Populisme : causes, dérives et conséquences en portefeuille

Le Brexit, l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis et la montée en puissance des partis extrémistes tant de droite que de gauche démontrent à quel point le populisme et les thèses nationalistes se répandent. Dans ce cadre, on pourrait se poser la question de savoir si la montée de ce phénomène n’est pas due aux effets de la globalisation grandissante de l’économie. Quels en sont les causes et les effets en portefeuille ? Analyse avec Etienne de Callataÿ, Président d’Orcadia Asset Management.

La globalisation aurait-elle contribué à nourrir les discours politiques extrémistes ?

« A priori, l’échange entre individus est bénéfique mais on ne peut pas extrapoler cela au niveau des pays. Les excès et la mauvaise gestion de la globalisation ont certainement contribué à encourager certains discours extrémistes de droite ou de gauche mais il y a aussi des idées fausses concernant cette globalisation. C’est ainsi que le lien entre les pertes d’emplois et la globalisation est souvent beaucoup plus ténu qu’on ne le pense. Mais, il est vrai qu’il y a des choses que l’on aurait dû faire ou des efforts pédagogiques qui auraient dû être entrepris pour mieux expliquer certains éléments », estime Etienne de Callataÿ.

Comment aurait-on pu éviter de telles dérives ?

Sans doute aurait-il été opportun de fournir des efforts didactiques pour expliquer au consommateur occidental qu’il a intérêt à avoir des produits chinois à sa disposition, que le plombier polonais ne prend pas la place du plombier local, qu’il y a un gain pour l’économie américaine à employer des Mexicains et des Iraniens et que les délocalisations ne sont pas aussi importantes qu’il y paraît. « Mais, surtout, les autorités auraient dû prévoir et mettre en place des mesures d’accompagnement plus importantes pour les perdants. Même s’il existe des fonds spécifiques dédiés à cet accompagnement, ils sont dérisoires. Il faut être conscient que la globalisation n’a pas bénéficié à tout le monde », reconnaît Etienne de Callataÿ. Dans certains cas, les gens ont vu le gâteau s’agrandir alors que leur part a diminué.

Les perdants ont éprouvé un sentiment d’injustice qui a trouvé un écho dans les thèses des partis nationalistes. Ce sentiment peut avoir des effets dévastateurs. La globalisation a aussi engendré des distorsions fiscales, sociales et concurrentielles qui ont favorisé la création de grands groupes internationaux et, dans certains cas, une optimisation fiscale qui était préjudiciable à certains pays. La globalisation n’a donc pas été assez encadrée. « Aujourd’hui, on est allé trop loin dans certains domaines comme dans la protection des brevets, la concentration qui mène à la création d’oligopoles. Les populations ont ce sentiment d’avoir perdu le contrôle d’où le slogan « take back control » durant le Brexit », ajoute Etienne de Callataÿ.

Quelles sont les conséquences dans les portefeuilles de cette montée du populisme ?

Le repli sur soi est favorable aux pays dont la balance commerciale est déficitaire et préjudiciable aux états dont la balance est en surplus, c’est à dire qui exportent plus qu’ils n’importent. Le retour du protectionnisme serait donc préjudiciable pour l’Europe et la monnaie unique pourrait connaître une dépréciation. « Le retour du protectionnisme n’est pas une bonne chose pour l’économie en général. Le repli sur soi va affaiblir la croissance en termes réels sur le long terme. Or, ce qui n’est pas bon pour l’économie n’est pas bon pour les entreprises », estime cet économiste. Dans un tel scénario, les rendements réels des valeurs en portefeuille risquent d’en souffrir. La montée des populismes engendre une incertitude qui sera préjudiciable aux entreprises et à un grand nombre d’acteurs économiques. Il faudra donc s’attendre à une baisse des rendements sur le long terme.

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