Est-il toujours intéressant d’acheter des actions ?

Par Thomas Mayer, Flossbach von Storch Research Institute

Les bourses battent record sur record. Les cours sont-ils montés trop haut ? Le prochain grand repli est-il imminent ? Les banques centrales prendront-elles le contrôle de la situation ? Ce n’est pas un contexte facile pour les investisseurs.

Les épargnants allemands sont inquiets. Certains se plaignent de la baisse du pouvoir d’achat de leur épargne sous l’effet des taux d’intérêt qui sont à zéro et de l’inflation. Si votre argent se trouve à la banque, la valeur réelle de votre patrimoine baissera continuellement à l’avenir ainsi que la valeur des produits que vous achetez.

Par ailleurs, les gens sont réticents à délaisser les comptes d’épargne et les dépôts à vue pour investir dans des actifs matériels. Cette frilosité est compréhensible dans le secteur immobilier, où les biens rentables sont généralement surcotés et les biens abordables sont dans l’ensemble inintéressants. On peut cependant se poser la même question pour les actions. Est-il toujours intéressant d’acheter des actions, même si les cours n’ont cessé d’augmenter depuis huit ans ?

À première vue, deux raisons principales ne plaident pas en faveur d’une entrée tardive sur le marché si vous avez raté le début du mouvement haussier. Premièrement, l’accélération de la croissance mondiale ne date pas d’hier. Si l’on reprend la classification utilisée par l’US Bureau of National Research, l’embellie économique aux États-Unis, qui reste le principal facteur qui tire la croissance mondiale, a commencé il y a huit ans, ce qui en fait la deuxième plus longue période depuis la fin des années 1950. Il serait hasardeux de croire, comme le pensaient certains dans les années 1990, que l’art subtil de la politique monétaire permettrait de prolonger cette embellie indéfiniment. Si la croissance rechutait, les marchés d’actions seraient les premiers à en subir les effets.

Deuxièmement, les cours des actions ne sont plus bas si on les compare à leurs niveaux historiques. Un indicateur très prisé et conservateur des actions américaines, le ratio cours/bénéfice ajusté du cycle (CAPE) calculé par Robert Shiller, affiche actuellement une valeur supérieure à 30 points, un niveau bien supérieur à la moyenne historique de 17 points, et supérieur à tous les sommets atteints depuis 1920, à l’exception de 1999. Le niveau élevé des cours des actions individuelles américaines a bien entendu un impact sur tous les autres marchés d’actions.

Cependant, deux raisons plaident en faveur d’une poursuite des investissements dans les actions. Il est d’abord impossible de prédire quand la prochaine crise économique éclatera et quel sera le meilleur moment pour entrer sur le marché des actions. L’embellie économique actuelle pourrait durer encore quelques années. Lorsque la récession arrivera, personne ne sait combien elle durera et les remous qu’elle provoquera sur les marchés financiers. Le CAPE de Shiller pourrait alors chuter sous les 10 points, comme ce fut le cas au début des années 1980, mais la peur que cela pourrait provoquer pourrait inciter les épargnants à rater une fois encore l’occasion d’entrer sur le marché des actions.

Deuxièmement, il convient de rappeler que les cours des actions dépendent des taux d’intérêt. Si vous prenez l’inverse de l’indicateur de Shiller, vous obtenez le rendement réel correspondant, qui est actuellement de 3 ¼ %. Le rendement réel des bons du Trésor à 10 ans est presque nul. La prime de risque pour les investissements en actions désigne l’écart entre le rendement réel des actions individuelles et celui des obligations individuelles. Comme celui des obligations est nul, la prime de risque est aussi de 3 ¼ %, soit un niveau juste inférieur à la moyenne de 3 ½ % pour l’embellie actuelle. Comme la prime de risque diminue généralement vers la fin d’une période faste, son niveau actuel est relativement élevé. Cela s’explique par le niveau faible des taux d’intérêt.

Depuis qu’ils sont publiés, les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas qu’aujourd’hui. La manipulation des taux d’intérêt par le cartel mondial des banques centrales est également exceptionnelle. Grâce à la politique des taux faibles des banques centrales, il n’a jamais été possible d’accumuler une telle montagne de dettes. Les banques centrales peuvent même devenir prisonnières de leur propre politique monétaire, et pourraient ne pas être en mesure de relever les taux d’intérêt lorsque l’inflation repartira à la hausse. Les taux d’intérêt nominaux faibles et la hausse de l’inflation devraient toutefois maintenir les cours à un niveau élevé, et ce malgré une croissance économique réelle atone. Cela s’explique par le fait que les bénéfices nominaux gonflés par les effets de l’inflation resteront pénalisés par des taux d’intérêt nominaux faibles.

Si ces arguments suffisent à vous convaincre d’entrer sur le marché des actions, vous devriez toutefois prendre les trois points suivants en considération. Premièrement, vous devrez avoir une volonté forte et un horizon d’investissement long. La valeur de votre portefeuille diminuera en cas de nouvelle récession. Les ventes faites dans l’urgence ou dans la panique pourraient être lourdes de conséquences. Les investisseurs doivent pouvoir laisser le temps à leur portefeuille de récupérer le terrain perdu dans les périodes de croissance. Deuxièmement, vous devez construire votre portefeuille en privilégiant les actions d’entreprises qui disposent d’un pouvoir de marché et qui peuvent renouer avec leur série de bons résultats dans les périodes d’embellie qui font suite à une récession. Les entreprises peu endettées avec des business models stables et une direction compétente ont des chances de durer. Et troisièmement, vous devez garder assez de liquidités pour couvrir vos dépenses à moyen terme. Les placements en actions mettent du temps à arriver à maturité et les investisseurs ne peuvent y puiser à souhait chaque fois qu’il a un besoin urgent de liquidités.

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