Le crowdfunding ne perce pas en Belgique

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Par Carl-Alexandre Robyn, Start-up Financial Architect et Associé-fondateur du Cabinet Valoro

Une étude de KPMG (2015) démontre qu’en matière de crowdfunding, la Belgique reste à la traîne : un Belge y consacre en moyenne 0,11 €, tandis qu’un Français y consacre 1,20 €, un Hollandais, 1,58 €, et un Anglais jusqu’à 1,78 €.

Le marché des plateformes de financement participatif en Belgique est très différent de ce qui se passe dans les autres pays. En effet, dans le royaume, la culture du risque n’est pas ancrée comme elle l’est dans les pays anglo-saxons. Et la culture financière des Belges est très lacunaire, notamment quand elle concerne les outils de levées de capitaux à risque.

Une enquête commandée par le Cabinet Valoro en 2016 (892 personnes interviewées en Belgique) a révélé le manque de notoriété du crowdfunding auprès des particuliers mais également auprès des mini et des primo entrepreneurs : moins de 7% des Belges ont entendu parler de l’investment crowdfunding (prêt et/ou prise de participation). Mais 70% des répondants, selon cette même enquête, déclarent prendre en considération cette option pour effectuer un investissement/placement.

Le problème en Belgique n’est pas tant lié aux entrepreneurs car les idées et les projets ne manquent pas mais il est plus compliqué de trouver les investisseurs. Ceux-ci préfèrent placer leur argent sur un compte d’épargne plutôt que de l’investir sur une plateforme. Il est d’ailleurs symptomatique que sur les 50 000 membres de MyMicroInvest, moins de 10% d’entre eux seulement franchissent le pas et investissent.

L’Etat n’a pas l’habitude de favoriser le financement de la prise de risque par les épargnants. En effet, empêtré dans les contraintes liées à la protection des épargnants, l’Etat a plutôt tendance à démotiver en amont les investisseurs, même s’il essaie de se rattraper en aval par des mesures d’exemption fiscale. Si un épargnant dispose de 50 000 euros, il peut tout mettre sur un livret d’épargne, tandis qu’il ne pourra mettre qu’une fraction dans le crowdfunding (1 000 euros maximum dans un projet d’equity crowdfunding, pour autant que ledit projet ne dépasse pas lui-même un total de 300 000 euros!)

Les mesures prises en aval par les pouvoirs publics pour aider au développement du crowdfunding en Belgique ne compenseront pas les contraintes règlementaires rédhibitoires en amont ! L’Etat bride trop la motivation des contributeurs en limitant leurs possibilités de s’enrichir. L’Etat reconnaît et permet le lien social, le sens de l’engagement mais ne veut pas permettre le caractère spéculatif !

Pourtant, en Belgique, selon KPMG, 85% des fonds collectés concernent l’investment crowdfunding, c’est-à-dire le financement de projets commerciaux via les prêts ou les prises de participations. En d’autres mots, des projets procurant aux investisseurs un rendement sur le capital prêté ou investi. Et toutes les enquêtes le montrent, la motivation principale des crowdfunders est la rémunération (bien plus que le lien social, l’implication ou l’engagement personnel…) : donc l’intérêt spéculatif. Dès lors en tuant dans l’œuf celui-ci, l’Etat détourne l’épargnant du financement de l’économie réelle.

En fait, les pouvoirs publics n’ont pas connaissance des enquêtes sur les motivations des contributeurs et ils sont trop influencés par le discours marketing des plateformes. Pour eux, financement participatif signifie obligatoirement collaboratif, solidaire, bref tout ce qui n’est pas spéculatif. Dès lors, le crowdfunding ne réussit pas à percer en Belgique parce que l’intérêt spéculatif des particuliers est ignoré ou incompris des autorités publiques.

On entend fréquemment qu’une autre cause est sans doute due à la petitesse du marché belge. C’est peu crédible, puisque dans la majorité des cas le crowdfunding sert à financer de petits projets, de dimension locale ou régionale : ruche sur un toit pour favoriser la biodiversité dans un quartier, financement d’une machine d’impression, achat d’une brasserie, montage d’un spectacle, etc. Par ailleurs la majorité (80% environ) des crowdfunders sont des FFF (friends, family and fools) qui investissent essentiellement dans l’entrepreneuriat local.

D’autre part, on entend souvent qu’une des raisons du retard de la Belgique par rapport à certains pays est liée au manque d’incitants fiscaux mis en place. Par exemple, en Angleterre, il est possible de déduire fiscalement 50% de son investissement, c’est un gros avantage qui existe aussi en France.

Il est plus que probable que le plan Start-up entré en vigueur le 1er juillet 2015 en Belgique ne changera pas grand-chose à la pénétration trop lente du crowdfunding en Belgique. Parce que cette planification se trompe d’angle d’attaque !

En effet, ce canevas se focalise essentiellement sur l’aspect fiscal du financement participatif. Or, le cadre fiscal opère essentiellement en aval de l’investissement : il ne traite que les produits de l’investissement (les plus-values et les dividendes). C’est utile, certes. Mais si vous êtes limité en amont, par des contraintes de plafond (1 000€ par projet), les produits réels ou potentiels de la contribution financière seront de toute façon trop faibles en volume que pour motiver suffisamment l’épargnant-micro financeur à se farcir les tracasseries administratives (déclaration d’impôt…) relatives à son investissement.

Pour un capital-risqueur (petit ou grand) la fiscalité a bien entendu une certaine importance (qui est plutôt marginale), mais sa motivation primordiale c’est le montant qu’il est possible de dédier à une opportunité financière. Parce que cette mise initiale détermine le volume potentiel des résultats de l’investissement. Le but étant de produire le plus de fruits possibles, même si l’administration fiscale va ensuite en ponctionner une partie. Le problème est qu’avec des semences rationnées (une mise plafonnée) on sait d’office que la récolte sera maigre : tellement décharnée que la punition fiscale à la sortie n’aura plus qu’un faible impact.

Ce qui pousse le capital-risqueur à investir ce n’est pas la réduction fiscale (45% s’il s’agit d’une start-up, ou 30% s’il s’agit d’une PME ou exonération de précompte mobilier) dans son impôt des personnes physiques, c’est en réalité la liberté d’investir le montant qu’il veut quand il veut, où il veut…

Les pouvoirs publics doivent comprendre et accepter que dans les communautés regroupées autour des plateformes d’investment crowdfunding, les aspects collaboratifs vont de plus en plus de pair avec des objectifs de rentabilité et ces communautés marquent de plus en plus résolument leur volonté de réaliser un profit.

Cette tendance est apparemment encore loin d’être perçue en Communauté française de Belgique dont le libellé de son plan d’encadrement est révélateur : « Financement participatif non spéculatif ». Cette autorité publique régionale ne conçoit pas que le financement participatif puisse avoir une vocation spéculative.

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Une réponse à Le crowdfunding ne perce pas en Belgique

  1. Julien, crowdfunding lover dit :

    bonjour,
    en Belgique ou en France on a le même problème avec l’état, sauf qu’en belgique étant donné la taille du pays on a dix fois fois plus de plateformes. Espérons que l’état va alléger tout cela, en même temps nos institutions ne veulent de nouvelle bourse et limitent le montant investi non seulement pour cette raison, mais car il y toujours des c*** qui vont investir n’importe comment et vont ensuite raler.
    Enfin bon,

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