Faut-il inclure les risques climatiques dans les stress tests des banques ?

@Pexels

Comme elles jouent un rôle crucial dans le financement de l’économie, les banques sont parmi les acteurs économiques les plus encadrés et régulés. Une grande partie de cette règlementation porte sur les exigences de solvabilité du système bancaire, en d’autres termes, sur un montant minimum de capital à maintenir en toutes circonstances en fonction des engagements pris par les banques.
Au-delà de ces règlementations, les banques sont également soumises à des tests de résistance appelés « stress tests ». Il s’agit de les soumettre à une série de scénarios catastrophes pour voir dans quelle mesure elles seront aptes à résister si leur stabilité est remise en cause. Le régulateur contrôle alors si leur solvabilité, leurs fonds propres seront suffisants en cas de problème. Dans la zone euro, c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui instaure ces tests en sa qualité de régulateur en vue d’éviter une crise systémique du système bancaire européen. Au Royaume-Uni, c’est la Bank of England (BoE) qui joue ce rôle.

Dans une interview accordée au Financial Times, Mark Carney, gouverneur de la BoE, a déclaré son intention d’incorporer des critères liés au changement climatique dans les stress tests auxquels sont soumises les banques britanniques. Il s’agit ici d’un scénario exploratoire qui sera intégré aux stress tests. Les banques n’y seront donc pas contraintes mais elles pourront analyser dans quelle mesure elles seraient prêtes à encaisser des risques liés à certains scénarios. Il s’agit donc ici d’analyser dans quelle mesure le changement climatique représente ou non un risque pour le secteur financier alors qu’une étude a démontré que seulement 10 % des banques avaient une vision suffisamment à long terme des risques climatiques.

Mais quels sont les risques qui pourraient impacter les banques et qui seraient liés au changement climatique ? On peut relever ici l’impact sur les prêts hypothécaires octroyés avec des garanties sur des biens qui ne répondraient pas aux nouvelles normes en matière d’isolation ou qui pourraient être affectés par des inondations. Les crédits ou les investissements dans certaines sociétés, comme les groupes pétroliers, pourraient être touchés par le réchauffement climatique. Dans ce cadre, pourquoi ne pas envisager que les banques soient, par exemple, pénalisées par des exigences de fonds propres plus élevées si elles investissaient dans des industries polluantes, ces industries étant plus vulnérables à une répression dans l’avenir ?

Il convient donc de s’assurer que le secteur financier soit en mesure de gérer les risques liés au changement climatique, des risques qui sont souvent liés aux crédits ou aux investissements. « Les investisseurs n’ont souvent pas conscience de la vulnérabilité physique des entreprises ni des dommages que des conditions climatiques extrêmes peuvent causer aux actifs physiques et aux infrastructures. Les secteurs du pétrole, du gaz, des services d’utilité publique et des produits de base sont exposés aux conséquences physiques du changement climatique. Le coût de l’assurance de leurs actifs physiques peut représenter plus de 3 % de leur valeur de marché », explique Jessica Ground, responsable mondiale ESG chez Schroders.

Et dans la zone euro, qu’en est-il ? Parmi tous les risques identifiés pour le secteur financier, la BCE pointe également dans cette liste les risques climatiques. Un souci que partage aussi la Banque Nationale de Belgique. « Le suivi des divers risques financiers associés aux changements climatiques, et en particulier de leur impact potentiel sur la stabilité financière, est un point d’attention important pour la Banque. Les expositions du secteur financier belge aux risques directs sont relativement faibles, à l’exception du secteur de l’assurance non-vie. Les risques indirects pourraient s’avérer plus importants», peut-on lire dans le dernier rapport de la Banque Nationale de Belgique. Les autorités de contrôle sont donc attentives à ces risques. « Rien n’a cependant encore été décidé du côté de la BCE mais il est tout à fait envisageable que la BCE suive ce chemin à l’avenir en intégrant les risques climatiques dans les stress tests pour les crédits et les investissements des banques », conclut Rodolphe de Pierpont, porte-parole de Febelfin.

Cet article vous a intéressé ? Consultez aussi sur MoneyStore :

Quel est le rôle d’une banque centrale ?

Ce que les économistes ont à dire sur le climat

Le Belge tient-il compte du réchauffement climatique dans son portefeuille ?

 

Ce contenu a été publié dans Actualité, La finance éthique, Questions d'argent, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *