Digitalisation : Quelles mesures économiques pour une transition efficace et équitable ?

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Pour la cinquième année consécutive, l’Economic Prospective Club a rassemblé plusieurs économistes pour un week-end de réflexion à la côte belge. A nouveau, ils ont débattu d’un sujet de société en vue d’émettre des propositions qui sont avancées dans le débat public.

Cette année, la discussion a porté sur l’impact de la digitalisation et des nouvelles technologies. La révolution technologique n’est pas un fait nouveau mais ce qui le caractérise aujourd’hui c’est son ampleur et son développement plus rapide. Dans ce cadre, il a paru utile de nous interroger sur les conséquences économiques de cette évolution et d’émettre des propositions dans le champ de l’économie.

Cette réflexion a pour mission de permettre à notre pays de s’inscrire dans l’évolution des nouvelles technologies tout en ne laissant pas les perdants sur le bord du chemin. Il s’agit de favoriser ce développement en l’encadrant d’une bonne gouvernance dans un souci d’équité.

La réflexion s’articule autour de trois thèmes : le marché de l’emploi, la fiscalité et la gouvernance.

Le premier point qui est abordé dans ce document est l’impact de la digitalisation sur le marché du travail. Nous dirigeons-nous vers un chômage de masse ? Comment assurer une bonne transition entre les métiers ? Comment développer une culture de la formation qui permette aux travailleurs de s’intégrer dans ce marché du travail en évolution ? Les mesures préconisées sont nombreuses et sont élargies au domaine de l’enseignement et de la formation continue. Elles visent essentiellement à favoriser la transition vers de nouveaux métiers en encourageant une plus grande fluidité et mobilité dans le monde du travail tout en visant à réduire les risques liés à ces changements de fonctions. Une harmonisation entre les différents statuts des travailleurs (employé, indépendant, fonctionnaire) est prônée de même que des indemnisations de chômage pour les indépendants et pour ceux qui quittent volontairement leur travail. Par ailleurs, il serait sans doute opportun de diminuer et d’aménager les indemnités de licenciement pour réduire l’appréhension à l’embauche. Un effort plus marqué doit être porté sur le développement de la créativité et sur la formation continue. Les économistes prônent ainsi un décloisonnement des fonds de formation sectoriels.

En matière de fiscalité, les recettes prélevées dans le cadre d’un tax shift élargi pourraient servir à financer les coûts de transition dans le monde du travail et les dépenses relatives à l’augmentation de certains besoins liés à l’évolution démographique (métiers d’aide à la personne, par exemple). La taxation des robots ou l’élargissement de l’assiette des cotisations sociales pourrait être envisagé. Des aménagements des déductions fiscales sont également avancés comme incitants au développement des technologies tout en favorisant la transition des travailleurs. En ce qui concerne la taxation des grands groupes internationaux, les économistes rappellent la nécessité de taxer les revenus au prorata de la répartition géographique du chiffre d’affaires.

Un large chapitre de cette réflexion est consacré au traitement des données (big data) et à la nécessité de développer une gouvernance en matière économique pour encadrer l’évolution de ces nouvelles technologies. Les économistes rappellent que chacun doit pouvoir rester maître de ses données personnelles. Ils insistent sur le fait que la réglementation doit davantage encadrer l’utilisation qui est faite des données plutôt que leur détention. En vue de faciliter le traitement de l’information issue de ces données, les économistes demandent une plus large ouverture aux données privées ou publiques et qu’une politique d’open-source pro-active soit mise en place.

Dans le champ de la gouvernance, pour limiter les dérives liées à la liberté d’expression sur les plateformes et réseaux sociaux, ces moyens d’expression devraient être considérés comme des éditeurs responsables. Une gouvernance surpranationale devrait être mise en place à travers des régulations en vue de corriger les écarts entre la législation et les pratiques de concurrence des entreprises dématérialisées. Ces régulations ne doivent cependant pas freiner l’innovation et le développement de ces technologies. Les économistes prônent également le développement, en Europe, d’une industrie des données qui pourrait s’inspirer de ce qui a été mis en place dans l’industrie aéronautique européenne avec Airbus.

Au terme de ce document, il est rappelé que ces réflexions sont portées dans le débat public sans prétention, mais avec la ferme intention de transmettre un message aux citoyens ainsi qu’aux hommes et femmes qui nous gouvernent.

Bonne lecture !

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