Conseil d’administration des REIT : où sont les femmes ?

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Par Shaun Stevens, Real Estate Strategist chez BNP Paribas AM

Lors de la conférence « REITweek » (NDLR : REIT pour sociétés d’investissement en immobilier coté aux Etats-Unis) qui s’est tenue récemment à New York, les conversations de couloir ont essentiellement porté sur des sujets tels que la recherche de talents sur les marchés du littoral américain. Cependant, après qu’un intervenant éminent se fut employé à minimiser la question de la surreprésentation des hommes dans le secteur immobilier ou la nécessité d’une plus grande parité homme/femme, les esprits se sont échauffés et le secteur a connu son mouvement #MeToo.

L’éminence grise du secteur des sociétés d’investissement en immobilier coté aux États-Unis, Sam Zell, a en effet jeté un pavé dans la mare en déclarant qu’il n’avait jamais embauché une personne sur la base du critère du sexe, usant ensuite d’un terme vulgaire pour parler des femmes dans le cadre de sa politique de recrutement.

L’absence de réaction de la NAREIT[1], l’organisme professionnel fédérant les intérêts du secteur immobilier, a suscité de vives critiques de la part de la communauté des gérants d’actifs, laquelle utilise de plus en plus des critères tels que la bonne gouvernance dans son processus de sélection d’investissements[2]. Le secteur immobilier s’est vu reprocher d’avoir tardé à réagir aux propos de Sam Zell au lieu de défendre ardemment le rôle des femmes dans sa sphère.

Parité homme/femme et composition des conseils d’administration : « Nous avons une femme au conseil d’administration, ça suffit »

La NAREIT n’a pas été la seule illustre organisation soupçonnée d’être insensible à la diversité des sexes dernièrement. Fin mai, le débat sur le rôle des femmes au sein des directions d’entreprises a occupé le devant de la scène après la publication du rapport gouvernemental Hampton-Alexander au Royaume-Uni montrant leur consternante sous-représentation dans les instances dirigeantes des grands groupes britanniques cotés.

Parmi les excuses avancées par ces sociétés pour justifier cette situation, citons notamment celles-ci : « je ne pense pas que les femmes s’intègrent bien au conseil d’administration » ou « nous comptons une femme au sein de notre conseil d’administration, ça suffit ». L’argument le plus fallacieux a toutefois été le suivant : « les actionnaires ne s’intéressent pas à la composition du conseil d’administration. Pourquoi devrions-nous nous en préoccuper ? ».

S’il est vrai que les actionnaires peuvent avoir divers points de vue sur la diversité, il n’en demeure pas moins qu’ils se soucient de la bonne gouvernance, notamment dans la mesure où un nombre croissant de rapports mettent en évidence l’existence d’un lien étroit entre la diversité des sexes et la performance des entreprises.

Une femme ne suffit pas

Une étude de MSCI[3], publiée en 2016, a révélé que la présence d’au moins trois femmes au sein d’un conseil d’administration marquait un « point d’inflexion » dans l’influence de celles-ci, lequel peut notamment se mesurer par la performance financière de l’entreprise.

Selon ce rapport, les sociétés américaines qui comptaient au moins trois femmes au sein de leur conseil d’administration en 2011 ont observé entre cette date et 2016 des gains médians de leur rendement des fonds propres (ROE) et de leur bénéfice par action (BPA) de 10 points de pourcentage et 37 % respectivement. En revanche, celles dont le conseil ne comprenait aucune femme en 2011 ont connu sur la même période des évolutions médianes de leur ROE et de leur BPA de -1 point de pourcentage et -8 % respectivement. Un lien de causalité n’a cependant pas été établi.

Les chercheurs ont avancé que les meilleures performances des entreprises dotées d’un conseil d’administration plus féminisé pouvaient découler du fait que ces groupes plus mixtes prenaient de meilleures décisions et étaient plus à même de tirer parti de tous les talents féminins disponibles dans leur organisation.

Présence des femmes au sein des conseils d’administration des REIT et performances

Combien de femmes siègent au sein des conseils d’administration des REIT et des sociétés immobilières ? L’analyse des entreprises à l’échelle mondiale[4]est instructive, mais n’est en rien exhaustive en raison de données manquantes. Néanmoins, 20 % des sociétés de l’indice sectoriel mondial ne comptent aucune femme au sein de leur conseil d’administration, tandis qu’elles ne sont que 19 % à avoir au moins trois administratrices et 16 % à présenter un conseil d’administration dont au moins un tiers des membres sont des femmes.

Répartition homme-femme* au sein des REIT et des sociétés immobilières mondiales

* L’égalité entre les sexes est l’un des 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. Pour en savoir plus, veuillez cliquer ici. Source : Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 31/03/2018. La valeur des investissements est susceptible de varier à la hausse comme à la baisse. Les performances passées ne préjugent pas des performances à venir.

Si l’étude menée par MSCI auprès des entreprises laisse penser que la présence de femmes au sein des conseils d’administration crée un cadre propice à de meilleures performances, les données relatives aux sociétés immobilières sont plus nuancées, notamment en raison de leur caractère incomplet. Les entreprises comptant des femmes au sein de leur conseil sont plus susceptibles d’afficher des performances supérieures à celles dont le conseil en est dépourvu. En outre, les sociétés dont plus d’un tiers des membres du conseil sont des femmes ont connu une meilleure rentabilité que les autres.

Sam Zell et les sociétés de l’indice FTSE vilipendées pour leur attitude antédiluvienne envers les femmes pourraient, involontairement ou non, déclencher un débat salutaire sur l’importance de compter aussi bien des femmes que des hommes de talent au sein des conseils d’administration. Pour être juste, Sam Zell a par la suite adressé à la NAREIT une lettre dans laquelle il s’est excusé de ses propos excessifs. L’ironie veut qu’il soit le président de l’une des rares REIT pilotée par une femme.

L’étude de MSCI et l’analyse sommaire des performances des REIT laissent penser que le fait de ne pas prendre en compte les qualités d’au moins 50 % de la population ne peut conduire à une surperformance des entreprises, bien au contraire.

Il est évident que les investisseurs doivent insister pour que les sociétés veillent à ce que la composition de leur conseil d’administration réponde à ce qui est attendu de la part d’entreprises modernes et évitent de faire preuve d’étroitesse d’esprit et d’homogénéité, deux facteurs qui ont souvent été synonymes de sous-performance.

Pour les investisseurs immobiliers, cela signifie que leur analyse de l’impact de la recherche de talents doit s’étendre au-delà des marchés sur lesquels les REIT investissent, afin d’y intégrer leurs critères de la gouvernance.

Consultez aussi le corner Marchés

[1] NAREIT : National Association of Real Estate Investment Trusts

[2] Critères ESG (les critères ESG sont utilisés par de nombreux gérants d’actifs, dont BNP Paribas Asset Management, pour évaluer des investissements au regard de leurs aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance. Pour en savoir plus sur la politique ESG de BNP Paribas Asset Management, cliquez ici. L’égalité des sexes est l’un des 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. Pour de plus amples détails, cliquez ici.

[3] The Tipping Point: Women on boards and financial performance, MSCI, 2016.

[4] Sociétés incluses dans l’indice FTSE EPRA NAREIT Developed Global


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