Quels enseignements tirer de trois ans d’analyse de durabilité dans les économies émergentes ?

par défaut 2016-06-15 à 16.00.35Par la Banque Degroof Petercam

En 2013, le niveau de développement des économies émergentes ne semblait pas permettre d’évaluer leur degré de durabilité. Or, après 3 ans d’analyse par nos experts, le sujet semble bien avoir démontré tout son sens !

Une approche adaptée aux enjeux des pays émergents

Afin de répondre aux particularités des économies émergentes, la méthodologie de durabilité a évidemment été adaptée aux problématiques propres de l’univers. Si le modèle repose sur les 5 grands piliers de durabilité – à savoir transparence et valeurs démocratiques (1), population, soins de santé et distribution des richesses (2), environnement (3), éducation/innovation (4) et économie (5) – les facteurs d’observation se différencient en se concentrant sur les enjeux majeurs de ces économies tels que l’accès à l’eau, l’éducation primaire ou le respect des droits politiques et libertés civiles.

par défaut 2016-06-15 à 15.41.39De plus, la méthodologie développée fait l’objet d’une révision semestrielle au sein d’un groupe de réflexion avec des experts externes pour une amélioration constante du modèle. Ainsi, sur les trois dernières années, les sources d’information se sont considérablement améliorées et les données sont davantage disponibles pour un plus grand nombre de pays. Ensuite, la méthodologie n’a eu de cesse de s’améliorer notamment par l’ajout d’indicateurs supplémentaires et par la couverture d’un nombre croissant de pays (passant de 84 à 87 économies émergentes entre 2013 et 2016).

Mesurer la dynamique de l’amélioration, essentiel dans l’univers observé

La dernière amélioration de la méthodologie porte sur le poids de la tendance dans la mesure de performance de durabilité des pays. La tendance a pour objectif de mesurer la dynamique d’un pays afin de s’améliorer sur les différents axes de durabilité et se mesure ici par les progrès enregistrés sur les trois dernières années. Le dernier classement a porté le poids de cette tendance de 25% originellement à 50% aujourd’hui, ç’est à dire que le progrès affiché par un pays a autant d’importance que sa position absolue.

par défaut 2016-06-15 à 15.42.08Une analyse définitivement pertinente !

Si de nombreux observateurs pensaient qu’il était précoce de s’interroger sur la durabilité des pays émergents, les analyses de performance de cet univers démontrent la création certaine de valeur d’une telle approche.

D’abord, en se concentrant sur les aspects de transparence et de valeurs démocratiques, la méthodologie permet une première estimation du contexte politique du pays et de sa stabilité en regardant notamment la qualité de ses institutions de gouvernance, sa transparence ou son opacité (corruption, liberté de la presse) et le respect des droits primaires de sa population (droits politiques et libertés civiles). Ensuite, l’analyse de la population et de son bien-être permet également de détecter les faiblesses et les points de mécontentement et de soulèvement de la société civile, créant de l’instabilité, peu favorable aux investissements.

Dans le cadre d’un investissement en dette souveraine, la performance et la réduction du risque sont au rendez-vous. La contribution du filtre de durabilité est d’autant plus importante que les marchés sont volatils et baissiers et montre la force de l’outil dans l’appréhension des risques.

Une certaine prédictibilité ?

L’évolution de certains pays ces trois dernières années est également intéressante au regard d’un investissement potentiel.

Prenons l’exemple de l’Argentine, qui, récemment, est revenue sur le marché des capitaux internationaux avec un succès surprenant.

L’Argentine, qui reste historiquement l’exemple en matière de défaut de paiement pour les détenteurs d’obligations souveraines, est revenue sur les marchés de la dette internationale très récemment avec du papier sur 3, 5, 10 et 30 ans. L’émission, accompagnée d’un relèvement de la note de crédit par les trois principales agences de notation, a enregistré un franc succès en levant 15 milliards de dollars.

Fin mars, le sénat argentin clôturait l’implémentation d’un accord obtenu en février dernier entre le gouvernement et les détenteurs de dette argentine, victimes de la mise en défaut de paiement tristement célèbre de 2001 et ayant refusé la décote de 70% lors des négociations de 2005 et 2010. Cette clôture du dossier était nécessaire pour restaurer l’accès aux marchés des capitaux internationaux à l’Argentine, après 15 ans d’exclusion.

Les différentes démarches sont accueillies positivement par les investisseurs et par les agences de notation puisqu’elles laissent espérer une meilleure solvabilité et liquidité du pays. Cependant, l’analyse de durabilité et son évolution sur trois ans ne confèrent pas la confiance nécessaire pour revenir sur la dette argentine. En effet, la durabilité du pays ne semble pas s’améliorer. Au contraire, le pays perd 17 places sur les trois dernières années. Au niveau de la durabilité économique, le pays se classe en bas de peloton très loin de son voisin chilien et, à l’exception de son déficit courant, affiche des performances bien en-deça de la moyenne de l’univers étudié. Le manque de compétitivité de l’économie souffre fortement des problématiques observées en matière de transparence et de valeurs démocratiques. En effet, la crise institutionnelle profonde est notamment le résultat d’une inefficience de gouvernance, d’une corruption et d’une problématique d’éthique importante et, dès lors, d’une liberté économique répressive. Le pays affiche une détérioration de son classement en matière de corruption mais aussi au niveau des droits politiques et des libertés civiles. L’inégalité au sein de la population est également importante. La prévention santé ainsi que le taux de fécondité sont également sous la moyenne de l’univers. De plus, l’espérance de vie recule et classe le pays loin derrière son voisin chilien, par exemple.

C’est dans le cadre de l’éducation que les espoirs sont permis et visibles. Bien que les dépenses en la matière restent faibles, la population est lettrée en grande partie, bien davantage qu’au Chili, et le nombre d’enfants ayant achevé le cycle primaire est relativement élevé et supérieur au Chili à nouveau.

La dette argentine se traite à l’heure de la rédaction de cet article non loin des niveaux de la dette brésilienne, niveau difficile à justifier d’un point de vue durable.

Sur les trois dernières années, il faut également mettre en avant les résultats concrets des Millenium Development Goals, notamment très visibles au niveau de la mortalité infantile, l’éducation (l’accès à l’enseignment), l’accès à l’eau et la réduction de la pauvreté. Les résultats atteints combinés avec la hausse du critère de tendance à 50% permettent à certains pays, notamment africains, à sensiblement remonter dans le classement. Il faudra regarder de près les successeurs des Millenium Development Goals, à savoir les Sustainable Development Goals et ne pas sous estimer leur impact direct sur les axes de durabilité

Indéniablement, une analyse de durabilité apporte de la valeur ajoutée à toute décision d’investissement.

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