scientifiques de corrélation positive entre durabilité socio- environnementale et durabilité économique, force est de constater que les 10 premières positions – à l’exception de l’Islande – ont relativement bien traversé la crise financière. De plus, lorsque de nouvelles études dans les domaines de l’environnement, de la société ou de la gouvernance apparaissent, ce sont souvent les mêmes pays qui arrivent en tête. Simple coïncidence ?

Enfin, le critère de tendance est assez cohérent avec la situation économique d’un pays. La France est un bon exemple. Une grande majorité d’économistes, français et internationaux, est d’avis que le statut AA de la France est contestable, que l’actuelle perception des marchés financiers par rapport à la dette française s’apparente à la perception d’un actif de haute qualité, proche, même si inférieure, au Bund allemand alors que ses données économiques et financières se rapprochent davantage de celles d’une économie telle que l’Italie. Les pouvoirs en place se voient critiquer leur manque de réformes, un certain laxisme qui ne serait corrigé, à entendre certains, que par une mise au pied du mur par les marchés financiers et/ou les agences de notation. Ce manque de dynamisme est également perçu au niveau du classement durable de la République Française. Si le pays ne s’est pas réellement détérioré dans l’ensemble des critères retenus, il n’en reste pas moins que dans une approche relative et comparative, il se laisse facilement dépasser par la meilleure prestation des autres membres de l’OCDE et perd par conséquent plusieurs places dans le classement, 3 au total depuis l’introduction du modèle.

Comme souvent, il aura fallu une crise importante pour montrer les faiblesses de certains modèles économiques et financiers, mono-perspectifs. Or dans un contexte de globalisation de l’économie, avec des enjeux majeurs tels que le défi démographique, la raréfaction des ressources naturelles et le changement climatique, il paraît évident que les Etats, en tant qu’acteurs majeurs de l’économie, ont un rôle central à jouer et contribuent pleinement à la durabilité des systèmes mis en place. Dès lors, pour une économie performante, celle-ci se doit d’opérer dans un cadre démocratique approprié, composé d’institutions de gouvernance de haute qualité. Sans investir dans le bien-être et la connaissance de ses générations actuelles et futures, elle met en péril ses chances de pérennité dans l’avenir. Sans objectif de gestion durable de ses ressources et de son environnement, elle n’a aucune chance de survie face aux enjeux majeurs auxquels la planète devra faire face dans quelques années. Enfin, un manque de respect de ses engagements internationaux (traités, conventions, etc.) démontre une probabilité forte de manque de respect de ses engagements au niveau de ses créanciers. C’est pourquoi, bien que ce soit complexe à mettre en place, il est primordial d’intégrer les pays en tant qu’acteurs économiques et de les analyser selon une matrice intégrant aussi bien les domaines financiers et économiques que les dimensions sociales, environnementales et de gouvernance ; à l’instar de ce qui est de plus en plus courant en matière d’entreprises.

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Le but d’intégrer des critères extra-financiers dans un processus d’investissement

31/1/2013

Mais pourquoi intégrer des critères extra-financiers dans le processus d’investissement ? Compte tenu des nombreuses difficultés, quelle valeur ajoutée cela peut-il réellement apporter ?

Tout d’abord, l’actualité nous le répète sans cesse : nous vivons dans une économie globale où les interconnections sont multiples et où il n’est plus possible d’isoler un élément qui serait autonome et indépendant de toute influence externe. Dans une démarche d’analyse qualitative et fondamentale, évaluer la société dans sa capacité à faire face aux enjeux macro-économiques tels qu’identifiés (défi démographique, changement climatique et raréfaction des ressources) a tout son sens. En d’autres termes, les sociétés les mieux préparées et les plus proactives en la matière affichent manifestement un avantage compétitif par rapport à leurs consœurs plus réactives. Avantage compétitif qui tôt ou tard devrait s’illustrer au niveau de sa performance financière.

Matérialité

La fin de cette intégration des critères extra-financiers dans le processus d’investissement relève donc bien d’un avantage concurrentiel permettant une meilleure performance financière. Car il reste toujours que les investisseurs recherchent la performance avant toute autre chose. C’est pourquoi, l’intégration des critères extra-financiers se concentre essentiellement sur des critères matériels, en ce sens qu’ils sont plus susceptibles d’avoir une répercussion à moyen ou long-terme sur la performance de la société.

Cet aspect de matérialité est également un défi à relever en matière d’intégration des critères extra-financiers dans le processus d’investissement. En effet, il n’est pas rare que certains aspects liés aux critères environnementaux, sociaux ou de gouvernance n’aient aucun impact – immédiat en tout cas – sur le cours de bourse d’une société. Vient ici l’enjeu de réconcilier deux perspectives temporelles : la recherche de performance encore trop souvent court-termiste des investisseurs et la matérialité des enjeux ESG de l’ordre davantage du moyen voire long-terme.

Or, si aujourd’hui, le cours boursier d’une société reste stable alors que cette société est en défaut par rapport à ses engagements vis-à-vis de ses employés, il est fort probable qu’il en soit autrement dans quelques temps lorsque les investisseurs continueront à prendre sérieusement leur rôle sociétal en tant qu’investisseur et que les régulateurs seront de plus en plus stricts et exigeants sur ces différents sujets.

