Des guerres commerciales ? L’Asie peut se débrouiller seule

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Par Erik Joly, Chief Economist ABN AMRO Private Banking

Donald Trump mériterait certainement de gagner le prix du tweet le plus retentissant de ces derniers jours en lançant une véritable guerre commerciale. Mais le silence observé en Asie ne doit pas être sous-estimé. Derrière cette attitude tout en retenue, une nouvelle puissance est en train de se former en Asie, une puissance qui ne craint pas les guerres commerciales. Grâce à la rapide croissance des technologies et au renforcement de la coopération régionale, la région est actuellement en pleine mutation et devient plus indépendante de ses partenaires commerciaux occidentaux. Une évolution qui plaît aux marchés boursiers, comme en témoignent les hausses de cours enregistrées.

Les flux internationaux de capitaux ont repris la direction de l’Asie en 2017. Après s’être inquiétés pendant des années du risque d’un ralentissement trop rapide de l’économie chinoise, les investisseurs se réjouissent aujourd’hui de la bonne santé économique de la région. Les indices boursiers asiatiques devancent d’ailleurs tous les autres indices mondiaux en termes de performances.

Un marché dominé par les firmes technologiques

La digitalisation a considérablement changé le visage des marchés boursiers asiatiques en seulement quelques années. Ainsi, l’indice MSCI EM Asia est aujourd’hui composé à 37 % de firmes technologiques de Chine, de Corée du Sud et de Taiwan. Les premières positions de l’indice sont occupées par la plus grande société internet de Chine (Tencent Holdings), le numéro un du commerce en ligne du pays en termes de revenus (Alibaba) et le premier moteur de recherche du marché chinois (Baidu). Ces actions offrent un accès à une « nouvelle » croissance basée sur la technologie, alors que les « anciens » secteurs, dominés par l’industrie lourde, sont de plus en plus relégués au second plan.

L’impressionnant essor des entreprises internet a de plus en plus d’effet sur la composition sectorielle dans cette région. Si les sociétés comme Apple et Facebook font des valeurs technologiques un véritable poids lourd du S&P 500 américain (24 % de l’indice), elles doivent tout de même se partager les parts du marché mondial avec les géants de l’internet asiatiques. Les indices européens comme le Stoxx 600 restent quant à eux à la traîne, avec une part de seulement 4 % pour les technologiques.

Renforcement de la coopération régionale

L’Asie a longtemps été considérée comme l’atelier du reste du monde et elle tente aujourd’hui de trouver sa propre dynamique de croissance. Lors du sommet annuel de l’Association des nations de l’Asie du sud-est (ASEAN) en novembre 2017, les participants ont clairement montré leur volonté de renforcer leurs relations commerciales mutuelles. Après s’être longtemps considérées comme rivales, les grandes puissances régionales que sont la Chine et l’Inde tentent aujourd’hui de se trouver des intérêts économiques communs. Les négociateurs sont en train de travailler à la création d’un nouveau partenariat économique régional global (Regional Comprehensive Economic Partnership ou RCEP). Cet accord, qui regroupe 16 pays représentant ensemble 3 milliards de personnes, devrait entrer en vigueur d’ici à la fin de l’année. Le vide de pouvoir laissé par Donald Trump, après le retrait des États-Unis du Partenariat transpacifique (TPP) en janvier 2017, sera donc rapidement comblé.

La Chine promeut les investissements directs étrangers dans les pays voisins. Outre un réseau de production transfrontalier, elle finance également des canaux de distribution et des marchés de débouchés en Asie occidentale. Avec sa stratégie à long terme « Made in China », la Chine entend renforcer le développement de produits finis avec des marques propres et intégrer de nouveaux partenaires asiatiques dans la chaîne de valeur.

Les anciens liens entre l’Occident et l’Asie ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Mais les changements structurels actuellement à l’œuvre en Asie vont se poursuivre en 2018. L’heure est aujourd’hui à la croissance intérieure, au transfert de technologies et au libre-échange régional. Et cette tendance devrait se confirmer en avril, lors du prochain sommet de l’ASEAN qui se tiendra à Singapour.

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