Billet d’humeur

Cette page est animée par différents acteurs économiques et financiers sur des thématiques d’actualité.

La divergence des rendements obligataires dans la zone euro : menace ou opportunité ?

Par Maria Municchi, Deputy Fund Manager at M&G

Le 8 mai 2017

En dépit d’un certain réalignement des rendements des emprunts d’État européens à long terme après la crise de la dette de la zone euro en 2012, c’est à nouveau la divergence qui a prédominé au cours des dernières années.

De manière simpliste, c’est là une situation en contradiction avec l’amélioration des fondamentaux. Si la forte accélération des niveaux d’endettement du Portugal et de l’Espagne explique en partie l’évolution des rendements durant la crise de la dette de la zone euro, les niveaux ont toutefois cessé de croître depuis 2013. Dans le même temps, les tendances du PIB se sont améliorées et le risque de déflation semble s’être atténué.

Dès lors, comment pouvoir justifier la divergence accrue entre les rendements des obligations souveraines européennes à long terme ?

La corrélation entre le ratio dette/PIB et les rendements obligataires est tout sauf simple, en particulier lorsque l’État est à même d’imprimer sa propre monnaie. Dans la zone euro, cette corrélation est encore plus compliquée. Premièrement, les niveaux d’endettement deviennent plus importants parce que les différents pays membres de la zone euro ne peuvent contrôler leurs propres devises. Deuxièmement, la nature conditionnelle du soutien de la BCE a l’impact suivant : le fait que les obligations de la zone euro représentent plus un « risque de crédit » ou un « risque de taux » est subordonné à la volonté des politiciens nationaux d’obtempérer à l’UE et au FMI. C’est d’ailleurs ce que l’on a pu constater dans le cas du parti Syriza en Grèce et, plus récemment, ce qui a joué un rôle clé dans l’envolée des rendements obligataires portugais au début de l’année 2016.

Cela signifie que, même si les fondamentaux peuvent s’être stabilisés et voire même améliorés dans certains pays, l’instabilité des caractéristiques de risque des actifs eux-mêmes sont susceptibles de changer. Le travail d’un investisseur est d’évaluer si l’évolution des prix témoigne de réels changements dans ces caractéristiques ou d’un changement dans la façon de les considérer des investisseurs.

Si le risque de défaut des pays de la zone euro a été maintes fois évoqué depuis la crise, aucun défaut ne s’est toutefois produit (bien que la décote (« haircut ») appliquée à la Grèce puisse être considérée comme son équivalent). Aussi, les questions qui se posent sont les suivantes : surestimons-nous simplement le risque de défaut de ces pays parce que la crise de la dette de la zone euro est passée par là ? La caractéristique émotionnelle du biais de disponibilité fausse-t-elle notre raisonnement et nos décisions ?

Qu’est-ce qui a changé ? 2012 a en effet été témoin d’une crise véritable et profonde pour la zone euro, mais la situation est désormais meilleure et, même si certains problèmes subsistent, l’environnement macroéconomique s’est amélioré et les efforts budgétaires entrepris par le Portugal et d’autres ont été substantiels. Le PIB européen a progressé à un solide niveau de 1,8 % et le marché du travail s’est amélioré avec un taux de chômage désormais inférieur à 10 %. La confiance s’est elle aussi fortement améliorée dans l’ensemble des pays, laissant ainsi entrevoir une plus forte convergence économique au sein de la zone euro (ce que Mario Draghi a d’ailleurs souligné dans de récents discours).

De plus, grâce à l’extrême faiblesse des taux d’intérêt et l’intensif programme de « QE » qui ont suivi la crise de la dette de la zone euro, même les pays les plus endettés ont été à même de se refinancer à des rendements attractifs. Et ils l’ont fait en allongeant sensiblement leurs échéances de manière à bénéficier de rendements moins élevés pendant plus longtemps. Même si les niveaux d’endettement peuvent s’avérer identiques à ceux d’il y a trois ans de cela, la composition de cette dette a changé avec l’aide la BCE.

Par exemple, en Italie, le coupon moyen est passé de près de 5 % pour les obligations émises en 2012 à moins de 1 % pour celles émises en 2016, tandis que l’échéance moyenne pondérée par la taille de l’émission a été allongée de 2,8 à 10 ans. Cette tendance s’est également retrouvée en Espagne et au Portugal.

Tirer avantage de la baisse des rendements afin de se refinancer à des termes plus intéressants est apparemment désormais envisagé aux États-Unis (alors même que les taux commencent à augmenter) et semble intéressant (même si les effets positifs peuvent ne pas être si évidents qu’ils semblent l’être). Toutefois, grâce à des dettes moins chères à rembourser et à l’embellie de leurs économies, ces pays européens devraient ainsi être mieux placés, en dépit des nombreux problèmes politiques, afin d’éviter tout défaut (et, par conséquent, méritent un écart de rendement moins élevé par rapport aux bunds allemands !).

Dans l’ensemble, il semble que le thème des mauvaises dynamiques de la dette ne soit pas suffisamment intéressant puisqu’il n’a en effet pas figuré au centre de l’attention des investisseurs depuis un certain temps.  Aussi, qu’est-ce qui détermine l’évolution des prix ? Le calendrier électoral chargé en Europe a certainement pris le pas et occupe le devant de la scène à l’heure actuelle.

La sortie de l’euro est l’un des aspects qui divise le plus, à telle enseigne que certains se demandent même si le fait de l’inclure dans le programme était tout simplement une bonne idée. Comme je l’avais exposé concernant le référendum en Italie de l’an dernier, il convient de se méfier du fait que le « Brexit » n’influence notre vision des dynamiques dans d’autres pays européens.

Comme toujours, il est essentiel de faire la distinction entre le changement de sentiment des investisseurs et les véritables changements dans l’économie. Nous ne pouvons pas savoir qui va remporter les prochaines élections et ce que le « Brexit » va impliquer dans la pratique pour l’Europe, mais nous pouvons savoir si nous sommes adéquatement rémunérés pour les risques que nous prenons.

Il semble que les retombées des événements d’il y a cinq ans dans la zone euro et du « Brexit » l’an dernier aient joué un rôle important en influant sur notre façon de voir les choses au cours des douze derniers mois. La réalité économique est complexe, mais la récente divergence des rendements obligataires semble avoir été plus liée à ces impressions qu’aux fondamentaux sous-jacents. Dans ce contexte, par rapport à un bund allemand à 30 ans avec un rendement de 0,9 %, un emprunt d’État italien à 30 ans offrant un rendement de 3,2 % ou un emprunt portugais offrant un rendement de 4,4 % apparaît plus comme une opportunité qu’une menace.

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Pourquoi vivons-nous un cycle de crédit unique?

 Le 25 avril 2017

par Michael C. Buchanan, Directeur général adjoint des Investissements, Western Asset Management (filiale de Legg Mason)

Le cycle de crédit actuel est unique en son genre. Des forces sans précédent sont en jeu, et nous pensons qu’elles vont engendrer un cycle plus long que ceux que nous avons pu connaître jusqu’à présent. Ce cycle très particulier sera unique, pour trois raisons principales.

  1. Évolution de la régulation

Si les régulateurs se sont montrés excessivement permissifs avant la crise financière, nous sentions qu’ils changeraient leur fusil d’épaule et qu’une réglementation plus stricte favoriserait les investissements en obligations. La capitalisation des banques américaines et européennes a augmenté en flèche dans le sillage de règles plus strictes sur les marchés des capitaux propres.

Une certaine différence est observable entre la façon dont les banques américaines, d’une part, et les banques européennes, d’autre part, ont géré cette crise. Aux États-Unis, les banques ont acté des charges substantielles plus rapidement, comme le montre la baisse des fonds propres survenue entre 2007 et 2008. Les banques européennes ont choisi une approche plus graduelle. Le résultat fut le même des deux côtés de l’Atlantique : des ratios de fonds propres solides et une amélioration manifeste des bilans. Presque toutes ces grandes banques peuvent désormais se prévaloir de ratios de fonds propres record. Les institutions financières représentent une part très conséquente du marché des obligations de qualité. Les réglementations limitant la capacité d’investissement des banques en vue de souscrire des rachats par endettement (LBO) ont permis de réduire le risque d’augmentation marquée des cessations de paiement dans un proche avenir.

  1. Complaisance des banques centrales

Jamais les banques centrales ne s’étaient montrées aussi complaisantes dans le monde entier. Cette politique a contribué à prolonger l’environnement de crédit favorable. Elles ont injecté des montants record de liquidités. Les bilans de la BOJ, de la BCE, de la Fed et de la BOC ont augmenté de plus de 10 000 milliards de dollars depuis 2010. Aucune de ces banques centrales n’a indiqué d’une quelconque manière son intention de réduire son bilan à court terme. Au contraire, elles restent engagées dans leur objectif de maintien du niveau de liquidité.

  1. Prises de risques limitées dans le chef des managements des entreprises

Pour les entreprises, 2007-2008 a été une période extrême, unique dans nos existences. Les entreprises ont vu leurs concurrentes, leurs fournisseurs et leurs clients faire faillite parce qu’ils n’avaient pas de contrôle sur leurs bilans. Ce n’est pas demain la veille que les directeurs financiers, les PDG et les trésoriers adopteront à nouveau ces comportements à risques qui finissent par faire basculer les fondamentaux.

Les entreprises sont traditionnellement assez prudentes dans la gestion de leur bilan. Sur le marché des obligations de qualité, une hausse du taux d’endettement est principalement attribuable à deux phénomènes. Épinglons le rapprochement d’une société bien notée financièrement avec une autre entreprise de taille comparable. Sur la durée, ces types d’acquisition tendent à déboucher sur une baisse prévisible et fiable du taux d’endettement. Par ailleurs, les entreprises de grande qualité, qui n’ont presque pas de dettes, ont choisi de profiter de taux d’intérêt faibles pour s’endetter quelque peu. Ces entreprises affichent toujours un excellent bilan et restent prudentes.

