Digitalisation : quels défis pour l’emploi et la fiscalité ?

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Koen de Leus, Chief Economist chez BNP Paribas Fortis, réagit aux propositions émises par l’Economic Prospective Club dans le cadre de la réflexion sur la digitalisation.

En matière d’emploi, les défis sont nombreux. « Je ne pense pas que nous irons vers un chômage de masse avec des taux de l’ordre de 20 à 30% en raison de l’automatisation. Il faut être conscient que l’on ne va pas automatiser des jobs mais plutôt des tâches », note Koen De Leus. Les emplois qui disparaîtront seront ceux qui sont constitués d’un ensemble de tâches répétitives.

Le grand défi sera de former les travailleurs pour qu’ils puissent travailler avec les robots, avec les nouveaux outils numériques. Les entreprises devront donc former les travailleurs de façon continue. « Or, aujourd’hui, il y a seulement 7%  des employés qui suivent de tels programmes de formation continue. Dans ce domaine, en Belgique, nous sommes au même niveau que des pays comme la Roumanie ou la Bulgarie. Nous sommes vraiment à la traîne », constate cet économiste.

Il faut aussi être conscients que nous allons vers une période difficile en matière d’emploi. On peut logiquement s’attendre à un ralentissement de l’économie en 2020-2021 et à une récession si l’on ne peut plus diminuer les taux d’intérêt. Des pertes d’emplois sont donc à prévoir et le chômage pourrait atteindre des taux de l’ordre de 10 à 13%. Ensuite, on pourrait assister à une relance de l’économie en 2023-2024. Dans ce scénario, les entreprises n’auront sans doute pas besoin immédiatement de main-d’œuvre. L’intégration des nouvelles technologies, telles que l’intelligence artificielle ou l’internet des objets, sera déjà effectuée et les gains de productivité commenceront à être dégagés. La baisse du chômage pourrait prendre plus de temps que prévu. « Je crains aussi une période beaucoup plus difficile et propice à la montée des populismes. Les gouvernements devront être prêts à soutenir et former les travailleurs », préconise Koen De Leus.

Il faut donc préparer la société pour les jobs dont on aura besoin dans 5 ans. Or, on ne voit pas les choses bouger. Il n’y a pas de formations qui sont développées pour les métiers en pénurie ou pour les métiers du futur, comme des formations certifiées en big data, par exemple. Il faut que les entreprises, les universités et l’Etat travaillent ensemble à la mise en œuvre de telles formations.

Il faudrait également créer un statut clair pour les personnes qui travaillent dans l’économie collaborative. Certaines fonctions dans les entreprises devraient également être rendues plus flexibles en permettant, pour certains postes, des horaires plus souples et de pouvoir travailler en-dehors de l’entreprise. On se dirige alors vers des jobs qui sont définis sur base d’un objectif, d’un résultat à atteindre plutôt que vers un emploi qui exige une présence sur le lieu de travail.

Comment orienter la fiscalité pour répondre à ces défis ? « Il faudrait d’abord que les grands groupes internationaux payent ce qu’ils doivent payer comme impôts. Comme le préconisent les économiste, il faudrait taxer les entreprises là où leurs produits sont consommés, là où le chiffre d’affaires est réalisé », note Koen De Leus. On constate que le taux de taxation des 10 plus grandes entreprises dans le monde a baissé depuis l’an 2000 de 34 à 24%. Il conviendrait de mettre en place une taxation au niveau européen et, idéalement, au niveau mondial car, dans un monde de plus en plus digitalisé, il n’y a plus de frontières. Pour commencer, il faut adapter les règles au niveau européen. « On en parle beaucoup mais force est de constater qu’on ne voit rien venir. C’est difficile à mettre en place, pourtant c’est une des principales mesures qui permettraient de réduire les inégalités », conclut cet économiste.

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Consultez aussi :

Le lien vers l’étude de l’Economic Prospective Club : ici

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