Ne vous laissez pas surprendre par la volatilité croissante !

@Pexels

Par Erik Joly, Chief economist, ABN AMRO Private Banking

En 2017, la quête du moindre signe d’inflation a intensifié les réjouissances sur les marchés boursiers. Début février, l’inquiétude a toutefois brusquement fait surface sur les marchés financiers. Un surprenant rapport sur l’emploi a suffi à stimuler les perspectives d’inflation et l’annonce de l’accélération plus rapide que prévue de l’indexation des salaires américains a ranimé le spectre de l’inflation. Les rendements obligataires ont rapidement suivi, entraînant une dégringolade des marchés boursiers. Dans le même temps, un autre élément importun s’est présenté : la volatilité, qui n’avait jamais vraiment disparu.

Le b.a.-ba de la volatilité

Mais qu’est-ce que la volatilité ? La volatilité est une mesure statistique du degré d’évolution à la hausse et à la baisse des cours des actions, par exemple. Si les cours suivent une belle tendance à la hausse, la volatilité est généralement faible, mais lorsque l’incertitude augmente, les cours deviennent plus volatils. L’indice de volatilité du CBOE, mieux connu sous le nom d’indice VIX, mesure les fluctuations de l’indice boursier américain S&P500. Bien que la volatilité ne corresponde pas nécessairement aux pertes, le terme est souvent évoqué lorsqu’il est question de risque, de nervosité et de baisse des cours boursiers. L’indice VIX est alors dénommé « fear index », l’indice de la peur, et mesure les craintes des investisseurs. Il est déterminé en fonction du prix des options d’achat et de vente sur l’indice S&P 500 au cours des 30 prochains jours. Bloomberg suit l’évolution du VIX depuis 1990. La moyenne s’est élevée à 19.3 depuis lors, avec un pic de 80.9 en octobre 2008. Mais en 2017, il n’y a pratiquement pas eu de volatilité sur les marchés boursiers, le niveau moyen atteignant à peine 11.1.

Jusqu’en 2010, le marché VIX futures concernait avant tout les investisseurs institutionnels. Mais des produits cotés en bourse (ETP) permettant aux investisseurs particuliers de négocier la volatilité ont alors été lancés. Grâce à un ETP classique lié au VIX, ils ont pu développer une position longue afin de profiter d’une future hausse du VIX. Le prix de revient a néanmoins dépassé le roll cost décrit plus bas. En 2011, de nouveaux ETP ont été introduits sur le marché : les Inverse ETP (ou Short ETP) accusent des pertes lorsque la volatilité augmente et prennent de la valeur en cas de baisse de la volatilité. Ils « compensent » en outre le roll cost. Dans l’exemple hypothétique ci-dessous, un Short ETP rapporterait 8 % par mois si la volatilité reste stable.

Plus longtemps la volatilité se maintenait à un niveau bas, plus les Inverse ETP étaient populaires, en particulier parce que les rendements d’autres classes d’actifs s’appauvrissaient de plus en plus. On avait l’impression d’assister à un « déjeuner gratuit » : jusqu’au 29 janvier 2018, le S&P 500 n’avait encore connu aucune correction de 5 % ou plus depuis 400 jours. Rien ne pouvait plus gâcher la fête. Jusqu’à ce mois de février. Le jeudi 1er février, le cours le plus bas du VIX s’élevait à 12.59. Le mardi 6 février en revanche, le VIX affichait le plus haut cours intraday de 50.3. Une augmentation de près de 300 % sur 3 jours de cotation ! Ce phénomène a donné le coup de grâce aux Inverse ETP. La valeur de la plupart des Inverse ETP, qui accusaient des pertes quand la volatilité augmentait, est passée de plusieurs milliards de dollars à quelques centaines de millions à peine. L’un des principaux Inverse ETP a même été contraint de clôturer et de procéder à la liquidation. À la grande surprise de nombreux investisseurs, qui ne comprenaient pas comment un Short ETP pouvait cesser d’exister alors que l’indice sous-jacent augmentait de plus de 100 %, comme l’illustre cet exemple hypothétique :

Scénario 1 : l’indice augmente de 75 % de 12 à 21

  • Un Long ETP augmente de 75% de 100 à 175
  • Un Short ETP baisse de 75% de 100 à 25

Scénario 2 : l’indice baisse de 25 % de 12 à 9

  • Un Long ETP baisse de 25 % de 100 à 75
  • Un Short ETP augmente de 25 % de 100 à 125

Scénario 3 : l’indice augmente de 110 % de 12 à 25.20

  • Un Long ETP augmente de 110 % de 100 à 210
  • Un Short ETP baisse de 100 % de 100 à 0 et cesse d’exister

Cet exemple nous rappelle le vieil adage boursier : n’investissez que dans ce que vous connaissez !

Consultez aussi le corner Investir

Pour en savoir plus sur les ETP cliquez ici

 

Ce contenu a été publié dans Actualité, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *