La crise turque affectera-t-elle la Chine et les économies émergentes de la région APAC?

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Par BNP Paribas AM

La valeur de la livre turque a brusquement chuté au début du mois d’août (graphique 1) en raison des inquiétudes suscitées par la dégradation de la situation économique du pays et de la détérioration de ses relations politiques avec les États-Unis.

Dans le contexte de cette crise, les investisseurs sont amenés à évaluer les fondamentaux économiques des autres marchés émergents pour déterminer si certains d’entre eux pourraient être exposés aux répercussions de la situation turque.

Graphique 1 : taux de change de la livre turque par rapport au dollar américain (USD)

Source: CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asia), données au 17/08/2018

Le solde de la balance courante, le solde budgétaire, la dette extérieure et le taux d’inflation sont les principaux enjeux économiques de chaque pays au centre de l’attention. Les principaux ingrédients d’une crise sont généralement un double déficit (de la balance courante et des finances de l’État), une dette extérieure importante et une forte inflation qui, ensemble, constituent la recette « parfaite » d’une crise de confiance des investisseurs. Compte tenu de ses déficits actuels, d’une dette extérieure importante et d’une inflation élevée, la Turquie affiche la panoplie complète des indicateurs de crise (graphique 2).

De son côté, la Chine n’en a aucun. Sa balance courante est excédentaire, son inflation est inférieure à 2%, son déficit budgétaire est à peine supérieur à 3% du PIB et sa dette extérieure ne dépasse pas 15% du PIB, ce qui est largement moins que ses réserves de change, qui atteignent 25% de son PIB. Plus particulièrement, le renminbi n’est pas convertible, ce qui limite considérablement son exposition à des attaques contre la monnaie chinoise. Il est donc peu probable que les répercussions de la crise turque affectent de manière significative la Chine (graphique 2).

Graphique 2 : indicateurs de stress macro-économique des pays émergents de la région APAC (2017)

Source: CEIC, UBS, BNP Paribas Asset Management (Asia), données au 17/08/2018

Dans leur ensemble, les économies émergentes de la région Asie-Pacifique (APAC) semblent donc protégées de la contagion turque. L’Inde, l’Indonésie et les Philippines ont un double déficit, mais leur taux d’inflation est bien plus bas que celui de la Turquie, tandis que leur dette extérieure est elle aussi beaucoup moins importante (tableau 1). Bien que la Malaisie ait une dette extérieure supérieure à celle de la Turquie, sa balance courante affiche un excédent significatif et son inflation est nettement inférieure à celle de la Turquie.

Tableau 1 : indicateurs de stress macro-économique des pays émergents de la région APAC (2017)

Source: CEIC, UBS, BNP Paribas Asset Management (Asia), données au 17/08/2018

Les devises des pays émergents de la région APAC pourraient toutefois subir des pressions à court terme induites par la faiblesse de l’euro, qui reflète les inquiétudes quant à l’exposition des banques européennes à la Turquie, et par la faiblesse du renminbi, qui traduit les inquiétudes relatives à la croissance intérieure de la Chine au vu des tensions commerciales actuelles avec les États-Unis. Surtout, nos recherches montrent que ces dernières années, la corrélation entre les fluctuations du renminbi et des principales devises asiatiques s’est accrue – au détriment de la corrélation avec le dollar américain et l’euro.

Du côté des entreprises, bien qu’il y ait des sociétés chinoises actives en Turquie dans les secteurs de la logistique, de l’électronique, de l’énergie, du tourisme, de la finance et de l’immobilier, il ne s’agit pas d’acteurs majeurs. La Chine a récemment accepté d’investir en Turquie dans le cadre de son initiative « la Ceinture et la Route», mais aucun projet significatif n’a été lancé. Au total, la Chine a accumulé 2 milliards d’USD d’investissements directs à l’étranger en Turquie au cours des quinze dernières années. Et les importations annuelles de produits et services chinois par la Turquie, qui s’élèvent à près de 26 milliards d’USD, représentent à peine 1 % des exportations totales de la Chine.

Ces différents aspects montrent qu’il est peu probable que la crise turque ait un impact direct significatif sur la Chine. En revanche, les retombées indirectes en cas de choc économique mondial et de tempête financière provoqués par la situation turque pourraient être plus graves pour la Chine et les autres pays, mais ce scénario est loin d’être certain et ne constitue pas le scénario privilégié par les investisseurs internationaux.

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