Populisme, un an après le Brexit où en est-on ?

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Par Talha Khan, Économiste politique chez Capital Group.

Après avoir fait les grands titres il y a un an lors de la victoire du Brexit, le populisme a jeté une ombre sur de nombreux rendez-vous politiques. Dans cet article, nous analysons la suite du scénario pour l’Europe, les effets du populisme aux États-Unis, les facteurs profonds à l’origine de son essor et les conséquences pour les investisseurs.

Le populisme momentanément jugulé en Europe

Le résultat du référendum britannique a fait craindre un effet domino dans le reste de l’UE, comme en témoigne l’appel des partis populistes de France, des Pays-Bas, d’Italie, de Suède, d’Autriche et du Danemark à organiser un référendum sur l’appartenance de leur nation à l’UE. À l’instar du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni qui a persuadé la population de quitter l’Union européenne, les forces populistes parviennent avec peu de représentants élus à influencer les partis dominants et les décisions politiques.

La possibilité que l’économie britannique prospère hors de l’Union pourrait galvaniser les forces populistes de la région, au point d’entraver, voire d’inverser l’intégration européenne. L’élection en 2016 de l’outsider Donald Trump à la tête de la plus grande démocratie occidentale a fait craindre la montée en puissance d’autres populistes en Europe.

Or, c’est peut-être l’inverse qui s’est produit, avec la démonstration récente des dangers du vote protestataire et de l’excès de confiance. Ainsi, selon YouGov, lors des dernières élections législatives britanniques, 57 % des 18-19 ans et 59 % des 20-24 ans ont voté (contre 43 % au même scrutin de 2015). Et dans de nombreux pays ces derniers mois (notamment en France, aux Pays-Bas et en Autriche), les partis populistes n’ont pas atteint les résultats attendus. L’élan proeuropéen engendré par la victoire d’Emmanuel Macron en France a notamment soulagé les partis dominants, qui tentent de freiner la montée de ce mouvement.

Les causes du populisme demeurent (chômage élevé, forte immigration) et le sentiment europhile recule depuis la crise financière de 2008. Pourtant, la popularité de la zone euro reste stable. En outre, les instances européennes recueillent plus de confiance que les gouvernements nationaux. Ainsi, malgré l’insatisfaction générale due à l’orientation de l’UE, personne n’est (encore) prêt à quitter le navire. Les électeurs demandent un changement de cap économique et politique, quitte à recourir au vote sanction pour parvenir à leurs fins. Soulignons toutefois que selon les sondages, la majorité préfère toujours le maintien dans l’UE (et la zone euro, le cas échéant). Et s’il est extrêmement difficile de prévoir les catalyseurs de la désintégration d’une union monétaire, celle-ci résulte généralement d’une décision de ses principaux membres. Dans le cas de l’UE, il faut donc surveiller la situation en Allemagne, en France et en Italie.

Aux États-Unis, le flou persiste

Depuis la victoire de Donald Trump, les investisseurs cherchent à savoir quelles promesses électorales seront honorées, avec quelles conséquences sur la croissance et l’économie en général. Dépenses en infrastructure, assouplissement de la réglementation et réforme fiscale sont toutes des mesures souhaitables. À l’inverse, un durcissement des politiques commerciales et migratoires pourrait freiner la croissance. Pour l’heure, l’incertitude demeure sur tous ces sujets. Le budget 2018 de l’administration Trump prévoit des dépenses d’infrastructure assez modestes, et pas de baisse d’impôt.

En parallèle, M. Trump a signé plusieurs décrets ordonnant un réexamen, voire une limitation de la réglementation en vigueur, mais aucune loi de simplification administrative n’a été proposée. Les restrictions envisagées pour l’immigration se heurtent quant à elles à des contraintes légales, et aucune mesure de politique commerciale n’a encore été prise. On voit donc clairement qu’une fois au pouvoir, les populistes peinent à appliquer leur programme et doivent généralement faire des concessions.

L’insécurité économique et culturelle, un vecteur de populisme

La vague populiste actuelle trouve son origine dans l’insécurité économique et culturelle. Depuis la crise financière mondiale, le chômage européen résiste et les salaires américains stagnent. Les classes populaires voient leurs emplois menacés par la mondialisation et les technologies, et leur identité culturelle, remise en cause par l’immigration.

En Europe, l’afflux de migrants et le terrorisme contribuent à nourrir leur ressentiment, et ils perçoivent leurs gouvernements comme des élites cupides qui ont ignoré la crise financière avant de porter secours à ses responsables, au prix de lourds sacrifices pour les populations.

Selon une étude sur les inégalités de revenu publiée par McKinsey Global Institute1, les revenus des ménages dans les pays développés (États-Unis, Europe occidentale, etc.) ont stagné ou reculé pour la plupart des segments entre

2005 et 2014. Pendant les 12 années précédentes, une progression avait au contraire été constatée pour presque tous les segments.

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