La malédiction de la courbe des taux ?

@Pexels

Par Vincent Juvyns, Strategist chez J.P. Morgan AM                                                                                                                                

Le différentiel de rendement entre les US Treasuries à 10 ans et à 2 ans a atteint, début novembre, son plus bas niveau depuis octobre 2007 (cf. graphique). Un tel aplatissement de la courbe des taux a de quoi interpeller car, outre le fait que celui-ci nous rappelle le début de la grande crise financière, il est souvent le prélude à une inversion de la courbe, ce qui a historiquement été le signe annonciateur d’une récession, comme ce fut le cas il y a dix ans.

Doit-on dès lors craindre que la malédiction de la courbe des taux nous frappe à nouveau ? Il est encore prématuré pour tirer une telle conclusion car si les taux longs américains restent stables, c’est avant tout en raison des assouplissements quantitatifs des principales banques centrales, alors que les taux courts reflètent quant à eux bel et bien une amélioration des fondamentaux économiques qui a conduit au relèvement progressif du taux directeur de la Fed depuis décembre 2015.

L’aplatissement de la courbe des taux américains est donc davantage la conséquence de facteurs techniques que d’une détérioration économique sous-jacente. Ce qui interpelle néanmoins, c’est que cet aplatissement se produise justement au moment où la banque centrale américaine vient d’annoncer une réduction graduelle de son bilan et l’on aurait dès lors pu penser que cette mesure aurait poussé les taux longs à la hausse.

Cette évolution contre-intuitive des taux longs s’explique par le fait que la Fed est la première grande banque centrale à avoir relevé ses taux et à avoir entamé une réduction de son bilan tandis que ses consœurs, à l’instar de la BoJ ou de la BCE, conservent des taux planchers et continuent d’injecter des liquidités sur leurs marchés obligataires respectifs.

Ainsi, les investisseurs japonais et européens se trouvent toujours confrontés à des taux faibles, voire négatifs dans de nombreux cas, ce qui les incite à chercher des alternatives comme les obligations américaines. Cet intérêt des investisseurs étrangers pour les US Treasuries est corroboré par différentes statistiques comme le rapport « flows of funds » de la Boj ou les données sur les « foreign holders of US Treasuries » produites par la Fed.

Cet aplatissement de la courbe des taux américains est donc paradoxalement bon signe, puisqu’il illustre que la divergence de politique monétaire au niveau mondial permet à la Fed de normaliser sa politique monétaire sans pour autant détériorer les conditions financières aux États-Unis.

Cette situation ne durera cependant pas éternellement. En effet, la BoJ et la BCE devraient tôt ou tard normaliser à leur tour leur politique monétaire, ce qui diminuera l’intérêt de ce « carry trade » car les taux européens et japonais remonteront et ce, sans doute plus vite que les taux américains, ces banques centrales n’ayant pas l’avantage de « first mover » dont a bénéficié la Fed.

À plus court terme ce sont les coûts de couverture de change qui rendent ce « carry trade » moins avantageux. En effet, le coût pour se couvrir, sur une base annuelle, contre les fluctuations du dollar avec des « FX forwards » à 3 mois est actuellement de 2,22% pour les investisseurs européens et 1,97% pour les investisseurs japonais, ce qui ne laisse plus grand-chose des 2,4% de rendement affichés actuellement par les US Treasuries à 10 ans.

L’aplatissement de la courbe des taux observé actuellement aux États-Unis n’est donc vraisemblablement qu’un état transitoire et il est par conséquent prématuré d’y voir le signe d’une récession à venir. En revanche, si cette analyse se révèle correcte, il est grand temps de réduire la duration de son portefeuille obligataire.

Pour en savoir plus sur ce sujet et sur le monde financier et économique, abonnez-vous à la newsletter hebdomadaire ici 

Lire aussi le corner Fenêtre sur le monde

Ce document est fourni à titre d’information uniquement et les opinions qu’il contient ne constituent en aucun cas un conseil ou une recommandation en vue d’acheter ou de céder un quelconque investissement ou intérêt y afférent. Les analyses présentées dans ce document sont le fruit des recherches menées par J.P. Morgan Asset Management, qui a pu les utiliser à ses propres fins. Sauf mention contraire, toutes les données chiffrées, prévisions, opinions, informations sur les tendances des marchés financiers ou techniques et stratégies d’investissement mentionnées dans le présent document sont celles de J.P. Morgan Asset Management à la date de publication du présent document. Elles sont réputées fiables à la date de rédaction. Elles peuvent être modifiées sans que vous n’en soyez avisé. Il est à noter que la valeur d’un investissement et les revenus qui en découlent peuvent évoluer en fonction des conditions de marché. Aucune certitude n’existe quant à la réalisation des prévisions.

 

Ce contenu a été publié dans Divers, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *