Dix ans après Lehman Brothers : D’où viendront les prochains risques  de crise ?

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Il y a dix ans, le 15 septembre 2008, la société Lehman Brothers tombait en faillite faute de repreneurs. Depuis le mois d’août, la sphère financière s’écroulait sous l’effet de la crise des subprimes avec comme point d’orgue cette faillite inédite. Encore aujourd’hui, nombre d’investisseurs ne se sont pas remis de l’impact de cette crise dans leur portefeuille car la crise a miné la confiance dans les marchés financiers. «Et la confiance, une fois perdue, est très difficile à rétablir. Regagner la confiance que les institutions financières ont perdue dans la crise est une tâche redoutable qui prendra des années, voire des décennies », estime Martin Gilbert, CEO d’Aberdeen Standard Investments. Dix ans après cette crise, quels sont les risques latents ? Une telle crise est-elle encore à craindre aujourd’hui ? Analyse avec les spécialistes de la maison Aberdeen Standard Investments.

Peu après la chute de Lehman Brothers, des mesures régulatoires ont été prises. « A bien des égards, ces mesures et les réponses des régulateurs après la chute de Lehman Brothers ont été un succès. L’époque des bilans fragiles de sociétés à la recherche de profits exorbitants est largement révolue et est remplacée par un mantra de prudence et des prêts plus en ligne avec l’économie réelle », souligne Andrew Fraser, Head of Financial Credit Research chez Aberdeen Standard Investments.

Cependant, une large part de ces engagements n’a pas été effectivement mise en place et le danger pourrait bien venir … d’Europe. « De nombreuses banques européennes sont encore sensibles à un défaut de paiement qui a été mis à jour lorsque le continent s’est lancé dans sa propre crise ». La crise de la dette souveraine qui a secoué le vieux continent en 2011 est venue se greffer sur des marchés fragilisés par les événements de 2008. La crise de la dette grecque et des PIIGS a mis en lumière le danger issu du lien quasi incestueux entre les dettes gouvernementales et les banques des Etats européens.

En mai dernier, la crise italienne a encore mis en exergue que les banques italiennes détiennent environ 40% de toutes les obligations souveraines du pays. Les coûts d’emprunt du pays et de ses banques continuent d’évoluer en tandem. Idéalement, les banques européennes devraient revoir à la baisse la masse des dettes souveraines qu’elles détiennent en portefeuille. Cela pourrait se faire par une révision des exigences de fonds propres des banques liés à la détention des obligations d’Etat. L’objectif global d’augmenter les exigences de fonds propres pour les expositions souveraines est certainement possible. La Belgique a été le premier pays européen à appliquer une pondération de risque pour les obligations souveraines en 2014. Elle s’est traduite par une augmentation de 4,4 milliards d’euros des actifs pondérés en fonction des risques de la plus grande banque belge, KBC. « Bien que cela réduirait en fin de compte leur exposition et pourrait être une bonne chose, une ruée des banques vendant leurs avoirs souverains risquerait de provoquer une vente en catastrophe et une instabilité sur les marchés obligataires. Ensuite, il y a la question de savoir qui achèterait les obligations. La BCE, de loin le plus gros acheteur d’obligations souveraines européennes, est en train de se retirer du marché alors qu’elle clôt son programme de QE », note Andrew Fraser. 

L’Union bancaire européenne était censée mettre fin au cercle vicieux et empêcher la répétition de la crise de la dette souveraine. Cependant, cet engagement s’est enlisé dans un désaccord sur la manière dont les risques en Europe devaient être partagés entre ses membres et il reste incomplet. « Cela devrait nous inquiéter alors que le populisme continue sa lente progression à travers l’Europe et que l’Italie a montré à quelle vitesse un virage politique populiste peut mettre en évidence la boucle du destin. Si vous cherchez le prochain moment Lehman, gardez un œil sur l’Europe ! », prévient cet expert.

Dix ans après la crise, nous constatons qu’il est toujours aussi difficile d’anticiper les risques. « Le fait que de nombreux investisseurs n’ont pas vu les signes avant-coureurs de l’ampleur de la crise devrait nous rendre humbles. C’est un rappel important qu’il faut toujours vérifier les hypothèses et poser des questions difficiles », reconnaît Martin Gilbert.

Ce dixième anniversaire de la crise financière de 2008 fera couler beaucoup d’encre mais ces analyses ne nous préservont sans doute pas de nouveaux soubresauts sur les marchés boursiers et obligataires. Rappelons que la volatilité et le risque sont inhérents à tout investissement.

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