Sur le marché des titres à haut rendement, la baisse des prix des matières premières a entraîné de fortes tensions dans les secteurs de l’énergie, des métaux et de l’exploitation minière. Ces secteurs ont connu en 2016 un niveau très élevé de défauts. Mais, désormais, avec la reprise des prix des matières premières, et alors que les entreprises les plus faibles et vulnérables ont déjà été déclarées en cessation de paiements, le taux d’impayés sur les entreprises ayant survécu baisse rapidement. Les autres secteurs sur le marché du haut rendement n’ont pas connu d’évolution de leur taux d’endettement au cours des 5 dernières années, et les défauts de paiement ont atteint des niveaux historiquement bas.

  1. La Fed ne devrait pas durcir sensiblement sa politique

Une hausse des taux de la Fed était prévue et a été annoncée le 15 mars, mais ce sont plutôt les raisons avancées par la Fed qui donnent à réfléchir. Ce qui a réellement changé, ce sont les conditions financières. Elles se sont améliorées, qu’il s’agisse de ce que l’on peut observer concernant les cours des actions, les marchés des spreads en général ou sur le dollar U.S. Tout cela offre un peu plus de latitude à la Fed mais le discours ne devrait pas évoluer davantage.

Les prévisions de taux de la Fed devraient rester proches de leur niveau actuel. En revanche, la Fed a conscience des initiatives et des politiques pro-business discutées par l’Administration Trump. Mais la Fed a toujours clairement fait savoir son intention de se fonder sur des chiffres réels. Donc, en attendant que l’horizon se dégage, la Fed adoptera une attitude manifestement plus ferme. Trois hausses de taux cette année, en 2017, cela paraît raisonnable. C’est généralement le scénario intégré par les marchés.

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Pourquoi le Japon mérite que l’on s’y attarde

Par Seung Kwak, gérant de Capital Group, Japan Equity

Le 20 mars 2017

Les actions japonaises ont résisté malgré une année 2016 chaotique. Au-delà de l’incertitude, des opportunités s’offrent aux investisseurs.

La croissance léthargique de l’économie japonaise en 2016 a incité les investisseurs à la prudence. Les mesures anti-déflation du Premier ministre Shinzo Abe portent-elles leurs fruits ?

Malgré leurs détracteurs, les « Abenomics » vont dans la bonne direction. Commençons par le premier pilier : la politique monétaire. Pour certains, malgré des mesures de relance énergiques, l’inflation reste nettement en deçà de l’objectif de 2 % de la Banque du Japon (BoJ). Les signes sont pourtant encourageants.

L’inflation sous-jacente dite « core-core » (hors prix alimentaires et de l’énergie) est positive depuis quelques années. Et bien que faible, l’inflation globale semble vouée à remonter progressivement. Cette remontée se fait grâce à la dissipation progressive de certains des principaux freins à son accélération: recul des cours pétroliers et appréciation du yen. La pénurie de main-d’œuvre et la hausse des salaires qui en découle devraient également doper les prix à la consommation. Globalement, les anticipations d’inflation pourraient être bientôt relevées du fait des politiques pro-croissance du nouveau gouvernement américain.

Il faut aussi souligner les efforts soutenus de la Bank of Japan (BoJ) pour sortir le Japon de la déflation. En 2016, elle a ajusté ses politiques, adopté des taux d’intérêt négatifs et engagé des mesures pour pentifier la courbe des taux de l’emprunt d’État japonais (JGB) à 10 ans (elle devrait ainsi maintenir les rendements proches de 0 % jusqu’à ce que l’inflation se rapproche de 2 %).

Le deuxième pilier, la politique budgétaire, reste positif. Le gouvernement a décidé l’année dernière de reporter une seconde hausse de la taxe sur la consommation, et dévoilé un plan de relance budgétaire de 28.000 milliards de yens comprenant des dépenses d’infrastructure et des aides aux régions. Les effets de ce plan seront ressentis au fur et à mesure de son déploiement.

Le troisième pilier, la stratégie de croissance, est particulièrement décisif pour l’avenir à long terme du Japon. Dans ce domaine aussi, les progrès sont visibles. Le gouvernement a notamment instauré une politique de l’offre destinée à stimuler la croissance économique. Sur le marché de l’emploi, il fait la promotion du principe d’égalité de traitement pour réduire l’écart des salaires entre travailleurs réguliers et temporaires, et encourage les entreprises à embaucher davantage de femmes, de personnes âgées et d’étrangers pour accroître l’offre de main-d’œuvre dans l’économie.

D’autres mesures sont destinées à doper la productivité. Le gouvernement cherche à stimuler l’innovation dans des domaines comme l’intelligence artificielle, l’automatisation industrielle, l’Internet des objets et la recherche médicale.

En parallèle, la gouvernance d’entreprise progresse au Japon, non seulement dans la forme mais aussi sur le fond, ce qui devrait contribuer à améliorer le pilotage des entreprises, optimiser l’allocation du capital et, espérons-le, stimuler l’investissement.

Les perspectives de bénéfices des sociétés japonaises se sont redressées. Cela va-t-il durer ?

Les résultats des sociétés devraient rester solides, y compris après 2017. La conjoncture s’améliore au Japon et dans le reste du monde, et le yen reflue, ce qui constitue un contexte favorable aussi bien pour les sociétés orientées sur leur marché intérieur que vers l’international. L’amélioration des ventes et de la rentabilité pourrait leur permettre d’enregistrer des résultats à deux chiffres. En ce qui concerne le yen, les sociétés se montrent prudentes. D’après l’enquête Tankan réalisée en décembre 2016 par la BoJ, elles tablent sur un cours proche de 103 JPY pour 1 USD, ce qui confirme les anticipations d’appréciation du yen par rapport à la précédente enquête. Ces prévisions dépassent également le cours d’environ 113 récemment observé. Si le yen se maintient, alors les résultats pourraient être révisés à la hausse.

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Quelle est la formule secrète des meilleures entreprises?

Par Filip Lerno, managing partner Belgium et Colin Price, managing partner de la practice leadership consulting chez Heidrick & Struggles

Le 6 février 2017

Qu’est-ce qui distingue les meilleures organisations des autres ? Qu’est-ce qui fait que celles-ci créent plus de valeur que leurs concurrents dans des contextes équivalents ? Derrière ces questions il y a un énorme enjeu : comment aider les dirigeants et leurs équipes à être ou à devenir plus performants que leurs concurrents ?

Une étude menée par Heidrick & Struggles auprès de plus de 3.000 équipes de dirigeants entre 2014 et 2016 a démontré que les équipes les plus performantes parvenaient à dégager des résultats 23% supérieurs à ceux qui sont à la traîne[i]. Elle a également montré que les 23 entreprises les plus performantes (parmi le FT 500) créaient trois fois plus de valeur en sept ans que les autres.

En y regardant de plus près, il a été établi que le facteur différentiant majeur est la capacité « d’accélérer leur performance », c’est-à-dire la capacité d’imposer leur rythme aux autres. Grandir tout en continuant à être agiles, réduire le « time to value », avoir une approche holistique de la performance et de son accélération : voilà les éléments de la formule secrète pour réussir mieux que les autres !

L’étude du FT 500 a également mis en avant que peu importe le secteur où l’on opère : entre les secteurs les plus et les moins créateurs de valeur, la différence des taux de profits moyens est de 19%. En revanche, au sein d’un même secteur, les organisations performantes réalisent des profits supérieurs de 34% par rapport aux autres. Autrement dit, la qualité de l’exécution crée plus de valeur que les choix stratégiques ! Ce n’est plus où vous allez qui compte, c’est à quelle rapidité vous y arriverez.

En creusant encore plus, « LA formule secrète » a pu être déterminée comme suit :

Accélération = mobiliser, exécuter, transformer, avec agilité !

En interrogeant les dirigeants des organisations les plus performantes, on est frappé par leurs obsessions communes : la simplicité de l’organisation, le sens de l’urgence, le focus sur les talents, l’anticipation grâce aux signaux faibles,… Aucun de ces leaders ne s’intéresse aux process, aux niveaux hiérarchiques, aux contraintes organisationnelles.

En réalité, il existe plusieurs schémas de pensée disruptifs qui distinguent les meilleurs dirigeants.

En voici 4 parmi les plus distinctifs :

  1. La vigilance : être à l’écoute de tous les signaux faibles et savoir les corréler pour comprendre plus vite que les autres : une forme spécifique d’intelligence, celle du guetteur …
  2. L’allocation rapide des ressources : peu importe où sont les ressources, tout l’enjeu est d’allouer le plus vite possible les meilleures ressources aux meilleures opportunités. C’est la fin des territoires protégés !
  3. Le dépassement des paradoxes : plutôt que de choisir entre des alternatives qui s’excluent mutuellement, les meilleurs dirigeants pensent à comment dépasser les paradoxes. Ce n’est plus « soit… ou… », mais « et … et… ».
  4. Un leadership « liquide » : plutôt que de cultiver le pouvoir et l’autorité, les dirigeants performants s’affranchissent des hiérarchies et libèrent les organisations

Dès lors, nous savons désormais comment observer si ces schémas de pensée sont à l’œuvre dans les organisations, les équipes de direction et les dirigeants. Nous savons également comment aider ces dirigeants à modifier leurs états d’esprit pour adopter des comportements plus performants… Autant dire que toutes les organisations peuvent améliorer leur capacité d’accélération pour devenir plus performantes !

 

[i] Méthode détaillée par Colin Price et Sharon Toye dans l’ouvrage collectif « Accelerating Performance », éditions Wiley, décembre 2016.

Pour en savoir plus : https://www.accelerating-performance.com/

 

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Les « visions » de Donald Trump

Par Philipp Vorndran, Flossbach von Storch

Le 12 janvier 2017

Donald Trump a nourri les espoirs, annonçant tour à tour la construction d’un grand mur le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, de fortes baisses d’impôt et la création de millions d’emplois pour les travailleurs américains. Objectifs réalistes ou chimères ?

Les marchés boursiers ont jusqu’à présent été impressionnés par Donald Trump. Ses promesses visant des baisses d’impôt significatives et des investissements massifs dans les infrastructures américaines en décrépitude ont suffi à étayer la remontée des cours.

En revanche, les craintes de bon nombre d’investisseurs au cours de la campagne semblent s’être volatilisées. Elles portaient notamment sur la construction d’un mur le long de la frontière mexicaine ou l’imposition de droits de douane répressifs sur les produits de pays exportateurs trop performants, la Chine en tête. Le protectionnisme représenterait un grand danger pour l’économie mondiale et, par conséquent, pour les marchés d’actions. Alors, la question qui se pose est la suivante : les déclarations de Donald Trump ont-elles déjà été pardonnées et oubliées ?

On peut supposer que le futur président veut réussir à tout prix. N’oublions pas que Donald Trump est d’abord et surtout un entrepreneur avant d’être un homme politique. En regardant le budget américain d’un peu plus près, on s’aperçoit que l’impôt sur le revenu représente près de la moitié des rentrées d’argent, soit la part du lion des recettes du gouvernement. Les baisses d’impôts annoncées par Donald Trump risquent donc d’avoir un fort impact négatif sur le budget américain. En effet, cette mesure à elle seule nécessiterait d’être financée par une hausse des nouveaux emprunts d’environ deux points de pourcentage. En chiffres, cela correspondrait à plus de 100 milliards de dollars d’emprunts.

Lorsque l’on y ajoute les 4% supplémentaires de nouveaux emprunts indispensables, la dette publique américaine s’établirait à plus de 6% du produit intérieur brut (PIB) l’année prochaine. Et cela ne tient même pas compte des investissements dans les infrastructures prévus par Donald Trump !

Donald Trump a annoncé qu’il prévoyait de faire appel à des investisseurs privés afin que ces investissements n’aient que peu ou pas d’incidence sur les recettes fiscales, mais aucune précision n’a été apportée à ce jour. Finalement, on peut penser que la majeure partie de ces investissements sera financée par un élargissement de la dette.

Si le nouveau gouvernement met en œuvre ses plans d’investissement, stimulant ainsi l’économie américaine, il serait intéressant de voir la réaction de la Réserve fédérale américaine (Fed). Dans ce cas, la Fed serait obligée d’augmenter les taux d’intérêt qu’elle contrôle. Elle pourrait même augmenter ses taux plus rapidement que ce qu’il avait été anticipé. La victoire de Donald Trump a (légèrement) changé la donne, et cela se voit déjà sur le marché obligataire. Les rendements des bons du Trésor américain à dix ans ont décollé de leur plancher estival de 1,4 % pour atteindre 2,4 %.

Il est même possible que les rendements du Trésor grimpent jusqu’à 3 % pendant un temps. Le dollar US s’apprécierait alors en conséquence et plomberait les exportations.

Les mesures budgétaires de Donald Trump pourront stimuler l’économie américaine, mais uniquement sur le court terme. La vigueur du billet vert et la hausse des taux d’intérêt formeraient une barrière naturelle à la croissance.

Il serait bien possible que Donald Trump tire parti de ces événements en rejetant la faute sur la Réserve fédérale et sa présidente, Janet Yellen. Étant donné que le mandat de cette dernière prend fin en 2018, le président américain pourrait alors privilégier une personne mieux disposée à son égard, susceptible de soutenir ses plans d’investissement « de manière constructive ». C’est la situation à laquelle nous assistons au Japon, où le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, suit presque à la lettre les instructions du Premier ministre Shinzo Abe.

Les politiques d’investissement de Donald Trump vont certainement avoir des conséquences. Les gouvernements européens vont attendre de voir si ces politiques produisent l’effet désiré en termes de croissance ; les gouvernements italien, espagnol, français et surtout grec vont surveiller la situation de près. Les réductions de dépenses réclamées par les grandes puissances économiques de la zone euro pourraient être délaissées en cas de succès des politiques de Donald Trump.

Une hausse sensible des taux d’intérêt en Europe est cependant peu probable sur le long terme. Les pays lourdement endettés de la zone ne peuvent tout simplement pas se le permettre ! 

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Des taux d’intérêt appelés à rester négatifs pour les détenteurs de comptes bancaires suisses

Par Mario Eisenegger, associate investment specialist, M&G Investments

Le 12 décembre 2016

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe lorsque Postfinance, la première banque suisse dite « trop grosse pour faire faillite » (« too-big-too-fail »), a annoncé l’instauration de taux d’intérêt négatifs pour ses clients détenteurs de comptes de dépôt de plus de 1 million de francs suisses. Beaucoup se demandent désormais combien de temps cela prendra avant que les banques n’appliquent cette même formule aux épargnants. Nous serions portés à croire que cela ne sera pas très long compte tenu de la situation toujours difficile qui est celle des banques suisses.

Une partie de l’économie suisse est notamment tributaire de l’Europe en raison d’importantes relations commerciales. Pour cette raison, la Banque nationale suisse (BNS) s’emploie à travailler sur le taux de change EUR/CHF via une combinaison de taux d’intérêt négatifs et d’interventions sur le marché des changes. Durant les deux semaines qui ont suivi l’élection présidentielle américaine, les dépôts à vue de la BNS, le plus important moyen de financement des achats de devise et par là même une indication des interventions sur le marché, ont augmenté de plus de 6 milliards de francs suisses.  Afin de replacer ce montant dans son contexte, il représente à peu près la moitié des interventions observées au cours de la semaine qui avait précédé l’abandon du taux plancher de 1 euro pour 1,20 franc suisse en janvier 2015. Le franc suisse, connu pour être une devise refuge, a été considéré comme une monnaie satisfaisante pour permettre aux investisseurs de se protéger contre la politique de relance de Donald Trump.

Il est peu probable que la BNS relève ses taux avant que la Banque centrale européenne (BCE) ne mette fin à son programme d’assouplissement quantitatif compte tenu des pressions haussières que cela exercerait sur la devise helvétique. Dans la mesure où la BCE devrait laisser inchangés ses taux d’intérêt négatifs et prolonger son programme de « QE » d’au moins 6 mois à l’occasion de sa prochaine réunion en décembre, la politique de taux fortement négatifs de la BNS semble appelée à persister.

Le secteur bancaire suisse pâtit de l’environnement de taux d’intérêt négatifs et les principales banques helvétiques ont, jusqu’à une époque récente, hésité à répercuter ces taux négatifs sur leurs clients particuliers de crainte de voir leurs dépôts fondre comme neige au soleil. Les banques suisses sont confrontées au problème classique d’une courbe des taux plate qui a érodé les marges d’intérêt nettes de leur activité d’intermédiation qui consiste pour le sujet qui nous concerne à emprunter à court terme et prêter à plus long terme (transformation des échéances). En tant que transformatrices des échéances, les banques sont d’importantes bénéficiaires de primes de terme et l’aplatissement de la courbe des taux a constitué un autre facteur d’érosion de la rentabilité des banques. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, la courbe des taux suisse est relativement plate par rapport aux courbes britannique et américaine, et ce, même après la récente baisse des emprunts d’État à long terme. Les courbes des emprunts d’État américains et britanniques ont ainsi été particulièrement touchées compte tenu de l’hypothèse du marché selon laquelle les gouvernements des deux pays sont susceptibles d’accroître leurs émissions de dette afin de financer des dépenses budgétaires.

Même si la courbe des taux d’intérêt suisse est susceptible de s’aplatir encore un peu plus sous l’effet de facteurs techniques tels que les différentiels de rendement entre les pays développés, l’environnement économique fondamental devrait toutefois continuer d’exercer des pressions baissières sur les rendements. La croissance économique a certes surpris par sa vigueur en dépit de la surévaluation de la devise, mais le PIB réel suisse demeure cependant inférieur à son moyenne à long terme. La BNS prévoit une croissance du PIB de l’ordre de 1,5 % en 2016 et n’anticipe pas une forte accélération au cours des années suivantes.

L’économie est également encore loin de générer des tensions inflationnistes et est même en déflation depuis deux ans. Si une inflation globale positive est probable au cours des mois à venir à la faveur de la hausse du prix du pétrole, l’inflation sous-jacente demeure quant à elle peu élevée, ce qui devrait limiter tout potentiel d’accélération de l’inflation au cours des prochaines années.

Concernant l’évolution de la réglementation, les banques suisses sont également confrontées à des exigences de fonds propres plus strictes pour leurs actifs pondérés en fonction de leur risque et à des ratios d’endettement plus contraignants que leurs concurrentes étrangères, la taille de certaines banques les rendant en effet systémiquement importantes pour l’économie helvétique.  Les exigences plus rigoureuses en matière de fonds propres pour les banques suisses se sont même vues attribuer un nom sur la scène réglementaire financière : « Swiss finish ».

Dans ce contexte, les banques suisses sont désormais contraintes de trouver de nouveaux moyens afin de se doter de modèles économiques rentables. Nous avons déjà pu voir certaines banques répercuter les taux négatifs sous la forme d’une augmentation de leurs commissions et taux d’emprunt. Mais, maintenant que Postfinance a brisé la glace en appliquant directement des taux négatifs aux dépôts de ses clients particuliers, nous nous attendonss à ce que d’autres banques lui emboitent le pas. Des taux d’intérêt négatifs pourraient ainsi devenir la nouvelle normalité pour les détenteurs de comptes suisses, tout au moins sur un horizon à moyen terme.

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Pourquoi investir en Afrique Sub-Saharienne?

Par Capital Group

Le 30 novembre 2016

Les marchés obligataires d’Afrique subsaharienne offrent un potentiel de croissance supérieure, des rendements structurellement plus élevés, une corrélation limitée avec les autres marchés émergents et un potentiel de contraction durable des rendements. Pourtant, conjuguée à la fragilité des marchés obligataires de ce continent, la diversité peut constituer un véritable défi pour les investisseurs à long terme. Nous pensons qu’une recherche sur le terrain et une

analyse macro-économique exhaustive sont le meilleur moyen pour déterminer les perspectives fondamentales de chaque pays d’après les valorisations des obligations.

Une croissance ininterrompue

Alors que de nombreux pays affichent depuis un moment une croissance en berne et des taux d’intérêt négatifs, l’Afrique subsaharienne continue d’enregistrer une croissance supérieure à 5%, ce qui est élevé, y compris pour un pays émergent. Ce dynamisme offre un soutien pour assurer le service de la dette.

