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Quels sont les changements dans les indices MSCI et S&P et quel est l’impact pour les investisseurs ?

Par Erik JOLY, CIO et Chief Economist, ABN AMRO Private Banking

Le 5 octobre 2018

Le monde des communications est en pleine mutation, et les fournisseurs d’indices, MSCI et S&P, rattrapent désormais leur retard….

Face à la croissance des nouvelles technologies et des nouveaux modèles d’affaires, le système utilisé pour classer les entreprises est actuellement revu, ce qui entraînera une modification de la détermination du secteur de certaines entreprises issues des secteurs de la consommation discrétionnaire et des technologies de l’information. De grandes entreprises de renom sont maintenant ajoutées au secteur auparavant connu sous le nom de Télécommunications, dorénavant appelé Services de communication.

La refonte du secteur des Télécommunications a été mise en œuvre le 24 septembre par S&P et en novembre par MSCI, dans le cadre de son examen semestriel régulier. Des changements ont déjà été apportés aux classifications des portefeuilles qui utilisent fréquemment les indices de référence MSCI.

Alphabet, Facebook et Disney rejoignent le nouveau secteur des Services de communication

Le secteur des Télécommunications, qui commençait à devenir vieillissant, est ravivé par l’apport de sociétés de médias et de divertissement, auparavant classées dans les secteurs de la consommation discrétionnaire et des technologies de l’information.

L’un des principaux changements apportés est l’ajout d’un sous-groupe Médias et services interactifs au nouveau secteur des Services de communication, qui se compose d’« entreprises qui s’engagent à la création ou à la distribution de contenus et d’informations par le biais de plateformes propriétaires, dont les revenus proviennent principalement des publicités payables au clic. » Ce nouveau sous-groupe comprend les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et les plateformes de réseautage. Les autres nouveaux sous-groupes des Services de communication sont la publicité, la télédiffusion, le câble et le satellite, l’édition, le cinéma et le divertissement.

Du fait de cette reclassification, des entreprises comme Facebook, Alphabet, Comcast, Netflix, Tencent et Disney sont maintenant considérées comme des entreprises de Services de communication. Ebay et Alibaba rejoindront en outre Amazon dans le secteur de la consommation discrétionnaire.

Lors de l’annonce de ce changement, MSCI a constaté que ces révisions étaient induites par l’évolution rapide de la manière dont les gens communiquent et accèdent au divertissement et autres contenus. Les fusions et acquisitions d’entreprises ont également amené de nombreuses entreprises à regrouper les services de câblodistribution, d’Internet et de téléphonie, tout en commençant à créer leur propre contenu interactif accessible par de multiples plateformes, dont les smartphones. Par conséquent, ni l’ancien secteur de la consommation discrétionnaire ni celui des technologies de l’information – tel qu’il était défini – n’étaient encore adéquats pour les entreprises ayant ces modèles d’affaires en pleine expansion.

Ce que cela signifie pour les investisseurs

Compte tenu de l’introduction de certains géants de l’informatique dans le secteur des Services de communication, ce nouveau secteur diffère de l’« ancien » secteur des Télécommunications à bien des égards :

 

  • une capitalisation boursière plus importante, représentant près de 8 % de l’indice MSCI World, sachant que le secteur des Télécommunications était inférieur à 3 % ;
  • un secteur plus diversifié ;
  • un secteur plus exposé à la croissance, c’est-à-dire de nature plus cyclique.

 

Ces effets sont plus prononcés aux États-Unis qu’en Europe. Par exemple, en Europe, le nouveau secteur est toujours composé principalement (62 %) d’entreprises de télécommunications, tandis qu’aux États-Unis, ce sont les entreprises de médias et de services interactifs (46 %) qui dominent.

A quoi faut-il s’attendre?

Les investisseurs rééquilibrant les positions par secteur, le volume des opérations a augmenté avant les dates de mise en œuvre des changements apportés aux classifications sectorielles. La reclassification a cependant été  bien signalée. Elle n’est donc pas une surprise pour les marchés et aucune perturbation n’est attendue.

Consultez aussi sur MoneyStore :

Quelle est la composition des principaux indices boursiers : MSCI world, S&P 500, Dow Jones, Nasdaq, FTSE, DAX

 

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Comment se positionner en portefeuille en vue du changement démographique ?

Par Eric Joly, Chief Economist, ABN AMRO Private Banking

Pour les investisseurs, voici trois tendances à surveiller : la croissance du segment de la population âgée de plus de 80 ans, le déclin de la main-d’œuvre et le groupe de population désigné par le terme « millennials ». Ces changements démographiques présentent des opportunités d’investissement. Analyse.

Le groupe des 80+ dépense autrement

La plupart des  « baby boomers », à savoir les personnes nées entre 1946 et 1964, prennent maintenant leur retraite. Ce groupe vivra plus long­temps que n’importe quelle génération précédente. Au cours des cinq prochaines années, les personnes âgées de 80 ans et plus deviendront le groupe de population à la croissance la plus rapide : 7% par an. C’est aussi l’un des groupes les plus aisés jamais vus. Une population vieillissante entraîne une augmentation des dépenses en soins de santé, en logement des personnes âgées et en produits visant à améliorer la qualité de vie. En même temps, on observera moins de dépenses liées aux trans­ports et à l’habillement.

Le déclin de la main-d’œuvre encouragera l’automatisa­tion et la robotisation

Cette année, les économies développées atteignent un seuil critique. Pour la première fois depuis 1950, la population en âge de travailler diminuera. Pour la Chine, cette évolution est particulièrement spectaculaire, il est probable qu’elle se réduise de 33 % dans les 50 prochaines années. Cela signifie que la géné­ration suivante devra travailler plus longtemps et de façon plus productive pour financer le filet de sécurité sociale. Cela exige non seulement une formation continue, étant donné que les emplois changent perpétuellement, mais aussi une automatisation plus poussée et l’utilisation de robots. C’est l’une des raisons pour lesquelles la Chine place la robotisation en tête de sa liste de priorités nationales.

Les Millennials

On estime à deux milliards le nombre de millennials, un segment composé de personnes âgées de 20 à 40 ans et responsables de 30 % du revenu brut mondial. En général, les millennials bénéficient d’un niveau de quali­fication plus élevé que les générations précédentes, et les nouvelles technologies font partie intégrante de leur vie. Ils sont plus focalisés sur le rapport qualité-prix, les découvertes, la durabilité et la technologie que les généra­tions passées . Comme ils travaillent davantage en tant qu’in­dépendants et ont moins de sécurité d’emploi, ils peuvent préférer la location et le partage à l’achat. Une activité de plus en plus en vogue au sein de ce groupe est de regarder des tournois de jeux vidéo, ou plus communément appelés eSports.

Quelles sont les opportunités d’investissement ?

Via la population croissante des 80+

1/Augmentation des dépenses de soins de santé : Une personne âgée de 90 ans dans les pays développés dépense environ 35 000 dollars par an en soins de santé, contre 8 200 dollars pour une personne âgée de 60 ans. Les grands groupes pharmaceutiques pourraient bénéficier de l’augmentation de volume même s’ils devraient subir certaines pressions sur leurs marges vu que ce sont des proies faciles pour les politiciens dans le but de limiter les coûts en soins de santé. Les entreprises qui mettent fortement l’accent sur la R&D et actives dans les neurosciences ou le diabète sont susceptibles d’en profiter de manière plus importante.

2/Logements des personnes âgées : D’après les données démographiques actuelles, la demande de loge­ments pour personnes âgées devrait fortement augmenter à partir de 2021. De nombreuses sociétés essayent de saisir cette opportunité, ce qui engendre un surplus à court terme. Cette situation va changer, étant donné que non seulement la taille du groupe des 80+ doublera au cours des 10 prochaines années, mais que les gens resteront probablement aussi plus longtemps dans les résidences.  C’est de bon augure pour les sociétés immobilières spécialisées dans les logements pour les personnes âgées

3/Produits et services liés aux personnes âgées : En 2015, le segment mondial de la population des 85+ comportait deux fois plus de femmes que d’hommes. Les produits et les services spécialement adaptés à ce groupe, tels que les crèmes pour le visage et d’autres produits de beauté, ont de bonnes perspectives. Selon l’OMS, il y a 466 millions de personnes malentendantes en 2018. Ce total devrait passer à 900 millions en 2050. Les principales entreprises qui commercialisent des appareils auditifs de haute qualité, sont bien posi­tionnées pour profiter de cette croissance.

Via les millennials

1/ eSports : Les millennials ont été la première génération à se mettre aux jeux vidéo, et ils continuent à jouer tout en vieillissant. Les dépenses de consommation mondiales pour les jeux vidéos ont atteint 100 milliards de dollars, dont près de 50 % en Asie. L’essor des eSports est rela­tivement nouveau, le nombre de fans d’eSports a augmenté de 19 % l’an dernier, et les revenus des eSports connaîtront une croissance de 250 % d’ici 2021. La majorité des fans n’ont commencé à suivre les eSports qu’au cours des trois dernières années. Ils sont jeunes et rela­tivement aisés . Pour les sociétés spécialisés en jeux vidéo et les publicitaires, les événements d’eSports deviennent de plus en plus importants.  Les plus populaires au monde, d’après la société d’études de marché Nielsen, sont FIFA, Call of Duty, Overwatch, Counter-Strike et League of Legends. Avec la hausse du nombre de personnes jouant aux jeux vidéo et leur popularité croissante, soutenue par les eSports, les principaux développeurs de jeux vidéo devraient afficher une forte augmentation de leurs revenus.

Une bonne combinaison :

1/ Mettre l’accent sur un mode de vie sain grâce au sport et une alimentation équilibrée : Tant les millennials que les personnes âgées ont une forte propension à vouloir vivre plus sainement. Les entreprises liées au mode de vie sont les plus susceptibles de bénéfi­cier de cette tendance. Les personnes sensibles à ce thème pratiquent plus d’activité physique , se nourrissent d’aliments plus sains et réduisent généralement leur consommation de tabac et de boissons gazeuses. La perception, en Europe et en Amérique du Nord, qu’un excès de sucre et de tabac est mauvais pour la santé est bien connue. Il s’avère aujourd’hui que les modes de consommation dans les marchés émer­gents évoluent également.

2/ Voyages et loisirs : L’industrie du voyage et des loisirs a le vent en poupe en raison de la montée de la classe moyenne en Asie et du vieillissement de la population mondiale. Les millennials chinois placent les voyages loisirs en tête de leur liste de dépenses priori­taires, bien avant les produits de mode ou technologiques. Ces tendances se manifestent par une forte croissance des revenus des hôtels, des agences de voyages en ligne et des compagnies de croisières.

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La Turquie est-elle en crise ?

Par Erik Joly, Chief economist, ABN AMRO Private Banking

Le 26 juin 2018

La Turquie est généralement perçue comme l’un des marchés émergents les plus vulnérables. Bien que son PIB affiche toujours une croissance élevée (7,4 % en 2017), celle-ci est fragilisée par la vigueur de l’inflation, la faiblesse des gains de productivité et une certaine incertitude politique. Le pays souffre également d’un déficit budgétaire et d’un déficit courant. De plus la Turquie est fortement dépendante des capitaux étrangers, ce qui la rend très vulnérable aux « changements d’humeur » des investisseurs.

La Turquie est généralement associée à trois scenarios de crise :

 (1) Crise monétaire

En premier lieu, rappelons que la Turquie a dû faire face à une crise monétaire au cours des derniers mois, qui a été marquée par la forte dépréciation de la lire turque par rapport au dollar. Cette crise a été amorcée par la remontée du dollar et la hausse des taux d’intérêt américains. Cette situation a poussé les investisseurs à réduire la voilure de leurs expositions turques les plus risquées avec comme effet un fort repli de la lire. La banque centrale turque (CBRT) a réagi en relevant très fortement ses taux d’intérêt fin mai ce qui devraient favoriser le retour des capitaux étrangers et soutenir le taux de change.

Allons-nous assister à une nouvelle crise monétaire en Turquie ?

Depuis le 24 mai, la CBRT a pris toute une série  de mesures pour endiguer la chute de la lire. Elle a clairement affiché sa volonté d’agir en dépit des pressions politiques exercées par le président Erdogan, celui-ci voulant maintenir des taux d’intérêt bas. Elle a ainsi redonné confiance au marché, ce qui s’est traduit par une remontée de la lire (environ 7 % depuis le 24 mai). Toutefois, des taux d’intérêt plus élevés ne peuvent résoudre les problèmes sous-jacents de la Turquie, comme l’inflation élevée (12,2 %) et le déficit courant prononcé (aux alentours de 6,5 %).

Une autre crise monétaire ne peut être exclue, même si les pressions à court terme sur la lire se sont allégées. Nous pourrions assister à une nouvelle attaque spéculative sur la lire si l’indépendance de la banque centrale est remise en question et que le président Erdogan remporte les élections présidentielles et voit ses pouvoirs exécutifs et législatifs être renforcés.

(2) Crise de la dette extérieure

En second lieu, les marchés spéculent sur l’éventualité d’une crise de la dette extérieure, en d’autres termes, sur l’impossibilité (ou la non-volonté) de la Turquie de respecter ses obligations de paiement vis-à-vis de ses créanciers étrangers. Une crise monétaire est souvent le prélude à une crise de la dette souveraine, puisque la forte dépréciation de la monnaie nationale accroît le poids total de la dette en devises étrangères.

Allons-nous assister à une crise de la dette extérieure en Turquie ?

La dette extérieure de la Turquie n’est pas extrêmement élevée (52 % du PIB), cependant le pays présente des besoins en financement extérieur importants. Ces besoins annuels s’établissent à 200 milliards USD (près de 24 % du PIB). La Turquie peut continuer à financer ce besoin en attirant les investissements. Néanmoins, les investisseurs cesseront de fournir un financement en devise à la Turquie s’ils estiment à un moment donné que le retour sur investissement ne justifie pas le risque encouru (en d’autres termes, ils cesseront de proposer des prêts au secteur public ainsi qu’au secteur privé et refuseront d’acheter des obligations souveraines turques). Dans ce cas, la Turquie sera dans l’impossibilité de respecter ses obligations en ce qui concerne sa dette extérieure.

En raison de la détérioration de la position extérieure de la Turquie, les spreads de CDS (à 5 ans) ont fortement augmenté depuis le mois d’avril, s’établissant actuellement à 280 pb. De plus, au cours des six derniers mois, les agences de notation ont systématiquement dégradé la note de la Turquie, rétrogradée de la catégorie « investment grade » à celle de « junk ». Pour autant, nous n’anticipons pas un scénario de crise de la dette extérieure dans un avenir proche. En d’autres termes, nous pensons que les investisseurs vont continuer à financer les besoins en financement extérieur de la Turquie. Nous appuyons notre opinion sur les hypothèses suivantes :
1.La normalisation de la politique monétaire américaine pose effectivement un risque, mais l’approche prudente et le forward guidance fiable de la Fed limitent le risque de chocs sur le marché, puisque les hausses sont déjà intégrées. De plus, le tour de vis de la Fed est réalisé dans le contexte d’une solide croissance à la fois de l’économie américaine et de l’économie mondiale, qui bénéficie aux exportations turques.

  1. Une faiblesse temporaire des prix des matières premières est à prévoir, notamment des prix du pétrole et des métaux précieux, ce qui devrait améliorer la balance courante turque.
    3.Par rapport à ses pairs, la Turquie bénéficie d’un marché financier bien développé et sa réglementation bancaire respecte les accords de Bâle III. Les banques disposent de réserves de devises étrangères décentes. Certaines grandes banques turques ont des sociétés mères étrangères, ce qui atténue les problèmes de liquidité en dollar.4. Comme mentionné, dans l’hypothèse d’un regain de pressions sur la lire, la CBRT agira de nouveau en augmentant ses taux d’intérêt, empêchant la Turquie de s’enfoncer dans une crise de la dette extérieure.

(3) Crise économique

En dernier lieu, certains craignent que la Turquie n’ait à faire face à une crise économique ou récession. Une crise économique se caractérise par la chute du PIB, l’assèchement des liquidités et l’augmentation du chômage. Une crise économique résulte souvent d’une combinaison de facteurs et non d’un seul. Souvent, une période de « surchauffe », généralement alimentée par la croissance du crédit, est suivie par une période de contraction. En outre, les pays confrontés à une crise de la dette intérieure ou extérieure sont plus susceptibles d’entrer en récession en raison de l’affaiblissement de la confiance et de la réduction de l’endettement du secteur public et privé.

Allons-nous assister à une crise économique en Turquie ?

La Turquie a été frappée par une crise grave en 2001 et par un nouveau ralentissement en 2009 pendant la crise financière mondiale. Au troisième trimestre 2016, son PIB a affiché une croissance négative à la suite du coup d’État avorté. Toutefois, le pays a vite renoué avec la croissance grâce à de fortes stimulations fiscales. Depuis, nous voyons apparaître des signaux clairs de surchauffe, la Turquie ayant affiché un PIB en hausse de 7,4 % en 2017 et de nouveau de 7,4 % au premier trimestre 2018. L’inflation de 12.2% en mai est largement au-dessus des 5% (objectif de la banque centrale). Le crédit au secteur non financier a augmenté d’environ 30 % entre le troisième trimestre 2016 et le dernier trimestre 2017 et il aurait encore augmenté au cours du premier trimestre 2018.

En 2018, la croissance devrait rester forte, aux alentours de 5 % notamment grâce aux stimulations fiscales. Cependant, elle pourrait avoir atteint son apogée au cours des trois derniers trimestres et elle pourrait ralentir fortement début 2019. Le ralentissement de l’économie turque est inévitable au regard des signaux clairs de surchauffe, même si la récession n’est pas un scénario de base. De ce fait, les prévisions de croissance peuvent être ramenées de 4 à 2 % pour 2019. Les premières fissures sont déjà visibles. Les prix de l’immobilier sont en baisse en termes réels. Les prêts douteux représentent actuellement 8 % de l’ensemble des prêts. La croissance du crédit devrait ralentir considérablement en raison de la combinaison de taux d’intérêt plus élevés (le taux repo hebdomadaire s’établit à 17,5 %).

Cela étant posé, les événements (géo)politiques et les erreurs de politique pourraient déclencher une récession. La Turquie doit recalibrer ses politiques macroéconomiques de manière à réduire ses vulnérabilités sans plonger son économie dans la crise. Monsieur Erdogan n’est généralement pas considéré comme étant « favorable au marché » et, dans la mesure où l’impasse parlementaire va entraver encore plus l’élaboration de la politique économique, la Turquie va être confrontée à un processus de ralentissement progressif difficile.

Conclusion

Les fondamentaux économiques de la Turquie sont faibles et son économie se dirige vers un ralentissement substantiel. De nouvelles pressions vont certainement s’exercer sur la lire et la Turquie pourrait s’orienter vers une récession surtout dans l’hypothèse où Recep Tayyip Erdogan conserve la présidence du pays. Cependant, pour le moment, toute crise de la dette (extérieure) semble exclue en raison de certains facteurs atténuants spécifiques.

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La Chine : La croissance est stable mais les risques du commerce subsistent !

Par Erik Joly, Chief Economist, ABN AMRO Private Banking

Le 16 mai 2018

L’économie chinoise a démarré l’année 2018 sur un rythme soutenu, la croissance officielle de son PIB est de 6,8% soit à un niveau semblable à celui des deux trimestres précédents. La croissance a été tirée par la consommation ainsi que par la demande externe malgré un protectionnisme américain qui ne pèse pas (encore) sur les exportations. Le marché immobilier montre quant à lui des signes de stabilisation.

Étant donné que la croissance reste clairement au-dessus de l’objectif, Pékin poursuit la politique de réduction ciblée et de « désendettement » de l’économie. Les autorités veulent aussi éviter une décélération trop brutale de la croissance. On peut s’attendre à ce qu’elles affaiblissent la politique de réduction si les risques en raison du protectionnisme américain devaient se faire sentir. L’économie devrait reprendre cette année une décélération progressive de la croissance. La croissance officielle devrait diminuer et passer de 6,9 % en 2017 à environ 6,5 % en 2018.

Les frictions commerciales sont le principal risque pour les perspectives économiques

Les frictions commerciales entre les États-Unis et la Chine se sont enflammées au début de ce mois. Cela a entraîné des turbulences sur les marchés financiers mondiaux et, manifestement, cela a également eu un impact sur les indicateurs de confiance

Au début du mois d’avril, les États-Unis ont présenté une liste concrète de biens (principalement technologiques) qui seraient taxés à l’importation au tarif de 25% en provenance de Chine. La valeur de cette liste avoisinerait 50 milliards d’USD. Cette mesure est en représailles suite au vol présumé de propriété intellectuelle par la Chine et le transfert forcé de technologies. Une période de consultation a été convenue jusqu’à la mi-mai. Ces propositions ne sont donc pas encore une réalité.

La Chine a rapidement pris des mesures de rétorsion en annonçant également des tarifs de 25 % sur les importations en provenance des États-Unis d’une valeur de 50 milliards de dollars (en ce compris sur les biens tels que les voitures, les avions et le soja). Ces propositions sont purement conditionnelles à l’entrée en vigueur des tarifs américains.  

Le Président Trump a réagi aux représailles chinoises en annonçant qu’il examinait la possibilité d’augmenter les tarifs à 100 milliards de dollars sur les importations chinoises. La Chine a indiqué qu’elle prendrait des mesures appropriées si nécessaire. Elle a ajouté qu’elle préférait éviter une guerre commerciale mais que, si nécessaire, elle était prête à se battre jusqu’au bout, et à n’importe quel prix.

Suite au premier choc de l’escalade, Washington et Pékin ont fait entendre des voix conciliantes. Les États-Unis ont fait remarquer qu’il était toujours possible de négocier si la Chine était prête à changer. Et le Président chinois Xi Jinping a redonné de l’espoir aux marchés lors d’un récent discours. Ces développements cadrent dans un scénario de base selon lequel on atteindra finalement l’une ou l’autre forme d’entente, du moins à court terme.

Suite à la publication semestrielle du rapport sur les manipulations monétaires présenté par le Trésor Américain, Le Président Trump a diffusé un tweet indiquant que la Chine et la Russie manipulaient leurs devises maintenant que la Fed augmente les taux d’intérêt. Toutefois, depuis le début officiel de la présidence de Donald Trump, le yuan a augmenté de 10 % par rapport au dollar américain, même si, au cours de cette période, la Fed a augmenté les taux directeurs de près de 100 points de base

Après un refroidissement en 2016-2017, le marché de l’immobilier s’est stabilisé au premier trimestre 2018

La croissance des ventes de maisons et de bureaux s’est clairement ralentie en 2016 et 2017, même si elle reste à un niveau élevé. Toutefois, cette croissance s’est stabilisée ces derniers mois. Cela semble être lié à un récent assouplissement de quelques mesures dans certaines villes, visant à stimuler l’intérêt d’acheteurs potentiels. De plus l’augmentation annuelle du prix moyen des maisons n’a pas continué à diminuer ces derniers mois. Au cours de la période précédente, elle est passée d’environ 12,5 % en novembre 2016 à 5 % à la fin de 2017. Le redressement de ce marché aura un effet favorable sur les revenus (et les dépenses) des autorités locales.

Données macro-économiques solides pour le mois de mars

Les données macro-économiques pour le mois de mars donnent un aperçu plutôt mitigé, qui cadre dans le glissement structurel des investissements vers la consommation. La croissance des ventes au détail s’est accélérée pour atteindre 10,1 % en glissement annuel (janvier/février : 9,8 % en glissement annuel), avec la confiance des consommateurs à son apogée en vingt-cinq ans. La croissance de la production industrielle et des investissements s’est par contre refroidie, pour atteindre respectivement 6,0 % et 7,5 %. Les indices des directeurs d’achat (PMI) publiés au début de ce mois ont également donné un aperçu mitigé.

La croissance des importations et des exportations reste forte au premier trimestre, mais un certain ralentissement est prévu

Les chiffres du commerce chinois sont particulièrement volatils, surtout au début de chaque année civile. C’est dû au fait que le Nouvel An chinois change chaque année de date. Cela signifie que nous devons interpréter les données commerciales pour les mois de janvier et de février en faisant preuve de la prudence nécessaire. Sur les trois premiers mois, la croissance d’exportation s’élève à plus de 14 %. C’est clairement supérieur à la moyenne de 2017 (8 %). Cela démontre que la demande externe est restée forte au premier trimestre, malgré l’augmentation des frictions commerciales. Entre-temps, la croissance des importations au premier trimestre est également restée forte (+19 % en glissement annuel) et elle était encore supérieure à la moyenne déjà élevée de 2017 (16 %). La croissance des importations chinoises ralentira quelque peu au cours de l’année, bien que le refroidissement en termes de volumes sera moins important que prévu. Ici aussi, l’augmentation des frictions commerciales avec les États-Unis va engendrer des risques à la baisse.

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Des guerres commerciales ? L’Asie peut se débrouiller seule

Par Erik Joly, Chief Economist ABN AMRO Private Banking

Le 6 avril 2018

Donald Trump mériterait certainement de gagner le prix du tweet le plus retentissant de ces derniers jours en lançant une véritable guerre commerciale. Mais le silence observé en Asie ne doit pas être sous-estimé. Derrière cette attitude tout en retenue, une nouvelle puissance est en train de se former en Asie, une puissance qui ne craint pas les guerres commerciales. Grâce à la rapide croissance des technologies et au renforcement de la coopération régionale, la région est actuellement en pleine mutation et devient plus indépendante de ses partenaires commerciaux occidentaux. Une évolution qui plaît aux marchés boursiers, comme en témoignent les hausses de cours enregistrées.

Les flux internationaux de capitaux ont repris la direction de l’Asie en 2017. Après s’être inquiétés pendant des années du risque d’un ralentissement trop rapide de l’économie chinoise, les investisseurs se réjouissent aujourd’hui de la bonne santé économique de la région. Les indices boursiers asiatiques devancent d’ailleurs tous les autres indices mondiaux en termes de performances.

Un marché dominé par les firmes technologiques

La digitalisation a considérablement changé le visage des marchés boursiers asiatiques en seulement quelques années. Ainsi, l’indice MSCI EM Asia est aujourd’hui composé à 37 % de firmes technologiques de Chine, de Corée du Sud et de Taiwan. Les premières positions de l’indice sont occupées par la plus grande société internet de Chine (Tencent Holdings), le numéro un du commerce en ligne du pays en termes de revenus (Alibaba) et le premier moteur de recherche du marché chinois (Baidu). Ces actions offrent un accès à une « nouvelle » croissance basée sur la technologie, alors que les « anciens » secteurs, dominés par l’industrie lourde, sont de plus en plus relégués au second plan.

L’impressionnant essor des entreprises internet a de plus en plus d’effet sur la composition sectorielle dans cette région. Si les sociétés comme Apple et Facebook font des valeurs technologiques un véritable poids lourd du S&P 500 américain (24 % de l’indice), elles doivent tout de même se partager les parts du marché mondial avec les géants de l’internet asiatiques. Les indices européens comme le Stoxx 600 restent quant à eux à la traîne, avec une part de seulement 4 % pour les technologiques.

Renforcement de la coopération régionale

L’Asie a longtemps été considérée comme l’atelier du reste du monde et elle tente aujourd’hui de trouver sa propre dynamique de croissance. Lors du sommet annuel de l’Association des nations de l’Asie du sud-est (ASEAN) en novembre 2017, les participants ont clairement montré leur volonté de renforcer leurs relations commerciales mutuelles. Après s’être longtemps considérées comme rivales, les grandes puissances régionales que sont la Chine et l’Inde tentent aujourd’hui de se trouver des intérêts économiques communs. Les négociateurs sont en train de travailler à la création d’un nouveau partenariat économique régional global (Regional Comprehensive Economic Partnership ou RCEP). Cet accord, qui regroupe 16 pays représentant ensemble 3 milliards de personnes, devrait entrer en vigueur d’ici à la fin de l’année. Le vide de pouvoir laissé par Donald Trump, après le retrait des États-Unis du Partenariat transpacifique (TPP) en janvier 2017, sera donc rapidement comblé.

La Chine promeut les investissements directs étrangers dans les pays voisins. Outre un réseau de production transfrontalier, elle finance également des canaux de distribution et des marchés de débouchés en Asie occidentale. Avec sa stratégie à long terme « Made in China », la Chine entend renforcer le développement de produits finis avec des marques propres et intégrer de nouveaux partenaires asiatiques dans la chaîne de valeur.

Les anciens liens entre l’Occident et l’Asie ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Mais les changements structurels actuellement à l’œuvre en Asie vont se poursuivre en 2018. L’heure est aujourd’hui à la croissance intérieure, au transfert de technologies et au libre-échange régional. Et cette tendance devrait se confirmer en avril, lors du prochain sommet de l’ASEAN qui se tiendra à Singapour.

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Ne vous laissez pas surprendre par la volatilité croissante !

Par Erik Joly, Chief economist, ABN AMRO Private Banking

Le 26 mars 2018

En 2017, la quête du moindre signe d’inflation a intensifié les réjouissances sur les marchés boursiers. Début février, l’inquiétude a toutefois brusquement fait surface sur les marchés financiers. Un surprenant rapport sur l’emploi a suffi à stimuler les perspectives d’inflation et l’annonce de l’accélération plus rapide que prévue de l’indexation des salaires américains a ranimé le spectre de l’inflation. Les rendements obligataires ont rapidement suivi, entraînant une dégringolade des marchés boursiers. Dans le même temps, un autre élément importun s’est présenté : la volatilité, qui n’avait jamais vraiment disparu.

Le b.a.-ba de la volatilité

Mais qu’est-ce que la volatilité ? La volatilité est une mesure statistique du degré d’évolution à la hausse et à la baisse des cours des actions, par exemple. Si les cours suivent une belle tendance à la hausse, la volatilité est généralement faible, mais lorsque l’incertitude augmente, les cours deviennent plus volatils. L’indice de volatilité du CBOE, mieux connu sous le nom d’indice VIX, mesure les fluctuations de l’indice boursier américain S&P500. Bien que la volatilité ne corresponde pas nécessairement aux pertes, le terme est souvent évoqué lorsqu’il est question de risque, de nervosité et de baisse des cours boursiers. L’indice VIX est alors dénommé « fear index », l’indice de la peur, et mesure les craintes des investisseurs. Il est déterminé en fonction du prix des options d’achat et de vente sur l’indice S&P 500 au cours des 30 prochains jours. Bloomberg suit l’évolution du VIX depuis 1990. La moyenne s’est élevée à 19.3 depuis lors, avec un pic de 80.9 en octobre 2008. Mais en 2017, il n’y a pratiquement pas eu de volatilité sur les marchés boursiers, le niveau moyen atteignant à peine 11.1.

Jusqu’en 2010, le marché VIX futures concernait avant tout les investisseurs institutionnels. Mais des produits cotés en bourse (ETP) permettant aux investisseurs particuliers de négocier la volatilité ont alors été lancés. Grâce à un ETP classique lié au VIX, ils ont pu développer une position longue afin de profiter d’une future hausse du VIX. Le prix de revient a néanmoins dépassé le roll cost décrit plus bas. En 2011, de nouveaux ETP ont été introduits sur le marché : les Inverse ETP (ou Short ETP) accusent des pertes lorsque la volatilité augmente et prennent de la valeur en cas de baisse de la volatilité. Ils « compensent » en outre le roll cost. Dans l’exemple hypothétique ci-dessous, un Short ETP rapporterait 8 % par mois si la volatilité reste stable.

Plus longtemps la volatilité se maintenait à un niveau bas, plus les Inverse ETP étaient populaires, en particulier parce que les rendements d’autres classes d’actifs s’appauvrissaient de plus en plus. On avait l’impression d’assister à un « déjeuner gratuit » : jusqu’au 29 janvier 2018, le S&P 500 n’avait encore connu aucune correction de 5 % ou plus depuis 400 jours. Rien ne pouvait plus gâcher la fête. Jusqu’à ce mois de février. Le jeudi 1er février, le cours le plus bas du VIX s’élevait à 12.59. Le mardi 6 février en revanche, le VIX affichait le plus haut cours intraday de 50.3. Une augmentation de près de 300 % sur 3 jours de cotation ! Ce phénomène a donné le coup de grâce aux Inverse ETP. La valeur de la plupart des Inverse ETP, qui accusaient des pertes quand la volatilité augmentait, est passée de plusieurs milliards de dollars à quelques centaines de millions à peine. L’un des principaux Inverse ETP a même été contraint de clôturer et de procéder à la liquidation. À la grande surprise de nombreux investisseurs, qui ne comprenaient pas comment un Short ETP pouvait cesser d’exister alors que l’indice sous-jacent augmentait de plus de 100 %, comme l’illustre cet exemple hypothétique :

Scénario 1 : l’indice augmente de 75 % de 12 à 21

  • Un Long ETP augmente de 75% de 100 à 175
  • Un Short ETP baisse de 75% de 100 à 25

Scénario 2 : l’indice baisse de 25 % de 12 à 9

  • Un Long ETP baisse de 25 % de 100 à 75
  • Un Short ETP augmente de 25 % de 100 à 125

Scénario 3 : l’indice augmente de 110 % de 12 à 25.20

  • Un Long ETP augmente de 110 % de 100 à 210
  • Un Short ETP baisse de 100 % de 100 à 0 et cesse d’exister

Cet exemple nous rappelle le vieil adage boursier : n’investissez que dans ce que vous connaissez !

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Qu’en est-il de la croissance dans l’Europe émergente ?

