Le crowdfunding : un moteur pour l’innovation ?

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La Banque Mondiale estime à 325 milliards de dollars le montant des levées de fonds qui se feront par le crowdfunding en 2025. Le financement par la foule est une innovation en matière financière. Mais sert-elle l’innovation en général dans notre pays ?

Le crowdfunding présente effectivement des avantages pour les start-up qui lancent de nouveaux produits. « Grâce à cet appel de financement par la foule, elles peuvent déjà valider leur produit. Le succès de la levée de fonds montre en effet un intérêt du public pour le nouveau concept. Cependant, on remarque que le crowdfunding est surtout un complément aux autres formes d’appels de fonds plutôt qu’un substitut », reconnaît Armin Schwienbacher, Professeur à la Skema Business School. Le crowdfunding est une source de financement pour les très jeunes entreprises et se situe souvent entre les 3F (Friends, Family ands Fools) et les Business Angels ou le venture capital. Le crowdfunding a donc bel et bien sa place pour financer l’innovation.

En Belgique, on peut soutenir des start-up par le biais du crowdfunding en capital ou par du crowdlending (prêts par la foule). Avec le crowdlending, les rendements sont fixés au départ et l’on bénéficie du remboursement du prêt si l’emprunteur ne fait pas défaut. Souvent, le crowdlending finance des projets déjà plus matures et pas forcément innovants. Dans ce cadre, l’investisseur touche son capital et les intérêts mais ne récoltera pas les fruits d’un éventuel succès de l’activité. Le crowdfunding en capital est, quant à lui, souvent plus risqué : on prend un pari sur la réussite ou l’échec du projet. En revanche, si l’activité décolle, on peut engranger les résultats de cette réussite grâce à une plus-value sur le capital et des dividendes plus conséquents. Notons cependant que le risque est très important dans le lancement de ces nouveaux projets.

Si l’on veut lancer des projets un peu ambitieux, la Belgique est cependant un très (voire trop) petit marché en matière de crowdfunding. « La Belgique semble trop petite pour que le crowdfunding puisse se déployer. Des marchés comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne sont beaucoup plus porteurs. Si une plateforme arrive à se développer au niveau européen, elle aura alors plus de chance d’être rentable », estime Xavier De Pauw, Président de FinTech Belgium.

Pour savoir si le crowdfunding favorise ou non l’innovation « il faut laisser le temps au temps et mener des études empiriques sur ces questions une fois que l’écosystème du financement des firmes innovantes sera stabilisé », reconnaissent les professeurs Armin Schwienbacher et Fabrice Hervé, Professeur à l’Université de Bourgogne.

Et qu’en est-il de la réglementation ? Constitue-t-elle un frein au crowdfunding et, dès lors, au développement de l’innovation dans notre pays ? En Belgique, la réglementation est plus sévère que dans d’autres pays européens. Les émetteurs d’opérations en crowdfunding ne doivent pas publier de prospectus pour autant qu’ils respectent les conditions suivantes :

  • chaque investisseur peut suivre l’offre pour un maximum de 5.000 € ;
  • le montant total de l’offre doit être inférieur à 300.000 € ;
  • un document contenant des informations sur le montant et la nature des instruments offerts, ainsi que sur les raisons et modalités de l’offre doit être mis à la disposition des investisseurs;
  • les instruments de placement doivent être commercialisés par un prestataire de services en crowdfunding agréé ;
  • tous les documents se rapportant à l’offre doivent mentionner le montant total de celle-ci, ainsi que l’investissement maximal par investisseur.

« La réglementation relative au crowdfunding est fragmentée en Europe et la réglementation belge est timide et mal conçue. Les montants que l’on peut lever grâce à ce moyen sont trop faibles par rapport à ceux que l’on peut lever dans d’autres pays européens. De ce fait, on limite la capacité de financement des entreprises et l’on se retrouve avec des entreprises en phase de démarrage et non pas avec des entreprises en croissance dont les besoins sont plus importants. Dès lors, on met l’investisseur face à des projets plus risqués. On exclut aussi les investisseurs plus importants qui, dans le cadre d’une diversification de portefeuilles, pourraient soutenir par du crowdfunding des projets de façon plus conséquente », regrette Armin Schwienbacher. On peut donc conclure que, dans notre pays, le crowdfunding s’inscrit plus difficilement comme un moteur relevant d’innovation en raison à la fois d’une réglementation trop frileuse et d’un marché étroit.

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