Pour améliorer la qualité de l’analyse d’une société, les critères extra-financiers à intégrer dans le processus d’investissement ne se doivent pas uniquement d’être matériels mais doivent aussi permettre une véritable discrimination entre les acteurs. Cet aspect n’est pas non plus chose aisée pour l’analyse. D’une part, il est courant d’être confronté au commentaire « mais ils font tous cela » et d’autre part, étant donné la difficulté de mesurer certains aspects une certaine prudence est de rigueur dans la comparaison des performances de sociétés concurrentes.

Contraintes et limites

L’intégration de critères extra financiers dans le processus d’investissement a dès lors ses limites. Principalement l’accès à l’information. Si les fournisseurs de données extra-financières foisonnent, il faut reconnaître un fort biais vers les plus grandes capitalisations boursières, disposant de plus de ressources et moyens pour fournir l’information requise. Etant donné la charge de travail que les questionnaires des agences extra-financières peut entrainer, il n’est pas surprenant de voir les plus grandes capitalisations se démarquer en termes de quantité et qualité d’information fournie. Ce manque de reporting des plus petites sociétés peut être perçu a priori comme un manque de transparence et être donc pénalisé par les agences de notation.

 

Enfin, les indices de référence en la matière tendent également à représenter davantage les grandes capitalisations boursières. La disponibilité d’information est en grande partie l’explication de cette observation. Pour une question de réputation, les grandes sociétés veulent aussi faire partie de ces univers de référence et de cette manière le système s’auto alimente et amplifie le biais des grandes capitalisations. Cependant, il faut noter l’émergence d’indices sur de plus petites capitalisations, dont la méthodologie et les critères sont plus adaptés à leur profil et leurs moyens et ressources disponibles. C’est une question de temps à nouveau pour voir les univers de plus petites capitalisations être aussi représentés que ceux des plus grandes capitalisations.

Conclusion

Pour conclure, si les défis d’intégration de critères extra-financiers dans le processus d’investissement sont nombreux, il n’en reste pas moins que replacer la société dans son contexte global, avec ses enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance, est largement justifié et la valeur ajoutée ne sera que de plus en plus visible au fil du temps.

Le court-termisme des investisseurs dicte encore fortement sa loi aux marchés financiers et se confronte aux enjeux de demain. Cependant, tous les espoirs sont permis que l’investissement réalisé dans une optique de long terme et plus durable prenne le dessus. Les investisseurs, mais également l’ensemble des acteurs économiques, sont aujourd’hui dans une période de transition durant laquelle les conséquences des modèles développés jusqu’ici sont étudiées pour une réelle remise en question et pour construire la finance de demain.

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Intégrer les critères extra-financiers dans un processus d’investissement d’actions : quelle valeur ?

2/1/2013

Le monde des investisseurs, en particulier celui des actions, est assez familier avec les ratios financiers de type bénéfice par action, rendement global, etc. Qu’en est-il des critères extra-financiers ? Il s’agit ici des éléments qui n’interviennent pas directement dans les bilans et comptes de résultats des entreprises. Quand ils sont communiqués, ils se retrouvent davantage dans les annexes des bilans voire même dans un rapport à part entière, appelé le rapport extra financier quand il existe. Ce rapport est bien moins connu des investisseurs actions, notamment des analystes et des gérants et pourtant il n’en est pas moins intéressant.

Une vue globale sur la société

Le monde financier revient à une optique globale de la société, c’est-à-dire que celle-ci s’inscrit dans un contexte global, relativement complexe et fortement interconnecté. Le rôle de l’entreprise ne se limite pas à délivrer des bénéfices, payer des taxes, faire des provisions de risques et de pensions et réaliser une performance boursière. De par son activité, elle joue un rôle à part entière vis-à-vis de ses employés, clients, fournisseurs, régulateurs et ceci dans un environnement global, soumis à des enjeux majeurs tels que le changement climatique, le défi démographique et la rareté des ressources, énergétiques, agricoles et autres.

Cependant, ce rôle et cet impact ne sont pas aisément mesurables et quantifiables. Les critères extra-financiers découlent souvent du domaine de l’intangible, d’où la difficulté de mesure objective. De plus, l’approche extra-financière est relativement récente et ses outils et méthodes ne sont pas encore matures. A l’opposé, l’analyse financière a maintenant une expérience de plus de 100 ans et a connu de fortes évolutions notamment en matière de standards et de normes.

En effet, chaque secteur a ses spécificités propres et requiert des connaissances pointues. La garantie que les méthodologies utilisées sont parfaitement comparables n’est pas toujours assurée puisque les repères et standards dans les matières doivent encore évoluer.

Parallèlement, les organismes de contrôle, les auditeurs, etc. n’ont pas encore acquis toutes les connaissances suffisantes dans ces domaines pointus pour valider et certifier des comptes extra-financiers avec la même garantie de contrôle et de conformité qu’ils ne pourraient le faire pour les bilans et comptes de résultats. Il faut ici aussi laisser le temps au temps pour les formations, les connaissances et les évolutions des normes et standards à adopter en la matière. Il y a donc encore du chemin à parcourir comme cela a été le cas pour les rapports financiers. Rappelons combien il paraissait difficile voire impossible d’établir des comptes consolidés il y a quelques années. Aujourd’hui, il paraît invraisemblable qu’une multinationale ne rapporte pas de comptes consolidés.

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