Qu’est-ce que l’effet de ruissellement ?

@Pexels

Par Pierre Pestieau, Docteur en Economie, Professeur à l’ULg et au CORE, The Bing Bang Blog

L’effet de ruissellement que les amateurs de globish appellent the trickle down effect se produirait lorsque les revenus des individus les plus riches sont réinjectés dans l’économie, soit par le biais de leur consommation, soit par celui de l’investissement. Ils contribuent ainsi, directement ou indirectement, à l’activité économique générale et à l’emploi dans le reste de la société. Cet effet est invoqué pour justifier les réductions d’impôt pour les hauts revenus ; celles-ci auraient un effet bénéfique pour l’économie globale.

Il n’existe pas de tests empiriques pouvant sérieusement valider cet effet. La croissance des inégalités au profit du percentile supérieur de la distribution des revenus et de la richesse ne semble pas avoir eu un effet bénéfique convaincant. La croissance était bien supérieure durant les trente glorieuses, une époque où les inégalités étaient moins criantes que durant les 30 piteuses et les années qui ont suivi.

L’effet se vérifie sans nul doute lorsque l’on définit la pauvreté à partir d’un seuil fixe comme celui de un ou deux dollars. Dans ce cas, il est clair qu’une croissance associée à un enrichissement des plus riches peut réduire le taux de pauvreté. C’est ce qui se passe en Inde et surtout en Chine. Bien entendu si l’on adoptait un seuil de pauvreté non absolu mais relatif, l’effet serait tout autre.

Les politiques qui se basent sur ce prétendu effet de ruissellement sont à opposer à celles qui encouragent la mobilité sociale. Dans le premier cas, on a une société inégalitaire où l’on compte sur le bon vouloir des nantis pour partager les scories de leur enrichissement au profit des classes moyennes. On retrouve ce point de vue chez ceux qui, au regard de la concentration du patrimoine chez les plus âgés, recommandent que l’on favorise les donations entre vivants au détriment des legs en fin de vie. Ce faisant, les enfants qui héritent quand ils sont encore jeunes peuvent consommer ou investir de manière à encourager la demande globale et la croissance. Les tenants de la mobilité sociale sont au contraire pour une imposition des transferts intergénérationnels quel que soit leur timing et une politique éducative proactive afin de permettre à tout un chacun d’avoir des chances égales.

Par les temps qui courent, la théorie du ruissellement a la côte même auprès de ceux qui ne bénéficieront jamais de cette manne céleste. Ce sont les mêmes qui s’opposent à toute augmentation des droits de succession alors qu’ils seraient les premiers à en bénéficier. Nous vivons en effet des temps où, non seulement, le parler vrai ne fait plus recette mais, même le penser juste, se fait rare !

Consultez aussi :

Le taux de pauvreté sous-estime les difficultés économiques des Belges ?

Qu’est-ce que l’état-providence ? Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Le guide du keynésianisme et du monétarisme et autres théories économiques

 


Pour en savoir plus sur ce sujet et sur le monde financier et économique, abonnez-vous gratuitement à la newsletter hebdomadaire ici
Nous n’avons que des produits de courrier électronique concernant la newsletter, des flashs actu ou l’invitation à des événements que nous organisons. C’est pour recevoir ce type d’informations que les lecteurs s’inscrivent. Nous ne recueillons et ne traitons que vos adresses électroniques. Veuillez noter qu’en vertu de GDPR, vous aurez le droit de nous demander à tout moment de recevoir une copie de vos données personnelles traitées, de demander la suppression de vos données personnelles. Nos newsletters contiennent un lien pour mettre fin à votre abonnement immédiatement ou le modifier.

Ce contenu a été publié dans FAQ, Le Club des Sages, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *