Allons-nous au devant d’une récession ?

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Jeff Schulze, CFA, Directeur, Stratégie d’investissement, ClearBridge Investments (une filiale de Legg Mason)

Depuis 1926, en l’espace de 91 ans, la bourse américaine a rapporté 20 % ou plus à 33 occasions (36 %) et a perdu plus de 20 % à six reprises seulement (7 %). Quand les marchés sont si clairement favorables, la crainte de quelques années de vaches maigres est irrationnelle. Mais elle est néanmoins bien enracinée.

Nous n’avons pas connu de mouvements de vente massifs et le S&P 500 a perdu 15 % depuis quatre ans environ.   L’optimisme est flagrant dans les enquêtes de confiance, ce qui est normalement un bon début pour entrevoir le bout du tunnel. Mais au lieu de se figer et d’attendre que la sagesse apaise les esprits, de nombreux investisseurs ont tendance à céder à la peur et à vendre au pire moment possible, voire à se retirer des marchés.

La panique fait prendre de mauvaises décisions : les investissements n’étant pas constants, au cours des 30 dernières années de rendements annualisés, chaque classe d’actifs majeure a offert de meilleurs profits que l’investissement moyen, dont les rendements annualisés s’élèvent à 2,5 % seulement. Cela ne couvre pas l’inflation.

Pour maîtriser le marché à long terme, les investisseurs doivent apprendre à distinguer le bruit des signaux. Les « crises de panique », les replis soudains des marchés, ne sont souvent que du bruit. Pourtant, savoir quand nous allons entrer en récession est un signal, car c’est là que les marchés s’effondrent.

Un krach boursier se définit comme un recul de 20 % ou plus de l’indice Standard & Poor’s 500 durant plus de 12 mois. Trois krachs boursiers se sont produits au cours des 36 dernières années, ainsi qu’un presque-krach. Chacun coïncide avec les quatre dernières récessions.

Nous croyons que la probabilité d’une récession dans les 12 mois à venir est de 20 %.

11 points de données historiquement annonciateurs d’une récession imminente ont été identifiés :

  • Salaires horaires moyens
  • Nouvelles commandes selon l’indice de l’Institute for Supply Management’s Purchasing Managers (M-PMI)
  • Indice des prix de l’énergie et du pétrole
  • Spread des bons du Trésor américain sur 10 ans et sur 3 mois
  • Taux d’impayés non hypothécaires parmi les consommateurs
  • Bénéfices des sociétés (financières et non-financières) en pourcentage du PIB
  • Spread des obligations à haut rendement
  • Permis de construire
  • Force du dollar américain
  • Tendance du travail temporaire
  • Moyenne sur quatre semaines des demandes initiales d’assurance-chômage

Seul un point de données est alarmant : les bénéfices des entreprises.

Les marges bénéficiaires des sociétés ont atteint leur dernier pic en 2014. Historiquement, un tel pic précède une récession. Un rétrécissement des marges bénéficiaires des sociétés peut conduire à une baisse de l’investissement en capital et de l’embauche, à l’origine d’une hausse du chômage, d’une baisse de la consommation courante et d’un ralentissement de la croissance économique. La croissance du chiffre d’affaires des entreprises a été solide cette année et nous pensons qu’elle se maintiendra. Les marges bénéficiaires devraient également rester stables, à un minimum, malgré un coût du travail en possible augmentation.

Tous les autres signes sont positifs.

À l’image des salaires horaires moyens, le coût du travail a augmenté. Une augmentation des salaires horaires est un bon indicateur d’une récession à venir : en moyenne, quand les salaires affichent une croissance égale ou supérieure à 4 %, une récession survient deux ans plus tard. Nous sommes bien en deçà de ce niveau.

Les permis de construire affichent une tendance nettement à la hausse.

Des pics de cours du pétrole précèdent presque toutes les récessions. Très volatil, le prix du pétrole est passé sous les 100 dollars en 2014. Bien que les cours soient en augmentation depuis 2016, ils n’ont pas atteint de niveaux critiques.

Les chiffres du chômage nous montrent seulement d’où nous venons mais pas où nous allons, si bien que la tendance du travail temporaire est un meilleur indicateur de mesure que le chômage : il est en baisse avant un début de récession et remonte quand on en sort. La tendance du travail temporaire demeure à la hausse.

Le M-PMI affiche un encourageant niveau de 58,8 % en août. Au-dessus de 50 %, on parle de croissance, ce qui signifie que les revenus devraient continuer à prendre de l’ampleur.

Les taux obligataires sont en recul mais le taux des bons du Trésor à 10 ans est susceptible d’augmenter.

La valeur du dollar américain continuera de diminuer ou, probablement, de stagner au cours de l’année prochaine ; il a perdu 18 % de sa valeur, en moyenne, après la première hausse des taux directeurs durant les trois derniers cycles de hausse des taux. La faiblesse du dollar est généralement bonne pour l’économie mondiale et pour les actions américaines.

Allons-nous au-devant d’une autre récession ? Peut-être, mais les signes annoncent le contraire.

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