Des rendements structurellement supérieurs

Comme d’autres économies frontières, les pays d’Afrique subsaharienne présentent pour la plupart un faible niveau de développement et des risques très spécifiques plus marqués. Cela se reflète généralement dans leurs rendements supérieurs, qui ont également tendance à être plus élevés au sein de leur groupe de notation, où ces caractéristiques devraient déjà être prises en compte. Prenons un exemple : malgré une meilleure note de solvabilité, un endettement équivalent et un taux de croissance supérieur à celui du Honduras (à 5,5 %, contre 3,5 %), le Kenya affiche des rendements supérieurs de 200 points de base environ.

Des résultats moins corrélés à ceux d’autres marchés émergents

La plupart des marchés obligataires d’Afrique subsaharienne, notamment les marchés locaux, présentent des corrélations inférieures à celles généralement constatées avec les autres marchés émergents. Ainsi, celle entre le Nigeria et des marchés émergents traditionnels comme la Turquie ou le Brésil est souvent nulle, voire négative, contre un niveau proche de 0,4-0,6 avec l’Afrique du Sud, considérée comme un marché mature d’Afrique subsaharienne. Les devises d’Afrique subsaharienne sont elles aussi faiblement corrélées aux marchés émergents plus traditionnels. Ces marchés peuvent avoir un impact positif au sein du portefeuille, tout en réduisant le risque global de ce dernier par le biais des corrélations plus limitées.

Potentiel de contraction durable des rendements et des spreads

À mesure que le niveau de vie progresse et que le secteur privé se développe, la demande de services financiers s’accroît, ce qui alimente la demande d’actifs financiers libellés en devise locale et contribue, avec l’amélioration des institutions (ex. : banques centrales indépendantes), à l’élargissement et à l’approfondissement des marchés locaux. À mesure qu’un marché local gagne en profondeur et s’ouvre aux investisseurs étrangers, les taux d’intérêt réels peuvent reculer et il peut évoluer vers un modèle de marché émergent plus traditionnel, généralement plus diversifié et avec un secteur financier plus développé. De la même manière, à mesure que les économies de marché émergentes évoluent vers un modèle de marché développé, on peut s’attendre à une amélioration de leur note de solvabilité (à long terme) et à une contraction de leurs spreads.

Un continent pluriel

Malgré les avantages potentiels offerts par les obligations d’Afrique subsaharienne, les nouveaux investisseurs peuvent avoir des difficultés à appréhender l’immensité de l’Afrique. Ce continent compte 1,1 milliard d’habitants (soit 17 % de la population mondiale) répartis dans 54 pays et qui parlent 2 100 langues. Sa superficie dépasse celle de la Chine, de l’Inde, des États-Unis et de la majeure partie de l’Europe réunis. Il est divisé en cinq régions distinctes : le nord, l’ouest, le sud, l’est et le centre, chacune affichant un niveau de développement économique propre.

Étant donné la nature variée du continent, les investisseurs doivent tenir compte de plusieurs éléments importants. La gouvernance et la corruption en font partie. Selon l’organisme mondial de surveillance de la corruption Transparency International, sur les 10 pays jugés les plus corrompus dans le monde en 2015, six figuraient en Afrique subsaharienne.

Un autre aspect est la diversification économique. Bon nombre de pays d’Afrique subsaharienne, comme le Nigeria et le Gabon, sont tributaires des exportations de pétrole et d’autres matières premières. Cela peut être problématique puisqu’un pays trop dépendant des matières premières peut avoir des difficultés à rembourser sa dette lorsque leurs prix reculent. Cela étant, plusieurs pays sont importateurs de pétrole. C’est le cas de la Côte d’Ivoire, du Kenya et du Sénégal. Enfin, les perspectives macroéconomiques varient sensiblement d’un pays à l’autre de la région, des pays qui sont jugés en bonne voie (Côte d’Ivoire) à ceux qui sont en plus grande difficulté (Zambie).

Comment l’investisseur peut-il exploiter ces opportunités, mais aussi ces risques ? La première chose à retenir est que chaque pays d’Afrique est différent, que ce soit sur le plan économique, politique, religieux, ethnique, culturel, et bien d’autres aspects encore. Le danger est d’adopter une approche d’investissement universelle, sans appréhender les forces et faiblesses de chaque pays de ce continent si éclectique.

Et bien sûr, il est essentiel de soupeser les valorisations absolues et relatives des obligations au regard des perspectives fondamentales de chaque pays.

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Les investisseurs doivent accepter les fluctuations des prix

Par Philipp Vorndran, Capital Market Strategist chez Flossbach von Storch

Le 25 octobre 2016

Les investisseurs ont peur de la volatilité ou, en d’autres termes, des fluctuations des prix. Ils évitent donc les investissements dont les prix pourraient connaître de fortes fluctuations. C’est un problème dans un monde sans intérêt, car une stratégie d’évitement comme celle-ci signifie de dire adieu aux rendements sur le long terme. Une inflation, même modérée, suffit à éroder lentement mais sûrement la valeur de votre épargne.

Les investisseurs ont deux possibilités. Soit ils abandonnent toute idée de rendement et déposent leur argent à la banque, soit ils apprennent à faire la distinction entre de simples fluctuations de prix et un réel risque d’investissement. La seconde option est la plus intelligente des deux sur le long terme.

Pour l’essentiel, le risque réel auquel l’investisseur est confronté est celui de ne pas atteindre ses objectifs d’investissement, par exemple de se préparer une retraite suffisante. Plus l’investisseur a de temps, moins il a besoin de s’inquiéter des fluctuations de prix. En d’autres termes, moins il est risqué pour lui d’investir en actions, qui ont un rendement attendu supérieur à celui des obligations. L’analyse historique montre qu’un portefeuille d’actions répliquant l’indice d’actions américain S&P 500 ou l’indice Dax n’a jamais enregistré de perte absolue sur une période de dix à douze ans. Dès lors, des fonds dont l’investisseur n’a pas besoin pour une période prolongée peuvent être investis en toute confiance en actions ou en obligations d’entreprise à haut rendement.

L’un des problèmes est que, depuis plusieurs décennies, les investisseurs ont été gavés de l’idée que volatilité et risque sont une seule et même chose et sont de ce fait intimidés. Les universitaires aiment tout particulièrement à renvoyer à cette association apparemment simple. Après tout, les fluctuations des prix sont faciles à mesurer et conviennent bien à la description du concept abstrait de « risque ». Toutefois l’argument présente un certain nombre de failles.

Par exemple, la volatilité d’un investissement est toujours particulièrement élevée si son prix vient à chuter fortement. Selon la théorie, lorsque le prix est « bas », le risque est automatiquement élevé. Aucun investisseur intelligent ne peut accepter cette contradiction. Pourquoi l’achat d’une action au prix de 50 serait-il plus risqué que l’achat au prix de 100 si la qualité de la société n’a pas changé ?

L’utilisation de la volatilité comme mesure du risque est également trompeuse. Si un épargnant a déposé plus que le montant légalement garanti de 100.000 euros sur un compte dans la mauvaise banque, ce n’est pas sans risque, même si la valeur de son épargne ne fluctue pas. En outre, un Bund allemand à dix ans avec un rendement de moins 0,1 pour cent n’est pas non plus exempt de risque, bien que la théorie ait paradoxalement un point de vue différent, puisqu’après tout la perte à l’échéance est « certaine ».

L’horizon d’investissement constitue un facteur nettement plus important lors de l’évaluation du risque. Un investisseur qui effectue des placements à long terme doit s’efforcer d’ignorer les fluctuations des prix, qui exagèrent généralement le véritable niveau de risque. Il doit plutôt se concentrer sur la qualité des investissements et leur valorisation. Les investisseurs qui achètent, à prix raisonnable, des actions de sociétés présentant des perspectives de bénéfices à long terme, un bilan solide et une équipe dirigeante capable peuvent tranquillement attendre que la qualité sous-jacente se reflète dans des prix en hausse. Ils sont également récompensés par des paiements de dividendes réguliers.

Les investisseurs en quête de rendements attractifs sur le long terme n’ont d’autre choix que d’accepter les fluctuations des prix. Malheureusement, il n’y a plus d’alternative.

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Comment l’assouplissement quantitatif fausse les prix

thumbnail_Yves-Longchamp (1)Par Yves Longchamp, Head of Research chez ETHENEA

Le 6 septembre 2016

Un programme d’assouplissement quantitatif (QE) consiste à acheter une grande quantité d’actifs, quel qu’en soit le prix. Par conséquent, les prix perdent leur précieuse dimension informative, qui permet aux investisseurs d’opérer un choix judicieux entre différentes classes d’actifs.

Il n’est pas logique que les rendements des obligations allemandes d’échéance longue soient négatifs ni que les rendements des obligations italiennes soient inférieurs à ceux de leurs homologues américaines. Il est encore plus choquant de constater l’incapacité de la Banque d’Angleterre à acheter un nombre suffisant de Gilts pendant les premiers jours de la mise en œuvre de son nouveau QE, alors que le prix offert était nettement supérieur à ceux du marché. Il est par ailleurs notoire que les Gilts sont surévalués.

Les programmes d’assouplissement quantitatif sont conçus différemment en fonction des banques centrales et incluent des obligations souveraines, des obligations d’entreprises, des titres adossés à des actifs (Par exemple, 80 milliards d’euros par mois pour la Banque centrale européenne et 80.000 milliards de yens par mois pour la Banque du Japon) et des actions à divers degrés. Leur dénominateur commun est que les achats se concentrent essentiellement sur les obligations souveraines.

Les rendements des emprunts d’État sont déterminants dans le cadre de l’allocation d’actifs, car ils font office de taux sans risque et constituent dès lors la base de la valorisation de tous les autres actifs. Par conséquent, la distorsion de ce marché spécifique, renforcée par les politiques de taux d’intérêt négatifs, se propage aux autres actifs, ce qui donne lieu à des anomalies de valorisation sur tous les marchés financiers.

