Quelle vision pour l’Asie ?   

Par Erik JOLY, Economiste en chef chez ABN Amro Private Banking

Les signes d’un revirement positif dans l’industrie mondiale et dans le commerce international sont de plus en plus nombreux. Cette reprise de la croissance mondiale et du commerce international se manifeste également dans les exportations et les importations de l’Asie émergente.

La croissance régionale devrait rester autour des 6 % en 2017-2018, grâce au rétablissement de la croissance en Inde

La croissance en Asie émergente devrait se maintenir à 6 % cette année. Le ralentissement de la croissance en Chine devrait se dérouler très progressivement. La correction attendue du marché immobilier et le durcissement prudent de la politique entraîneront probablement un léger fléchissement du rythme de croissance dans le courant de cette année. Durant cette année politiquement importante (avec un changement radical de la composition du principal comité politique à l’automne), Pékin prendra les mesures nécessaires pour maintenir la croissance à un niveau acceptable.

Bien que l’opération de démonétisation ait réduit la croissance à court terme, l’Inde devrait conserver son statut de géant émergent à la croissance la plus rapide. Nous avons réduit nos prévisions de croissance de 7,5 % à 7,0 % pour l’exercice fiscal 2016, mais tablons sur un retour de la croissance à 7,5 % au cours de l’exercice fiscal 2017. Par ailleurs, l’Inde est devenue moins exposée à une hausse des taux d’intérêt américains. En outre, son degré d’ouverture relativement limité rend le pays moins sensible à une politique commerciale potentiellement plus protectionniste des États-Unis.

Prévisions de croissance revue à la hausse pour plusieurs pays fortement tributaires des exportations

Les prévisions de croissance pour 2017-2018 ont été relevées de 0,5% pour plusieurs pays fortement tributaires des exportations – tels que Hong Kong, Singapour et Taïwan. Cette révision repose essentiellement sur l’accélération de l’activité mondiale et sur les répercussions majeures de fin 2016. Les prévisions de croissance pour la Malaisie ont également été releées, vu que le pays profite d’un redressement de la demande externe et d’une remontée progressive des prix pétroliers. La croissance en 2017 devrait plus ou moins rester identique à celle de l’année dernière pour l’Indonésie (5 %), la Corée du Sud (2,5 %) et la Thaïlande (3 %).

L’inflation de base continue de grimper…

L’indice régional de l’inflation (IPC) est légèrement remonté pour atteindre son niveau le plus élevé depuis 6 mois (2,6 % en glissement annuel) en janvier 2017. Cette progression reflète en partie la hausse des prix du pétrole, des denrées alimentaires et des autres matières premières. Cette évolution est déterminée dans une large mesure par la Chine et l’Inde, bien que l’inflation de base progresse également dans les autres pays émergents d’Asie. En Chine, l’inflation de base a atteint 2,2 % en glissement annuel en janvier, soit le niveau le plus élevé depuis octobre 2011. En Inde également, l’inflation de base a culminé à 2,07 % en glissement annuel en janvier, soit le niveau le plus élevé depuis septembre 2014.

… et l’assouplissement monétaire semble toucher à sa fin

Maintenant que l’inflation (de base) augmente et que la Fed va, selon toute probabilité, relever le taux directeur en 2017 et en 2018, le cycle d’assouplissement monétaire en Asie émergente semble toucher à sa fin. Les quatre principales économies n’ont plus connu de nouvelles baisses du taux directeur depuis octobre 2016. Après avoir baissé le principal taux directeur de 50 points de base au total à 6,25 % en 2016, la Banque centrale indienne n’a plus opéré de changement depuis octobre. Les acteurs du marché avaient tablé sur une nouvelle baisse. En Chine, la Banque centrale (PBoC) a maintenu le principal taux directeur (le taux des prêts à 1 an) constant pendant plus d’un an à 4,35 %. La PBoC a même récemment relevé plusieurs taux d’intérêt pour ses facilités de trésorerie, dans le cadre d’une politique de resserrement prudente visant à endiguer l’endettement excessif et la sortie de capitaux et à maîtriser la pression inflationniste. Dans l’intervalle, la plupart des gouvernements asiatiques ont encore la possibilité, si nécessaire, de mener une politique budgétaire stimulante, vu que les finances publiques se portent relativement bien d’une manière générale.

Les principaux risques persistent

La croissance régionale dans l’Asie émergente devrait se maintenir autour de 6 % en 2017 et en 2018. Outre les risques géopolitiques (relation Chine/États-Unis, mer de Chine méridionale, péninsule coréenne), un certain nombre de risques macrofinanciers importants subsistent :

  1. Surprises négatives liées à une transition chaotique en Chine. Il n’y a pas pas d’atterrissage brutal pour la Chine en 2017-2018 en perspective. Mais le risque de chocs a augmenté avec la présidence de Trump. Le relèvement des taux (directeurs) aux États-Unis combiné à l’incertitude liée à la politique commerciale américaine pourrait entraîner un regain de pression sur le yuan, une délocalisation accrue des capitaux et une nouvelle baisse des réserves de devises chinoises. Les mesures de Pékin visant à ralentir le marché immobilier et à limiter l’endettement pourraient également entraîner de mauvaises surprises. Une erreur stratégique pourrait confronter la Chine à une réduction désordonnée de la dette pouvant s’accompagner d’une baisse de la croissance du PIB plus importante que prévu.
  2. Protectionnisme. Bien que le président Trump ait nommé plusieurs faucons anti-Chine dans son gouvernement, il est probable qu’il renoncera à une sérieuse guerre commerciale, qui pourrait effectivement se retourner contre les États-Unis et ne rendrait pas justice à la relation de force équilibrée entre les deux pays. Il est évident que les risques de baisse existent. La Chine n’est pas le seul pays d’Asie exposé à un protectionnisme accru. Bon nombre de pays tributaires des exportations, dont le modèle de croissance repose sur les chaînes de production mondiales, seraient touchés par un mouvement protectionniste (outre la Chine, Hong Kong, Singapour, Taïwan, la Corée du Sud, la Malaisie, Thaïlande et le Vietnam seraient également concernés).
  3. Durcissement des conditions financières. Jusqu’ici, le Trump tantrum (un dollar plus fort et des taux d’intérêt plus élevés aux États-Unis entraînent une sortie des capitaux des pays émergents) s’est révélé de courte durée. Une hausse majeure (plus élevée que prévu) des taux d’intérêt américains pourrait engendrer une nouvelle vague de reflux de capitaux, voire un durcissement des conditions financières en Asie et une hausse des taux d’intérêt pour les emprunteurs asiatiques. L’Asie émergente est cependant moins sensible à ce type de revers que les pays émergents d’autres régions

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