Comment analyser les comptes d’une banque ?

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Si l’analyse des comptes d’une société cotée peut parfois s’avérer assez complexe, l’étude des comptes d’une banque relève de l’exploit. En effet, c’est un secteur compliqué et complexe car, compte tenu de son activité, sa comptabilité est particulière et est très réglementée. Par ailleurs, il existe de fortes disparités au niveau européen : une banque française est différente d’une banque italienne qui elle-même ne s’apparente pas à une banque belge. Dès lors, lorsqu’on donne des moyennes de rentabilité du secteur au niveau européen, cela ne veut, en fait, rien dire.

Pour y voir plus clair dans les bilans des banques, nous n’allons pas détailler l’ensemble des rubriques. Cette analyse pourrait à elle seule occuper une session de cours académique. Nous allons plutôt voir quelques points qui méritent une attention plus particulière.

A titre d’exemple, prenons le compte de résultats de BNP Paribas Fortis à fin 2016.

Le premier poste que nous pouvons analyser c’est la marge d’intérêts, c’est à dire la différence entre les deux rubriques : « Intérêts et produits assimilés » et « Intérêts et charges assimilées ». Il s’agit de la différence entre les intérêts perçus (sur les prêts, par exemple) et les intérêts payés (sur les dépôts, par exemple). S’arrêter uniquement à cette ligne serait un peu simpliste. En effet, on pourrait se dire que si les marges d’intérêt augmentent, la profitabilité de la banque est bonne. Or, entre 2008 et 2009, cette marge avait augmenté en moyenne dans le secteur et nous avons vu que le secteur financier a néanmoins plongé. La marge nette d’intérêt n’est donc pas un bon indicateur en soi. Il faut aussi analyser le différentiel entre les taux d’intérêt à court et à long terme. L’idéal c’est lorsque les taux à court terme sont plus faibles que les taux à long terme.

Ensuite, viennent les commissions perçues et payées. Ces commissions sont des montants qui ne varient pas en fonction de l’évolution des taux d’intérêt. La ligne suivante reprend les gains et pertes sur instruments financiers, c’est à dire les profits et pertes réalisés, par exemple, sur les produits dérivés, les swaps de devises ou de taux. Puis viennent enfin les « Produits et Charges des autres activités » (qui reprennent notamment les « Produits nets de l’activité d’assurance »). Ces quatre éléments constituent le produit net bancaire. Si l’on tient compte des charges d’exploitation (par exemple, des salaires), l’on peut l’assimiler ce résultat grosso modo au résultat d’exploitation dans l’industrie.

Nous arrivons alors à une ligne d’une importance cruciale : le coût du risque. Cette ligne affiche la qualité du portefeuille crédits car elle démontre les pertes réalisées sur les crédits. Le coût du risque correspond au poids des créances, c’est-à-dire des prêts octroyés, non remboursés par l’emprunteur. Ce poste du compte de résultats affiche la qualité de la gestion du risque de la banque. C’est ce poste qui engendre des pertes pour certaines banques européennes. Cette ligne doit donc faire l’objet d’une attention particulière. Il faut surtout bien vérifier le montant des prêts octroyés et leur qualité et, bien sûr, l’évolution de cette qualité. L’étude de ce poste montre qu’une hausse de la marge nette d’intérêts n’entraîne pas mécaniquement une hausse de la rentabilité des capitaux propres !

Dans le compte de résultats, il faut aussi voir les opérations qui ont impacté le bénéfice de façon ponctuelle : dans les charges exceptionnelles, on pense ici aux amendes infligées et dans les produits exceptionnels, aux indemnités de réemploi perçues lors des renégociations des prêts hypothécaires, par exemple. Il faut être conscient qu’il s’agit bien d’un « one shot », d’opérations non récurrentes.

Autre élément à analyser : le ROE (return on equity, rendement sur fonds propres). Les nouvelles réglementations imposées aux banques de la zone euro suite à la crise financière impliquent à la fois une baisse des risques mais aussi… une hausse des fonds propres. Dès lors, si les fonds propres ont augmenté et que les bénéfices ne progressent pas d’autant, le rendement moyen des fonds propres des banques a diminué. On a donc observé, en moyenne, une baisse du bénéfice par action des banques en zone euro. En revanche, le bêta des ces actions a augmenté alors qu’il aurait dû diminuer suite aux réglementations imposées. Aujourd’hui, en zone euro, la rentabilité moyenne des banques est parfois trop faible, ce qui explique pourquoi certaines banques valent moins en bourse que la valeur de leurs capitaux propres.

Les raisons de la faible rentabilité des banques ne doivent pas être cherchées du côté des marges d’intérêt mais plutôt du côté des réglementations qui leur ont imposé des fonds propres plus élevés. Au-delà de la rentabilité de ce secteur, il faut se pencher sur la qualité des crédits en portefeuille. C’est cette piètre qualité qui a été à l’origine de la crise de 2008.

On peut aussi s’interroger sur la part des dettes souveraines dans le bilan des banques. Il y a en effet une relation qui peut s’instaurer entre le risque souverain et la qualité du bilan des banques. On peut aussi s’interroger quant à l’impact d’une hausse des taux d’intérêt sur la valorisation de ces portefeuilles de dettes souveraines détenus par les banques.

En ce qui concerne les institutions qui ne sont pas des banques de détail mais qui sont spécialisées en gestion, il ne faudrait pas croire que l’augmentation des actifs sous gestion est forcément un bon indicateur. En effet, la hausse des actifs peut être due à un effet de marché : si les marchés ont monté, la valeur des actifs peut grimper sans que la banque n’ait de nouveaux clients. De plus, dans la segmentation de la clientèle, si les avoirs sous gestion des institutionnels augmentent alors que les avoirs des particuliers diminuent, il faut se demander si la hausse est suffisante pour compenser la baisse de revenus des sorties de capitaux. En effet, les commissions payées par les clients institutionnels sont généralement plus faibles que celles perçues auprès de la clientèle privée.

Notons encore que le secteur bancaire doit répondre aux normes IFRS qui imposent d’enregistrer les opérations à leur valeur de marché, ce qui soumet ces comptes à des facteurs pro-cycliques.

Et puis, il y a les annexes et toutes les opérations hors bilan des banques. Ici, nous entrons dans une véritable « black box ». Cette partie des comptes d’une banque est particulièrement incompréhensible et peu transparente. A noter enfin, à titre d’exemple, que le document de référence et rapport financier annuel de 2016 de BNP Paribas comprend 560 pages. Difficile pour un néophyte d’en faire une analyse rigoureuse et d’en tirer des conclusions… Et cela vaut pour toutes les banques !

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