Selon le Financial Times, la valeur de marché des obligations à rendement négatif s’élève à 13.400 milliards de dollars[1], un chiffre impressionnant qui démontre l’ampleur de la distorsion des prix sur ce segment de marché clé. Outre les achats susmentionnés par les banques centrales qui faussent directement les prix des actifs risqués, les primes de risque et de liquidité sont également altérées par la soif de rendement des investisseurs, qui les force à s’exposer à plus de risque pour un rendement équivalent.

Indépendamment de l’importance de la distorsion des prix sur chaque marché individuel, les prix des actifs restent cohérents les uns par rapport aux autres. Si des anomalies de prix peuvent être observées dans toutes les classes d’actifs, les marchés financiers se comportent de manière cohérente et synchronisée, selon leur propre logique.

Prix ridicules

Nous nous demandons combien de temps cette situation va durer et quelle proportion elle peut atteindre. En un mot, elle perdurera tant que les banques centrales conserveront leur crédibilité, c’est-à-dire tant qu’elles auront la capacité et la volonté de se montrer convaincantes aux yeux des acteurs du marché. Elle se prolongera aussi longtemps que la banque centrale la plus puissante et, de fait, la plus crédible, du monde sera en mesure de fixer les prix à des niveaux ridicules. Si cela se vérifie, les taux sans risque devraient converger vers un niveau plancher et les prix des actifs risqués augmenter presque indépendamment des fondamentaux économiques. Comme dans les économies communistes, le résultat est, à terme, l’égalité et non l’équité.

Trois symptômes potentiels pourraient indiquer que la phase terminale est atteinte.

  • Tout d’abord, la crédibilité des banques centrales et des gouvernements est directement remise en cause, entraînant dès lors une hausse et une divergence des rendements des emprunts d’État à mesure que le risque est réévalué.
  • Ensuite, le marché des changes absorbe une partie des anomalies de prix en rééquilibrant les économies et les marchés via d’importants ajustements des taux de change.
  • Pour terminer, la perte de crédibilité est directement reflétée par la perte de pouvoir d’achat au niveau domestique, c’est-à-dire par l’inflation. Il convient de noter que ce type d’inflation n’est pas imputable à un problème de trop d’argent pour trop peu de biens demandés, comme c’est généralement le cas, mais plutôt à un manque de confiance dans les institutions susceptible d’engendrer une hyperinflation, comme nous le rappellent les événements extrêmes qui se sont déroulés en Allemagne dans les années 1920, en Hongrie en 1946 et plus récemment au Zimbabwe à la fin des années 2000 et au Venezuela aujourd’hui.

L’or, une bonne couverture contre un arrêt brutal du système

Si nous ne décelons aucun de ces symptômes actuellement, il est possible de se protéger contre cette éventualité en investissant dans l’or, un actif qui n’est pas sous le contrôle direct des institutions et qui représente une alternative aux liquidités et dont le coût a augmenté de manière impressionnante avec l’introduction des taux d’intérêt négatifs.

Le cas du Japon est intéressant à de nombreux égards et constitue une source d’espoir dans la perspective de cette analyse. Pendant plus de deux décennies, le Japon a fait face à une «économie zéro», c’est-à-dire une économie où la croissance, l’inflation et les rendements ont été faibles. Depuis 1980, le ratio dette publique/PIB a été multiplié par 5, atteignant environ 250% actuellement selon le FMI, un niveau intenable. Par ailleurs, le gouvernement et la banque centrale du Japon ont mis en place diverses politiques qui n’ont, pour l’essentiel, eu aucun effet: les rendements n’ont pas été revalorisés et la croissance et l’inflation n’ont pas fait leur retour. Le japonais a évolué en sens inverse des intentions de la Banque du Japon, indiquant que les investisseurs testent la crédibilité de l’institution, mais sans déclencher de crise de crédibilité en bonne et due forme. La japonisation des marchés financiers et des pays occidentaux pourrait dès lors s’avérer être une situation bénigne.

Le recours généralisé à des politiques monétaires non conventionnelles dans les économies développées, en particulier le QE, a donné lieu à des anomalies de prix massives. Si les prix des actifs sont faussés, ils sont néanmoins cohérents les uns par rapport aux autres. Tant que les banques centrales conserveront leur crédibilité, la situation pourrait perdurer. Aucun symptôme de phase terminale n’est actuellement observé, ce qui signifie que la convergence des prix devrait se poursuivre. L’or représente une bonne couverture contre un arrêt brutal de ce système, à moins que nous ne devenions tous japonais.

[1] http://www.ft.com/cms/s/0/973b6060-60ce-11e6-ae3f-77baadeb1c93.html#axzz4HZXmWYWF

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Brexit et taux d’intérêts négatifs : Quel impact sur l’économie japonaise ?

Par Seung Kwak, portfolio manager Capital Group

Le 8 août 2016

Les taux d’intérêt japonais sont entrés en territoire négatif. Pourtant, le yen s’est fortement apprécié. Comment cela affectera-t-il les exportateurs japonais ?

La politique des taux d’intérêt négatifs de la banque centrale du Japon est très controversée, même dans l’Archipel. En effet, si le yen s’est renchéri, il n’y a pas eu d’impact positif sur les dépenses des entreprises ni d’accélération visible de la croissance des prêts, malgré des taux historiquement bas, voire négatifs.

Concernant les exportateurs japonais, l’appréciation du yen affectera certainement leurs résultats à court terme. Fin juin, le dollar s’établissait à 102 yens, contre près de 120 yens l’an dernier. La variation annuelle a donc affecté les résultats. Voici trois ans, toutefois, alors que le dollar cotait 80 yens, un certain nombre d’entreprises japonaises ont ajusté leur base de coûts selon un scénario où le dollar valait de 80 à 85 yens. Par conséquent, si le choc à court terme affectera leurs résultats à court terme, à long terme (à 1 dollar = 100 yens), les résultats des exportateurs japonais se maintiendront à des niveaux compétitifs.

D’aucuns redoutent que les taux d’intérêt négatifs aient un impact négatif sur les banques, qui représentent une partie importante du marché japonais. Comment cette situation nuira-t-elle à leur rentabilité ?

Les taux d’intérêt négatifs pèsent certainement sur les perspectives de rendement des banques japonaises, notamment parce que les taux d’intérêt de leurs prêts domestiques sont affectés. Néanmoins, les spreads des taux domestiques et les bénéfices sur ces taux ne représentent qu’environ 25 % des profits des grandes banques. De nombreuses banques ont modifié leur modèle d’entreprise pour gagner de l’argent sur les commissions et les frais, à l’instar des trusts, des fonds communs de placement, ou des gestionnaires d’actifs. D’autres banques développent leurs opérations à l’étranger.

Nos analystes spécialisés dans les banques nippones modifient certaines de leurs recommandations sur le secteur, faisant évoluer le positionnement sur les géants bancaires vers des institutions financières plus spécialisées, susceptibles de bénéficier de certaines tendances. Citons entre autres la croissance de la gestion d’actifs et la transition des prêts non liés aux spreads vers des activités basées sur les commissions et les frais.

Si l’on considère une période de trois à cinq ans, l’instauration de taux d’intérêt négatifs n’est pas un objectif en soi, mais un moyen de pratiquer la reflation. Si, grâce à sa politique de taux d’intérêt négatif, le Japon parvient à infléchir cette dynamique déflationniste dans un délai d’un à deux ans, cela pourrait déboucher sur un boom pour les valeurs financières japonaises.

Comment le Brexit affectera-t-il l’économie japonaise ?

Le Brexit est un événement très récent. Il y a un risque de contagion du secteur financier mondial. Les autorités japonaises, tout comme les banques centrales, ont mis en place les filets de sécurité nécessaires, afin de fournir des liquidités en cas de contraintes sur les activités de financement. Mais le Brexit est un processus en cours. Un processus qui ne s’achèvera que dans deux ans. Entre-temps, la question reste de savoir si d’autres États membres de l’UE suivront l’exemple du Royaume-Uni.

Un aspect positif pour le pays est que le gouvernement Abe est cohérent et possède un mandat fort pour ramener le Japon sur le chemin de la croissance nominale. Ces 5 à 10 dernières années, les hauts représentants du gouvernement japonais (y compris le Premier ministre) ont changé très fréquemment. Mais sous Abe, qui bénéficie du soutien de la population, le pays se trouve actuellement dans une situation bien différente de celle de l’Europe, plus volatile.

Le marché pourrait réévaluer le Japon s’il peut être démontré que des facteurs internes portent la croissance japonaise, malgré la confusion qui règne en Europe. Parmi ces facteurs, figurent les politiques de croissance telles que la réforme du travail et l’emploi des travailleurs étrangers dans certains secteurs spécifiques.
par défaut 2016-08-01 à 10.07.57

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Les FinTechs mettront en danger le secteur financier

Par PwC

Un récent rapport publié par PwC évalue l’émergence des nouvelles technologies dans le secteur des services financiers et leur incidence sur les acteurs du marché. Selon ce rapport, 83 % des entreprises financières traditionnelles estiment qu’elles risquent de perdre des parts de marché en faveur des entreprises FinTech, ces nouvelles entreprises de technologie financière indépendantes. Plus stupéfiant encore, ce pourcentage grimpe jusqu’95 % dans le cas des organismes bancaires.

Le rapport, intitulé « Blurred Lines: How FinTech is shaping Financial services », répertorie les réponses de 544 CEO, directeurs des départements Innovation, CIO et cadres supérieurs spécialisés en transformation numérique et technologique dans le domaine des services financiers dans 46 pays. 23 % des acteurs traditionnels actuellement en place sur le marché estiment que leurs parts de marché pourraient se voir menacées, face à l’émergence des entreprises FinTech. Et ces entreprises FinTech prévoient d’ailleurs de s’emparer de 33 % des parts de marché des entreprises classiques présentes sur le marché.

C’est au niveau des services bancaires et des moyens de paiement que la pression est la plus forte

L’étude souligne que la menace est la plus marquée au niveau des entreprises actives dans les services bancaires et les moyens de paiement. Selon les participants à l’enquête spécialisés dans le segment des transferts de fonds et moyens de paiement, les FinTech pourraient, au cours des cinq prochaines années, grignoter jusqu’à 28 % de leurs parts de marché, comparé à 24 % pour les organismes bancaires. En matière de gestion de fortune et gestion de portefeuille, ce pourcentage se monte à environ 22 %, comparé à 21 % pour le secteur des assurances.

Principales menaces émanant des entreprises FinTech

Principale menace pointée par deux tiers (67 %) des entreprises issues du secteur financier, la pression sur les marges bénéficiaires, suivie en deuxième position par la perte de part de marché (59 %). Une des principales manières dont les entreprises FinTech supportent le point de pression sur les marges par des processus novateurs consiste à améliorer les fonctions-échelons au niveau des coûts d’exploitation. À titre d’exemple, la tendance à utiliser des plateformes basées sur le cloud réduit non seulement les coûts initiaux mais aussi les frais d’infrastructure en cours.

La technologie Blockchain, inexploitée et sous-estimée par les entreprises de services financiers

La Blockchain, technologie de stockage et de transmission d’informations financières, transparente et sécurisée, représente le prochain bond qui va véritablement révolutionner l’optimisation des processus d’entreprises. Selon PwC, la concurrence dans le domaine des services financiers pourrait, à l’avenir, subir des mutations radicales, les réserves de bénéfices actuels étant perturbées et redistribuées aux propriétaires des nouvelles plateformes Blockchain, d’une efficacité redoutable. Cette technologie révolutionnaire crée non seulement des économies de coûts colossales mais aussi des avancées considérables en termes de transparence. Et malgré tout, les participants à l’étude la classent au bas de l’échelle de leurs priorités.

Bien que la majorité d’entre eux (56 %) reconnaît l’importance de cette nouvelle technologie, 57 % affirment être hésitants ou peu enclins à s’engager à l’utiliser.

« Confrontées à des technologies novatrices, les leaders mondiaux réussissent en les intégrant rapidement au tissu même de leur entreprise, comme partie intégrante de leur processus business as usual, déclare Filip De Wolf, Technology Consulting Partner chez PwC Belgique.

« La technologie Blockchain et ses nouvelles plateformes décentralisées offrent aux sociétés du secteur financier une occasion tout à fait unique de transformer leur mode de fonctionnement. Selon nous, le manque de compréhension de la Blockchain et son effet déstabilisateur entraînent des risques considérables pour les modèles économiques existants et les entreprises qui ne prennent pas le temps d’en comprendre l’impact sous-estimeront les opportunités et les menaces que cette technologie peut représenter. »

Défis pour les FinTech et les acteurs actuels sur le marché

L’étude de PwC indique que le mode de collaboration le plus courant avec les FinTech est le partenariat conjoint (32 %), fait révélateur, selon PwC, que les entreprises du secteur financier ne sont pas prêtes à aller dans ce sens, ni à investir à fond dans les FinTech.

Lorsqu’on leur demande quels défis représentent pour elles les FinTechs, 53 % des acteurs présents sur le marché citent la sécurité informatique, l’incertitude réglementaire (49 %) et les différences au niveau des modèles économiques (40 %).

Dans le cas des FinTechs, les différences de gestion et de culture (54 %), les processus opérationnels (47 %) et l’incertitude réglementaire (43 %) étaient censés être considérés comme les trois défis-clés à relever par les entreprises FS classiques.

Filip De Wolf, Technology Consulting Partner chez PwC Belgique, précise :

« Les FinTechs révolutionnent le secteur des services financiers de l’extérieur. D’après PwC, d’ici 3 à 5 ans, les investissements cumulés en FinTech dans le monde pourraient bien être supérieurs à 150 milliards USD et les institutions financières et les entreprises de technologie se disputent pour entrer sur le terrain de jeu. Vu que les frontières entre la finance traditionnelle, les sociétés de technologie et les entreprises de télécommunication sont en voie de s’estomper, les solutions novatrices sont innombrables et il n’y a évidemment pas de solution directe pour naviguer dans les méandres de ce nouveau paysage technologique », poursuit Filip.

Gregory Joos, Leader Risk & Regulatory au sein du Département Financial Services de PwC Belgique conclut : « Vu le rythme de développement soutenu des technologies, les acteurs actuellement présents sur le marché ne peuvent tout simplement pas se permettre d’ignorer les FinTechs. Or, notre étude laisse apparaître que 25 % des entreprises classiques, soit un pourcentage non négligeable, n’ont pris absolument aucune mesure concernant les FinTechs. Au rythme effréné où se produisent les changements, aucune entreprise de services financiers ne peut se reposer sur ses lauriers. »

Lien vers l’étude (en anglais) 

par défaut 2016-07-07 à 09.08.17

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Les investisseurs ont des anticipations irréalistes !

Par Schroders

Une enquête Schroders Global Investor Study 2016, conduite auprès de 20 000 investisseurs basés dans 28 pays, a mis en évidence des anticipations irréalistes, et en particulier au sein de la génération du Millénaire (personnes âgées de 18 à 35 ans). L’enquête met aussi en évidence une trop grande dépendance des investisseurs belges envers les retraites publiques, ainsi que des anticipations de revenus irréalistes pour les projets d’investissement destinés à accroître leur épargne- retraite. Néanmoins, la récente réforme des systèmes de retraite belges sonne bel et bien comme un avertissement.

Des attentes disproportionnées en matière de revenu

Selon l’enquête, les anticipations de revenu et de performance à long terme des investisseurs sont beaucoup trop élevées. En moyenne, le niveau de revenu souhaité à travers le monde est de 9,1 %, alors que les taux d’intérêt avoisinent des niveaux historiquement faibles dans de nombreux pays, ce qui expose à un grand risque de déception. Les anticipations de la génération du Millénaire (personnes âgées de 18 à 35 ans) sont encore moins réalistes, avec un revenu minimal moyen souhaité de 10,2 % par an, contre 8,4 % pour les investisseurs de 36 ans et plus.

En moyenne, les investisseurs belges souhaitent un revenu de 6,6 % (contre 7,9 % en Europe). Plus des trois quarts (77%) seraient satisfaits avec un revenu inférieur à 10%. Une petite proportion (7 %) souhaiterait un minimum de 15 %, ce qui est irréaliste.
En moyenne, la génération du Millénaire belge souhaite un revenu de 8,0%. Plus des trois cinquièmes (61 %) seraient satisfaits avec un revenu inférieur à 10 %. Une petite proportion (10 %) souhaiterait un minimum de 15 %, ce qui est irréaliste.

Biais en faveur des investissements à court terme

L’enquête a aussi mis en évidence le biais des investisseurs en faveur des investissements à court terme. Les investisseurs internationaux ont tendance à conserver leurs investissements un peu plus de trois ans en moyenne (3,2 ans). Si ce type d’horizon se prête bien aux marchés des liquidités et de certains types d’obligations, il se révèle souvent trop court pour lisser l’effet de volatilité accompagnant les investissements en actions. Moins d’un cinquième (18 %) des investisseurs déclarent rester investis pendant au moins cinq ans, alors que c’est la durée minimale réaliste pour un placement sur les marchés d’actions, et près d’un tiers (31 %) ont une perspective très courte, conservant leurs investissements moins d’un an. Une fois de plus, cette tendance est plus marquée chez la génération du Millénaire, qui investit en moyenne 18 mois de moins que les investisseurs d’au moins 36 ans (2,3 ans vs. 3,9 ans).

En Belgique, les investisseurs restent en moyenne investis un peu plus longtemps que dans les autres pays, avec une période d’investissement d’environ quatre ans (3,8 ans), contre 3,2 ans à travers le monde. Un quart (25 %) ont une perspective à très court terme, investissant au maximum un an. Un peu plus (27 %) investissent entre 1 et 3 ans, et près de la moitié (48 %) investissent plus de 3 ans.

Investir pour des besoins financiers immédiats

Malgré ce manque de connaissances apparent, les résultats ont indiqué que les investisseurs sont toujours en quête de revenus. Les investisseurs internationaux ont avancé trois raisons principales pour investir, reposant toutes sur les revenus actuels ou futurs : compléter leur retraite, réinvestir leurs revenus et accroître leur portefeuille, ainsi que compléter leur salaire. L’enquête montre toutefois que la génération du Millénaire préfère investir pour des besoins financiers immédiats que pour des gains sur le long terme. Comparée aux investisseurs plus âgés, la génération du Millénaire est plus susceptible d’investir pour compléter son salaire (46 % vs. 41 %), d’aider financièrement ses enfants ou d’autres proches (30 % vs. 19 %), d’acheter un bien autre qu’un logement (28 % vs. 16 %) et de financer les études de ses enfants (26 % vs. 16 %). En revanche, la génération du Millénaire est moins susceptible d’investir pour compléter sa retraite (35 % vs. 52 %), réinvestir ses revenus ou accroître son portefeuille d’investissements (41 % vs. 46 %) que les investisseurs d’au moins 36 ans. Plus que pour les autres investisseurs, pour les Belges, la principale raison d’investir est liée aux revenus actuels ou futurs, et non à l’épargne en vue d’acheter quelque chose. Ils investissent pour compléter leur pension ou annuité de retraite (55 %), pour réinvestir leurs revenus et accroître leur portefeuille (43 %) et pour compléter leur salaire/revenus (48 %).

Rôle des conseillers financiers

Les conseillers financiers restent un acteur important du processus décisionnel et la moitié (50 %) des investisseurs interrogés dans le monde fait part de son intention d’en consulter un dans le cadre de sa prochaine décision d’investissement. Cette propension est évidente chez la génération du Millénaire comme pour ses aînés. Toutefois, 44 % des investisseurs internationaux ont déclaré vouloir effectuer leurs propres recherches.

Par rapport au reste du monde, les investisseurs belges affichent une connaissance moyenne du rôle d’une société de gestion. Un peu plus d’un tiers (37 %) sait qu’une société de gestion « gère de l’argent pour le compte de clients, regroupant leurs fonds dans différentes stratégies d’investissement à long terme ». Presque autant de sondés (30 %) ont répondu que le rôle d’un conseiller financier est de « fournir des conseils d’investissement et de recommander des produits financiers adaptés dans lesquels investir ».

Ensuite, près de la moitié des investisseurs belges (47 %) disent avoir le même niveau de compréhension que l’investisseur moyen et 15 % pensent avoir un niveau inférieur. Malgré tout, la Belgique l’affiche l’un des plus forts taux (22 %) d’investisseurs estimant ne pas avoir besoin d’améliorer leurs connaissances. Les méthodes d’amélioration privilégiées sont s’entretenir avec un conseiller financier (38 %), prendre le temps de faire leurs propres recherches (32 %) et participer à des événements gratuits organisés par des sociétés de gestion (30 %). Un peu moins regrettent ne pas avoir bénéficié d’un meilleur enseignement à l’école ou à l’université (21 %) ou aimeraient voir des vidéos financières en ligne (20 %). La génération du Millénaire (40 %) et les femmes (27 %) sont nettement plus susceptibles de consulter des amis et leur famille pour leur prochaine décision d’investissement que les personnes de 36 ans et plus (12 %) ou les hommes (15 %).

Espérance de vie après la retraite

Les investisseurs estiment investir principalement pour compléter leur retraite et pensent qu’ils vivront plus de vingt ans (21,2 ans en moyenne à travers le monde, 20,3 ans en Belgique) après leur retraite, mais ils sont relativement peu nombreux à comprendre l’engagement financier que cela représente. Les résultats mettent en évidence une trop grande dépendance des investisseurs envers les retraites publiques, ainsi que des anticipations de revenus irréalistes pour les projets d’investissement destinés à accroître leur épargne-retraite.

Anticipations de performances irréalistes et dépendance excessive envers les retraites publiques
La priorité des investisseurs internationaux est d’épargner pour leur retraite ; 45 % affirment qu’ils investissent principalement pour compléter leur retraite. Les résultats indiquent que les investisseurs espèrent alimenter leur épargne-retraite via trois sources principales ; le système de retraite public (contribution moyenne de 19 %), leur régime de retraite professionnel (en moyenne 18 %), ainsi que leur épargne personnelle et leurs investissements (en moyenne 21 %).

Autre facteur préoccupant mis en évidence par l’enquête, il se pourrait que les investisseurs comptent trop sur la rente que leur versera le système de retraites publiques. Selon l’enquête, les investisseurs estiment que celui-ci contribuera à hauteur de 19 % de leurs revenus de retraite. Or si les investisseurs pensent que le système public va largement compléter leur retraite tout en ayant des anticipations de revenus irréalistes, il est probable que leur épargne-retraite ne soit pas à la hauteur de leurs attentes.

Belgique : hormis en Allemagne et en Espagne, c’est là où les revenus de retraite étaient le plus susceptible d’être basés sur les retraites publiques (31 %), avec une contribution moindre des autres formes d’épargne (19 %), des régimes de retraite professionnels (12 %) et des plans personnels de retraite (14 %).

Les investisseurs belges estiment que les principaux moteurs pour choisir un produit d’investissement reposent sur les éléments les plus tangibles et mesurables associés à un investissement, qui permettent clairement une comparaison directe : obtenir une performance supérieure à l’inflation (7,9), récupérer au final au moins le montant investi (7,8) et une croissance potentielle à long terme (7,6) ont été classés comme les plus importants en moyenne sur une échelle de 0 (« pas du tout important ») à 10 (« essentiel »).

La réforme des systèmes de retraite belges sonne comme un avertissement

La réforme des systèmes de retraite belges de décembre 2015 a rappelé aux investisseurs qu’ils doivent compléter leur retraite avec d’autres revenus d’investissement. En général, plus les personnes sont jeunes, moins elles pensent que le régime de retraite public sera la seule source de revenu de retraite. Ainsi, 45 % de la population n’appartenant pas à la génération du Millénaire estiment que le système de retraite public leur fournira plus d’un quart de leur revenu de retraite ; parmi la génération du Millénaire, ils ne représentent que 16 %. Autre différence marquée, le pourcentage de personnes de la génération du Millénaire estimant qu’elles travailleront au moins à temps partiel pendant leur retraite (50 % vs. 14 %), ainsi que leur conviction que les membres de leur famille les aideront à la retraite. Ainsi, 40 % pensent que leurs proches ou leurs enfants les aideront, contre 8 % pour la génération plus âgée.

Concernant la réforme des systèmes de retraite de 2015, elle ne rassure que 10 % d’entre eux. Une majorité écrasante la considère comme un premier pas ou un signe qu’ils devront eux-mêmes en faire plus. Les investisseurs qui ont le sentiment que cela ne fera pas de réelle différence pour eux, sont comme on peut s’y attendre concentrés parmi les personnes déjà ou bientôt retraitées.

Impact de la taxe belge sur les mouvements financiers spéculatifs

Les investisseurs belges ont aussi donné leur avis sur la taxe sur les mouvements financiers spéculatifs. Les réponses confirment les impressions qui s’étaient déjà dégagées à l’égard de cette taxe, à savoir que la majorité des investisseurs (55 %) ont modifié leur comportement soit en évitant d’investir dans une seule action, soit en utilisant des instruments qui ne sont pas soumis à cette taxe.

Lien vers l’étude complète

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Comment mettre en place une couverture du risque de change?

Par iDealing

Le 12/5/2016

Un des moyens d’obtenir un portefeuille diversifié, pour un investisseur belge, consiste à acheter des actions ou des obligations belges. Il existe également un autre univers de titres dans d’autres pays. Les États-Unis et le Royaume-Uni, par exemple, possèdent un grand nombre d’entreprises importantes, qui émettent des actions et des obligations. Celles-ci peuvent constituer un complément intéressant dans un portefeuille, mais elles comportent des risques de change. C’est le cas, par exemple, si vous avez acheté des parts dans une société américaine. Si leur valeur boursière augmente de 10 % mais que, dans le même temps, la valeur du dollar américain baisse de 10 % par rapport à l’euro, l’investisseur aura alors obtenu un rendement nul en euros sur cette position.

Pour éviter une telle situation, une autre stratégie consiste à acheter des titres étrangers, mais à couvrir le risque de change. Il existe deux façons de couvrir le risque de change. La première (si vous disposez de l’expérience nécessaire) consiste à échanger un CFD (Contract for Difference) selon la paire de devises utilisées, en misant sur une dépréciation du dollar par rapport à l’euro. La seconde (pour les investisseurs moins expérimentés) est d’acheter un ETF (Exchange Traded Fund) sur la paire de devises utilisées, dont la valeur augmente lorsque le dollar recule par rapport à l’euro. Par exemple, le LEUR, qui est coté à la bourse de Londres, voit sa valeur augmenter lorsque le dollar recule et lorsque l’euro monte.

Un autre moyen consiste à acheter simplement des devises étrangères. Il peut parfois s’avérer judicieux d’intégrer directement des devises en portefeuille. Par exemple, dans le climat actuel, les investisseurs pourraient avoir l’impression que c’est l’économie américaine qui offre les meilleures perspectives au niveau mondial et qu’ils peuvent alors simplement vendre leurs euros en échange de dollars américains. Indépendamment de ce qu’il adviendra des titres qui se trouvent dans leur portefeuille, ils obtiendront un retour sur investissement positif en cas d’une hausse du dollar.

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Le monde des taux négatifs et ses conséquences indésirables

Par M&G

Le 25 avril 2016

Le monde a déjà connu des taux d’intérêt négatifs : la Suisse a fixé des taux d’intérêt inférieurs à zéro pour les étrangers dans les années 1970 afin de ralentir les flux de capitaux vers le franc suisse. Toutefois, le contexte actuel de taux négatifs est nettement plus étendu : la Suisse, le Danemark, la Suède, le Japon, et la zone euro ont tous suivi le mouvement. Les objectifs des mécanismes de transmission des taux négatifs ont fait couler beaucoup d’encre (coûts d’emprunt directs plus abordables pour les ménages et les entreprises, se traduisant par un regain d’activité économique, effet de rééquilibrage des portefeuilles où les investisseurs vendent des actifs à rendement faible/négatif en vue d’acquérir des instruments plus risqués, réduisant ainsi les coûts de financement des entreprises, et, de manière controversée, diminuant l’attrait de la devise d’un pays dans un monde où la dévaluation compétitive est jugée souhaitable. Ce post cherche toutefois à mettre en évidence certaines autres conséquences des taux négatifs, parfois involontaires, et parfois engendrant divers problèmes pour les décideurs.

Voici une liste de dix observations.

  1. Si vous êtes une entreprise disposant de liquidités abondantes, les taux négatifs représentent un coût imprévu. Par exemple, les compagnies d’assurance collectent les primes auprès des clients et réalisent un rendement sur les montants investis. Dans un contexte de taux négatifs, le règlement anticipé d’une prime pèse sur vos rendements. Ce principe est vrai pour toutes les entreprises : les payeurs tardifs deviennent vos clients les plus précieux. C’est également vrai pour les services fiscaux. Dans le canton suisse de Zoug, le fisc a demandé aux contribuables de reporter le règlement de leurs impôts aussi longtemps que possible. Selon les calculs, cette mesure va économiser au canton 2,5 millions de francs suisses par an.
  2. Les ventes de coffres-forts. En retirant votre argent d’un compte bancaire pour l’enfermer chez vous, ou dans un espace sécurisé, vous pouvez être sûr que les taux d’intérêt ne descendront pas en deçà de zéro. Vous serez également à l’abri d’une mise à contribution des déposants en cas de difficulté du secteur bancaire (Chypre, par exemple). Selon le magasin de mobilier japonais Shimachu, les ventes de coffres représentent 2 fois ½ celles d’il y a un an.
  3. Les ménages ne sont pas les seuls à cacher des liquidités pour éviter de payer pour épargner. La société d’assurance allemande Munich Re expérimente le stockage physique de billets de banque (10 millions d’euros en billets pour commencer).
  4. Si le stockage physique de liquidités perturbe le mécanisme de transmission, que peuvent faire les banques centrales pour le rendre plus difficile ? Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), a suggéré le retrait du billet de 500 euros, qui représente 30% des espèces en circulation. Il a mentionné l’utilisation du billet comme réserve de valeur pour le crime organisé, plutôt que comme un désagrément dans le fonctionnement de la politique monétaire, mais il s’agit nettement d’un facteur d’influence.
  5. Les autorités financières pourraient également empêcher (soit explicitement par le biais de la réglementation, soit par la bonne vieille méthode du « froncement de sourcils ») le retrait de montants élevés par les banques, les fonds de pension et les assureurs. En Suisse, une banque semble avoir refusé d’autoriser un fonds de pension à retirer un montant élevé de son compte sous forme de billets. La Banque nationale suisse (BNS) a apparemment demandé aux banques de se montrer « restrictives » quant à de tels règlements, au grand dam de l’association suisse des fonds de pension.
  6. Les taux négatifs engendrent un fardeau technologique et administratif. Les institutions financières sont contraintes de changer leurs systèmes informatiques, il a fallu modifier les contrats (par exemple, les contrats de swap de l’ISDA), et remanier les documents obligataires (planchers des obligations à taux variable).
  7. Alors que l’Euribor à 12 mois est devenu négatif en février 2016 pour la première fois, les propriétaires espagnols de biens immobiliers (dont les versements des intérêts hypothécaires sont généralement indexés sur ce taux, sans aucune valeur plancher à zéro) ont vu leurs frais s’effondrer. La banque espagnole Bankinter a également proposé des crédits hypothécaires indexés sur les taux suisses, et certains clients perçoivent des versements de leur banque chaque mois (en pratique, la banque réduit le montant du capital dû plutôt que de régler en espèces). Le secteur hypothécaire espagnol a souvent été invoqué comme motif du refus de la BCE d’adopter des taux négatifs, puisque cette mesure aurait un effet dévastateur sur le compte de résultat des banques. Une raison similaire, liée au secteur britannique de l’épargne-logement, a été avancée la Banque d’Angleterre pour justifier le maintien des taux au niveau relativement élevé de 0,5%.
  8. Un scénario différent a eu un impact sur le secteur bancaire suisse. Paradoxalement, les taux des crédits hypothécaires en Suisse proposés par les banques ont augmenté une fois les taux d’intérêt devenus négatifs. Les banques de détail du pays ont réalisé qu’il serait difficile de répercuter les taux négatifs sur les déposants que la BNS leur impute sur les réserves. Afin de conserver un niveau de bénéfices similaire, elles doivent donc faire payer davantage les emprunteurs, et les taux de crédit ont fait état d’une hausse. Les compagnies d’assurance suisses proposent également des crédits hypothécaires, et se financent par l’émission d’obligations à long terme plutôt que par le biais des dépôts ; ainsi, elles ont réussi à répercuter les taux inférieurs sur les investisseurs, et ont relativement gagné en compétitivité par rapport aux banques.
  9. Comme nous l’avons vu, la capacité à retirer les billets de banque du système officiel peut interférer avec le fonctionnement du mécanisme de transmission de la politique monétaire, garantissant effectivement un taux plancher à zéro pour ceux qui y ont recours. Autrement dit, la question de la monnaie électronique est devenue d’actualité. Les économies modernes évoluent généralement dans cette direction, de toute manière : les cartes de crédit, les transactions par téléphone mobile, PayPal, la banque électronique ont connu une hausse exponentielle ces dernières années. En Suède, les espèces ne représentent plus que 2% de l’économie, contre 7,7% aux Etats-Unis et 10% en zone euro. En partie, la réduction de l’usage des espèces en Suède a été motivée par les nouvelles règles destinées à limiter l’évasion fiscale, même si le pays est également un adepte de la première heure des nouvelles technologies. Du fait de la réduction des espèces en circulation, il devient plus difficile d’échapper aux taux négatifs. Les autorités pourraient-elles supprimer totalement le papier-monnaie ? C’est même un sujet débattu par Andy Haldane, de la Banque d’Angleterre, dans le cadre de la fixation des taux négatifs. Conseil : ne jamais aborder un tel sujet en public, dans la mesure où il déchaîne les passions.
  10. Afin d’atténuer les conséquences indésirables des taux négatifs, la plupart des banques centrales ont tenté de limiter le préjudice causé par les taux négatifs aux bénéfices des banques par l’introduction de taux d’intérêt progressifs. Différents niveaux de taux s’appliquent aux diverses parties des réserves bancaires. Dans le cas du Japon, les réserves détenues avant l’adoption des taux négatifs rapporteraient toujours 0,1%, par exemple. Les banques sont généralement incitées à ne pas convertir les réserves en billets, puisqu’une telle réduction est opérée sur la tranche supérieure de taux d’intérêt, plutôt que de la tranche la plus basse.

Qu’avons-nous manqué ?

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Vers une mise en pratique des promesses de la COP21 ?

Par Dirk Hoozemans, analyste des secteurs de l’énergie et des services aux collectivités au sein de l’équipe Actions internationales de Robeco.

Le 23 mars 2016

L’objectif central de la COP21 visant à limiter le réchauffement climatique à 2 degrés pourra-t-il réellement être atteint ? Ou les gouvernements continueront-ils de faire l’autruche en matière de changements climatiques ?

Les gouvernements ont désormais assez bien renoncé à leur politique de l’autruche et ont tout à fait conscience de l’importance de répondre à cette problématique. La COP21 a reçu la participation de 196 pays, dont 187 ont été signataires. L’adoption d’une approche ascendante constitue un développement positif. Chaque pays soumettant sa propre contribution nationale (NDC – Nationally Defined Contribution) en matière de réduction d’émissions, il semblerait que l’on soit plus engagé qu’avant à atteindre l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 2 °C, et au mieux à 1,5 °C.

Lors de cette conférence, il est également ressorti qu’un scénario de 2 °C ne sera pas soutenu par les contributions nationales actuelles. C’est donc la raison pour laquelle les pays doivent mettre en place un mécanisme d’examen visant à vérifier les progrès enregistrés par chaque pays tous les cinq ans. Il est par ailleurs très probable que l’on assiste à un durcissement continu des objectifs. En ce sens, il s’agit donc là d’une étape clé et les pays semblent assez prêts à s’engager sur cette voie. Une approche ascendante est plus efficace en matière de réduction des émissions qu’une approche descendante, dont la mise en œuvre est plus délicate.

Ces efforts pour lutter contre le changement climatique auront-ils un impact sur le secteur de l’énergie ?

Nous assisterons à un nouveau durcissement des politiques en matière de climat visant à réduire les émissions carbone en s’attaquant en premier lieu aux plus grands émetteurs de carbone qui utilisent les énergies fossiles. Des objectifs seront fixés en premier pour le charbon – qui représente environ 45 % des émissions carbones totales du secteur de l’énergie – ensuite pour le pétrole et, en dernier lieu, pour le gaz en raison de leurs émissions carbones plus réduites. Dans le même temps, les pays devront investir plus dans les sources d’énergies renouvelables telles que l’énergie solaire ou éolienne. Le faible prix du pétrole constitue toutefois un problème. En effet, il y a un an, le prix du pétrole était très élevé et les coûts relatifs à l’énergie éolienne et solaire étaient en baisse. Les énergies renouvelables étaient, de ce fait, plus compétitives. Toutefois, en ce moment, les hydrocarbures sont de nouveau très compétitifs par rapport aux énergies renouvelables. La grande question est donc de savoir quelle attitude va être adoptée par chacun des pays vis-à-vis de cette situation. Leur approche est-elle axée sur le long terme et font-ils des investissements importants dans les énergies renouvelables, ou privilégient-ils la compétitivité économique en prévoyant de retarder leurs investissements tant que les prix du pétrole sont si bas ?

Il y aura aussi un autre changement. Le Conseil de stabilité financière du G20 exercera plus de pression sur la manière dont les entreprises rendront publique leur exposition au changement climatique. Toutefois, il n’est pas toujours facile de chiffrer en termes monétaires le risque carbone. C’est plus simple si vous êtes producteur d’hydrocarbures ou une compagnie aérienne que si vous êtes, par exemple, une banque ou un détaillant. Nous sommes par ailleurs confrontés à des tendances à la décarbonation au sein du secteur de l’investissement. La Portfolio Decarbonization Coalition (PDC) a été créée pour examiner la manière dont les investisseurs mesurent les risques carbone au sein des portefeuilles et leur attitude vis-à-vis de cette question. Ont-ils recours à l’exclusion ou à une sorte d’ajustement du risque ? Cette approche est donc multidimensionnelle.

Les entreprises du secteur de l’énergie adapteront-elles de manière réaliste leurs modèles commerciaux pour opérer une transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables ?

Il s’agit là d’une évolution et non pas d’une révolution. S’il est évident que les entreprises du secteur de l’énergie ont un intérêt direct dans une économie axée sur les hydrocarbures, elles sont toutefois parfaitement conscientes des développements actuels. Les grandes compagnies pétrolières opèrent une transition dans leurs portefeuilles en passant du pétrole au gaz, qui est une source d’énergie plus propre. Il est néanmoins impossible d’abandonner les sources d’énergies traditionnelles du jour au lendemain. Dans le scénario qui limiterait sérieusement le réchauffement climatique, les véhicules électriques devraient représenter un quart du parc automobile mondial d’ici à 2030. À l’heure actuelle, ces véhicules représentent moins de 1 %. Pour cela, il faudrait une croissance considérable, soutenue par des investissements massifs en infrastructures dans ce domaine. Lorsque les prix du pétrole sont élevés, les consommateurs ont plus facilement tendance à changer de type de véhicule, ce qui n’est pas le cas quand l’essence est de nouveau bon marché à la pompe. En outre, les économies émergentes sont toujours fortement dépendantes du charbon pour leurs besoins en matière de production d’électricité. Le remplacement des énergies fossiles se fera de manière progressive.

Comment les investisseurs peuvent-ils s’adapter à la tendance visant à lutter contre le changement climatique en utilisant des énergies alternatives ?

Désinvestir des pollueurs comme le charbon est une manière de voter avec ses pieds. L’engagement est une autre manière de faire une différence. On ne peut ignorer ce qui se passe sous son nez. Toutefois, la transition vers les énergies renouvelables nécessite des investissements massifs. La COP21 a ainsi également permis de déterminer comment doit être assuré le financement à hauteur de plus de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 qui permettra aux marchés émergents de développer leurs infrastructures en matière d’énergies renouvelables.

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