Quelle est la valeur de la durabilité dans les économies émergentes ?

Photo126Par la Banque Degroof Petercam

L’analyse de durabilité dans les économies émergentes a tout son sens ! Les cinq piliers suivants définissent la durabilité d’un pays : transparence et valeurs démocratiques (1), population, soins de santé et distribution des richesses (2), environnement (3), éducation/innovation (4) et économie (5). L’enjeu est évidemment de répondre aux particularités des économies émergentes et adapter la méthodologie aux problématiques propres de l’univers.

L’objectif est donc d’identifier les défis majeurs auxquels sont confrontés ces économies afin de retenir celles les plus à mêmes à afficher une croissance durable. Lorsqu’un pays affiche une croissance à deux chiffres alors qu’il ne peut répondre aux besoins primaires et vitaux de sa population, clairement la durabilité de la croissance à moyen et long terme est questionnable.

Les facteurs d’observation se différencient en se concentrant sur les enjeux majeurs de ces économies tels que l’accès à l’eau, l’éducation primaire ou le respect des droits politiques et libertés civiles.

La méthodologie fait l’objet d’une révision semestrielle au sein d’un groupe de réflexion avec des experts externes pour une amélioration constante du modèle. Ainsi sur les trois dernières années, les sources d’information se sont considérablement améliorées et les données sont plus disponibles pour un plus grand nombre de pays. Ensuite, la méthodologie n’a eu de cesse de s’améliorer notamment par l’ajout d’indicateurs supplémentaires et par la couverture croissante des pays qui est passée de 84 à 87 économies émergentes entre 2013 et 2016.

S’il peut paraître précoce aux yeux de certains de se concentrer sur la durabilité sociale, environnementale et de gouvernance des économies dites émergentes puisqu’en pleine révolution de croissance, il est donc pertinent de s’attarder sur la dynamique de croissance et de progrès affichés par ces pays. Ainsi l’aspect évolution doit être partie prenante du modèle d’analyse. Après réflexion et débat nous avons même décidé de rehausser le poids de cette mesure de tendance jusqu’à 50% montrant par là que, dans le contexte des économies émergentes, les progrès enregistrés ces dernières années nous semblent tout aussi importants que le résultat enregistré actuellement.

Si beaucoup pensaient qu’il était précoce de s’interroger sur la durabilité des pays émergents, les analyses de performance de l’univers démontrent la création certaine de valeur d’une telle approche.

D’abord, en se concentrant sur les aspects de transparence et de valeurs démocratiques, la méthodologie permet une première estimation du contexte politique du pays et de sa stabilité en regardant notamment la qualité de ses institutions de gouvernance, sa transparence ou opacité (corruption, liberté de la presse) et le respect des droits primaires de sa population (droits politiques et libertés civiles). Ensuite, l’analyse de la population et de son bien-être permet également de détecter les faiblesses et les points de mécontentement et de soulèvement de la société civile, créant de l’instabilité, peu favorable aux investissements.

L’évolution de certains pays ces trois dernières années est également intéressante au regard de l’actualité. Prenons l’exemple de l’Argentine, qui, récemment, est revenue sur le marché des capitaux internationaux avec un succès surprenant. L’Argentine, qui reste historiquement l’exemple en matière de défaut de paiement pour les détenteurs d’obligations souveraines, est revenue sur les marchés de la dette internationale très récemment avec du papier sur 3, 5, 10 et 30 ans. L’émission, accompagnée d’un relèvement de la note de crédit par les trois principales agences de notation en la matière, a enregistré un franc succès en levant 15 milliards de dollars. Fin mars, le sénat argentin clôturait l’implémentation d’un accord obtenu en février dernier entre le gouvernement et les détenteurs de dette argentine. Ces derniers, victimes de la mise en défaut de paiement tristement célèbre de 2001, avaient refusé la décote de 70% lors des négociations de 2005 et 2010. Cette clôture du dossier était nécessaire pour restaurer l’accès aux marchés des capitaux internationaux à l’Argentine, après 15 ans d’exclusion.

Les différentes démarches sont accueillies positivement par les investisseurs et les agences de notation puisqu’elles laissent espérer une meilleure solvabilité et liquidité du pays. Cependant, l’analyse de durabilité et son évolution sur trois ans ne confirment pas la confiance bien nécessaire pour revenir sur la dette argentine. En effet, la durabilité du pays ne semble pas s’améliorer. Au contraire : le pays perd 17 places sur les trois dernières années. Au niveau de la durabilité économique, le pays se classe en bas de peloton, très loin de son voisin chilien et à l’exception de son déficit courant, affiche des performances bien en-deça de la moyenne de l’univers étudié. Le manque de compétitivité de l’économie souffre fortement des problématiques observées au sein de la transparence et des valeurs démocratiques. En effet, la crise institutionnelle profonde est notamment le résultat d’une inefficience de gouvernance, d’une corruption et d’une problématique d’éthique importante et d’une liberté économique répressive. Le pays affiche une détérioration de son classement en matière de corruption mais aussi au niveau des droits politiques et libertés civiles. L’inégalité au sein de la population est également importante. La prévention santé ainsi que le taux de fécondité sont également sous la moyenne de l’univers analysé. Et l’espérance de vie recule et classe le pays loin derrière son voisin chilien, par exemple.

C’est dans le cadre de l’éducation que les espoirs sont permis et visibles. Bien que les dépenses en la matière restent faibles, la population est lettrée en grande partie, bien davantage qu’au Chili, et le nombre d’enfants ayant achevé le cycle primaire est relativement élevé et supérieur au Chili à nouveau.

Au regard de cette analyse, nous pouvons nous interroger sur la durabilité d’un investissement en dette argentine. Le temps nous dira si l’engagement vers une nouvelle politique est réel.

Comme pour les autres pays, il sera important de se pencher pour les années à venir sur les annonces versus les réalisations, démontrant le véritable engagement d’un pays sur les défis actuels où clairement les autorités publiques ont également un rôle à jouer et une responsabilité à prendre.

Consultez aussi le corner Placements responsables

 

Ce contenu a été publié dans Actualité, Placements responsables, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.