Pourquoi les marchés craignent-ils une remontée des taux ?

@pexels

Par Deutsche Bank Belgique

Par deux fois cette année, les bourses mondiales ont tremblé lorsque les taux d’intérêt ont soudainement rebondi. Et par deux fois, cette hausse a d’abord eu lieu aux Etats-Unis, avant de se propager à l’ensemble des places financières.

En résumé :

    • Les taux d’intérêt augmentent suite à la hausse de l’inflation et à la fin des mesures de soutien exceptionnelles des banques centrales.
    • Une hausse des taux d’intérêt n’est pas nécessairement synonyme de moins bons résultats de sociétés.
    • Vu la volatilité sur les marchés boursiers, certains investisseurs se tournent déjà vers les obligations, mais on ne peut pas encore parler de mouvement structurel.

Qu’est-ce qui provoque la hausse des taux d’intérêt ?

Cela fait presque 40 ans que les taux obligataires baissent de manière graduelle. Cette tendance a récemment atteint son paroxysme, suite aux conséquences de la crise financière de 2008. Pour remettre l’économie sur les rails, les grandes banques centrales ont opté pour des politiques monétaires inédites et ultra-accommodantes. Les baisses des taux directeurs et les injections de liquidités ont ainsi enfoncé les taux obligataires à des niveaux historiquement bas, certains taux se trouvant même en territoire négatif.

Les grands argentiers se félicitent aujourd’hui de ces initiatives, car elles ont permis de donner un coup de fouet à une confiance fragile, de relancer la croissance mondiale et de soutenir fortement les marchés financiers. Les taux d’intérêt ont, dans la foulée, amorcé une remontée mais pas partout et pas avec la même intensité. Ces dix dernières années, les taux ont baissé suite à la crise économique et à l’intervention des banques centrales. Aujourd’hui, ils remontent suite à la remontée de l’inflation et à la fin des mesures exceptionnelles des grands argentiers.

Une remontée des taux est-elle mauvaise pour l’économie ?

Qui dit remontée des taux, dit renchérissement des crédits, que ce soit pour les entreprises ou pour les ménages. La première réaction des marchés à une remontée des taux est donc plutôt négative car les investisseurs anticipent des jours plus compliqués. Pourtant, une hausse des taux n’induit pas obligatoirement une baisse des résultats des entreprises. Des taux plus élevés traduisent très souvent la bonne santé de l’économie et donc la perspective de bénéfices plus importants pour les sociétés.

Tout est cependant une question de timing, de niveaux des taux et d’intensité de la hausse. De trop fortes anticipations d’inflation feraient remonter les taux et obligeraient les banques centrales à opter pour des politiques monétaires plus contraignantes, ce qui pourrait asphyxier l’économie. Une hausse graduelle des taux (le scénario que nous privilégions) serait par contre mieux digérée. La Fed a ainsi annoncé le 28 novembre dernier que son taux directeur était proche du niveau neutre, ce qui étaye notre scénario.

Quel impact, sur quelles classes d’actifs ?

Actions : les taux d’intérêt devraient augmenter en raison de la poursuite de la croissance et de la normalisation en douceur des politiques monétaires. Ce constat, combiné à des résultats de sociétés solides, soutient les marchés d’actions. Par conséquent, l’impact de la hausse des taux d’intérêt, bien que s’accompagnant d’une volatilité accrue sur les bourses, devrait rester limité. De plus, le rendement de dividende en Europe reste bien supérieur au rendement obligataire. Il faudrait donc que le niveau général des taux d’intérêt augmente sérieusement avant que les obligations fassent davantage de concurrence aux actions et pèsent sur les valorisations boursières.

Obligations : les rendements et les prix des obligations évoluant en sens opposé, une hausse des taux d’intérêt a donc un impact négatif sur la valeur des obligations en portefeuille. Ceci étant, comme les obligations sont remboursées à leur valeur nominale à la date d’échéance, l’investisseur ne réalise pas de pertes, à moins qu’il ne vende avant l’échéance à un prix inférieur à la valeur nominale. Pour les obligations nouvellement émises, un coupon plus élevé sera offert, ce qui les rendra encore plus intéressantes. Cependant, les taux d’intérêt en euro restent extrêmement bas, de sorte que pour le moment peu d’investisseurs retrouveront le chemin des obligations. De plus, le taux d’intérêt offert ne couvre pas ou fort peu l’inflation, ce qui signifie que l’investisseur perd du pouvoir d’achat.

À mesure que les taux d’intérêt remontent et qu’un certain seuil est dépassé, seuil qui diffère d’un individu à l’autre, de plus en plus d’investisseurs seront enclins à passer d’un investissement risqué à un investissement plus sûr. La volatilité sur les marchés boursiers laisse déjà certains investisseurs se poser la question de prendre ce tournant, mais un mouvement structurel vers les obligations n’est pas encore visible.

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