Par Ivo Bosteels & Erik Joly, ABN AMRO

Le 15 février 2018

La croissance en Europe centrale et de l’Est, en Russie et en Turquie a surpris en 2017. Quelles en sont les causes ? En 2017, la poussée de croissance en Europe émergente (3,8 % en glissement annuel sur la base d’un indice pondéré) a été causée par une accélération de la croissance en Turquie (6,5 %) et en Roumanie (6 %). De même, les trois principaux pays d’Europe de l’Est (Pologne, Hongrie et République tchèque) ont montré des chiffres de croissance élevés (autour de 4 %). Si nous nous penchons uniquement sur la région d’Europe de l’Est, nous constatons une croissance moyenne de 4,7 % en 2017

En Europe de l’Est, la consommation des ménages fut le principal catalyseur, et ce, grâce à la forte hausse des salaires réels. De même, les dépenses d’investissement et les exportations se sont encore redressées en 2017. L’afflux massif de fonds européens et les faibles taux d’intérêt ont contribué à la reprise des investissements. L’exportation a été stimulée par l’accélération de la croissance dans la zone euro. La croissance y a finalement dépassé la barre des 2 % en glissement annuel au terme d’une longue période de faible croissance économique.

L’Europe de l’Est confrontée à un ralentissement progressif de la croissance

Nous nous attendons cependant à ce que la croissance ralentisse progressivement, passant d’un pic de 4,7 % en 2017 à 3,9 % en 2018 et 2,2 % en 2019. Cette prévision repose sur les hypothèses suivantes :

  • L’économie reste favorable. Nous voyons la croissance mondiale s’accélérer légèrement l’année prochaine pour atteindre 3,9 % (2017 : 3,7 %), en partie grâce à la zone euro et aux États-Unis. La croissance en zone euro est passée de 2,3 % en 2017 à 2,8 % en 2018.
  • Bien que la demande de la zone euro soit attrayante, nous pensons que les exportations nettes contribueront négativement à la croissance économique. En effet, l’appréciation de la devise locale freinera les exportations. Parallèlement, les importations augmentent grâce à l’accélération de la consommation en Europe de l’Est.
  • Malgré l’inflation croissante, nous ne prévoyons qu’un durcissement monétaire modéré en Europe de l’Est. La Banque centrale européenne mène toujours une politique monétaire assez large, tandis que la Federal Reserve ne durcira qu’avec parcimonie. Cela réduit le risque d’une forte détérioration de la confiance du marché.
  • En raison des tensions politiques entre plusieurs pays de l’Europe de l’Est (à savoir la Pologne, la Hongrie et, dans une moindre mesure, la Roumanie), nous ne prévoyons pas de forte hausse des investissements étrangers. En revanche, les fonds européens se maintiennent à niveau en 2018 ; ceux-ci ont déjà été approuvés en 2014.

Fortes améliorations sur le marché de l’emploi

À quelques exceptions près, le pourcentage de travailleurs par rapport au pourcentage de chômeurs en Europe de l’Est est à présent plus élevé qu’avant la crise financière. La demande croissante de travailleurs se reflète dans la baisse des chiffres du chômage. Outre la croissance économique, les facteurs démographiques tels que le vieillissement de la population influencent cette tendance. De plus, la région fait constamment face à une migration de main-d’œuvre. Beaucoup de travailleurs (hautement qualifiés) partent pour l’Europe occidentale. En Europe de l’Est, il y a des différences : en République tchèque, il est actuellement question de plein emploi (taux de chômage d’environ 3,5 %), tandis qu’en Bulgarie, le taux de chômage reste assez élevé (environ 12 %). De nombreux postes vacants dans les pays d’Europe centrale et de l’Est tels que la Pologne, la République tchèque et la Hongrie sont comblés par des travailleurs immigrés issus des territoires plus pauvres, à savoir l’Ukraine et les pays des Balkans.

Les salaires plus élevés nourrissent l’inflation

Dans le contexte d’une forte croissance économique, un faible taux de chômage et la reprise des prix des matières premières, nous assistons à une hausse de l’inflation dans la région (la Russie faisant figure d’exception). En 2017, l’inflation était de 3,7 % en glissement annuel (moyenne pondérée régionale du PIB, sans la Russie), tandis qu’elle n’était que de 2,4 % en 2016. En se penchant sur l’Europe de l’Est, on voit que l’inflation y a constamment augmenté jusqu’à 2 % en glissement annuel l’année dernière. Une évolution positive, après une longue période de faible inflation et de déflation. La croissance économique et la pénurie sur le marché du travail y ont contribué et produiront leurs effets en 2018 également.

… nous attendons un durcissement très prudent de la politique monétaire

En 2017, de nombreux pays de l’Europe de l’Est et de la Turquie ont mené une politique monétaire large. L’inflation élevée et la forte croissance ont contraint la banque centrale de Roumanie à rétrécir le couloir de taux en octobre. En novembre, la banque centrale de République tchèque a relevé le taux refi de 0,25 % à 0,50 %. En 2018, nous pensons que la République tchèque et la Hongrie vont procéder à un durcissement, étant donné les évolutions en matière de croissance et d’inflation dans la région et le durcissement progressif de la Fed. La banque centrale polonaise a déclaré qu’elle ne modifierait pas son taux directeur.

Risques principaux

Bien que dans notre scénario de base nous partions du principe que la croissance en Europe émergente restera forte en 2018, il y a également des risques. Voici la liste des différents risques :

  • durcissement des conditions de marché
  • Exacerbation du conflit en Ukraine de l’Est
  • La résurrection de l’autoritarisme et de l’illibéralisme en Europe émergente, notamment en Russie et en Turquie, mais également en Pologne et en Hongrie, peut nuire à la confiance des investisseurs dans la région.

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Qui donc chassera le Goldilocks scénario?

Par Erik Joly, ABN AMRO Private Banking

Le 7 décembre 2017

À ce jour, l’année écoulée a vivement marqué les esprits. Ce fut vraiment l’année du scénario Goldilocks[1]. La croissance de l’économie mondiale s’est révélée plus forte que prévu, synchronisée et supérieure à son évolution tendancielle. Que demander de plus ? Eh bien que la croissance s’accompagne d’une faible inflation… c’est précisément ce que nous avons constaté jusqu’à présent : une croissance économique plus solide qu’escompté et supérieure à la tendance, parallèle à une inflation sous-jacente décroissante en Europe et aux États-Unis, le tout dans un contexte caractérisé par des banques centrales demeurant prudentes, des politiques irréprochables et l’absence de catastrophes géopolitiques. Impossible de faire mieux !

Dans ce scénario, les marchés boursiers ont enregistré d’excellentes performances, à l’inverse des marchés obligataires. De ce fait, le rendement des portefeuilles mixtes s’avère certes positif, mais peu spectaculaire et nous ne voyons pas comment les obligations pourraient obtenir de meilleurs rendements à brève échéance. Difficile d’imaginer, cependant, que les résultats engrangés par les actions au cours des douze prochains mois soient du même ordre que ceux de ces douze derniers mois. La détérioration significative de la situation économique sous-jacente pourrait même provoquer le réveil brutal du marché.

Le risque d’inflation

L’un des risques les plus importants pour ce scénario est que l’inflation connaisse une hausse supérieure aux prévisions du marché, ce qui pourrait contraindre les banques centrales à durcir le ton et engendrer une hausse des taux d’intérêt qui freinerait la croissance. Telle situation affecterait rapidement les marchés boursiers de deux façons : la faible croissance ferait pression sur les bénéfices alors que les taux d’intérêt plus élevés auraient un effet négatif sur les valorisations.

Depuis un certain temps, la vision se veut celle d’une inflation demeurant modérée à moyen et long terme eu égard à plusieurs facteurs tels que l’évolution des technologies et la surcapacité au niveau mondial.Une amélioration de la croissance de la productivité aux Etats-Unis est à prévoir, ce qui s’est déjà passablement vérifié cette année. L’accroissement de la croissance de la productivité réduit le coût du travail par unité de produit, susceptible d’être l’une des causes importantes de l’inflation.

Selon toute attente, l’inflation totale va connaître une hausse dans la plupart des pays, ce qui fera augmenter les prix du pétrole et d’autres matières premières. La réduction continue de l’output gap devrait pousser l’inflation vers le haut. Cette inflation est surtout peu élevée aux États-Unis. Les économistes débattent de la courbe de Phillips, qui illustre la relation entre chômage et inflation et qui repose sur l’idée qu’un taux de chômage faible et décroissant fait progresser les salaires et donc l’inflation. Ce n’est pourtant pas ce qui s’est produit au pays de l’oncle Sam ces dernières années puisque le chômage y a baissé sans forte hausse des salaires. L’inflation sous-jacente a même reculé de façon inattendue au cours de cette année.

Les chiffres de l’inflation pour octobre n’incitent en aucun cas à adapter les prévisions. Les ouragans ont faussé de nombreuses séries de chiffres macro-économiques aux États-Unis, dont l’inflation. L’inflation totale s’est élevée à 0,1 % en glissement mensuel en octobre, après 0,5 % en septembre et 0,4 % en août. L’inflation sous-jacente était quant à elle de 0,2 % en glissement mensuel, ce qui a fait passer son pourcentage annuel de 1,7 % à 1,8 %.

D’autres chiffres américains ont globalement confirmé l’image d’une croissance solide. Le nombre de logements en construction a enregistré une vigoureuse reprise en octobre après une période beaucoup plus calme. Les ventes du commerce de détail se sont également fortement accélérées en octobre. La production industrielle a augmenté de 0,9 % en glissement annuel en octobre, après une hausse de 0,4 % en septembre. Dans l’industrie de transformation, la progression de 1,3 % en glissement annuel en octobre s’est révélée encore plus saisissante. Au cours des mois à venir, on verra dans quelle mesure la reprise post-ouragans avait contribué à gonfler ces chiffres. À première vue, ils semblent correspondre aux indicateurs de confiance et à la tendance mondiale.

En septembre, la production industrielle de la zone euro s’est affaiblie de 0,6 % en glissement mensuel alors qu’elle avait augmenté de 1,4 % en glissement mensuel en août. Sur base annuelle, la production industrielle de la zone euro connaît toujours une croissance plus rapide que celle des États-Unis.

Différents indicateurs de confiance américains ont laissé entrevoir une situation assez nuancée. Les indicateurs généraux de la confiance des entreprises se sont avérés inférieurs aux récents pics, qu’il s’agisse de l’indice Philly Fed ou de l’Empire State. Selon les tout derniers sondages, la confiance des petites et moyennes entreprises et du secteur de la construction s’est cependant quelque peu améliorée.

L’Europe et la Chine

Ces derniers temps, peu de chiffres ont été publiés en Europe et en Asie. Au troisième trimestre, la croissance du PIB de la zone euro s’élevait à 0,6 % en glissement trimestriel et à 2,5 % en glissement annuel, ce qui excède nettement le niveau tendanciel. La plus forte hausse a été enregistrée par le PIB allemand (0,8 % en glissement trimestriel), alors que les croissances française et italienne se sont fixées au taux satisfaisant de 0,5 % en glissement trimestriel. Les Pays-Bas ont fait état d’un plus timide 0,4 % en glissement trimestriel, mais à la suite d’une extraordinaire progression de 1,5 % au second trimestre. Sur base annuelle, le PIB néerlandais affichait 3,0 %. Comme la croissance excède toujours la tendance, le chômage poursuit sur la voie du ralentissement aux Pays-Bas : il a atteint 4,5 % en octobre. La croissance du chiffre d’affaires du commerce de détail néerlandais s’est par ailleurs accélérée, passant de 5,4 % en septembre à 6,6 % en octobre.

Pour terminer, les chiffres venus de Chine ont laissé apparaître une croissance en perte de vitesse : l’augmentation de la production industrielle et du chiffre d’affaires du commerce de détail a en effet subi un léger ralentissement.

[1] Par analogie au conte Boucles d’Or en français: Une économie Goldilocks est une économie qui n’est ni trop chaude ni trop froide, en d’autres termes, qui soutient une croissance économique modérée, qui a un faible taux d’inflation, ce qui permet une politique monétaire favorable au marché. 

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L’Inde : le nouveau géant de la croissance

Par Erik Joly, ABN AMRO Private Banking

Le 21 novembre 2017

Ces dernières années, l’Inde a acquis le statut de géant à la croissance la plus rapide, ravissant ce titre à la Chine. Cette image a cependant été fortement écornée au cours de l’année 2017. Depuis début 2016, la croissance indienne a fortement ralenti, passant de 9 % en glissement annuel au premier trimestre 2016 à 5,7 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2017, soit son niveau le plus bas en trois ans. En conséquence, les estimations de croissance pour l’année fiscale 2017–18 sont passées de 7,5 % à 7,0 % il y a quelques mois. Au cours des trimestres précédents, ce ralentissement a été renforcé par plusieurs facteurs spécifiques et temporaires. La démonétisation des billets de banque lancée fin 2016, visait à lutter contre la corruption et à s’attaquer à l’économie grise. On a aussi assisté à l’écoulement des stocks en préambule à l’introduction de la TVA unifiée le 1er juillet. Au deuxième trimestre, si l’on s’attarde sur les composantes de la demande intérieure, on observe que tant les exportations nettes que la réduction de la consommation privée ont eu un impact négatif sur la croissance.

Cependant, plusieurs facteurs poussent à croire que la croissance du deuxième trimestre a atteint un plancher et qu’elle se rétablira progressivement au cours des trimestres à venir. Pourquoi ? Premièrement, les effets négatifs à court terme de l’introduction de la GST (Goods & Services Tax, ou taxe sur les biens et services) et de la démonétisation des billets de banque sur la croissance devraient s’estomper. À plus long terme, de telles réformes sont plutôt susceptibles de stimuler la croissance. Deuxièmement, l’influence négative du commerce extérieur va s’amenuiser. Troisièmement, la politique adoptée par le gouvernement semble désormais davantage destinée à favoriser la croissance économique. Quatrièmement, la recapitalisation du secteur bancaire récemment annoncée aura un impact favorable sur la croissance. Globalement, la croissance économique indienne devrait donc enregistrer à nouveau une accélération progressive à partir du troisième trimestre 2017. La croissance économique de l’année calendaire 2018 et de l’année fiscale 2018-2019 devrait probablement atteindre à nouveau 7,5 %. Comme la Chine devrait connaître un ralentissement progressif de sa croissance (pour atteindre 6,5 % en 2018), l’Inde va reconquérir par conséquent le titre de géant émergent à la croissance la plus rapide à partir de l’an prochain.

Et du côté de l’assainissement budgétaire ? Les dépenses publiques supplémentaires résultant de la recapitalisation devraient être financées en grande partie par l’émission de ce qu’on appelle des recapitalisation bonds, ce qui engendrera néanmoins une augmentation de la dette publique et des frais d’intérêt, elle-même source de risques budgétaires supplémentaires. Le gouvernement ne devrait cependant pas renoncer à suivre la voie de la consolidation progressive des finances publiques. Le pouvoir devrait poursuivre sa salutaire politique budgétaire, même dans la phase actuelle du cycle électoral (des élections générales sont à nouveau prévues en 2019, ainsi que des élections provinciales l’année prochaine). Quant au déficit budgétaire pour l’année fiscale 2017–18, il devrait rester stable à 3,5 % du PIB. La dette publique centrale devrait selon toute attente poursuivre sa réduction progressive au cours des prochaines années et passer sous la barre des 50 % du PIB.

Notons encore que l’Inde a énormément progressé dans la version récemment actualisée de l’indice Ease of Doing Business calculé par la Banque mondiale. Le pays occupe actuellement la centième position (sur 190) alors qu’il n’était encore que 130e l’an dernier et 142e il y a trois ans (sur un total de 189 pays). L’Inde a également montré des signes d’amélioration ces dernières années dans d’autres indicateurs structurels (Global Competitiveness, Corruption Perceptions), même si les dernières mises à jour de ces classements ont laissé entrevoir une stabilisation.

Globalement, la progression du pays démontre que l’inventaire des réformes s’est étoffé depuis l’accession au pouvoir de Narendra Modi, après des années d’impasse politique sous d’autres gouvernements. M. Modi s’est d’abord concentré sur les « fruits faciles à cueillir » : des mesures faciles à mettre en œuvre visant l’amélioration de l’environnement entrepreneurial. Il a cependant aussi accompli des progrès concernant des réformes plus complexes, comme la loi sur les faillites, l’échange des billets de banque et la GST. En matière de perspectives, nous pensons que les réformes politiques les plus sensibles (par exemple, les lois relatives à la propriété foncière et au travail) seront reportées après les élections de 2019.

L’inflation a aussi fortement reculé ces dernières années, grâce à une politique macroéconomique réfléchie, une monnaie forte et l’évolution favorable des prix du pétrole. Le taux d’inflation reste encore relativement élevé, même si le taux directeur réel a chuté à 2,7 % en septembre. Par conséquent, il existe encore de la marge pour procéder à un abaissement supplémentaire des taux d’intérêt fin 2017. Un des facteurs d’influence est que la Fed ne poursuit le relèvement de son taux directeur que de façon très progressive sous l’égide du nouveau président Jerome Powell.

En conclusion, bien que la croissance économique indienne ait subi un recul conséquent de facteurs transitoires tels que l’échange des billets de banque et l’introduction de la GST, les perspectives de croissance sont positives à long terme. La croissance devrait atteindre à nouveau 7,5 % l’an prochain. C’est ce qui permettra à l’Inde de regagner son statut de géant à la croissance la plus rapide. Grâce à des réformes structurelles continues, le pays a enregistré de fortes progressions dans divers classements structurels. Sa position extérieure s’est améliorée et l’Inde ne fait plus partie des pays émergents les plus vulnérables, à la suite notamment d’une politique macroéconomique réfléchie (et de l’évolution favorable du prix du pétrole). Tout ceci se répercute en outre sur le cours de la roupie indienne par rapport à d’autres devises des marchés émergents. Même lors de la récente dégradation du sentiment des marchés, la roupie est restée stable par rapport au dollar, tandis que des devises comme la livre turque, le rand sud-africain et le réal brésilien ont à nouveau dû céder du terrain. Les risques les plus importants pour l’Inde sont liés à l’augmentation (plus marquée que prévue) des taux d’intérêt aux États-Unis, au protectionnisme grandissant en Occident, à la forte et inattendue hausse des prix du pétrole et aux risques politiques. Nous estimons toutefois que les risques associés au protectionnisme américain sont limités pour l’Inde parce que les États-Unis la perçoivent comme un partenaire stratégique dans la région avec qui ils peuvent former un bloc contre la Chine.

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Quel sort réserver aux banques centrales ?

Par Erik Joly, ABN Amro Private Banking

Le 19 octobre 2017

Depuis la crise financière mondiale de 2008 et 2009, les banques centrales des quatre coins du monde ne cessent d’acheter des obligations à des niveaux exorbitants. Dans la foulée de l’assouplissement quantitatif, expression désignant les achats illimités d’obligations et autres actifs, les bilans combinés des trois principales banques centrales sur les continents américain, européen et japonais, ont connu une forte expansion en dix ans pour échapper à la déflation.

Les mesures prises par les banques centrales ont eu des retombées globales sur les rendements. Peu importait l’acheteur. La BCE a ainsi pu prendre aisément le relais de la Fed en 2014 et faire baisser les rendements en Europe et au-delà.

Les banques centrales prévoient de mettre un frein à la relance en 2018

L’effet de l’assouplissement quantitatif sur les marchés obligataires semble assez évident, les titres obligataires de qualité Investment grade affichant même en grande partie des rendements négatifs dans le monde entier. L’éviction des investisseurs de liquidités dans des valeurs refuges a contribué à faire croître la demande pour d’autres classes d’actifs, par exemple les obligations à haut rendement et des marchés émergents, avec pour corollaire également une baisse de leurs rendements. L’économie ayant repris du poil de la bête, les banques centrales sont prêtes à élaguer leurs mesures de relance non conventionnelles sans plus craindre la déflation.

La Réserve fédérale conservera ses obligations jusqu’à leur échéance…

Il y a trois ans, la Fed avait décidé de ne plus accroître son bilan. Aujourd’hui, l’heure est à la réduction progressive. Les rachats ne donneront plus lieu à des réinvestissements complets et cette politique sera renforcée petit à petit au fil des trimestres. Le contexte s’y prête bien : l’inflation toujours désespérément basse permettra à la Fed de moduler facilement le rythme d’allègement de son bilan si la conjoncture économique venait à décevoir.

… tandis que la BCE et la BoJ réduiront leurs achats d’obligations

La Banque du Japon (BoJ) procède uniquement à des achats dans la mesure nécessaire pour maintenir les rendements à 0 %. Ces montants seront progressivement réduits au fur et à mesure que les obligations d’État se feront plus rares. La BCE est confrontée à des problèmes similaires; l’année prochaine, elle sera à court d’obligations puisque sa politique la restreint à un pourcentage maximum de 33 % par émission. Elle devra donc ramener ses achats d’obligations à zéro (le « tapering ») en 2018, même si l’inflation s’avère décevante ou que les États membres périphériques sombrent dans la tourmente.

La réduction des mesures devrait faire remonter les rendements…

Tout comme l’assouplissement quantitatif, la réduction des mesures de relance aura un impact global bien que l’amplitude exacte de ce nouveau phénomène soit difficile à cerner vu le peu de données historiques. De toute évidence, les prix des obligations connaîtront une tendance à la baisse si un gros acheteur insensible aux prix (à savoir une banque centrale) se retire peu à peu du marché. Dans ce processus, on dirait que les annonces influencent tout d’abord les marchés obligataires où les banques centrales sont elles-mêmes acheteuses tandis que les autres marchés semblent parfois touchés ultérieurement au moment des recentrages de portefeuilles et du dénouement des transactions. Lorsque l’assouplissement quantitatif a été mis en œuvre par le passé, les rendements des bons du Trésor américain ont eu tendance à augmenter au lieu de baisser, dans l’attente d’une reprise de la croissance et de l’inflation par le biais des nouvelles mesures de relance.

Un autre point qui préoccupe les analystes est le changement de cap des banques centrales : les achats d’obligations font désormais place aux réductions d’actifs. Autrement dit, les flux sont inversés. Quoi qu’il en soit, le montant ou « stock » total des obligations inscrit aux bilans des banques centrales restera encore très élevé pendant longtemps. Ceci est peut-être révélateur du fait que les banques centrales elles-mêmes ne parviennent pas à trancher sur le facteur qui influera le plus sur les rendements : les stocks ou les flux ?

… mais reste à savoir dans quelle mesure

L’ampleur des effets de la suppression des mesures de relance est ambiguë et interagit avec la conjoncture économico-financière dans laquelle les banques centrales réduisent leurs programmes de relance, ainsi qu’avec d’autres mesures extrêmes (par ex. les taux d’intérêt négatifs). Seuls l’analyse, l’expérience du marché financier et le bon sens pourront ici guider les investisseurs tant que les banques centrales sont aux prises avec les mêmes problèmes. Il conviendra avant tout de noter l’effet prévu de la réduction des bilans et du tapering sur les rendements des obligations « sans risque » des plus grandes économies car il s’étendra à tous les autres marchés obligataires qui s’échangent avec un spread par rapport aux Bunds allemands et bons du Trésor américain. Les valorisations de la plupart des autres actifs sont souvent justifiées par le niveau très bas des taux. Selon la plupart des recherches et rapports, y compris les dernières recherches de la Fed, les taux sans risque devraient s’échanger à environ 1 % plus bas en raison de l’impact cumulé de tous les achats précédents d’obligations par les banques centrales. Au vu du rythme très progressif de la réduction des positions obligataires, on estime un impact initial de l’ordre de 10 à 20 points de base par an, sans toutefois aucune garantie.

Les obligations d’État des marchés périphériques plus vulnérables que celles des grandes économies…

Il faudra que les rendements des obligations d’Etat augmentent pour que ces obligations deviennent plus attractives et soient des candidats d’investissement. Beaucoup d’analystes tablent sur le fait qu’il sera plus difficile pour les marchés périphériques que pour les principaux marchés des obligations d’État de trouver d’autres acheteurs que les banques centrales. Il pourrait s’ensuivre un creusement des spreads avec les économies périphériques, tout ceci dépendra fortement de la confiance des investisseurs. En Italie, la perspective de la fièvre électorale au début de l’année prochaine semble de très mauvais augure sur fond de faibles fondamentaux économiques, de faiblesse du secteur bancaire et de sondages indiquant continuellement 45 % des voix en faveur des partis eurosceptiques..

Les obligations d’entreprise pourraient, quant à elle, avoir mieux le vent en poupe

En termes relatifs, les achats de la BCE d’obligations d’entreprise sont tout aussi agressifs que ceux des obligations d’État. Les spreads ne devraient donc pas trop subir le tapering, en supposant que les investisseurs feront toujours confiance aux entreprises et à leur rentabilité. La BCE pourrait même diminuer ses achats d’obligations d’entreprise dans une moindre mesure ou plus tard que les achats d’obligations d’État car sa plus grosse difficulté est de trouver des obligations d’État allemandes en suffisance, à l’appui des obligations d’entreprise.

L’approche progressive adoptée par les banques centrales signifie sans doute que les investisseurs qui sont en quête de rendement, ne seront pas pressés d’abandonner les segments obligataires à haut rendement et des marchés émergents. Les spreads sont à des niveaux historiquement bas, mais tout comme les taux de défaut. Ceci laisse donc une bonne marge de manœuvre pour faire face à un relèvement des spreads.

Suppression des mesures de relance : notre analyse d’impact

Nous faisons l’hypothèse que l’impact de la réduction des bilans sera limité, car nous anticipons une trajectoire progressive et rondement menée. Le facteur d’incertitude qui persiste ici est celui des marchés financiers eux-mêmes. Nous avons tous en mémoire les crises de colère suscitées en 2013 où les obligations ont été bradées en raison de la simple annonce de la réduction future des achats d’actifs.

Un retour convaincant de l’inflation forcerait les banques centrales à agir agressivement sans les forcer à se concentrer sur le soutien des marchés financiers et de l’économie en général. Puisque les faibles taux d’inflation restent un mystère pour chacun d’entre nous, en particulier au cours des derniers mois, il est inutile de se préoccuper de ces risques pour l’heure. Il conviendra toutefois de rester vigilant car nous sommes en terrain inconnu. 

 

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Comment investir dans l’Internet des objets industriels ?

Le 14 septembre 2017

Par Erik Joly,Country Director Products & Solutions, ABN AMRO Private Banking

Une transition est en train de toucher les usines et les processus industriels. Tout commença il y a des décennies avec l’automatisation, lorsque des machines devinrent capables de remplacer des processus exigeants en main-d’œuvre ou spécialisés dans le monde industriel. Au cours de ces dix dernières années, l’automatisation s’est de plus en plus accomplie à travers la robotique.

Aujourd’hui, un nouvel acteur a rejoint la robotique dans le monde des usines : l’Internet des objets. L’Internet des objets se développant et gagnant les usines est devenu connu sous le nom d’Internet des objets industriels ou d’industrie 4.0. Les avantages de l’Internet des objets industriels incluent une amélioration de la flexibilité de la production, une réduction des temps d’arrêt, de la maintenance et du nombre de travailleurs.

Alors que l’utilisation de la robotique va croissante, on assiste à une forte vague d’investissement dans des plates-formes et solutions liées à l’Internet des objets industriels.

L’Internet des objets industriels consiste en la pose de capteurs et caméras avec puces de communication sur des machines et produits d’une usine. Ces capteurs sont ensuite capables de suivre par exemple la position d’un produit, de mesurer si une machine fonctionne bien ou d’analyser la quantité d’énergie utilisée. Les données sont collectées et analysées par le biais du Wifi ou d’un autre type de connexion mobile, à l’aide d’un logiciel spécialisé. Les informations en découlant peuvent servir à l’amélioration de processus, par les managers ou par la machine proprement dite.

La connexion de capteurs à des machines industrielles, véhicules et produits trouve son application dans une large gamme de secteurs, comme les usines, les plates-formes de forage, les trains et les services publics. Ces capteurs permettent aux opérateurs d’obtenir des informations en temps réel et sur le moment auquel un remplacement ou une maintenance s’impose. Les opérateurs sont également en mesure de changer plus facilement de ligne de production, rendant les cycles de production plus simples et moins onéreux. Associée à une utilisation accrue de robots industriels, cette connectivité s’accompagne d’un important potentiel d’économie sur les coûts et de marges bénéficiaires accrues.

Quelques innovateurs sont en train d’aller plus loin et de connecter leur usine à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Les fournisseurs peuvent alors optimiser leurs opérations sur la base d’un aperçu en temps réel des exigences de l’usine. L’usine a également besoin d’un stock un peu moins élevé. Les détaillants peuvent également soumettre des commandes et personnaliser leurs produits, suivre l’avancement et optimiser leurs propres stocks. L’intégration directe des commentaires du client dans la chaîne d’approvisionnement peut donner lieu à une production plus efficace de produits personnalisés. Le fabricant d’appareils électroménagers chinois Haier a déjà franchi ce cap.

Les sociétés étant déjà des acteurs importants dans l’automatisation industrielle et dénombrant une foule de machines, comme General Electric, ABB, Siemens et Schneider Electric, jouissent d’un avantage stratégique par rapport à leurs rivaux de plus petite taille et aux prestataires de services tiers. Il n’est toutefois pas encore possible de déterminer qui sortira gagnant de cette tendance. Les fabricants hésitent à introduire de nouveaux fournisseurs dans leur chaîne d’approvisionnement en raison du risque de perturbation de leurs processus critiques de production.

Au vu de l’importance de ces opérations critiques, une cybersécurité s’impose également. Une cyber-attaque touchant une entreprise peut être lourde de conséquences. En juin 2017, une cyber-attaque d’envergure était lancée, affectant d’innombrables entreprises du monde entier. Lors de l’attaque, une chocolaterie Cadbury a été complètement mise à l’arrêt et les terminaux de conteneurs Maersk ont subi une congestion massive. Des événements de ce type justifient des investissements dans la cyber-sécurité, non seulement sous la forme de l’installation de pare-feu, mais aussi de logiciels de détection et de réaction qui décèlent rapidement et isolent les cyber-intrus.

L’utilisation de la robotique connaît un développement permanent dans le domaine de l’automatisation. Les sociétés fructueuses dans ce domaine sont Kion AG en Allemagne et Nidec au Japon. Kion assiste à une forte demande de ses équipements d’entreposage entièrement automatisés. Connecter l’entrepôt et les chariots élévateurs à fourche à l’aide de capteurs permet de créer des lieux de travail plus efficaces et plus sûrs.

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Risques politiques et opportunités économiques

Par Ivo Bosteels, Director Discretionary Portfolio Management, ABN AMRO Private Banking Belgium
Le 14 juin 2017

Les risques politiques s’atténuent en Europe…

L’année dernière, les marchés financiers ont été souvent dominés par l’incertitude politique. Le résultat inattendu du référendum sur le Brexit en juin 2016 est encore frais dans les mémoires. Lorsque Donald Trump a été élu à la présidence des États-Unis quelques mois plus tard, on a craint de voir une vague populiste déferler sur l’Europe et anéantir l’intégration européenne. Pour les observateurs les plus sceptiques, l’implosion de la zone euro n’était plus que l’affaire de quelques mois. En 2017, les élections étaient au programme d’États membres européens importants : aux Pays-Bas, en France, en Allemagne ainsi que des élections anticipées éventuelles en Italie et en Autriche.

Aux Pays-Bas, Geert Wilders n’a cependant pas réussi à tourner les élections législatives en sa faveur. En France, Emmanuel Macron a remporté les élections présidentielles et endigué la vague eurosceptique. Selon les sondages, son parti En Marche ! pourrait également s’imposer lors des élections législatives.

En Allemagne, l’effet Schulz semble également se tasser. Angela Merkel a très habilement fait de l’UE l’un de ses chevaux de bataille et subtilisé ce thème au SPD. Les résultats des récentes élections locales montrent que Merkel bénéficie d’un soutien solide, qui a plus tendance à se renforcer qu’à s’affaiblir. Il est fort probable que l’Allemagne et la France développent des initiatives pour donner une nouvelle impulsion à l’intégration européenne. Avec la volonté des Français d’instaurer des réformes et celle des Allemands de prendre l’initiative, l’avenir de l’UE s’annonce sous de meilleurs auspices qu’il y a un an.

…et augmentent aux Etats-Unis

Dans l’intervalle, l’incertitude politique s’intensifie outre-Atlantique. Le président Donald Trump est de plus en plus sur la sellette. Trump et son entourage entretiendraient des relations avec la Russie et le président aurait mis le Directeur du FBI James Comey sous pression avant de finir par le licencier. Il aurait en outre divulgué des informations secrètes à des fonctionnaires russes. L’avenir nous dira si tous ces éléments suffiront à destituer Trump. Mais quoi qu’il en soit, cela aura des répercussions politiques. Trump a été élu président dans l’espoir qu’il mènerait une politique qui s’avérerait positive pour l’économie et les entreprises, notamment par le biais de mesures de relance et de réformes fiscales. Il semble toutefois plus difficile que prévu de faire entériner ces projets par le Congrès. Les récentes complications politiques ne facilitent certainement pas la mise en œuvre de l’agenda de Trump, même s’il a décidé dans l’intervalle de se retirer de l’accord de Paris sur le climat. Une décision à laquelle une grande partie des entreprises américaines a réagi négativement.

L’économie européenne reprend le flambeau aux Etats-Unis

De plus en plus de signes annoncent un printemps économique dans la zone euro. L’indice PMI, qui mesure la croissance économique, a atteint son niveau le plus haut depuis six ans. L’indice de confiance des entrepreneurs et des consommateurs atteint pratiquement son apogée depuis dix ans. Au premier trimestre, et durant toute l’année 2016, la croissance économique dans la zone euro a été supérieure à celle des États-Unis. Tous les États membres de l’union monétaire profitent de la relance. L’accélération de la croissance est due à une combinaison de facteurs. L’économie mondiale reprend du poil de la bête, les taux sont bas grâce à la politique de la BCE et, pour la première fois depuis des années, les gouvernements stimulent la croissance via la politique budgétaire.

L’EUR/USD profite de la faiblesse du dollar…

Les récents chiffres macroéconomiques décevants aux États-Unis, notamment la hausse des prix à la consommation et les ventes au détail, ont mis fin au redressement du dollar. Les chiffres plus faibles que prévu ont entraîné une révision à la baisse des prévisions relatives aux relèvements des taux par la Banque centrale américaine (Réserve fédérale) en 2017 et 2018. En outre, les taux réels américains ont également chuté. À cela s’ajoute la publicité négative autour du gouvernement Trump, qui a atténué l’engouement pour le dollar.

… et de la force de l’euro

Le sentiment à l’égard de l’euro s’est en revanche considérablement amélioré. Les résultats électoraux aux Pays-Bas et en France ont fortement réduit les risques politiques dans la zone euro. En outre, les chiffres macroéconomiques pour la zone euro montrent une situation favorable. Enfin, la Banque centrale européenne (BCE) commence progressivement à préparer le marché à un ralentissement de son programme de rachat d’obligations en 2018 (tapering). Ces éléments ont remis du vent dans les voiles de l’euro.

L’EUR/USD peut continuer d’augmenter en 2017

Pour le reste de l’année, le dollar devrait continuer de s’affaiblir et l’euro, gagner en puissance. Le relèvement des taux de 25 pb par la Réserve fédérale en juin est d’ores et déjà totalement assimilé par le marché, ce qui est aussi en partie le cas de la prochaine augmentation de 25 pb prévue en septembre. Deuxièmement, le gouvernement Trump continuera probablement d’être dénigré par la presse, ce qui réduira l’appétit des investisseurs pour le billet vert et entraînera la fermeture des positions longues spéculatives. Enfin, la situation est devenue défavorable au niveau technique, avec un EUR/USD qui a dépassé la moyenne à 200 jours, un niveau de résistance important.

Le potentiel de hausse du cours de l’EUR/USD sera sans doute atténué par le regain d’attention que susciteront l’incertitude politique et le mauvais état structurel en Italie plus tard dans l’année.

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La locomotive allemande de nouveau sur les rails

Par Erik Joly, Chief Economist ABN AMRO Belgique

Le 18/04/2017

L’économie allemande renoue avec la croissance à un rythme accéléré. Au cours du dernier trimestre de l’année dernière, la croissance a affiché une progression de plus d’1,5%, par ailleurs largement soutenue par l’ensemble des acteurs économiques. La confiance des producteurs connaît ainsi entre-temps la hausse la plus élevée qu’on ait enregistrée depuis des années. Mais dans ce mouvement général vers l’avant, les consommateurs ne se sont pas non plus laissés distancer.

Depuis le milieu de l’année 2016, l’Allemagne semble de nouveau endosser le rôle de moteur de la reprise économique. L’économie allemande peut être qualifiée comme une économie industrielle – alors que son homologue française repose davantage sur les services – et abrite quelques-unes des plus grandes multinationales au monde. L’évolution favorable de la parité des changes euro/dollar a permis aux entreprises allemandes d’accroître leur compétitivité sur le marché international et de doper leurs exportations. Pour nos voisins de l’Est, le fait que leurs exportations sont tournées vers les marchés mondiaux constitue un atout supplémentaire. En d’autres termes, ils ne sont pas tributaires d’une région déterminée et sont à l’abri des mesures protectionnistes, quel que soit l’endroit où elles pourraient être mises en place. Tous ces éléments combinés contribuent à tirer de nouveau les bénéfices vers le haut. Signe de ce nouvel élan : le fait par exemple que Porsche va accorder à chaque travailleur un bonus de 9 111 euros.

Mais aussi dans le secteur des services, l’économie allemande enregistre d’excellentes performances. Le célèbre bureau d’études britannique Markit a relevé récemment que l’emploi dans les entreprises de services croissait à un rythme inégalé ces dernières années. L’indice composite des directeurs d’achats publié récemment par Markit (le PMI, Purchasing Manager Index), indicateur reflétant les résultats d’une enquête réalisée à la fois auprès des acheteurs du secteur manufacturier et auprès des directeurs d’achats du secteur des services, a atteint 58 points, une excellente performance qui résume cette poussée d’optimisme.

Autre élément remarquable : le fait que, parallèlement à ces résultats, l’intérêt allemand à long terme parvienne à maintenir à la fois son caractère si avantageux et sa stabilité. Ce constat vaut par ailleurs aussi pour pratiquement l’ensemble des pays du cœur de la zone euro. Autrement dit, un écart important se creuse entre les perspectives de croissance vertigineuses et le taux d’intérêt à long terme. Le rachat massif de titres publics par la Banque centrale européenne (BCE) a en effet permis de maintenir les taux à un niveau plancher. Cet intérêt bon marché permet aussi aux entreprises allemandes de poursuivre leur financement à très faible coût, ce qui devrait bénéficier aux investissements d’expansion et de croissance.

La Bourse de Francfort emboîte le pas depuis presque deux ans à l’indice mondial, dont l’appréciation est relativement intéressante. Avec un rapport entre le cours et le bénéfice estimé pour cette année et l’année prochaine respectivement à 14 et 12,9, les 30 valeurs phares de l’indice DAX se négocient à un prix plus avantageux que celles de l’Euro Stoxx 50. Le Dax est aussi presque 20% meilleur marché que son homologue américain. Les années précédentes ont été marquées par une baisse de 10% en moyenne.

Il va de soi que nous ne pouvons faire fi des événements de la scène politique. Les élections prévues dans le courant de la seconde moitié de l’année sont encore susceptibles d’assombrir ces perspectives favorables. Les résultats récents aux Pays-Bas et les tout derniers sondages en France donnent toutefois à penser qu’à première vue, le populisme n’a pas encore foulé le sol européen. 

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Quelle vision pour l’Asie ?                                                                            

Par Erik JOLY, Economiste en chef chez ABN Amro Private Banking

Le 22 mars 2017

Les signes d’un revirement positif dans l’industrie mondiale et dans le commerce international sont de plus en plus nombreux. Cette reprise de la croissance mondiale et du commerce international se manifeste également dans les exportations et les importations de l’Asie émergente.

La croissance régionale devrait rester autour des 6 % en 2017-2018, grâce au rétablissement de la croissance en Inde

La croissance en Asie émergente devrait se maintenir à 6 % cette année. Le ralentissement de la croissance en Chine devrait se dérouler très progressivement. La correction attendue du marché immobilier et le durcissement prudent de la politique entraîneront probablement un léger fléchissement du rythme de croissance dans le courant de cette année. Durant cette année politiquement importante (avec un changement radical de la composition du principal comité politique à l’automne), Pékin prendra les mesures nécessaires pour maintenir la croissance à un niveau acceptable. Bien que l’opération de démonétisation ait réduit la croissance à court terme, l’Inde devrait conserver son statut de géant émergent à la croissance la plus rapide. Nous avons réduit nos prévisions de croissance de 7,5 % à 7,0 % pour l’exercice fiscal 2016, mais tablons sur un retour de la croissance à 7,5 % au cours de l’exercice fiscal 2017. Par ailleurs, l’Inde est devenue moins exposée à une hausse des taux d’intérêt américains. En outre, son degré d’ouverture relativement limité rend le pays moins sensible à une politique commerciale potentiellement plus protectionniste des États-Unis.

Prévisions de croissance revue à la hausse pour plusieurs pays fortement tributaires des exportations

Les prévisions de croissance pour 2017-2018 ont été relevées de 0,5% pour plusieurs pays fortement tributaires des exportations – tels que Hong Kong, Singapour et Taïwan. Cette révision repose essentiellement sur l’accélération de l’activité mondiale et sur les répercussions majeures de fin 2016. Les prévisions de croissance pour la Malaisie ont également été releées, vu que le pays profite d’un redressement de la demande externe et d’une remontée progressive des prix pétroliers. La croissance en 2017 devrait plus ou moins rester identique à celle de l’année dernière pour l’Indonésie (5 %), la Corée du Sud (2,5 %) et la Thaïlande (3 %).

L’inflation de base continue de grimper…

L’indice régional de l’inflation (IPC) est légèrement remonté pour atteindre son niveau le plus élevé depuis 6 mois (2,6 % en glissement annuel) en janvier 2017. Cette progression reflète en partie la hausse des prix du pétrole, des denrées alimentaires et des autres matières premières. Cette évolution est déterminée dans une large mesure par la Chine et l’Inde, bien que l’inflation de base progresse également dans les autres pays émergents d’Asie. En Chine, l’inflation de base a atteint 2,2 % en glissement annuel en janvier, soit le niveau le plus élevé depuis octobre 2011. En Inde également, l’inflation de base a culminé à 2,07 % en glissement annuel en janvier, soit le niveau le plus élevé depuis septembre 2014.

… et l’assouplissement monétaire semble toucher à sa fin

Maintenant que l’inflation (de base) augmente et que la Fed va, selon toute probabilité, relever le taux directeur en 2017 et en 2018, le cycle d’assouplissement monétaire en Asie émergente semble toucher à sa fin. Les quatre principales économies n’ont plus connu de nouvelles baisses du taux directeur depuis octobre 2016. Après avoir baissé le principal taux directeur de 50 points de base au total à 6,25 % en 2016, la Banque centrale indienne n’a plus opéré de changement depuis octobre. Les acteurs du marché avaient tablé sur une nouvelle baisse. En Chine, la Banque centrale (PBoC) a maintenu le principal taux directeur (le taux des prêts à 1 an) constant pendant plus d’un an à 4,35 %. La PBoC a même récemment relevé plusieurs taux d’intérêt pour ses facilités de trésorerie, dans le cadre d’une politique de resserrement prudente visant à endiguer l’endettement excessif et la sortie de capitaux et à maîtriser la pression inflationniste. Dans l’intervalle, la plupart des gouvernements asiatiques ont encore la possibilité, si nécessaire, de mener une politique budgétaire stimulante, vu que les finances publiques se portent relativement bien d’une manière générale.

Les principaux risques persistent

La croissance régionale dans l’Asie émergente devrait se maintenir autour de 6 % en 2017 et en 2018. Outre les risques géopolitiques (relation Chine/États-Unis, mer de Chine méridionale, péninsule coréenne), un certain nombre de risques macrofinanciers importants subsistent :

  1. Surprises négatives liées à une transition chaotique en Chine. Il n’y a pas pas d’atterrissage brutal pour la Chine en 2017-2018 en perspective. Mais le risque de chocs a augmenté avec la présidence de Trump. Le relèvement des taux (directeurs) aux États-Unis combiné à l’incertitude liée à la politique commerciale américaine pourrait entraîner un regain de pression sur le yuan, une délocalisation accrue des capitaux et une nouvelle baisse des réserves de devises chinoises. Les mesures de Pékin visant à ralentir le marché immobilier et à limiter l’endettement pourraient également entraîner de mauvaises surprises. Une erreur stratégique pourrait confronter la Chine à une réduction désordonnée de la dette pouvant s’accompagner d’une baisse de la croissance du PIB plus importante que prévu.
  2. Protectionnisme. Bien que le président Trump ait nommé plusieurs faucons anti-Chine dans son gouvernement, il est probable qu’il renoncera à une sérieuse guerre commerciale, qui pourrait effectivement se retourner contre les États-Unis et ne rendrait pas justice à la relation de force équilibrée entre les deux pays. Il est évident que les risques de baisse existent. La Chine n’est pas le seul pays d’Asie exposé à un protectionnisme accru. Bon nombre de pays tributaires des exportations, dont le modèle de croissance repose sur les chaînes de production mondiales, seraient touchés par un mouvement protectionniste (outre la Chine, Hong Kong, Singapour, Taïwan, la Corée du Sud, la Malaisie, Thaïlande et le Vietnam seraient également concernés).
  3. Durcissement des conditions financières. Jusqu’ici, le Trump tantrum (un dollar plus fort et des taux d’intérêt plus élevés aux États-Unis entraînent une sortie des capitaux des pays émergents) s’est révélé de courte durée. Une hausse majeure (plus élevée que prévu) des taux d’intérêt américains pourrait engendrer une nouvelle vague de reflux de capitaux, voire un durcissement des conditions financières en Asie et une hausse des taux d’intérêt pour les emprunteurs asiatiques. L’Asie émergente est cependant moins sensible à ce type de revers que les pays émergents d’autres régions

 

 

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Pourquoi les obligations des marchés émergents n’ont-elles plus la cote ?

Par Erik Joly, ABN Amro Private Banking

Le 20 février 2017

Les écarts de rendement entre les obligations des marchés émergents et celles des pays développés ont retrouvé leur faible niveau d’avant l’élection de Donald Trump en novembre dernier. La situation est telle que ces obligations sont onéreuses au vu des risques que font courir aux marchés émergents les politiques protectionnistes du nouvel exécutif américain.

En 2016, des obligations émergentes ont été introduites dans les portefeuilles car elles permettaient une certaine diversification internationale et offraient des perspectives de rendement intéressantes. À la suite du Brexit et étant donné l’agenda électoral chargé en Europe, c’était une façon d’éloigner quelque peu les portefeuilles de la zone euro. En outre, après avoir traversé une période de faiblesse et d’instabilité sur le plan économique, les marchés émergents commençaient à se redresser en affichant une amélioration de leurs fondamentaux, soutenue par une stabilisation des prix des matières premières.

La préférence a été alors donnée aux obligations souveraines en devise forte et une stratégie y afférente a été mise en œuvre lorsque le différentiel de rendement (ou « spread ») entre l’indice des marchés émergents et celui des bons du Trésor américain était de près de 350 points de base en faveur du premier indice cité. Cette stratégie portait ses fruits et l’écart se réduisait, bien que la Réserve fédérale ait réaffirmé son intention de procéder à un relèvement des taux. L’arrivée imminente d’un cycle de resserrement monétaire aux Etats-Unis, lequel, aurait dû connaître une évolution progressive et maîtrisée, a été prise en compte

Tout se passait à merveille et les obligations émergentes remplissaient le rôle qui leur était réservé dans les portefeuilles.

Entre juillet et début novembre, l’avance de l’indice des marchés émergents s’est replié peu à peu jusqu’à atteindre 330 points de base. Et puis, le 9 novembre, à la surprise quasi générale, les Américains ont élu Donald Trump à la Maison-Blanche. En conséquence, l’un des deux scénarios suivants allait forcément se produire :

Soit, il allait prendre des mesures de relance économique en pleine phase de reprise conjoncturelle, obligeant ainsi la Réserve fédérale à relever ses taux plus rapidement. Soit, il allait mettre en œuvre toutes les mesures protectionnistes annoncées pendant sa campagne électorale. Dans le premier cas de figure, les marchés émergents souffriraient d’un durcissement de la politique monétaire américaine. Dans le second, ils pâtiraient gravement d’un ralentissement du commerce mondial.

Comme il était peu probable que les marchés émergents parviennent à sortir leur épingle du jeu, il a été décidé de revoir la position à neutre peu après le 9 novembre. En outre, étant donné que le marché a lui aussi estimé que les obligations émergentes allaient subir les conséquences fâcheuses de la nouvelle présidence américaine, l’indice des écarts de rendement est reparti à la hausse.

Après le choc initial causé par le résultat inattendu des élections américaines, les économistes et les marchés financiers pensaient tous qu’une fois président, Donald Trump mènerait une politique moins agressive que ses discours de campagne. Bon nombre s’attendaient également à ce qu’il mette en place, comme il l’avait annoncé, ses mesures de relance à travers des réductions d’impôts et des hausses de dépenses. Dans ce climat d’optimisme, les classes d’actifs plutôt risquées (telles que les obligations des marchés émergents) sont arrivées à poursuivre leur progression, malgré la hausse du billet vert et l’augmentation du rendement des bons du Trésor américain.

À 330 points de base, l’indice des marchés émergents a retrouvé son faible niveau de début novembre. Si, globalement, les économies émergentes enregistrent encore de bons résultats et permettent toujours de s’éloigner des risques politiques présents en Europe, ces obligations semblent onéreuses eu égard à la ligne politique qu’entend suivre réellement l’administration Trump.

On assiste déjà au retour d’une certaine fragilité parmi les devises de pays émergents qui dépendent fortement du commerce extérieur.

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Comment orienter son portefeuille en 2017 ?

Par Erik Joly, Chief Economist ABN AMRO Private Banking Belgium

Le 11 janvier 2017

L’issue des élections américaines a créé un paysage politique clairement régi par les stimulants promis pour l’économie américaine. Le résultat électoral implique aussi un risque accru à court terme pour les marchés obligataires, et à moyen terme pour le commerce mondial.

