Quelles sont les conséquences économiques potentielles de la résurgence du protectionnisme ?

@Pexels

Par Cédric Scholtes, Co-Head Inflation, Rates Committee Chair, BNP Paribas AM

Les tensions commerciales ont continué à s’intensifier durant l’été. Cependant, l’administration Trump a cherché à concentrer son tir sur la Chine. Elle s’est employée à trouver un compromis avec le Canada et le Mexique pour remplacer l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) et a par ailleurs signé une trêve avec l’Union européenne.

Une coalition contre les pratiques commerciales chinoises

En juillet, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s’est rendu à Washington en vue d’engager des négociations sur la politique commerciale. Bien que l’Union européenne ait protesté contre l’application par les États-Unis de droits de douane sur l’acier et l’aluminium au deuxième trimestre, ses dirigeants craignaient surtout que l’administration américaine n’instaure de nouvelles taxes douanières sur les voitures européennes pour des raisons de sécurité nationale en vertu de l’article 301.

Les discussions ont abouti à un accord portant sur la constitution d’un groupe de travail chargé de débattre d’un certain nombre de questions commerciales, ainsi qu’à la déclaration qu’aucun nouveau tarif douanier ne serait imposé pendant ces pourparlers. En particulier, les participants au groupe de travail « œuvreront ensemble à la suppression des droits de douane, des barrières non tarifaires et des subventions aux produits industriels autres que l’automobile… (et) s’attacheront à réduire les obstacles et à accroître les échanges dans le domaine des services, des produits chimiques, pharmaceutiques et médicaux, ainsi que du soja ». Les deux parties ont par ailleurs « convenu… de renforcer leur coopération stratégique dans le secteur énergétique. L’Union européenne souhaite importer davantage de gaz naturel liquéfié (GNL) des États-Unis pour diversifier son approvisionnement ».

Bien entendu, cela n’a été qu’un accord pour entamer des négociations. Cependant, la déclaration conjointe a également fait clairement allusion à un front commun contre les pratiques commerciales de la Chine : « nous sommes convenus d’unir nos forces pour mieux protéger les entreprises américaines et européennes contre les pratiques déloyales dans le commerce mondial. Nous travaillerons donc étroitement avec des partenaires partageant nos valeurs pour réformer l’OMC et combattre les pratiques commerciales déloyales, notamment le vol de propriété intellectuelle, les transferts de technologie forcés, les subventions à l’industrie, les distorsions de concurrence engendrées par les entreprises publiques, et les surcapacités ».

Cela fait un certain temps que les États-Unis font pression sur l’Union européenne pour obtenir son soutien dans ce dossier, notamment en ce qui concerne la question des pratiques de la Chine en matière de transferts de technologie et de propriété intellectuelle, ainsi que son « dumping » présumé dans le secteur des métaux : ils ont utilisé l’instauration de droits de douane sur l’acier et l’aluminium comme un bâton pour l’inciter à coopérer.

L’USMCA remplace l’ALENA

Fin septembre, l’administration Trump a conclu séparément un accord avec le Mexique et le Canada pour remplacer l’Accord de libre-échange nord-américain. Ce nouvel accord, baptisé l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), contient de nouvelles restrictions sur le contenu et les salaires dans le domaine de la production automobile, ainsi que des concessions du Canada sur les produits laitiers.

Les tensions commerciales entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada se sont calmées. En revanche, avec la Chine, c’est l’inverse.

Si les tensions commerciales entre les États-Unis et leurs partenaires européens, mexicains et canadiens ont pu s’apaiser durant l’été, les relations entre Washington et Pékin se sont en revanche envenimées. L’administration Trump ne paraissait pas bluffer quand elle menaçait d’imposer des droits de douane sur les importations chinoises et elle reste déterminée à voir la Chine ajuster ses pratiques en matière d’accès au marché et de propriété intellectuelle.

Ainsi, à l’issue de la phase de consultation début septembre, elle a mis à exécution sa menace en appliquant des droits de douane sur un montant supplémentaire de 200 milliards de dollars de produits chinois. Ces taxes ont été fixées à 10 %, mais seront relevées à 25 % en 2019, de manière à laisser du temps aux acheteurs américains pour qu’ils trouvent d’autres sources d’approvisionnement. La Chine a riposté en taxant 60 milliards de dollars d’importations de produits américains et a déposé une plainte auprès de l’OMC. Elle a également annulé les discussions commerciales proposées. Le fossé entre l’orientation de la politique industrielle de Pékin et les exigences de Washington en matière de pratiques commerciales est trop important pour être comblé. Une résolution du conflit commercial paraît donc peu plausible à court terme.

L’escalade des tensions commerciales sino-américaines est un facteur qui revêt de l’importance pour les marchés des bons du Trésor américain et des obligations américaines indexées sur l’inflation (TIPS) du fait des impacts suivants :

  • répercussions négatives potentielles des perturbations des chaînes d’approvisionnement

mondiales sur les résultats et la confiance des entreprises ;

  • incidence directe des droits de douane sur les prix à la consommation, avec une hausse potentielle de l’inflation (IPC) comprise entre 0,2 % et 0,4 %. L’ampleur de l’impact dépendra de l’absorption des coûts par les consommateurs ou par les distributeurs et producteurs, ainsi que des effets de second tour éventuels ;
  • impact sur l’emploi et la croissance aux États-Unis au cours du temps. Les taxes douanières pourraient fortement perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales, du fait de leurs répercussions sur les prix et sur la disponibilité de produits de base, de biens intermédiaires et de produits finis. Les entreprises manufacturières américaines seraient obligées de remplacer, dans la mesure du possible, leurs fournisseurs chinois par d’autres sources. Les perturbations des prix et des chaînes d’approvisionnement peuvent avoir un impact négatif sur l’emploi à court terme, car les entreprises vulnérables manquent de fonds de roulement pour financer leurs coûts d’ajustement.

Sur le moyen terme…

Cependant, à moyen terme, la relocalisation de sites de production sur le sol américain est susceptible de donner un coup de fouet à l’emploi manufacturier dans certains secteurs aux États-Unis.

Mais au-delà du long terme…

Néanmoins, à long terme, la suppression des gains tirés du commerce international, car les pays ne se concentreront plus sur les marchés où ils détiennent un avantage comparatif, pourrait réduire la croissance potentielle.

Cette combinaison d’une hausse des prix et d’un affaiblissement de la croissance à long terme correspond à un phénomène de « stagflation ». En d’autres termes, si la mondialisation a contribué à une inflation modérée et à une croissance mondiale rapide au cours des vingt dernières années, un retour du protectionnisme devrait inverser cette tendance. En fin de compte, ce contexte serait favorable aux points morts d’inflation et maintiendrait des rendements réels à long terme contenus.

Consultez aussi le corner Marchés

 


Pour en savoir plus sur ce sujet et sur le monde financier et économique, abonnez-vous gratuitement à la newsletter hebdomadaire ici
Nous n’avons que des produits de courrier électronique concernant la newsletter, des flashs actu ou l’invitation à des événements que nous organisons. C’est pour recevoir ce type d’informations que les lecteurs s’inscrivent. Nous ne recueillons et ne traitons que vos adresses électroniques. Veuillez noter qu’en vertu de GDPR, vous aurez le droit de nous demander à tout moment de recevoir une copie de vos données personnelles traitées, de demander la suppression de vos données personnelles. Nos newsletters contiennent un lien pour mettre fin à votre abonnement immédiatement ou le modifier.

Ce contenu a été publié dans Actualité, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *