Comment appréhender son portefeuille 10 ans après la crise ?

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Dix ans après la crise, où en sommes-nous sur les marchés ? Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle crise systémique ? Comment appréhender aujourd’hui, les actifs en portefeuille ?

Lors du petit déjeuner financier organisé par La Libre Belgique et le blog MoneyStore.be, Thierry Masset, Chief Investment Officer chez ING Belgique et Georges Hübner, Professeur de finance HEC Liège (ULiège) & Maastricht University ont fait le point sur la situation économique et les marchés.

Il faut dire que, dix ans après la crise, nous venons de loin. « Suite à la crise bancaire survenue fin 2008 avec la faillite totalement inattendue de Lehman Brothers, le système financier a été réformé. Il en a résulté une baisse de la rentabilité du secteur et une amélioration de la solvabilité des banques alliée à une augmentation des exigences de liquidité. En réalité, avec cette crise, nous avons vécu une disruption totale des paradigmes passés », constate Georges Hübner.

Aujourd’hui, nous connaissons une situation unique dans l’histoire de la finance avec des taux d’intérêt en zone négative. Cette situation ne peut donc pas durer et la Federal Reserve est déjà en train de remonter progressivement ses taux d’intérêt alors que la Banque centrale européenne attend pour en faire de même. Nous arrivons enfin à une situation plus saine de découplage des politiques monétaires. Et au niveau des marchés ? « Les Etats-Unis ont rattrapé la baisse du marché de 2008 alors que l’Europe essaye encore d’atteindre son niveau le plus haut par rapport à 2007. Mais il faut rappeler que l’Europe a aussi connu une crise des dettes souveraines. Au-delà des indices, il faut encore rajouter les dividendes qui ont été perçus pendant dix ans. Les performances obligataires ont, quant à elles, été exceptionnelles sur cette période de 10 ans », reconnaît Thierry Masset.

Cependant, il faut être conscients que cette situation ne se reproduira pas. « Aux Etats-Unis, nous sommes bien en fin de cycle malgré le dopage artificielle des mesures fiscales de Donald Trump dans une économie qui n’a pas besoin de ça. Les valorisations financières sont élevées alors que les perspectives à long terme sont moins encourageantes », ajoute Georges Hübner. En Europe, les banquiers ne craignent pas la hausse des taux. Ce qu’ils craignent surtout c’est que ces taux montent trop vite ou restent bas.

En ce qui concerne l’inflation, ce professeur de finance ne prévoit pas son retour par le biais d’une flambée mais plutôt par une hausse qui ne sera ni forte, ni violente. Le vieillissement de la population, la transition énergétique et le potentiel de croissance économique plus faible ne laissent pas entrevoir une flambée de l’inflation en Europe.

Et en portefeuille ? Premier constat : les belles années sont derrière nous et nous sommes à la fin d’une décennie extrêmement rentable. Depuis 1980, les taux d’intérêt n’ont pas cessé de descendre en zone euro passant de 12% à 1-2% pour les taux à long terme. Nous sommes en fin de cycle obligataire, ce qui ouvre une période d’incertitude sur les marchés. Aux Etats-Unis, les taux ont déjà commencé à remonter procurant ainsi un retour vers des rendements dans des actifs moins risqués. En Europe, la hausse n’est pas encore entamée. On espère que la hausse des taux sera progressive et non pas brutale. On pourrait connaître enfin un retour à la normale. « Nous ne prévoyons cependant pas de krach obligataire mais il faut rester prudents et sous-pondérer son exposition aux obligations », conseille Thierry Masset.

Cet analyste des marchés maintient encore un avis positif sur les actions. Les rendements des actions resteront intéressants et la valorisation relative par rapport aux obligations est toujours attractive. « Nous sommes positifs sur la zone euro et reconnaissons que les petites et moyennes capitalisations sont plus performantes. Il convient cependant d’entrer dans ce segment plutôt par l’intermédiaire d’un fonds », préconise Thierry Masset.

Mais un danger pourrait bien guetter les marchés : la montée en puissance de la gestion passive qui engendre un investissement dans les produits passifs (ETF) qui est supérieur à la capitalisation boursière de ces indices. « Il y a là un réel risque systémique et une épée de Damoclès pèse sur les marchés qui ne pourront sans doute pas absorber ces capitaux. Le système financier pourrait bien s’effondrer. Il faudrait prendre des mesures pour se protéger de ce phénomène », prévient Georges Hübner.

En conclusion, le conseil que ces spécialistes donnent aux investisseurs est une recommandation de bon sens : il faut diversifier son portefeuille entre différentes classes d’actifs. Il s’agit là de la meilleure protection que l’on puisse lui donner.

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