Les actions seraient plus enclines que les autres catégories de placements à stimuler le rendement du portefeuille, en particulier sur fond de croissance économique modérée. Nous assistons en ce moment à une normalisation du climat d’investissement. La crainte de la déflation se dissipe ; une reprise progressive de l’inflation se profile à l’horizon.

Les taux étant très bas, il convient toujours d’éviter les obligations. De plus, il est devenu difficile de manœuvrer sur les marchés obligataires à présent que les banques centrales s’efforcent surtout de raviver l’inflation. Les matières premières peuvent continuer à jouer un rôle en tant que protection contre l’inflation et la volatilité des marchés. Dans le climat dynamique qui nous attend, les liquidités peuvent être utilisées pour mettre à profit les opportunités qui se présentent. Ces occasions peuvent notamment se manifester sous la forme de corrections temporaires des marchés des actions (s’il s’avérait par exemple, le 20 janvier, que le président Trump ne parviendra pas à réaliser tous les projets qu’il avait annoncés, les marchés des actions pourraient avoir tendance à lever le pied).

Les facteurs fondamentaux l’emportent sur la politique

Une accélération de la croissance mondiale, soutenue par une politique budgétaire expansive aux États-Unis (croissance attendue du PIB américain en 2017 est attendue: 2,4 %, contre 6,5 % en Chine. Le momentum qui s’annonce pour les marchés émergents (4,4 %) et la zone euro (1,4 %) devrait contribuer à rompre avec la croissance modérée et la faible productivité.

Le nouveau gouvernement américain privilégie clairement la croissance. La mondialisation revêt de plus en plus un caractère numérique et s’oriente de plus en plus vers les services. Dans ce contexte, la technologie et les tendances sociales s’imposent en tant que catalyseurs ; la mondialisation n’est plus tributaire des canaux commerciaux traditionnels. Bien entendu, cette évolution ne profitera pas à toutes les entreprises. Celles qui présentent une rentabilité supérieure à la moyenne et sont relativement indépendantes des aléas macroéconomiques et politiques ont toutes leurs chances.

Selon les attentes, l’inflation atteindra 2,7 % aux États-Unis et 1,2 % dans la zone euro. À court terme, l’inflation des salaires n’est pas à l’ordre du jour, mais elle pourrait devenir un thème aux États-Unis si le programme incitatif de Donald Trump stimule encore davantage l’économie et l’emploi déjà robuste.

Le défi : harmoniser les politiques

Dans le domaine de la politique budgétaire, le manque de coordination internationale joue des tours aux pays européens. De cette manière, l’Europe pourrait rester trop dépendante des incitants monétaires. Aux États-Unis, avec un président républicain et une majorité républicaine au Congrès, la mise en œuvre de la politique budgétaire sera plus aisée. Les incitants budgétaires pourront permettre une normalisation soutenue des taux d’intérêt. Si le marché acquiert la conviction que la Federal Reserve devrait faire preuve de davantage d’agressivité, nous pourrions voir les taux des emprunts d’État américains rebondir subitement.

 

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Les consommateurs émergents : un bon thème d’investissement

Par Erik Joly, ABN AMRO Private Banking

Le 19 décembre 2016

Les consommateurs émergents locaux disposent d’un plus grand pouvoir d’achat qui leur permet de faire du shopping et de voyager. C’est pourquoi nous pensons que le «consommateur émergent » reste un domaine d’investissement intéressant.

Sur les marchés émergents, de plus en plus de gens bénéficient d’une hausse des revenus. Cette nouvelle prospérité donne lieu à de nouveaux modèles de dépenses, les produits de luxe devenant plus abordables. Dans ce contexte, il a souvent été fait référence à la « pyramide des besoins de Maslow ». Celle-ci se présente sous la forme d’une pyramide montrant comment les besoins des gens évoluent en fonction des différents stades de prospérité. Les entreprises axées sur le consommateur sont particulièrement bien placées pour tirer parti de la transition entre les besoins fondamentaux et les produits plus luxueux.

Un moteur de croissance pour les multinationales

La classe moyenne en plein essor dans les pays émergents libère un énorme potentiel de ventes pour les entreprises occidentales. Les marchés émergents – déjà vitaux pour de nombreuses sociétés occidentales – devraient devenir encore plus importants à l’avenir. Après tout, les économies occidentales ne se développent qu’à un rythme très modéré. Des multinationales axées sur le consommateur comme Unilever et Nestlé tirent désormais l’essentiel de leur croissance des marchés émergents. Ces entreprises ont récemment souligné les difficultés auxquelles elles sont confrontées pour dégager de la croissance dans les pays occidentaux. Les hausses de prix sont également difficiles à mettre en œuvre. Sans surprise, elles voient les marchés émergents comme le moteur de leur croissance à long terme.

L’Inde rattrape rapidement son retard

La croissance des revenus s’est resserrée en Amérique latine. Au Brésil, le plus grand pays de cette région, les revenus ont même baissé au cours de ces deux dernières années. L’économie locale dépend fortement de la demande des produits de base. La baisse spectaculaire des prix des produits de base depuis 2014 a eu un impact sur le portefeuille du consommateur latino-américain moyen. Depuis lors, les prix des produits de base ont commencé à se redresser, ce qui devrait donner une nouvelle impulsion à la croissance des revenus.

En Asie, la croissance économique a à peine ralenti. La Chine n’affiche plus la croissance économique exubérante de 10 % observée il y a quelques années, mais elle continue de croître à un rythme supérieur à la moyenne. L’économie devrait s’installer progressivement dans une trajectoire de croissance plus faible (ralentissant à 6 % en 2017). En revanche, l’économie indienne continue à prendre de l’avance. L’Inde abrite environ 18 % de la population mondiale et est l’une des économies les plus dynamiques, avec une prévision de croissance, à l’heure actuelle, de 7,5 % pour 2016 et 2017. Si les prévisions à long terme sont par définition incertaines, l’Inde continuera à connaître des chiffres de croissance élevés, même après 2017. Fondamentalement, l’Inde devrait continuer à croître plus rapidement que la Chine. Les consommateurs indiens sont encore beaucoup moins prospères que leurs homologues chinois, avec un PIB par habitant de 6 200 USD en Inde contre 14 300 USD en Chine. Mais au rythme vigoureux actuel de la croissance, leur prospérité va grimper au cours des cinq à dix prochaines années et atteindre le même niveau que celui que la Chine a connu il y a quelques années.

Premier aspect positif pour le secteur des produits de luxe

Dans l’ensemble, les pays émergents peuvent être considérés comme le moteur de croissance par excellence pour les multinationales, même si des vents contraires temporaires sont inévitables. Le secteur des produits de luxe, par exemple, est actuellement aux prises avec la corruption en Chine. Les montres haut de gamme, les bons vins et les sacs de luxe ont été particulièrement touchés. Ces produits de luxe étaient souvent offerts par des parties locales en échange de contrats lucratifs. La répression gouvernementale actuelle de cette pratique a mis la demande sous pression. Le premier signe timide d’amélioration est venu de LVMH, un acteur majeur des produits de luxe. La direction de LVMH voit la demande chinoise reprendre. Bien qu’il s’agisse d’un signe encourageant, il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions fermes. Cela étant, une demande soutenue de ces produits de luxe sur le long terme est à prévoir et le ralentissement actuel devrait être temporaire.

Le tourisme prend de plus en plus d’importance

Le secteur des voyages et des loisirs dépend fortement, lui aussi, des consommateurs émergents. Ce secteur a été fortement touché par les récentes attaques terroristes en Europe. L’histoire nous montre que les effets de ces attaques sont temporaires. Cependant, le nombre alarmant d’attentats qui affectent actuellement l’Europe pourrait avoir un impact plus prolongé pour certaines destinations. Ce phénomène est visible dans certaines villes. Paris, par exemple, accueille beaucoup moins de touristes. Mais le volume total des touristes issus des marchés émergents et visitant l’Europe ne diminue pas

La force motrice du tourisme des marchés émergents, ce sont les touristes chinois. La China Tourism Academy (CTA), en collaboration avec l’organisation de voyages en ligne Ctrip.com, estime que 12 % de Chinois de plus sont partis à l’étranger à l’occasion de la récente semaine de vacances nationales de début octobre. À plus long terme, l’association sans but lucratif Pacific Asia Travel Association prévoit que le nombre de Chinois voyageant à l’étranger augmentera de 50 % au cours des cinq prochaines années. À l’appui de cette projection, Carnival, la plus grande flotte de navires de croisière au monde, a signalé à la fin du mois de septembre que les réservations pour 2017 étaient déjà en hausse par rapport à 2016, à des prix moyens plus élevés.

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Mais, qu’est-ce qui se passe au Japon ?

Par Erik Joly, Chief economist chez ABN Amro

Le 27 octobre 2016

La banque centrale japonaise (BoJ) s’est réunie le 21 septembre pour décider de sa politique monétaire. Le gouverneur de la BoJ, Haruhiko Kuroda, estime que les mesures qui ont été prises jusqu’à présent portent leurs fruits. Il souligne que les prévisions d’inflation sont restées stables malgré des conditions défavorables et que ce n’est qu’une question de temps avant que celles-ci ne repartent à la hausse. Kuroda s’attend à ce que le consommateur japonais continue d’anticiper et tienne compte de l’effet de la politique monétaire dans ses prévisions. Lors d’une récente allocution, le gouverneur de la BoJ a expliqué que la plupart des facteurs qui ont jusqu’à présent empêché d’atteindre l’objectif de 2 % sont de nature exogène. Il a notamment pointé le recul des prix pétroliers, le ralentissement observé sur les marchés émergents et les conséquences de l’augmentation de la TVA sur la consommation.

Malgré les mesures d’assouplissement monétaire, les prévisions d’inflation restent largement inférieures à l’objectif de 2 % et sont même orientées à la baisse. La faible dynamique de l’inflation semble exercer une influence sur les prévisions. Nous pensons que l’inflation ne devrait pas beaucoup évoluer en 2016 étant donné l’impact des prix de l’énergie, la récente appréciation du yen et la fragilité de la demande. Du côté des entreprises, la croissance des investissements est restée modeste, les bénéfices se sont récemment repliés et la vigueur du yen a pesé sur les exportations. Malgré le resserrement du marché du travail, où le chômage est retombé à environ 3 %, les salaires ne montrent qu’une légère hausse. Les entreprises hésitent toujours à augmenter leurs coûts. La croissance du PIB devrait être respectivement de 0,6 % et 0,7 % en 2016 et 2017. En ce qui concerne l’inflation, une hausse à 1 % en 2017 peut être prévue.

par-defaut-2016-10-14-a-16-53-27Il est évidemment encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur l’efficacité des mesures prises. En outre, d’autres facteurs internationaux susceptibles d’avoir une influence directe sur le taux de change et l’économie (un resserrement monétaire de la Fed, par exemple) demeurent incertains.

Depuis 2013, la BoJ a augmenté progressivement les volumes de ses achats, tout en y incluant de nouvelles classes d’actifs. Ainsi, les trackers (ETF) et les fonds immobiliers REIT japonais (J-REIT) sont désormais également pris en compte dans le cadre de son programme, l’accent étant mis sur des objectifs tels que le renforcement du capital humain et du capital physique.

Les achats d’ETF, débutés en 2010, ont également été augmentés en plusieurs phases et représentent aujourd’hui 6 milliards de yens par an. Les critères de sélection des ETF ont, par ailleurs, été révisés au fil du temps. La BoJ ne peut pas détenir plus de 50 % des parts d’un ETF, ce qui signifie que les autres parts doivent être aux mains d’autres acheteurs. Les derniers chiffres disponibles montrent que la banque centrale possède actuellement environ 62 % des ETF nippons.

La BoJ a instauré un taux de dépôt négatif depuis le mois de janvier de cette année. Et pour en limiter les conséquences sur les organismes financiers, la banque a mis en place un système sur trois niveaux. Selon le gouverneur, Haruhiko Kuroda, le taux négatif a entraîné une forte diminution des taux bancaires et du rendement sur les obligations d’entreprise. Le LIBOR à trois mois est ainsi passé de 17 pb au début de l’année à -0,2 pb. Kuroda a indiqué que les organismes financiers faisaient, selon certaines enquêtes, encore preuve de proactivité dans leurs octrois de crédit. Les effets du taux de dépôt négatif divergent et dépendent des caractéristiques des banques. Les chiffres du premier trimestre montrent que la marge d’intérêt des banques ne cesse de se contracter, ce qui pèse évidemment aussi sur leur rentabilité. Mais à l’heure actuelle, il est encore difficile d’évaluer avec précision quel sera, à l’avenir, l’impact de ce taux de dépôt négatif sur le système bancaire.

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Clinton versus Trump, quel impact pour l’économie américaine ?

Par Erik JOLY, Economiste en Chef, ABN AMRO Belgique

Le 8 septembre 2016

À l’approche des élections présidentielles américaines, nous nous sommes penchés sur les vraisemblables répercussions économiques découlant du résultat du scrutin, entre Hillary Clinton et Donald Trump. Même si les programmes économiques des deux candidats ne sont pas assez spécifiques pour obtenir des données chiffrées suffisantes, nous avons tâché de comparer les principaux thèmes abordés par les deux adversaires.

Hillary Clinton derrière le Bureau ovale

Début novembre se tiendront les élections présidentielles américaines, ainsi que celles des représentants et des sénateurs qui siègeront à l’un des deux organes du pouvoir législatif national. À la veille des conventions nationales de juillet, Hillary Clinton jouissait d’une avance confortable de quatre points sur son concurrent, et ce, dans la plupart des sondages. Par le passé, la fiabilité des sondages dépendait de la proximité de la date de dépouillement du scrutin. Par conséquent, la victoire de la candidate démocrate aux élections présidentielles paraît presque inéluctable, tandis que les Républicains conserveront très certainement la majorité à la Chambre de représentants, étant donné qu’il ne leur reste plus qu’à remporter 5 sièges, contre 30 pour les Démocrates. Dès lors, la probabilité que les Démocrates contrôlent la Chambre des représentants est relativement faible. En ce qui concerne le Sénat, les résultats se montrent bien plus imprévisibles.

Dans le cadre de ces élections, le débat économique a été relégué au second plan…

Cette année, le processus électoral américain en a surpris plus d’un en raison de son caractère contestataire. Les candidats à la présidentielle, dont Donald Trump, ont misé sur le sentiment anti-immigration et anti-mondialisation, l’inégalité et le désir de défendre les intérêts de la nation. En réalité, au cours de la campagne électorale, le programme économique a été relégué au second plan et les discours ont davantage joué sur la peur, dans l’optique d’attirer les électeurs sceptiques à l’égard de la mondialisation.

… et les programmes économiques restent vagues

L’agenda économique de Donald Trump se contente d’exposer quelques points concrets, alors que l’approche d’Hillary Clinton aborde 37 priorités/problématiques essentielles tout en restant vague sur bien des aspects. Dans une certaine mesure, les candidats partagent la même vision sur l’opposition aux accords de libre-échange et l’augmentation des dépenses publiques. Toutefois, les convictions de Donald Trump sont nettement plus fortes. En effet, il rejette catégoriquement les accords commerciaux et a fait la promesse d’adopter une approche plus agressive contre la Chine et le Mexique en vue de rééquilibrer les relations commerciales. Ces politiques pourraient conduire à une doctrine isolationniste en raison des probables ripostes des pays concernés. Par ailleurs, la croissance des exportations américaines ne tarderait pas à ralentir. Les principales différences politiques sont liées à l’immigration et aux soins de santé. À cet égard, Hillary Clinton s’inscrit dans la lignée de l’administration Obama, tandis que Donald Trump prévoit de réduire l’immigration, notamment par la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique. Ce genre de politiques d’immigration resserrerait le marché du travail à mesure que la main-d’œuvre disponible se fait plus rare. Si la nation se rapproche du plein emploi, les pénuries de travailleurs pourraient avoir une incidence considérable sur les salaires, et conduire par la suite à une offre d’emplois réduite.

Quant aux dépenses publiques, les deux candidats projettent de les augmenter. Néanmoins, Donald Trump prévoit une hausse bien plus significative que son adversaire, laquelle donne la priorité aux soins de santé et à la sécurité sociale, compensés par de nouveaux impôts. Donald Trump prévoit, quant à lui, de réduire les impôts sur les sociétés, de 35 % à 15 %, alors que la candidate démocrate propose de compenser les nouvelles dépenses publiques par une augmentation de l’impôt sur le revenu, visant principalement les contribuables à hauts revenus. Selon les estimations du Committee for a Responsible Federal Budget, l’incidence budgétaire totale de la proposition de Donald Trump génèrerait une augmentation du ratio dette publique/PIB de 52 points d’ici à 2026, contre 12 points sous la présidence des Démocrates. D’après nous, l’augmentation significative de la dette découlant du programme du candidat républicain n’est pas viable. Par ailleurs, elle ferait l’objet d’une certaine résistance, et ce, même au sein du Parti républicain, étant donné que le ratio dette publique/PIB deviendrait ingérable (120 %).

