Comment évoluent les marchés en Asie ?

@pexels

Par Erik Joly, Chief economist ABN AMRO Private Banking

L’Asie ressent les effets de l’aversion pour le risque

Les marchés émergents (EM) enregistrent cette année un regain d’aversion pour le risque chez les investisseurs, ce qui entraîne une sortie de capitaux et une pression sur les marchés des devises, des actions et des obligations dans les pays émergents. La responsabilité en incombe partiellement aux facteurs généraux : la hausse des taux directeurs et des taux d’intérêt du marché aux États-Unis, la vigueur du dollar (liée à l’augmentation de la dette des pays émergents libellée en dollar), l’escalade des conflits commerciaux, la contagion à partir des pays lourdement touchés comme la Turquie et l’Argentine et les questions géopolitiques. L’Asie émergente est également confrontée à une baisse de l’afflux de capitaux, sans qu’il soit encore question de sorties de capitaux – mesurées sur une base annuelle – au cours des neuf premiers mois de l’année. Dans l’ensemble, les conditions financières dans la région se sont resserrées, selon un indicateur de Bloomberg.

 … malgré une différenciation importante et des fondamentaux qui restent prépondérants

Malgré la contagion généralisée des marchés émergents, la différenciation dans cette catégorie d’investissement hétérogène reste le thème dominant pour les investisseurs. Ceci explique pourquoi les pays d’Asie émergente en déficit extérieur (l’Inde, l’Indonésie et, dans une moindre mesure, les Philippines) ont subi la pression la plus forte sur leurs devises, bien que dans une mesure nettement moindre que les pays lourdement touchés comme la Turquie et l’Argentine. Toutefois, si nous regardons les marchés boursiers, nous constatons que même les pays les plus solvables d’Asie affichent de mauvais résultats cette année. L’escalade du conflit entre les États-Unis et la Chine, qui couvre désormais d’autres domaines que le commerce et les investissements bilatéraux, en est la cause principale. Dans l’intervalle, le conflit s’est étendu également à des questions de géopolitique et de sécurité nationale Le durcissement de la position des États-Unis à l’égard de leur concurrent stratégique entraîne des risques pour les chaînes d’approvisionnement en Asie et, par conséquent, pour le modèle de croissance des pays fortement tributaires des exportations, comme la Chine, la Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taïwan.

 La croissance régionale au premier semestre 2018 est la plus forte depuis deux ans, grâce à une accélération en Inde…

Malgré le regain d’aversion pour le risque et l’escalade du conflit entre les États-Unis et la Chine, l’Asie émergente a conservé un rythme de croissance élevé au cours du premier semestre de l’année. La croissance régionale s’est accélérée mi-2017 et s’est maintenue à son plus haut niveau depuis deux ans au cours des deux premiers trimestres de 2018 (6,4 % en glissement annuel), essentiellement grâce à une accélération de la croissance en Inde. La croissance en Inde s’est bien rétablie du ralentissement l’an dernier, causé par des facteurs temporaires (nettoyage des billets de banque fin 2016, instauration de la taxe sur la valeur ajoutée mi-2017), ce qui a contrebalancé la reprise du ralentissement progressif de la croissance en Chine. L’Inde reste donc le géant émergent à la croissance la plus rapide. L’écart de croissance entre les deux pays s’est établi à 1,5 point de pourcentage au deuxième trimestre, soit l’écart le plus important depuis début 2016. Dans l’intervalle, les centres commerciaux de Hong Kong et de Singapour au deuxième trimestre ont enregistré une croissance légèrement inférieure aux chiffres élevés du premier trimestre.

 … mais les PMI de l’industrie manufacturière indiquent un affaiblissement de la dynamique

Bien que la croissance régionale soit restée forte au premier semestre, certains indicateurs récents signalent un affaiblissement de la dynamique de croissance régionale. Le PMI régional pour l’industrie manufacturière a considérablement baissé au cours de l’année, en partie à cause d’une détérioration des perspectives d’exportation, liée à l’escalade des conflits commerciaux et au ralentissement progressif de la croissance du commerce mondial. Les PMI-indices d’exportation de la Chine et de quelques pays fortement axés sur les exportations – comme la Corée du Sud, Singapour et Taïwan – ont chuté sous le niveau neutre de 50. L’Inde constitue une des exceptions positives à cet égard. L’Inde semble donc relativement protégée du conflit sino-américain, bien que le pays soit confronté à ses propres querelles sur le front commercial avec les États-Unis. Le fait que la croissance de l’indicateur de tendance qu’est Singapour soit retombée à 2,6 % en glissement annuel au troisième trimestre (par rapport à 4,1 % au deuxième trimestre) illustre également les perspectives (externes) moins favorables.

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