Pourquoi faut-il s’intéresser maintenant au marché coréen ?

@Pexels

Par Tanguy Kamp, Portfolio Manager chez BLI – Banque de Luxembourg Investments

La Corée est un des rares pays au monde à être passé d’un statut de pays très pauvre à celui de pays riche en seulement quelques décennies. Durant les années 70 et 80, l’économie coréenne a multiplié son PIB par 50. Dans le même temps, des groupes comme Samsung ou Hyundai ont multiplié leurs chiffres d’affaire par 630 et 950. Après avoir connu de telles performances, certains groupes ont du mal à reconnaitre qu’ils ne sont plus dans cette phase de croissance et qu’ils doivent dorénavant penser plus à rémunérer leurs actionnaires.

Avant la crise asiatique de 1997, les grands groupes coréens étaient extrêmement endettés car ils bénéficiaient de crédits avantageux de la part des banques contrôlées elles-mêmes par le gouvernement. Suite à cette crise, le gouvernement était en état de quasi faillite avec la moitié des banques et des Chaebols en cessation de paiement. Après la cure d’austérité imposée par le FMI (Fonds Monétaire International), les mentalités ont changé et une gestion prudente sans dette fut considérée comme plus responsable. Les entreprises se sont alors mises à se désendetter massivement avec pour résultat une structure très conservatrice de leur bilan et en corollaire des rendements sur capitaux relativement faibles.

Suite à la crise asiatique, soulever des capitaux pour financer une acquisition était devenu très compliqué. C’est la raison pour laquelle les autorités ont aboli la loi sur la règle de l’offre obligatoire (MBR) en 1998. Il fût alors possible de prendre le contrôle d’une entreprise sans détenir une partie significative de son capital et surtout sans en payer sa vraie valeur à tous les actionnaires.

Les entreprises coréennes utilisent souvent les liquidités détenues dans leurs bilans pour financer des acquisitions sans considération pour l’intérêt des actionnaires minoritaires. C’est une autre raison pour laquelle les entreprises coréennes regorgent de cash. C’est une source de fonds que les dirigeants peuvent utiliser à leur guise. Cela explique aussi pourquoi ils ne sont pas enclins à payer de plus gros dividendes. Cela augmente leur pouvoir en matière d’acquisition d’actifs sans l’obligation d’en référer aux actionnaires!

Auparavant, le pays taxait les bénéfices non répartis au même titre que les dividendes distribués. Après la crise asiatique, cette loi fût abandonnée dans le but de renforcer la solidité financière des sociétés avec pour conséquence, une accumulation des réserves au sein des bilans des entreprises.

Nous sommes arrivés à la situation actuelle suite à des changements de législation intervenus pour la plupart suite à la crise asiatique. Ces adaptations avaient leur sens dans le contexte de l’époque mais plus aujourd’hui. Les entreprises ont simplement respecté les lois et s’en sont servies à leur avantage.

Pourquoi est-ce intéressant maintenant?

La destitution de l’ex-présidente ainsi que les arrestations du président du groupe Samsung et du patron du fonds de pension (pour corruption) semblent indiquer que les choses pourraient changer. De plus, l’élection récente de Monsieur Moon à la tête de l’Etat sud-coréen est encourageante car la réforme des Chaebols ainsi que le renforcement des droits des actionnaires minoritaires figurent au cœur de son programme. Le nouveau président vient d’ailleurs de nommer le docteur Kim comme nouveau patron de la FTC (commission anti-trust coréenne). Cette personne est connue pour sa volonté de réformer les Chaebols. Si le nouveau gouvernement parvenait à changer les lois obsolètes évoquées supra, cela pourrait bien conduire à une amélioration de la gouvernance d’entreprises, une amélioration du traitement des actionnaires minoritaires, une augmentation des taux de paiements de dividendes et donc une réduction significative de la « décote » coréenne.

Au vu des expériences passées, beaucoup d’investisseurs restent sceptiques sur les éventuelles améliorations de la gouvernance d’entreprises. Actuellement, la probabilité d’un réel changement est plus importante car le gouvernement de M. Moon possède une grande légitimité pour s’attaquer à ce problème. Il suffit de se rappeler les évènements qui ont débouché sur ces élections anticipées comme le rejet par la population de cette structure de gouvernance qui favorise largement un petit groupe d’élites politiques et économiques qui fut à la base du scandale Park-Choi et des nombreuses manifestations qui s’en sont suivies.

L’événement le plus porteur d’espoir fut certainement la décision inattendue de Samsung Electronics d’annuler toutes ses actions propres (treasury shares). Cette annulation va aboutir à une augmentation des BPA (bénéfices par actions) de 13% une fois l’opération terminée. Cette opération, ajoutée aux décisions de procéder à de nouveaux rachats d’actions ainsi que d’augmenter le dividende, est peut-être un signal que les entreprises coréennes vont enfin réaliser des avancées en matière de retour de capitaux aux actionnaires. Si la plus grande société coréenne montre l’exemple, il n’est peut-être pas illusoire de penser que les autres entreprises du pays suivront.

Enfin, il y a énormément de liquidités en attente d’être investies en Corée. On parle de plus de 1000 billions de won (soit près de 1000 milliards de dollars). Dans le même temps, la Banque Centrale de Corée poursuivra probablement sa politique monétaire accommodante.

Tous ces facteurs devraient soutenir le marché pour les prochaines années.

Consulter aussi le corner Perspectives

 

Ce contenu a été publié dans Actualité, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.