La Chine : La croissance est stable mais les risques du commerce subsistent !

Par Erik Joly, Chief Economist, ABN AMRO Private Banking

L’économie chinoise a démarré l’année 2018 sur un rythme soutenu, la croissance officielle de son PIB est de 6,8% soit à un niveau semblable à celui des deux trimestres précédents. La croissance a été tirée par la consommation ainsi que par la demande externe malgré un protectionnisme américain qui ne pèse pas (encore) sur les exportations. Le marché immobilier montre quant à lui des signes de stabilisation.

Étant donné que la croissance reste clairement au-dessus de l’objectif, Pékin poursuit la politique de réduction ciblée et de « désendettement » de l’économie. Les autorités veulent aussi éviter une décélération trop brutale de la croissance. On peut s’attendre à ce qu’elles affaiblissent la politique de réduction si les risques en raison du protectionnisme américain devaient se faire sentir. L’économie devrait reprendre cette année une décélération progressive de la croissance. La croissance officielle devrait diminuer et passer de 6,9 % en 2017 à environ 6,5 % en 2018.

Les frictions commerciales sont le principal risque pour les perspectives économiques

Les frictions commerciales entre les États-Unis et la Chine se sont enflammées au début de ce mois. Cela a entraîné des turbulences sur les marchés financiers mondiaux et, manifestement, cela a également eu un impact sur les indicateurs de confiance

Au début du mois d’avril, les États-Unis ont présenté une liste concrète de biens (principalement technologiques) qui seraient taxés à l’importation au tarif de 25% en provenance de Chine. La valeur de cette liste avoisinerait 50 milliards d’USD. Cette mesure est en représailles suite au vol présumé de propriété intellectuelle par la Chine et le transfert forcé de technologies. Une période de consultation a été convenue jusqu’à la mi-mai. Ces propositions ne sont donc pas encore une réalité.

La Chine a rapidement pris des mesures de rétorsion en annonçant également des tarifs de 25 % sur les importations en provenance des États-Unis d’une valeur de 50 milliards de dollars (en ce compris sur les biens tels que les voitures, les avions et le soja). Ces propositions sont purement conditionnelles à l’entrée en vigueur des tarifs américains.  

Le Président Trump a réagi aux représailles chinoises en annonçant qu’il examinait la possibilité d’augmenter les tarifs à 100 milliards de dollars sur les importations chinoises. La Chine a indiqué qu’elle prendrait des mesures appropriées si nécessaire. Elle a ajouté qu’elle préférait éviter une guerre commerciale mais que, si nécessaire, elle était prête à se battre jusqu’au bout, et à n’importe quel prix.

Suite au premier choc de l’escalade, Washington et Pékin ont fait entendre des voix conciliantes. Les États-Unis ont fait remarquer qu’il était toujours possible de négocier si la Chine était prête à changer. Et le Président chinois Xi Jinping a redonné de l’espoir aux marchés lors d’un récent discours. Ces développements cadrent dans un scénario de base selon lequel on atteindra finalement l’une ou l’autre forme d’entente, du moins à court terme.

Suite à la publication semestrielle du rapport sur les manipulations monétaires présenté par le Trésor Américain, Le Président Trump a diffusé un tweet indiquant que la Chine et la Russie manipulaient leurs devises maintenant que la Fed augmente les taux d’intérêt. Toutefois, depuis le début officiel de la présidence de Donald Trump, le yuan a augmenté de 10 % par rapport au dollar américain, même si, au cours de cette période, la Fed a augmenté les taux directeurs de près de 100 points de base

Après un refroidissement en 2016-2017, le marché de l’immobilier s’est stabilisé au premier trimestre 2018

La croissance des ventes de maisons et de bureaux s’est clairement ralentie en 2016 et 2017, même si elle reste à un niveau élevé. Toutefois, cette croissance s’est stabilisée ces derniers mois. Cela semble être lié à un récent assouplissement de quelques mesures dans certaines villes, visant à stimuler l’intérêt d’acheteurs potentiels. De plus l’augmentation annuelle du prix moyen des maisons n’a pas continué à diminuer ces derniers mois. Au cours de la période précédente, elle est passée d’environ 12,5 % en novembre 2016 à 5 % à la fin de 2017. Le redressement de ce marché aura un effet favorable sur les revenus (et les dépenses) des autorités locales.

Données macro-économiques solides pour le mois de mars

Les données macro-économiques pour le mois de mars donnent un aperçu plutôt mitigé, qui cadre dans le glissement structurel des investissements vers la consommation. La croissance des ventes au détail s’est accélérée pour atteindre 10,1 % en glissement annuel (janvier/février : 9,8 % en glissement annuel), avec la confiance des consommateurs à son apogée en vingt-cinq ans. La croissance de la production industrielle et des investissements s’est par contre refroidie, pour atteindre respectivement 6,0 % et 7,5 %. Les indices des directeurs d’achat (PMI) publiés au début de ce mois ont également donné un aperçu mitigé.

La croissance des importations et des exportations reste forte au premier trimestre, mais un certain ralentissement est prévu

Les chiffres du commerce chinois sont particulièrement volatils, surtout au début de chaque année civile. C’est dû au fait que le Nouvel An chinois change chaque année de date. Cela signifie que nous devons interpréter les données commerciales pour les mois de janvier et de février en faisant preuve de la prudence nécessaire. Sur les trois premiers mois, la croissance d’exportation s’élève à plus de 14 %. C’est clairement supérieur à la moyenne de 2017 (8 %). Cela démontre que la demande externe est restée forte au premier trimestre, malgré l’augmentation des frictions commerciales. Entre-temps, la croissance des importations au premier trimestre est également restée forte (+19 % en glissement annuel) et elle était encore supérieure à la moyenne déjà élevée de 2017 (16 %). La croissance des importations chinoises ralentira quelque peu au cours de l’année, bien que le refroidissement en termes de volumes sera moins important que prévu. Ici aussi, l’augmentation des frictions commerciales avec les États-Unis va engendrer des risques à la baisse.

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