Qu’est-ce que les entreprises « zombies » ? Quels dangers en portefeuille ?

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On entend de plus en plus fréquemment parler d’entreprises « zombies ». Mais qu’entend-on par là ? Avec l’émergence des nouvelles technologies, on observe une tendance à un accroissement des gains de productivité mais uniquement pour un petit nombre de firmes, tandis que la productivité semble parfois baisser pour d’autres. Les gains économiques sont donc très concentrés au sein des meilleurs innovateurs. A côté de ces entreprises de pointe, on voit croître le nombre de firmes « zombies », dont la productivité baisse mais qui ne font pas faillite alors qu’elles ne s’adaptent pas pour retrouver un nouveau souffle.[i]

On constate que ces entreprises pratiquent souvent des prix plus bas que leurs concurrents et empêchent de ce fait de nouveaux challengers d’entrer sur les marchés. Elles auraient dû logiquement disparaître mais elles survivent et contrarient le développement d’une saine concurrence.

Comment expliquer cette émergence de zombies ? Peut-être se retrouve-t-on juste dans une situation de concurrence très forte entre ces zombies et des entreprises de pointe. Mais il existe une autre hypothèse sérieuse pour expliquer ce phénomène. La crise financière de 2008 et la baisse des taux d’intérêt qui y est associée, a poussé les marchés à maintenir à flot des entreprises qui ont juste le mérite d’exister mais dont l’avenir est incertain. La faiblesse des taux d’intérêt a donc favorisé l’endettement de ces entreprises et le maintien de certaines d’entre elles. « Le problème des entreprises zombies est exacerbé par la faiblesse des taux d’intérêt. A cause de celle-ci, des entreprises parviennent à ne pas tomber en faillite, au travers de la compression des frais financiers. Dès lors, elles continuent d’exister … mais sans (guère) investir. Cela freine le processus de réallocation des facteurs de production vers les entreprises plus productives, et incite moins les entreprises plus productives à investir, puisqu’elles ne récupèrent pas les parts de marchés des plus faibles », explique Etienne de Callataÿ, Président d’Orcadia Asset Management.

Qui sont ces zombies ? «  La première fois que ce terme est apparu, c’était pour des entreprises japonaises qui avaient des profits nuls ou négatifs mais que les banques maintenaient en vie pour éviter de devoir déprécier leur bilan. Par ailleurs, les grosses entreprises sidérurgiques chinoises souffrent du même problème, mais sont maintenues en vie par l’état, un peu comme Arcelor et autres en Belgique durant de nombreuses années », note Micael Castanheira, Professeur à l’ULB.

Quel risque présentent ces entreprises ? La remontée des taux d’intérêt et le retour à la croissance devrait assainir la situation : ces zombies seront forcés de s’adapter pour pouvoir répondre à une demande en progression ou bien elles perdront des parts de marché conséquentes et elles ne pourront plus se refinancer à bas prix. « Il en résulte moins de capex et moins de gains de productivité. Mario Draghi s’est exprimé sur le sujet, en disant que c’était selon lui un des principaux inconvénients à la politique de taux bas, le moindre degré de « destruction créatrice », ajoute Etienne de Callataÿ. Selon une étude de la BRI dans 24 pays de l’OCDE, ce risque de zombies pourrait représenter 10% des sociétés cotées. « Un drame se prépare, avec la remontée des taux : mort ou extrême dégradation de ces « entreprises zombies », difficultés des banques qui les financent, sans oublier le compartiment à haut risque, on dit « haut rendement » (high yield) des marchés financiers », prévient Jean-Paul Betbeze, Président de Betbeze Conseil[ii]. Ces entreprises mettent les banques qui leur ont prêté dans une mauvaise posture. Les investisseurs qui ont des obligations ou des actions de ces entreprises zombies en portefeuille ont également du souci à se faire lorsque les taux d’intérêt remonteront.

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[i] Novel OECD evidence by Dan Andrews, Chiara Criscuolo, Peter Gal, 2015 and 2016, for a global analysis, and STI’s work by Chiara Criscuolo, Giuseppe Berlingieri and Patrick Blanchenay on national divergences

[ii] https://www.linkedin.com/pulse/alerte-aux-zombies-10-des-entreprises-cotées-en-danger-betbeze/

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