Turquie : le référendum confirme les craintes

Par la Banque Degroof Petercam

Les résultats sont là : Erdogan a convaincu une faible majorité (51,4 %) de son peuple pour la modification de 72 articles de la Constitution turque et renforce ainsi son pouvoir centralisateur. Le Président turc s’octroie donc la possibilité d’étendre à deux mandats supplémentaires son règne et rejoindre les patriarches de long règne des régimes autoritaires comme l’Algérie, le Tchad, le Cameroun ou l’Angola.

Déclin constant des droits civils et libertés

Les résultats du scrutin sont largement contestés pour cause de manipulation et manque de libertés d’expression et confirment le déclin constant ces dernières années des droits et libertés du peuple turc. Selon les ONG réputées en la matière, en particulier Freedom House, le pays enregistre le déclin le plus important des libertés individuelles et droits politiques. L’indice de démocratie, publié par The Economist Intelligence Unit, confirme également cette détérioration des droits depuis le coup d’Etat manqué de son leader le 15 juillet dernier.

L’ONG Freedom House qui travaille avec une centaine d’experts en démocratie et droits de l’homme, compare les pays d’Europe de l’Ouest avec la Turquie, où celle-ci affiche le score le plus bas. Si la Turquie est encore classée partiellement libre au niveau des libertés civiles et droits politiques, la liberté de la presse y est absente depuis plusieurs années. Elle a d’ailleurs perdu sa désignation de démocratie électorale et a reçu lors du dernier classement de l’ONG une tendance négative, ce qui pourrait mener à un abaissement de sa notation démocratique.

La détérioration démocratique en Turquie a été progressive au cours des dernières années. Le pays enregistre d’ailleurs, après la République Centrale d’Afrique, la baisse la plus importante des dix dernières années. En termes de libertés, elle se classe entre la République du Kirghizstan et Madagascar.

Une dette liquide et attrayante

Ce recul constant du respect des valeurs démocratiques est capital dans l’évaluation de l’investissement en Turquie. Conscients du risque relativement élevé, la dette souveraine du pays est souvent appréciée par les investisseurs pour sa liquidité et sa rentabilité et représente près de 8% des indices principaux de la dette souveraine en devise locale. Pour estimer son attractivité, la dette turque est souvent comparée avec l’Afrique du Sud, qui bien qu’elle présente peu de points communs avec la Turquie, offre un profil de liquidité et de rendement similaires pour un risque global comparable.

Un rendement insuffisant face à son profil de durabilité

La Turquie se distingue de l’Afrique du Sud sur une série d’indicateurs de durabilité, notamment en matière de population, répartition des richesses et soins de santé et sur les principaux indicateurs économiques. En effet, l’inégalité sociale y est moindre, la prévention en matière de santé, principalement pour les enfants y est plus grande et se traduit d’ailleurs en une mortalité infantile moindre et une espérance de vie plus longue.

Comparaison entre l’Afrique du Sud et la Turquie selon les 5 piliers de durabilité

Cependant, au cœur de notre modèle de durabilité des pays, se trouve la transparence et les valeurs démocratiques où le pays affiche un score nettement inférieur et parmi les plus bas de l’univers des 87 pays émergents.

Transparence et valeurs démocratiques

Si la dette est théoriquement éligible à l’investissement puisque le pays n’est pas (encore) considéré comme non-libre à l’instar de la Russie ou de la Chine, notre stratégie d’investissement en dettes émergentes locales s’est toujours tenue éloignée de la dette turque.

Les derniers évènements confirment nos craintes et ne laissent pas présager d’un investissement dans un avenir proche.

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2 réponses à Turquie : le référendum confirme les craintes

  1. Sam dit :

    Vous écrivez: Un rendement insuffisant face à son profil de durabilité
    Cela montre une drôle d’éthique : un plus haut rendement aurait-il pu justifier que l’on ferme les yeux sur la durabilité ?

    • I.de.L dit :

      Voici la réponse de Degroof-Petercam:
      Certains investisseurs investissent dans la dette turque car elle est liquide et attrayante. La dette turque est bien représentée dans les indices obligataires (de 3 a 8% des indices JPM en devises fortes et locales respectivement) et donc une grande partie des investisseurs, souvent liés à leurs benchmarks, investira dans cette dette. Ces derniers seront sous-pondérés vus les évènements mais 0% représenterait une trop grande sous-pondération très probablement. Pour ces investisseurs, la dette turque semble liquide et attrayante çàd. un rendement attractif. Dans le paragraphe suivant il est expliqué que considérer ce rendement comme attractif c’est largement sous-estimer les risques en matière de durabilité. Nous pensons que pour ces investisseurs en dette turque actuellement, d un point de cue purement financier, ils devraient exiger un rendement bien supérieur vus les risques encourus.

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