Quelles sont les perspectives pour la croissance économique mondiale en 2019 et 2020 ?

@Pexels

Par Keith Wade, économiste en chef chez Schroders

La croissance de l’économie mondiale se poursuit, mais il y a des signes clairs indiquant qu’elle a atteint son point culminant à présent que les économies américaine, européenne et asiatique connaissent un ralentissement. Selon les dernières estimations, la croissance du PIB américain devrait atteindre 2,5 % au quatrième trimestre de cette année (contre 3,2 % au troisième trimestre). L’on s’attend à voir les économies européenne et japonaise se redresser au cours de ce trimestre, bien qu’elles affichent toutes les deux des performances décevantes cette année. Les indicateurs vont dans le sens d’une perte de dynamisme de la croissance.

Le tableau est plus contrasté dans les marchés émergents. La Chine et les économies asiatiques sont sous pression en raison des tensions commerciales actuelles, tandis que l’économie brésilienne est sur le point de redémarrer au lendemain des élections. Le ralentissement de la croissance en Chine se manifeste par l’affaiblissement des recettes des casinos de Macao, le paradis des jeux de hasard, qui sont toujours considérés comme un bon indicateur des revenus des consommateurs chinois et de l’activité économique du pays.

La baisse des recettes des casinos à Macao, révélateur du ralentissement de l’économie chinoise

Le ralentissement durera jusqu’en 2020

Sur base d’une actualisation des prévisions, on peut tabler  sur une croissance mondiale de 3,3 % pour cette année qui retombera à 2,9 % en 2019. Les prévisions pour l’année prochaine sont légèrement inférieures aux précédentes, qui étaient de 3,1 %, et reflètent les révisions à la baisse dans la zone euro et les marchés émergents. Malgré la baisse de régime de la croissance et la diminution des prix pétroliers, Schroders prévoit que l’inflation mondiale atteindra 2,9 % en 2019. Cela s’explique par l’inflation plus élevée sur les marchés émergents, où la faiblesse des monnaies fait grimper les prix à l’importation.

Pour 2020, un nouveau tassement de la croissance mondiale à 2,5 % est prévu, surtout à cause de la croissance de l’économie américaine (qui n’atteindrait que 1,3 %) et d’un nouveau ralentissement de l’économie chinoise qui se limiterait à 6 %. En Europe et au Japon, la croissance en 2020 s’élèvera à respectivement 1,5 % et 0 %. Si ces prévisions sont exactes, 2020 sera l’année de croissance économique mondiale la plus faible depuis 2008. Cela s’explique en grande partie par la réduction des politiques publiques de relance et par le resserrement de la politique monétaire aux États-Unis, ainsi que par les conséquences de la guerre commerciale qui se prolonge entre les États-Unis et la Chine. Les prévisions seront inférieures au consensus parce que la plupart des observateurs pensent que le président Trump trouvera un moyen de stimuler l’économie à temps avant les prochaines élections présidentielles. Or, c’est devenu plus délicat depuis que les rapports de force au Congrès américain ont changé à la suite des élections partielles de novembre. La bonne nouvelle est que l’inflation mondiale devrait retomber à 2,7 % en 2020 en raison du ralentissement de la croissance en 2019. 

Fin de la politique monétaire stricte aux États-Unis, première hausse des taux dans la zone euro en 2019

On s’attend à ce que le resserrement de la politique monétaire américaine prenne fin en 2019 et prévoit encore trois hausses de taux, ce qui veut dire que le taux d’intérêt culminera à 3 % en juin 2019. La Fed souhaite un atterrissage en douceur de l’économie, surtout à cause de l’intensification probable de la pression politique. Sachant que l’économie va continuer à baisser de régime en 2020, on s’attend à des baisses de taux d’intérêt et on prévoit que leur niveau s’établira à 2,5 % d’ici la fin de l’année. Entre-temps, on s’attend à ce que la Banque centrale européenne (BCE) mette fin à son programme de rachat d’actifs en janvier prochain et à ce qu’elle relève ses taux en septembre. Il s’agirait de la première hausse de taux de la BCE sous la présidence de Mario Draghi, et de sa dernière aussi puisqu’il abandonnera ses fonctions en octobre 2019.

La faiblesse du dollar en 2019: une bonne chose pour les marchés émergents, mais pas pour la zone euro

Le pic des taux américains combiné à un resserrement de la politique monétaire dans d’autres régions devrait entraîner un affaiblissement du billet vert en 2019. Le différentiel de taux d’intérêt restera certes favorable aux États-Unis, mais les marchés des changes l’auront sans doute déjà intégré dans leurs cours. Ils se concentreront sur le  « double déficit »  croissant aux États-Unis – le déficit budgétaire et celui de la balance courante qui tirent la monnaie vers le bas. Une baisse du dollar aurait en revanche un effet positif pour les marchés émergents. Si une nouvelle escalade des tensions commerciales et la perspective d’un ralentissement de la croissance économique mondiale ne sont pas de bon augure, un dollar plus faible contribuerait à atténuer les pressions sur la région.

Ce scénario est en revanche moins favorable pour la zone euro. Un euro plus fort entraînera un resserrement des conditions financières, tandis que le ralentissement aux États-Unis freinera la croissance mondiale. Ces deux facteurs font qu’il est plus difficile pour la BCE de continuer à relever les taux d’intérêt. La BCE n’a pas saisi l’occasion de normaliser les taux d’intérêt en 2018 et l’année écoulée sera peut-être considérée comme une occasion manquée. La zone euro risque de se retrouver coincée avec des taux d’intérêt bas et un levier monétaire limité pour lutter contre le prochain ralentissement économique.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse de Keith Wade dans le chapitre intitulé: ‘Forecast update: US recession 2020? tiré du dernier  Economic and Strategy Viewpoint (décembre 2018).

Consultez aussi le corner Placements

 


Pour en savoir plus sur ce sujet et sur le monde financier et économique, abonnez-vous gratuitement à la newsletter hebdomadaire ici
Nous n’avons que des produits de courrier électronique concernant la newsletter, des flashs actu ou l’invitation à des événements que nous organisons. C’est pour recevoir ce type d’informations que les lecteurs s’inscrivent. Nous ne recueillons et ne traitons que vos adresses électroniques. Veuillez noter qu’en vertu de GDPR, vous aurez le droit de nous demander à tout moment de recevoir une copie de vos données personnelles traitées, de demander la suppression de vos données personnelles. Nos newsletters contiennent un lien pour mettre fin à votre abonnement immédiatement ou le modifier.

Ce contenu a été publié dans Actualité, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *