Les marchés financiers ont-ils quelque-chose à gagner d’une victoire électorale des populistes?

@pexels

Par Schroders

Après un repli momentané – provoqué par les résultats du référendum au Royaume-Uni et des élections présidentielles américaines – les marchés financiers sont repartis à la hausse. Les victoires électorales des populistes sont-elles bonnes pour les marchés financiers.

 Il n’est pas simple d’analyser les causes sous-jacentes du récent rallye sur les marchés financiers. Keith Wade relève que les conditions d’un rallye étaient déjà présentes avant les événements politiques de 2016. En effet, la Fed avait relevé son taux d’intérêt d’une manière moins agressive que prévue et adopté un ton modéré. Elle a ainsi soutenu l’espoir que les marchés soient suffisamment liquides. Par ailleurs, les marchés se sont stabilisés grâce à l’ouverture de la Chine concernant la politique de taux de change. On a également assisté, à la fin de l’été 2016, à une reprise synchrone de l’économie mondiale. 

Lorsque les marchés ont appris avec surprise le résultat du référendum Britannique sur la sortie de l’UE et des élections présidentielles américaines, les analystes ont craint un dérapage de la reprise économique et des marchés. Mais le dérapage craint ne s’est finalement pas produit. Comment expliquer la réaction des marchés et la poursuite de la reprise économique? Faut-il s’attendre à d’autres bonnes surprises?

Le résultat du référendum sur le Brexit n’a pas (encore) mis le Royaume-Uni en difficulté

Le fort repli des dépenses des ménages britanniques que l’on avait craint après le référendum ne s’est pas produit. Mais l’incertitude croissante avant et après le référendum peut effectivement avoir un impact sur l’économie. Si l’effet de cette incertitude a été trop faible pour avoir un réel impact, c’est notamment grâce à la politique monétaire accommodante menée par la Banque d’Angleterre au lendemain du référendum et grâce à la chute de la livre britannique.

 S’agissant des prévisions relatives à l’économie britannique, beaucoup de choses vont dépendre du résultat des négociations sur le Brexit. Le Royaume-Uni risque de pâtir de l’incertitude concernant les futures relations commerciales avec l’UE et les pays tiers. Les dépenses en capital, qui ont accusé une baisse au second semestre de 2016, risquent de s’en trouver encore davantage affectées. Le choix du Brexit érode les investissements des entreprises et influence négativement les prestations économiques. Combinée à la baisse de l’immigration, cette situation affecte le potentiel de production du Royaume-Uni.

Les marchés ont une foi énorme en Trump

Aux États-Unis, la situation est moins ambiguë. Le moral des consommateurs et des entreprises a été regonflé à bloc par l’élection de Donald Trump. Les investissements en capital semblent précisément repartir à la hausse. Les marchés des actions ont grimpé en prévision d’une croissance économique plus élevée. Mais comme le cycle de l’économie américaine est déjà fort avancé, une hausse de la demande entraînera fatalement une hausse des salaires et de l’inflation, ce qui n’est pas bon pour la croissance économique. Les investisseurs doivent donc tenir compte d’une hausse de l’inflation et des taux d’intérêt. Une période de stagflation, caractérisée par une hausse de l’inflation et un ralentissement de la croissance, est généralement annonciatrice d’une période difficile pour les investisseurs. Le tableau s’obscurcit encore lorsque Keith Wade prend en compte les valorisations sur les marchés américains des actions.

Les partis populistes ont comme dénominateur commun l’antimondialisation.

Le populisme au Royaume-Uni est différent de celui que l’on connaît aux États-Unis parce que les circonstances ne sont pas les mêmes. Les populistes ont en commun des thèmes récurrents comme la souveraineté, les barrières commerciales et la limitation de l’immigration, ce qui explique la montée du populisme à l’échelle mondiale. On peut les regrouper sous la bannière ’antimondialisation’. 

Le populisme peut être considéré comme un retour en arrière par rapport à la mondialisation. Une économie mondiale dirigée par des populistes se caractérisera par plus de restrictions aux échanges commerciaux et à la mobilité de la main-d’œuvre. Dans une telle configuration, le commerce mondial se tasse et la croissance économique est plus faible. La mondialisation a contribué à un allongement des cycles. Vu sous cet angle, un contexte mondial majoritairement opposé à la mondialisation signifie un raccourcissement des cycles, une hausse de l’inflation et l’obligation pour les banques centrales de jouer un rôle plus actif, sans parler de la volatilité des taux d’intérêt. Les entreprises seront confrontées à des défis plus importants et la croissance salariale sera plus marquée, ce qui aura pour effet de mettre les marges sous pression, à moins que la productivité ne soit améliorée. 

Keith Wade voit plusieurs tendances de ce type se dessiner aux États-Unis et au Royaume-Uni. La politique de Trump est plutôt annonciatrice d’une stagflation. Au Royaume-Uni, l’inflation risque d’être plus élevée à cause de la faiblesse de la livre sterling face aux droits d’importation plus élevés auxquels le pays sera confronté dans quelques années.

Focus sur les élections en Europe

Tous les regards se tournent actuellement vers l’Europe où des partis populistes participent aux prochaines élections en France, en Allemagne et en Italie. Si la France ou l’Italie décident de quitter l’Union européenne, cette sortie provoquera un chaos énorme parce qu’elle implique aussi le démantèlement de la zone euro. Les marchés ne réagiraient pas positivement à un tel scénario. 

Pour l’instant, l’Asie reste relativement préservée des tendances populistes. Le Japon poursuit ses efforts en vue d’arriver à une économie ouverte, tandis que la Chine tente de mettre sur pied un partenariat économique régional entre 16 pays de cette partie du monde. Pendant que l’Occident cède aux sirènes du protectionnisme, l’Orient, avec à sa tête la Chine communiste, a les coudées franches pour devenir le champion du libre échange.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article Global strategy: Is populism good for markets?, qui est un chapitre du rapport Global Markets Perspective – Q2 2017 de Keith Wade, économiste en chef chez Schroders.

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