Investir en vin, art, ou voitures anciennes, un bon plan ?

Dans un environnement de taux d’intérêt au plancher les investissements alternatifs semblent attrayants. Lors du petit déjeuner financier organisé par La Libre et le blog MoneyStore, Peter Vanden Houte, Chief Economist chez ING Belgique et Jean-François van Houtte, expert en œuvre d’art et administrateur délégué d’Arthès ont analysé les opportunités et risques de ces placements alternatifs. « Certains estiment qu’il est dérangeant de parler d’argent lorsque l’on évoque l’art. Mais le lien entre art et argent est une réalité qu’il ne faut pas nier. On parlera d’investissement s’il y a un espoir de plus-value », rappelle Jean-François van Houtte.

Le marché de l’art est influencé par de nombreux facteurs et l’effet de mode va avoir un impact non négligeable sur les prix. Les catalogues, les médias et les tendances vont aussi venir appuyer les courbes des prix. « Il ne faut également pas perdre de vue l’influence des éléments géopolitiques. Un Brexit dur pourrait, par exemple, changer la position du Royaume-Uni sur ce marché si les importations deviennent plus compliquées. Un véritable boulevard pourrait alors s’ouvrir pour le marché français », prévient cet expert. Il convient aussi de rappeler qu’il n’y pas d’espace Schengen pour ces biens et que les œuvres sont interdites de sortie dans certains pays. Au-delà de ces facteurs propres aux marchés des œuvres d’art, il y a aussi des facteurs économiques. « Ces investissements passion sont également tributaires de l’importance de la richesse mondiale. On a remarqué que le prix des grands crus était lié au PIB des marchés émergents et plus largement au PIB mondial. La hausse du taux de change du dollar va provoquer une hausse des prix des vins et voitures de collection. L’évolution de la bourse va aussi impacter ces marchés des œuvres d’art. Si elle grimpe, l’effet de richesse que cela induit va booster les ventes », explique Peter Vanden Houte. Les taux d’intérêt au plancher poussent également les investisseurs à se tourner vers des placements alternatifs.

Peut-on cependant considérer ces biens comme des valeurs-refuge ? Dans certains cas, les collections peuvent être considérées comme des refuges. Lorsque l’inflation est importante et que les prix de l’art grimpent, on peut les considérer comme une protection contre l’inflation. Certains grands maîtres anciens resteront toujours des placements sûrs et les plus-values peuvent parfois être impressionnantes. « Mais attention toutes les œuvres ne se valent pas ! Un des grands critères d’achat doit être l’acquisition d’une innovation intellectuelle via un medium comme une toile, un papier ou une vidéo. Aujourd’hui, il y a une pléthore d’artistes qui s’inspirent du pop art et le reproduisent. Ceux qui acquièrent ce genre d’œuvres pensent acheter de l’art, mais ils se trompent ! En revanche, un artiste comme Basquiat restera pour la postérité », estime Jean-François van Houtte.

Mais il ne suffit pas d’acquérir une œuvre, il faut aussi pouvoir la revendre et la liquidité de ces acquisitions n’est pas toujours garantie. On peut rapidement brûler une œuvre en la proposant sans succès à la vente. La volatilité de ces marchés est aussi impressionnante et les œuvres peuvent ainsi perdre plus de 15% de leur valeur en quelques années. Rappelons aussi que s’il n’y a pas de vente, il n’y a pas de prix ! On parle toujours de ce qui se vend bien mais il y a peu d’échos relatifs aux œuvres qui ne trouvent pas acquéreur ! Les soubresauts et les variations de prix ne sont pas négligeables sur ce marché. Il ne faut pas se focaliser sur les records car les chutes de prix peuvent aussi être importantes. « Dans ce marché, il vaut mieux privilégier les transactions de gré à gré pour ne pas brûler une œuvre », préconise encore Jean-François van Houtte.

L’acquéreur ne doit pas non plus perdre de vue l’ensemble des frais afférents à la détention de tels biens : frais d’achat et de revente, coûts des assurances, de la sécurité ou de la conservation. Finalement, ces biens peuvent-ils être considérés comme des investissements ? « Ils peuvent certes faire partie du patrimoine mais il faut être attentif à ne pas confondre passion et investissement. Pour ce type de biens, on ne peut compter que sur les plus-values dans des marchés parfois étroits. Il faut aussi savoir que, dans ce cas, le meilleur dividende que l’on en retire est le plaisir de regarder son œuvre d’art », note Peter Vanden Houte. L’acquisition d’une œuvre d’art peut être considérée comme un investissement si son détenteur a une vision patrimoniale à long terme et s’il est conscient qu’il faut aborder ce domaine avec une expertise certaine sachant que le milieu du marché de l’art est étroit et parfois peu liquide. Pour ce type de biens, il faut également veiller à l’aspect de la transmission qui peut s’avérer plus complexe.

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