Retour sur 10 années marquées du sceau de la BCE

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Par Deutsche Bank Belgique

Devrons-nous encore longtemps nous contenter de 0,11% sur notre épargne? Flash-back sur dix ans de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) et ce que l’avenir nous réserve.

En résumé :

  • Dix ans après la crise financière, la BCE a profondément redessiné l’environnement de l’épargne et de l’investissement (mais aussi du crédit, que nous ne traiterons pas dans cet article) en Belgique.
  • Découvrez l’impact que les événements de la décennie écoulée peuvent avoir sur vos rendements futurs.

En 2008, la Banque centrale européenne (BCE) prend des mesures exceptionnelles, en réaction à la crise bancaire qui touche le cœur de l’Europe. La crise des « subprimes », ces prêts hypothécaires à haut risque imaginés aux États-Unis, se propage via des produits financiers toxiques qui polluent le bilan de la plupart des banques du Vieux Continent.

  1. La BCE éteint les incendies

Après les premières ondes de choc, qui provoquent notamment la faillite de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers, le marché interbancaire est virtuellement à l’arrêt. Les banques n’osent plus se prêter mutuellement de l’argent. La BCE réagit et décide de fournir aux banques des liquidités à taux fixe et en quantité illimitée. Elle se substitue en quelque sorte au marché interbancaire.

  1. Plongeon à 1%, puis remontée à 1,5%

En mai 2009, le taux auquel les banques se prêtent de l’argent chute à 1% (il était encore de 3,75% à l’automne 2008). L’économie européenne entre pour la première fois en récession depuis l’entre-deux-guerres. Tous les paramètres indiquent une baisse prochaine des prix à la consommation, au lieu de l’habituelle hausse. Pendant deux ans, le taux directeur reste rivé à 1%.

C’est à ce moment que la BCE commet ce qui est probablement sa seule erreur. Alors qu’après avoir sauvé ses banques, la zone euro s’était progressivement engluée dans la crise des dettes souveraines, la gardienne de l’euro se focalise sur sa mission de maîtrise de l’inflation. Dès le printemps 2011, l’inflation dépasse les 2,5%. Cette surchauffe incite la BCE à augmenter à deux reprises son taux directeur, jusqu’à 1,50%. Une erreur.

  1. Un nouveau président et une salve de baisses

Dès son entrée en fonction (en novembre 2011), Mario Draghi décide de baisser à plusieurs reprises le taux directeur dans la zone euro. Comme l’inflation commence à reculer – faisant naître une menace de déflation (une baisse continue des prix) – la BCE réduit progressivement son taux directeur à 0%.

  1. Place aux taux négatifs

Bien qu’un taux directeur de 0% soit inédit dans la zone euro, la BCE va encore plus loin au début de l’été 2014. Pour forcer les banques à prêter de l’argent aux entreprises et aux particuliers, elle décide d’appliquer un taux négatif aux liquidités excédentaires que les institutions financières lui confient à la fin de chaque journée. Autrement dit, les banques perdent de l’argent lorsqu’elles parquent des liquidités auprès de la BCE. Ce ‘taux de dépôt’ est d’abord fixé à -0,10% en juin 2014, avant de descendre progressivement jusqu’à -0,40% au printemps 2016. Un niveau qui est toujours d’actualité aujourd’hui.

  1. Rachat d’obligations souveraines

C’est durant l’été 2012 que la crise de la dette atteint son apogée en Europe. Les taux d’intérêt des emprunts d’État ne cessent de grimper : plus de 10% sur les emprunts à 10 ans irlandais et portugais, et même 30% sur les emprunts grecs. La situation devient intenable et la zone euro tremble sur ses bases. Une fois de plus, la BCE vole au secours de la zone euro. Cette fois en recourant à une arme nouvelle: le rachat massif d’obligations souveraines dans toute la zone euro.

  1. « Whatever it takes… »

En juillet 2012, le Président de la BCE prononce à Londres un discours marquant. Il déclare que la BCE mettra tout en œuvre pour sauver la zone euro. « Whatever it takes », en anglais dans le texte. Les marchés financiers réagissent immédiatement à cette détermination: les investisseurs reviennent à l’achat sur la dette européenne et les taux d’intérêt se mettent à diminuer.

Dans un premier temps, la simple promesse d’achat suffit. En 2015, la BCE doit joindre le geste à la parole. Le fantôme de la déflation plane plus que jamais sur le vieux continent. L’institution de Francfort décide donc de mettre la pression sur les taux à court terme, mais aussi sur les taux à long terme, via le rachat d’emprunts d’État de maturités de deux ans au moins. Ça marche: les taux baissent sur tous les marchés. Il faut toutefois attendre l’automne 2016 pour voir l’inflation remonter enfin à plus de 0,5%, après avoir flirté pendant plus de deux ans avec un niveau proche de la déflation.

  1. Bulles spéculatives ?

Bien que la BCE ait fait du bon travail, sa politique fait l’objet de vives critiques. Cette politique serait en effet une source de bulles spéculatives, notamment sur le marché immobilier et celui des actions. La modicité des taux encourage les emprunts hypothécaires et pousse les investisseurs à opter pour les actions, potentiellement plus rémunératrices. La BCE se défend en faisant référence à des études qui démontrent qu’en l’absence d’achats d’actifs, la situation de l’inflation aurait été pire.

  1. Pendant ce temps, sur votre livret d’épargne…

Quelles que soient les convictions de chacun, il est incontestable que la politique de la BCE a eu un impact considérable sur tous les Belges au cours de cette décennie. Là où, avant 2008, l’on obtenait jusqu’à 3% (voire plus) d’intérêts sur les comptes d’épargne réglementés, le taux s’est réduit aujourd’hui à peau de chagrin, généralement à 0,11%. Idem pour les bons de caisse, les obligations, les comptes à terme : tous les placements à revenu fixe ont vu leurs rémunérations fondre. Pour trouver du rendement, il faut aujourd’hui accepter de prendre des risques et miser par exemple sur des actions. C’est la voie choisie par de nombreux investisseurs, ce qui a dopé les indices des marchés d’actions ces dernières années.

  1. Que nous réserve l’avenir?

À l’heure actuelle, l’inflation dans la zone euro est proche des 2%, l’objectif de la BCE. Reste à savoir si la hausse des prix sera durable. Quoi qu’il en soit, la Banque centrale européenne peut désormais se permettre de lâcher un peu de lest sur les mesures de soutien. Elle a donc réduit ses rachats d’actifs, avant sans doute de clôturer complètement ce programme avant la fin de l’année.

Une première hausse des taux directeurs n’est pas attendue avant l’été 2019. Or, il faut généralement plusieurs mois pour que la politique monétaire impacte la courbe des taux, c’est-à-dire aussi les taux à plus long terme. Autrement dit, la remontée des taux des comptes réglementés et autres placements populaires en Belgique n’est pas pour demain.

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