L’investissement durable et responsable, un devoir fiduciaire de tout gérant ?

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Par Degroof Petercam

Le plan d’action de la Commission européenne, faisant suite aux recommandations du rapport final du groupe des hauts experts (HLEG), est publié et rend les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dorénavant obligatoires au titre de devoir fiduciaire de tout gérant de portefeuilles.

Certaines voix applaudissent ; d’autres s’inquiètent de légiférer sur un sujet qui devrait rester un libre choix de l’investisseur.

Les publications, les conférences, les débats sur le sujet de la finance durable se multiplient dans toute l’Europe. Récemment encore la place financière du Luxembourg s’emparait du sujet. Les intervenants étaient unanimes : l’intégration de facteurs ESG est positive pour éclairer les décisions d’investissement et est déjà d’application au sein de la plupart des sociétés de gestion.

Même, le Professeur Hakan Lucius, responsable de division auprès de la Banque Européenne d’Investissement et professeur à Sciences Po Paris, a ouvert la conférence dédiée au sujet avec « La finance durable et responsable surperforme »

Si la finance durable et responsable basée sur l’intégration des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance surperforme, y a-t-il lieu dès lors de s’inquiéter des derniers développements réglementaires ?

La réponse est double.

Non, il n’y a pas lieu de s’inquiéter car :

  1. l’intégration des facteurs ESG fait partie de la responsabilité fiduciaire des gérants et est déjà bien réalisée dans l’industrie puisque les facteurs ESG sont des risques économiques et ont lieu d’être intégrés dans tout scénario d’investissement ;
  2. L’expert de gestion a également un devoir et un rôle d’information envers ses clients. Au même titre qu’il les informera sur les risques macro ou micro-économiques, de diversification, de taux de change ou de liquidités, il est de son devoir de les informer et les éduquer sur ces problématiques, ces enjeux et ces opportunités. Certains diront qu’il y a influence sur l’investisseur mais comme le mentionnait très justement un intervenant, lorsque vous êtes au restaurant, vous appréciez également que le grand chef vous conseille et vous avise sur la composition des plats, les valeurs nutritives, la provenance des ingrédients frais et sains, etc. Vous influence-t-il pour autant ? Peut-être  mais le choix final reste le vôtre.
  3. Enfin, la peur d’influencer l’investisseur et de le détourner de son objectif premier qui est de rentabiliser au maximum son profit pour un risque minimal reflète la peur sous-jacente toujours ancrée vis-à-vis des investissements responsables et durables : quel coût d’opportunité éventuel ? Seule l’éducation, et donc l’information aux investisseurs, permettra de lutter contre ce préjugé bien ancré et de convaincre de la valeur ajoutée en termes de qualité d’investissement et de décision d’investissement. Les investissements responsables et durables peuvent donc apporter un éclairage à cet objectif d’optimisation de risque et rendement.

Il y a lieu de s’inquiéter si :

  1. Les exigences de reporting en tout genre conduisent à un reporting inutile basé sur des mesures de calculs imparfaites qui pourraient servir à des scénarii complets de modèle d’investissement. Nous devons continuer à connaitre et comprendre ce que nous publions, tout en étant pleinement conscients des avantages et des limites de ces données. La qualité première d’un reporting dépendra de la qualité des données sous-jacentes et des contraintes réglementaires qui sont ou seront imposées en la matière.
  2. Si la charge de la responsabilité est placée uniquement dans le chef de l’investisseur et de son gérant de portefeuille alors que les autorités de contrôle seraient logées à une enseigne différente. Entendons par là que si l’investisseur et son gérant de portefeuille doivent prouver leur volonté de financer l’économie à long-terme et dans une optique de transition vers une économie appauvrie en émissions carbones, cette optique doit être présente tout au long de la chaine de valeurs. Il est plutôt difficile d’adopter une politique d’investissement long-terme lorsque vous êtes contraints de rapporter sur des bases annuelles, semestrielles et trimestrielles. Sans parler évidemment de la prise de responsabilité des autorités publiques vis-à-vis de cette même transition vers une économie bas carbone et les choix qui sont faits aujourd’hui en matière d’énergies fossiles et renouvelables. Est-ce bien toujours cohérent ?

Restons sur les messages et conclusions largement reconnues et qui laissent place à l’optimisme pour la finance de demain : l’investissement responsable et durable performe, les analyses le prouvent ; les gérants intègrent les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance de plus en plus dans leur réflexion comme devoir fiduciaire de gestion en bon père de famille et l’investissement durable et responsable devient de plus en plus mainstream.

Consultez aussi le corner Placements Responsables

 


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