En réalité, les électeurs républicains expriment un scepticisme plus profond que les partisans démocrates dans ce domaine, bien que dans les deux camps, le doute plane de plus en plus. Selon les enquêtes menées par YouGov, moins de 10 % des électeurs républicains s’attendent à un redressement de l’économie, et ce, depuis le deuxième semestre de l’année 2015. Les électeurs démocrates, quant à eux, se montrent davantage optimistes, même s’ils ne sont que 30 % à croire en une reprise économique. Cependant, leur optimisme s’est entaché en un an à peine, puisqu’ils étaient au départ près de 50 % à espérer une réelle amélioration. Ces différences justifient l’ampleur de la transformation proposée sur ce terrain. Manifestement, le candidat républicain aspire à un remaniement d’une multitude de questions politiques, notamment des réformes fiscales, du thème de l’immigration, du commerce et de la sécurité nationale.

Comportement du dollar américain lors des présidences précédentes

Nos recherches ont démontré que les développements économiques ainsi que l’opinion à l’égard du marché financier ont une incidence bien plus importante sur la devise américaine que les transformations politiques. Le billet vert affiche une nature des plus spécifiques. Tantôt, il s’agit d’une devise cyclique, tantôt d’une valeur refuge. Autrement dit, les facteurs cycliques prennent parfois le dessus et influencent la force du dollar américain, alors qu’à d’autres moments les caractéristiques de valeur refuge de cette monnaie prévalent. C’est pourquoi la connaissance des facteurs dominants dans un environnement donné revêt une importance capitale. Une vue d’ensemble du comportement adopté par le dollar américain lors des présidences précédentes est présentée ci-dessous.

La combinaison la plus favorable pour le dollar américain serait une croissance économique supérieure à la tendance, avec l’amélioration de la dynamique de croissance, l’obtention d’un ratio positif entre la croissance et l’inflation (c’est-à-dire une croissance supérieure à l’inflation) et l’augmentation ou le maintien à des taux élevés des rendements réels (taux d’intérêt nominal – inflation). Ce contexte favoriserait l’apparition du billet vert comme devise cyclique. Le président Reagan, lors de son premier mandat, a été le seul à démontrer cette combinaison unique, alors que la situation du dollar américain s’était totalement inversée au cours de son second mandat. De surcroît, lorsque Reagan est arrivé à la Maison-Blanche en 1981, il est parvenu à remonter le moral et l’estime de soi de son peuple. Par conséquent, les États-Unis étaient considérés comme une grande puissance mondiale, ce qui a grandement renforcé le statut de la devise du pays. Bien souvent, les facteurs cycliques ne pointent pas tous dans la même direction et leur incidence peut dès lors être nulle. La demande pour cette devise en tant que valeur refuge peut également être particulièrement élevée lors de crises majeures. Le dollar américain est fortement remonté lors du second mandat de Bill Clinton, en raison des multiples crises (marché des changes en Asie, fonds spéculatif Long Term Capital Management, Russie, Amérique latine), et de Barack Obama

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Energies renouvelables : le vent tourne

Par ABN Amro Private banking

Le 9 juin 2016

Le solaire et l’éolien peuvent devenir pleinement compétitifs face aux énergies fossiles, même sans aide publique. L’issue de la conférence de Paris sur le climat et les préférences des consommateurs vont favoriser l’augmentation des capacités de production et aboutir à des tarifs plus compétitifs pour les énergies renouvelables. En parallèle, une hausse de la demande est anticipée pour les fabricants de panneaux solaires et d’éoliennes, ainsi que pour les sociétés qui offrent des solutions de haute technologie en matière de stockage et d’efficacité énergétique du réseau électrique.

  • L’augmentation des capacités solaires et éoliennes a d’abord été permise par les subventions publiques.
  • Dorénavant, les capacités accrues et les innovations suffiront à assurer la compétitivité des énergies renouvelables, sans subventions.
  • Des opportunités d’investissement existent dans les batteries de stockage, les éoliennes et l’amélioration du réseau électrique.

La combustion des carburants fossiles (charbon, pétrole et gaz) est l’une des premières causes de pollution atmosphérique. Les émissions de gaz à effet de serre (en particulier du dioxyde de carbone, ou CO2) nuisent à l’environnement et sont considérées comme la cause du réchauffement climatique. En décembre 2015, lors de la conférence de Paris sur le climat (COP 21), les gouvernements ont élaboré un plan ambitieux pour limiter le réchauffement climatique à 1,5-2 °C. En outre, les consommateurs ont également envie d’un environnement plus durable. Tout cela crée des conditions favorables pour les énergies renouvelables. À mesure que celles-ci se développent, l’écart de prix avec les énergies fossiles se réduit, contribuant ainsi à une mégatendance, celle de la « révolution énergétique », où l’abondance énergétique fait baisser les prix.

L’électricité va gagner en importance

En 2015, plus de 85 % de la consommation totale de combustibles était d’origine fossile et seulement 6 % d’origine hydraulique, éolienne, solaire, ou issue de la biomasse. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande d’électricité devrait croître de 70 % d’ici à 2040, en raison de la croissance économique et démographique, de la transition vers les véhicules électriques et de l’augmentation du

pouvoir d’achat. Les marchés émergents de l’Inde et de la Chine devraient enregistrer la plus forte augmentation de la demande d’électricité.

Le monde doit passer à une économie plus durable s’il veut atteindre les objectifs de l’accord de Paris, à savoir un réchauffement planétaire maximal de 1,5-2 °C. Ainsi, l’AIE prévoit pour 2040 un mix énergétique composé d’énergies renouvelables à hauteur de 50 % en Europe, de 30 % en Chine et au Japon, et de plus de 25 % aux États-Unis et en Inde1.

par défaut 2016-06-06 à 10.52.00À l’échelle mondiale, la plupart des énergies renouvelables ne sont toujours pas en mesure de rivaliser en matière de prix et restent donc dépendantes des subventions. Les coûts des projets éoliens et solaires sont déterminés par leur localisation et leur exposition aux forces naturelles (ensoleillement ou vitesse moyenne du vent, par exemple). La figure 1 compare le coût moyen mondial de l’énergie éolienne et solaire au coût régional du charbon, du gaz et du nucléaire. Seul l’éolien onshore est déjà compétitif face à la plupart des sources traditionnelles. Nous prévoyons une évolution similaire pour l’énergie solaire.

Les subventions font baisser les prix

Comme convenu lors de la COP 21, les gouvernements doivent présenter cette année leur plan pour limiter le réchauffement climatique. Nous pensons que les énergies renouvelables seront mises en avant pour stimuler l’augmentation des capacités de production. Cette stimulation est importante, car le déploiement de capacités accrues bénéficiera aux énergies renouvelables.

Les tarifs de rachat garanti constituent un instrument très efficace de promotion des énergies renouvelables. Ce système prévoit un prix de vente fixe ainsi que la vente garantie de l’énergie produite, pendant une période de 20 ans en général. Ces prix fixes étant révisés à la baisse pour les nouveaux projets durant la période convenue, les producteurs d’énergies renouvelables doivent innover pour bénéficier du système.

Le solaire a nettement tiré parti des économies d’échelle réalisées en Allemagne et en Chine. Fin 2009, le coût de production d’un mégawatt d’énergie solaire était de 315 USD. Cinq ans plus tard, il est tombé à 129 USD, soit une baisse de 60 % (figure 2), et l’AIE pense que ce prix va encore baisser de 40 %. Les énergies fossiles devraient quant à elles devenir plus chères une fois soumises au système de quotas d’émission de CO2.

Des investissements dans les renouvelables moins corrélés aux prix des énergies fossiles.

Depuis 2014, les investissements dans la production d’énergies renouvelables ont augmenté, malgré la forte baisse des prix des carburants fossiles (voir figure 3). C’est assez surprenant dans la mesure où les investissements dans le renouvelable sont devenus une solution attrayante face aux prix élevés des énergies fossiles. Cette inversion de tendance suggère que l’appétit des investisseurs augmente, de même que les opportunités. Nous pensons que la tendance va se poursuivre et améliorer la part de marché des énergies renouvelables.

Nécessité d’innover

Les énergies renouvelables dépendent aussi des innovations. Les réseaux électriques actuels doivent notamment être adaptés aux caractéristiques des énergies renouvelables.

par défaut 2016-06-06 à 10.54.36En effet, la production d’énergie solaire et éolienne varie selon l’ensoleillement et la direction du vent, tandis que la demande d’électricité dépend de la météo ou du moment de la journée. Afin de relier la demande à l’offre, il est nécessaire de raccorder les réseaux d’électricité nationaux à un réseau intégré à l’échelle mondiale, un réseau capable de transférer provisoirement les surcapacités ou la surproduction d’énergie vers les régions en pénurie.

Le stockage de l’énergie permet en outre au réseau électrique d’équilibrer l’offre et la demande. Dans le solaire, les surplus d’énergie générés durant la journée peuvent être utilisés la nuit lorsque le système ne fonctionne pas. Jusqu’à présent, le stockage s’effectue essentiellement dans des batteries lithium-ion.

Arrivée de la technologie des batteries

Sur le marché des batteries lithium-ion, le segment du stockage de l’énergie renouvelable devrait devenir le plus important d’ici à 2020. Parmi les produits de stockage, le Powerwall de Tesla est une grosse batterie domestique pouvant être rechargée par le réseau électrique du fournisseur lorsque celui-ci est en surcapacité, ou par l’énergie renouvelable (solaire ou éolienne) produite chez soi. Ainsi, les ménages peuvent devenir autosuffisants en produisant l’énergie renouvelable dont ils ont besoin (habitat autonome).

Le marché des batteries lithium-ion se développe également rapidement. Selon le portail de statistiques allemand Statista, le marché des batteries lithium-ion destinées à l’électronique grand public a atteint 13,2 milliards USD en 2015, contre 9,6 milliards USD en 2012. Il devrait monter à 14,8 milliards USD en 2020. En termes de segments, Statista prévoit que l’électronique grand public représentera 24 % du marché mondial des batteries lithium-ion en 2020, le marché automobile 30 % et le stockage de l’électricité (réseau ou renouvelable) 38 %. Parmi les sociétés spécialisées dans les technologies des batteries lithium-ion, citons Tesla, Panasonic, Johnson Control, TDK Corp., Samsung SDI et Hitachi.

Les scientifiques travaillent actuellement sur de nouvelles technologies de batteries. Certaines existent déjà, mais elles ne sont pas encore adaptées à la production de masse. Les batteries lithium-ion restent donc leaders tout en faisant l’objet d’améliorations. Le plus urgent est de baisser leur coût et d’accélérer le temps de recharge afin de les rendre compétitives face aux énergies fossiles. Selon les estimations

actuelles, les énergies fossiles sont quatre fois moins chères que la production des batteries lithium-ion.

Les voitures électriques sur le point d’être adoptées à grande échelle

Les voitures électriques, qui représenteront 30 % du marché lithium-ion en 2020, ont l’avantage de ne pas émettre d’émissions d’échappement. Elles peuvent donc contribuer à réduire la pollution de l’air dans les villes densément peuplées. En outre, elles sont plus économes en énergie que les traditionnelles voitures équipées de moteurs à combustion.

Les voitures électriques émettent 50 % de moins de CO2 que les véhicules traditionnels durant le cycle de vie complet, tandis que l’efficacité énergétique de ces derniers n’est que de 15 %, en raison des pertes de chaleur dans le moteur. Dans la mesure où l’automobile contribue à environ 15 % des émissions totales de carbone dans le monde, les voitures électriques peuvent jouer un rôle important dans la réalisation des objectifs climatiques fixés dans l’accord de Paris, en décembre 2015.

Les nouveaux modèles de voiture électrique devant être introduits en 2017 pourraient favoriser l’adoption à grande échelle. À l’heure actuelle, la pénétration des voitures électriques reste faible, à 250 000 unités vendues par an, soit moins de 1 % des ventes totales. Mais leur généralisation ne se fera qu’à certaines conditions : un prix de vente pas trop élevé, une autonomie accrue et un système de recharge amélioré.

Nous pensons que le lancement de la Model 3 de Tesla, en avril 2016, et de la nouvelle Opel Ampera-e, en 2017, accélérera la pénétration des voitures électriques car elles seront toutes deux vendues pour environ 30 000 USD et auront une autonomie de 350 kilomètres, contre une moyenne actuelle de 100-150 kilomètres pour les autres voitures électriques.

Sociétés industrielles offrant des solutions

Les énergies renouvelables modifient non seulement la dynamique des secteurs de l’énergie et des services aux collectivités, mais aussi le secteur industriel, de manière positive et négative.

La plupart des équipements utilisés pour produire, capter et stocker les énergies renouvelables sont fabriqués par des entreprises industrielles : GE et Vestas Wind pour les éoliennes, ABB et Siemens pour les connexions offshore HVDC (haute tension courant continu).

Ces connexions HVDC réduisent au maximum les pertes lors du transport de l’énergie éolienne générée offshore. Des solutions logicielles ou l’utilisation de réseaux intelligents (Schneider Electric) peuvent également aider les producteurs d’énergies renouvelables à faire face à la disponibilité intermittente de l’énergie solaire ou éolienne.

Dans le solaire, le marché des panneaux photovoltaïques est dominé par les acteurs chinois comme Trina Solar et Yingli Green Energy2. Les producteurs occidentaux incluent Canadian Solar, Solar City et First Solar.

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To Brexit or not to Brexit !

Par Erik Joly, Office Head Investment, ABN AMRO Private Banking

Le 2 mai 2016

Dans moins de trois mois, les Britanniques se rendront aux urnes pour se prononcer par référendum pour ou contre le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne. Les sondages prédisent un coude-à-coude entre les partisans et les opposants du retrait. La plupart des entreprises semblent en tout cas soutenir le maintien de leur pays dans l’UE. C’est ce qui est récemment ressorti d’une consultation effectuée par la Confédération de l’industrie britannique : une vaste majorité des entreprises participantes optent résolument pour le maintien. Et un certain nombre d’institutions financières influentes avaient déjà fait savoir qu’elles tourneraient le dos à Londres si le Brexit devenait réalité. Mais l’issue d’un tel référendum demeure très incertaine.

Notre scénario de base part de l’hypothèse selon laquelle le Royaume-Uni reste dans l’UE, et nous lui attribuons une probabilité de 65 %. Par ailleurs, nous avons identifié quatre scénarios de Brexit dont nous pensons qu’il existe une probabilité de 35 % que l’un d’eux se réalise un jour. Ces scénarios de Brexit envisagent surtout les conséquences économiques et financières jusqu’en mai 2017, tout en sachant pertinemment bien que les négociations entre le Royaume-Uni et l’UE risquent de se prolonger bien au-delà ; peut-être deux ans dans l’éventualité d’une sortie au second semestre 2018 et sans doute encore plusieurs années après celle-ci.

Scénario de base : le Royaume-Uni reste dans l’UE (probabilité de 65 %)

Bien que les conservateurs britanniques soient très partagés, la consigne de vote officielle du gouvernement est de dire oui au maintien. Tant le Premier ministre Cameron, que la plupart des membres de son gouvernement, que la majorité des autres partis politiques mèneront campagne pour le maintien de la situation actuelle. Ce scénario prévoit un ralentissement de la croissance économique au cours des six premiers mois de cette année. L’incertitude relative au référendum grèverait les investissements tout en ayant également des effets négatifs sur une économie mondiale déjà affaiblie. En conséquence, la Banque d’Angleterre se trouverait en position de ne pouvoir faire que du surplace. Au second semestre, l’économie britannique remonterait la pente. Les prévisions concernant le PIB britannique de cette année envisagent une hausse de 1,6 % (contre 2,2 % l’an dernier) puis de 2,5 % en 2017. Les conséquences économiques sur la zone euro seraient négligeables. En ce qui concerne l’évolution des taux de change, la paire de devises eur/gbp atteindrait un taux de 0,78 préalablement au référendum pour ensuite reculer à 0,71.

Scénario de Brexit 1 : sortie anarchique sans contagion au reste de l’UE (probabilité de 15 %)

Si Brexit il y a, il s’agirait du scénario le plus probable des quatre. Si les Britanniques optaient réellement pour la sortie de l’UE, les marchés devraient se préparer à de longues et pénibles négociations pour établir les conditions du retrait. Dans ce cas, il est probable que les entreprises et les investisseurs partiraient du principe que la poursuite du libre-échange est impossible et qu’ils adapteraient leur posture en ce sens. Certains membres de l’UE pourraient tenter d’en tirer parti au profit de leur secteur financier, mais fondamentalement, nul doute sur le fait que l’EU adopterait une position particulièrement dure au cours des négociations afin d’éviter que l’exemple britannique ne fasse des émules parmi les autres États membres mécontents de l’UE. Le Royaume-Uni ne pourrait plus bénéficier de la libre circulation des personnes ; c’est ce que l’UE exigerait comme condition en contrepartie de l’accès total au marché intérieur.

L’incertitude relative aux futures entraves commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni aurait une influence négative sur les investissements étrangers et l’emploi. L’économie britannique entrerait alors en récession et la Banque d’Angleterre devrait se résoudre à mener une politique de stimulation monétaire. La prime de risque de la livre sterling ainsi que les actions augmenteraient, ce qui engendrerait une perte de valeur. L’an prochain, le PIB britannique perdrait 2,5 points de pourcentage comparé à celui du scénario de base. La paire de devises eur/gbp se dirigerait vraisemblablement vers un taux de 0,95 alors que l’effet négatif sur le PIB de la zone euro en 2017 s’élèverait apparemment à un quart de pour cent.

Scénario de Brexit 2 : sortie anarchique avec contagion au reste de l’UE (probabilité de 5 %)

C’est de loin le scénario le plus défavorable. La sortie du Royaume-Uni de l’UE donnerait du grain à moudre aux mouvements eurosceptiques dans le reste de l’Europe. Il est possible que les gouvernements de ces pays soient mis sous pression pour organiser à leur tour un référendum, ce qui ferait croître le risque politique dans toute l’Europe. Une mauvaise situation économique, un taux de chômage élevé, des politiques d’austérité ainsi qu’une politique migratoire débridée sont autant de raisons pour lesquelles les partis populistes gagneraient du terrain et seraient responsables d’une forte fragmentation du paysage politique. Tout ceci rendrait les réformes gouvernementales plus difficiles et provoquerait, chez les investisseurs, un regain d’inquiétude concernant l’euro. En cas de nouvelle flambée de la crise de l’euro, la croissance du PIB de la zone euro deviendrait tout à fait nulle. La croissance du PIB britannique serait encore inférieure de 0,5 point de pourcentage à celle du premier scénario de sortie. Après une augmentation initiale, la paire de devises eur/gbp chuterait à 0,85 immédiatement après la sortie britannique de l’UE.

Scénario de Brexit 3 : sortie organisée sans contagion au reste de l’UE (probabilité de 10 %)

Il s’agirait du scénario de Brexit le plus favorable. Après la décision des Britanniques de quitter l’UE, les négociations entre les parties se dérouleraient dans une atmosphère sereine. Les marchés partiraient du principe que les relations commerciales ne devraient pas nécessairement pâtir de la situation. Le Royaume-Uni obtiendrait peut-être un accès au marché intérieur mais serait cependant contraint d’accepter un certain nombre de réglementations européennes (possiblement relatives à la libre circulation des personnes). Ce scénario prévoit également le ralentissement de l’économie britannique l’an prochain (1 point de pourcentage en moins que dans le scénario de base) mais l’incertitude demeurerait limitée. En 2017, l’effet négatif sur le PIB de la zone euro resterait vraisemblablement réduit, alors que la paire de devises eur/gbp enregistrerait une hausse et atteindrait 0,85.

Scénario de Brexit 4 : sortie organisée avec contagion au reste de l’UE (probabilité de 5%)

Dans ce cas, nous envisageons que le PIB du Royaume-Uni ainsi que celui de la zone euro soient 1,5 point de pourcentage inférieurs à ceux du scénario de base. Le taux de la paire de devises eur/gbp stagnerait à 0,8.

Conséquences économiques du Brexit

À court et moyen terme, (moins de deux ans), les entreprises britanniques investiront moins et créeront moins d’emplois en raison de l’incertitude. Cela aura également, sans conteste, des répercussions sur la consommation. Les investissements directs ainsi que les autres flux de capitaux en direction du Royaume-Uni déclineront simultanément. 46 % de tous les investissements directs au Royaume-Uni proviennent de l’UE alors que ceux du reste du monde sont en partie liés à l’accès au marché intérieur. Si les investissements directs diminuent, le Royaume-Uni éprouvera encore davantage de difficultés à financer le grave déficit de sa balance courante (plus de 4,5 % du PIB). Enfin, les primes de risque de la livre sterling subiront également une hausse.

À plus long terme (plus de deux ans), les entreprises devront peut-être faire face à des prélèvements sur les importations et les exportations entre le Royaume-Uni et l’UE. Au cours de ces dernières années, ces prélèvements avaient systématiquement diminué dans de nombreux secteurs.

Le secteur financier ne sortira pas non plus indemne de cette aventure. Environ 40 % des services financiers britanniques sont destinés à l’UE. De nombreuses banques en dehors de l’UE sont établies au Royaume-Uni parce que ce pays représente une porte ouverte vers le marché intérieur qui leur offre la possibilité de proposer leurs services dans d’autres pays de l’UE. Le Brexit pourrait changer tout cela.

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Viva Latin America ?

Par Erik Joly, ABN AMRO Private Banking

Le 9 mars 2016

L’année dernière, bon nombre d’analystes partaient de l’hypothèse que l’Amérique latine allait connaître en 2016 une croissance aux alentours de 0.8%. Aujourd’hui, ce chiffre relativement modeste, nous semble encore trop optimiste. Nous tablons maintenant sur une croissance régionale, négative de -0.50%. Qu’est-ce qui fait, que ces économies régionales ne parviennent qu’à reprendre difficilement des couleurs ?

Dans pratiquement tous les pays de la région, à l’exception du Mexique, la confiance aussi bien des consommateurs que des producteurs, est en chute libre. Le Brésil se voit confronté à une instabilité politique et économique sans précédent. Le ralentissement économique et la flambée des taux ont fait exploser le déficit public et mettent en péril la crédibilité du pays. De plus, le scandale qui a frappé de plein fouet la compagnie pétrolière Petrobras continue à faire des vagues. Au Chili, le pays avec la dette la moins importante de la région (moins de 20 pourcent du PIB), l’arrivée au pouvoir de la présidente socialiste Michelle Bachelet n’a pas arrangé les choses. Des scandales de corruption liés à la famille présidentielle, mais surtout les réformes économiques annoncées par le gouvernement de centre gauche ont lourdement affecté la confiance des acteurs économiques. Tout cela fait que les investissements régressent (moins d’un demi pourcent en 2015). Selon nous, il n’y aura pas d’amélioration en vue avant les élections présidentielles prévues en 2017.

La Chine devient un partenaire commercial de plus en plus important pour l’Amérique Latine. La faiblesse des prix des matières premières, résultant d’une demande nettement moins importante en provenance de ce pays, n’explique qu’en partie le malaise généralisé de la région. C’est aussi la croissance moindre aux Etats Unis qui est un facteur déterminant. Ce pays compte pour plus de 80% des exportations mexicaines. Ce chiffre avoisine les 30% pour la Colombie. La chute du prix du pétrole affecte également les finances publics de ces deux pays. Les investissements dans le secteur pétrolier sont devenus quasiment inexistants. Pour le Mexique, la croissance attendue pour 2016 ne dépasse plus les 2%.

Tous les pays de la région sans exception ont assisté à une dépréciation de leurs devises respectives, créant ainsi des tensions inflationnistes et ce malgré une croissance molle. Certains pays, comme la Colombie et le Perou, ont été touchés par les effets pervers d’El Nino. Ce phénomène météorologique a eu un impact négatif sur les prix des denrées alimentaires. En matière d’inflation, il y a d’énormes différences entre les différents pays. Le Mexique, par exemple, bénéficie d’une inflation relativement modérée. A l’autre extrême du spectre se situent l’Argentine et le Venezuela. En Argentine, l’année dernière, les prix ont monté de plus de 30% et au Venezuela la hausse des prix était de plus de 100%. Au Chili et au Perou, les prix ont progressé dans le courant du mois de janvier de respectivement 4.8 et 4.6 % bien au-delà des objectifs, qui avaient été fixés par les banques centrales.

Afin de combattre une inflation, parfois galopante, les banques centrales ont décidé de relever leurs taux directeurs. Plus que les autres pays émergents, l’Amérique Latine est particulièrement sensible à l’évolution des taux aux Etats-Unis. Raison pour laquelle, même la banque centrale du Mexique (pays qui est le moins touché par l’inflation) a décidé de suivre le mouvement enclenché par la Federal Reserve. Elle a donc décidé, à son tour, d’augmenter son taux directeur de 25 points de base en décembre 2015. Puisque nous estimons que la Fed ne procédera plus à d’autres relèvements dans le courant de cette année, le Mexique devrait faire suivre cette tendance. Il n’en va pas de même pour d’autres pays comme le Brésil, le Pérou, la Colombie ou encore le Chili. Après les chutes sévères dont plusieurs pays ont été victimes, nous tablons sur une stabilisation, voire une légère appréciation de plusieurs devises régionales.

L’Amérique Latine a connu deux années difficiles. Il est fort probable que la croissance restera également négative en 2016. Nous nous attendons à un retour à la normale, c’est-à-dire à une croissance positive, à partir de 2017. Les différentes économies restent cependant fortement sensibles à l’évolution des prix des matières premières, ainsi qu’à l’évolution de la croissance mondiale. De plus, la situation des finances publiques ne permet actuellement pas de faire les investissements nécessaires dans l’infrastructure. Une épée de damoclès pour le long terme….

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L’impact des fonds souverains sur les marchés financiers : qu’en est-il vraiment?

Le 4 février 2016

Par Erik JOLY, Head Investment Office , ABN AMRO Private Banking

Certains économistes prétendent que la correction sévère des prix pétroliers, à laquelle nous assistons depuis plusieurs mois, a des effets négatifs sur l’économie. On pointe notamment du doigt, la politique d’investissement des fonds souverains (les Sovereign Wealth Funds ou SWF). La vente massive d’actifs à risque (actions et obligations) par ces entités, semblerait avoir aggravé la correction récente sur les places financières. Mais quel est l’impact réel de ces fonds ?

Les fonds souverains sont des fonds d’investissement publics détenus (de façon directe ou indirecte) par des états. Ceux-ci cherchent à faire fructifier leur épargne nationale, sans avoir à rendre compte à quiconque. En effet, ces fonds sont très opaques et publient relativement peu de données. Le premier fonds souverain a été créé en 1953 par le Koweït. Aujourd’hui ils sont plus d’une quarantaine ; notamment la Norvège, la Chine ou encore la Russie ont créé leur SWF depuis bien longtemps. Depuis plusieurs années, ces fonds ont pris le relais des private equity fund en matière d’investissements. Dans les années 80 et 90 ces fonds private equity avaient racheté massivement la dette de milliers de sociétés à travers le monde. Ainsi ils ont contribué à la sauvegarde du système financier. Lors de la crise des « subprimes » en 2007 par contre, ce sont les SWFs qui ont contribué à stabiliser l’industrie bancaire en crise. Dans un premier temps, leur intervention était plutôt discrète. Par la suite,ils sont devenus plus offensifs, voir agressifs. En agissant de la sorte les fonds souverains d’état ne sont pas toujours vu d’un très bon œil. Déjà en 2007, les Etats-Unis ont voté le National Security Act pour limiter leur activité dans les sociétés américaines.

De 400 milliards de dollars en 1990 à plus de 7 000 milliards de dollars aujourd’hui, le montant sous gestion de tous les fonds souverains combinés, dépasse aujourd’hui largement le produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis. Selon des informations publiées par le Sovereign Wealth Fund Institute (SWIF), le montant total des actifs gérés par les SWFs s’élevait à 7 200 milliards de dollars à la fin de l’année 2015. Douze mois plus tôt, ce chiffre avoisinait encore les 7 300 milliards de dollars.

Après plusieurs années de croissance ininterrompue, ce déclin peut donc paraître quelque peu surprenant. La baisse des prix pétroliers a limité les rentrées dans ces fonds d’une part et a précipité la vente d’actifs à risque d’autre part. Selon le SWIF, environ 56% des actifs des SWFs proviennent de pays qui ont accumulé leur richesse grâce aux ressources naturelles (pétrole, gaz naturel,…). Les pays ayant créé leur SWF, mais qui ne bénéficient pas de la manne pétrolière, ont également vu diminuer leurs actifs sous gestion.

Afin de se forger une idée de l’impact que peuvent avoir eu les agissements des fonds souverains d’état sur les marchés financiers dans un passé récent, nous avons regardé le changement moyen mensuel dans les actifs des SWFs avant la correction des prix pétroliers (correction qui a débuté dans la deuxième moitié de 2014). Nous avons comparé cette situation à celle d’après la correction. Entre le début de 2010 et la première moitié de 2014, les actifs des SWFs ont connu en moyenne une croissance de 50 milliards de dollars par mois. Depuis lors, ils ont diminué en moyenne de 5 milliards de dollars par mois. Ces chiffres ne sont vraisemblablement qu’une partie de l’évolution et ne reflètent pas entièrement tous les flux rentrants et sortants, car également influencés par la baisse généralisée des placements boursiers.

Quand la Federal Reserve des Etats-Unis a commencé son « tapering », le rachat de papier obligataire est passé de 85 milliards de dollars par mois à zéro. L’impact du «  tapering » par les fonds souverains n’est donc pas du même ordre de grandeur. Ceci étant dit, l’impact est bel et bien présent et a certainement accentué la correction récente. Cependant, ce phénomène était déjà en marche depuis la fin de 2014. Il s’est tout simplement intensifié ces dernières semaines.

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Que nous réserve 2016 ?

Le 6 janvier 2016

Erik Joly, Head Investment Office , ABN AMRO Private Banking

En 2015 la croissance mondiale restait une fois de plus en-dessous des attentes des analystes. Surtout dans les pays émergents, la croissance n’était pas au rendez-vous. En Europe par contre, la croissance économique correspondait bien aux attentes. Aux Etats-Unis et au Japon, on assistait à des chiffres relativement encourageants. Le ralentissement de l’économie chinoise et la baisse ininterrompue des matières premières dans le courant de 2015, ont été déterminants pour l’évolution de l’économie mondiale. Qu’en est-il pour 2016 ?

Nous tablons sur une reprise modérée de l’économie mondiale. Nous sommes conscients qu’il peut y avoir des différences régionales assez prononcées. En effet, plusieurs risques peuvent faire barrage à la croissance. A cause des problèmes en Chine et de l’évolution des matières premières, bon nombre de pays émergents éprouvent de plus en plus de difficultés à mettre en ordre leurs finances publiques. Il est également difficile de prévoir comment les marchés financiers et les différentes économies réagiront au resserrement monétaire aux Etats-Unis. Et pour finir, n’oublions pas que les tensions géopolitiques sont loin d’être résolues.

Mais il y a des éléments positifs. En Europe ainsi qu’aux Etats-Unis, la reprise est bel et bien au rendez-vous, grâce notamment à une demande interne forte et à un taux de chômage qui est généralement en baisse. Ces deux régions font également de sérieux progrès en matière de renforcement du système financier. Les banques centrales continuent à jouer un rôle crucial dans la gestion et la maîtrise des risques macro-économiques (bien qu’opposées dans la direction de la politique monétaire poursuivie).

La Chine et l’Inde incarnent le “turnaround” dans les économies émergentes. Les marchés des matières premières sont en train de se stabiliser, bon nombre de devises de pays émergents se déprécient et les autorités locales prennent des mesures pour stimuler leurs économies. Tout cela devrait bénéficier aux exportations et faire en sorte que les marchés émergents n’aient plus d’impact négatif sur la croissance de l’économie mondiale.

Après avoir connu une période où les cours des actions anticipaient les bénéfices des sociétés, nous voilà arrivés à un rééquilibrage : les prestations des actions iront de paire avec la croissance bénéficiaire des sociétés. Les marchés actions ont une valorisation correcte; avec un rapport cours/bénéfice (attendu) de 15.5, on se trouve dans la bonne moyenne. Mais il est un fait que ce ratio a déjà bien progressé pendant ces cinq dernières années. Il démontre que le marché se trouve maintenant dans un phase (plus) mature. Des taux plus élevés aux Etats-Unis ne devraient avoir qu’un impact minime sur les cours de bourse, madame Yellen ayant “préparé” le marché avec soin à un resserrement progressif. L’économie US se trouve dans un stade plus avancé dans le cycle économique, ce qui laisse à nos yeux aux sociétés américaines peu de possibilités pour augmenter leur marges bénéficiaires de façon à exponentielle. L’Europe est nettement mieux positionnée ; les marges opérationnelles peuvent s’améliorer et la faiblesse de l’euro permettra aux sociétés d’améliorer leurs bénéfices.

En termes de valorisation, les actions européennes se traitent à 14,8 les bénéfices attendus, contre 16.5 fois pour les actions américaines. Les primes de risque (yieldspreads) que les obligations étatiques de la zone euro offraient par rapport aux Bunds allemands et au cash, ont largement disparu.

Les obligations « corporate » sont bien positionnées pour tirer profit de la reprise économique en Europe ainsi que d’un dollar fort.

La dernière intervention de Monsieur Draghi a démontré que la BCE à des difficultés pour atteindre ces objectifs en matière d’inflation (proche de, mais en dessous des 2%). Mais on ne peut jamais exclure un retour de l’inflation. Il suffirait que les prix du pétrole (qui sont anormalement bas pour l’instant) remontent, pour que l’inflation réapparaisse.