Economistes célèbres : Quelles sont les théories de Joseph Schumpeter ?

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Au fil du temps et de leur époque, les économistes ont décrit des phénomènes, ont avancé des explications et en ont déduit des théories. Ces théories ont parfois été revues au regard des événements survenus après l’énoncé de ces règles.

Pour mieux comprendre l’économie et la finance, ou pour se rafraîchir tout simplement la mémoire, nous vous emmenons pour quelques courts voyages au pays des grands économistes. Avec l’éclairage d’Etienne de Callataÿ, chargé de cours invité à l’Université de Namur et Président d’Orcadia Asset Management, nous vous invitons à suivre Joseph Schumpeter. Voici une courte synthèse de ses idées.

Quelles sont ses principales théories ?

Joseph Schumpeter est un économiste autrichien né en 1883. Naturalisé Américain, il décède aux Etats-Unis en 1950. Schumpeter est un économiste inclassable : il ne se raccroche pas aux théories de Keynes pas plus qu’à celles de l’économie néo-classique mais il a développé des théories basées sur l’évolution et les changements économiques. Certains n’hésitent pas à le qualifier d’économiste « anticonformiste ». Ardent promoteur de l’entrepreneuriat, il développera la théorie de la destruction créatrice.

Pour Schumpeter, l’innovation et le progrès technique sont les principaux ressorts des progrès économiques. Avec la technologie qui ne cesse d’évoluer, des pans entiers de l’économie sont voués à disparaître et à être remplacés par de nouvelles opportunités de développements. Selon cet économiste, les innovations apparaissent par groupes, par grappes. Lorsqu’une innovation de rupture apparaît (Internet, digitale, biotechnologie,…), elle est suivie par un essaim d’autres inventions qui lui sont liées. De nouveaux cycles industriels sont alors enclenchés provoquant une hausse de la demande d’emplois. Mais ces innovations chassent les entreprises qui sont dépassées, obsolètes et qui doivent alors fermer et licencier. Il en résulte une destruction d’emplois dans ces pans de l’économie qui sont mis sous pression par les innovations. Dans cette théorie, l’entrepreneur est au centre du système capitaliste. Il vient briser l’état stationnaire de l’économie par ses nouvelles techniques. Ces innovations doivent cependant vaincre les résistances pour pouvoir émerger. La croissance est alors conçue comme un mouvement perpétuel de création, destruction et restructuration.

Cependant, ces innovations aboutissent souvent à la création de situations monopolistiques qui ne sont pas décriées par Schumpeter. Selon lui, ces monopoles issus de l’innovation sont nécessaires à la bonne marche de l’économie. Les innovations ont par ailleurs des externalités positives car elles provoquent un effet d’entrainement dans l’économie en général. De plus, ces monopoles ne durent pas car le jeu de la concurrence finit par banaliser les nouveautés.

S’il fallait retenir une phrase pour caractériser l’économiste Schumpeter ce serait : « L’innovation est à la fois source de croissance et facteur de crise : c’est la destruction créatrice ».

Que reste-t-il de l’héritage de Joseph Schumpeter aujourd’hui ?

Schumpeter nous a laissé de nombreux enseignements. Le premier est de ne pas s’accrocher à maintenir à tout prix une entreprise qui est en difficulté et d’accepter la mutation du paysage économique. Les efforts entrepris pour maintenir la sidérurgie à grands renforts d’argent public au lieu d’investir dans une reconversion intelligente montrent à quel point nous n’avons pas tenu compte de cet enseignement. Ensuite, cet économiste attire notre attention aujourd’hui sur le fait qu’il faut accepter les cycles économiques. On peut penser que les banques centrales et les budgets publics doivent lisser la conjoncture mais il faut aussi accepter qu’il y ait une alternance entre des périodes de croissance et de décroissance car les innovations se font par grappes. Il ne faut donc pas abuser à outrance des politiques qui visent la stabilité économique. Schumpeter est aussi très moderne dans sa conception de la disruption. Cela le distingue des économistes classiques. On voit aujourd’hui à quel point il avait raison avec notamment l’émergence des FinTechs qui viennent briser un équilibre dans le secteur financier. Cet économiste visionnaire et anticonformiste insiste sur le fait que l’augmentation du bien-être dans une société vient avant tout des entrepreneurs et pas de l’Etat. Il oppose l’entrepreneur au manager et à l’actionnaire rentier. Le manager est un gestionnaire qui pense à sa carrière. L’actionnaire pense plus à ses revenus qu’à prendre des risques.

Schumpeter nous rappelle à l’ordre : ce qui motive essentiellement les entrepreneurs c’est l’envie d’être créatif plutôt que le seul appât du gain. On constate d’ailleurs qu’aujourd’hui, la plupart des FinTechs ne sont pas encore rentables. Schumpeter invite les sociétés à innover alors qu’aujourd’hui les grandes entreprises ont plutôt peur des innovations. Les situations de monopole ne le dérangent pas, pour autant qu’elles n’empêchent pas d’autres entreprises de venir contester ce monopole. S’il vivait encore, il serait sans doute navré de voir à quel point la concurrence est freinée par la défense de la propriété intellectuelle, par les régulations qui rendent difficilement contestables les acteurs dominants. Ce penseur prône une vision multidisciplinaire et englobante de l’économie. Il avait prédit que la concentration du capital allait engendrer la création de grandes entreprises dominées par des managers, des bureaucrates non-créatifs et que des rentes de situation allaient voir le jour. Cet économiste inclassable nous met en garde : le capitalisme risque de mourir et c’est l’esprit d’entreprise qui pourra le sauver.

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