Pouvoir d’achat : Pour la création d’un indice de « protection sociale »

DSCN1584Avec le revenu disponible, l’indice des prix est la deuxième composante du pouvoir d’achat. Cet indice des prix est calculé en fonction d’un panier de biens qui est défini de façon objective. Les produits retenus, les témoins et les méthodes des relevés font l’objet de tractations au sein de la Commission de l’indice. Ceci ne veut pas dire que les choix qui en résultent sont arbitraires, mais ils sont, en tout cas, le résultat de compromis socio-économico-politiques. On constate qu’en réalité, on ne tient pas compte, dans ce panier, ni des prix relatifs ni des comportements des consommateurs.

Ces calculs ont des effets négatifs pour les populations les plus fragilisées car leus paniers réels sont souvent assez rigides. En effet, pour cette partie de la population, le loyer, la nourriture et l’énergie correspondent souvent à plus de 80% du revenu disponible et ces biens ont eu tendance à augmenter davantage. L’inflation d’un panier moyen ne correspond pas à celle du panier des plus faibles revenus. On a ainsi assisté à une diminution des prix des voyages, des loisirs et des biens électroniques qui sont plutôt consommés par la population la plus aisée. Les personnes de milieux défavorisés habitent en général dans des logements moins bien isolés qui induisent des frais de chauffage plus élevés. Il est courant de dire que les pauvres payent tout plus cher. A titre d’exemple, ne bénéficiant pas de voitures, ils sont souvent contraints de faire leurs achats en moindre quantité ou à la pièce (dont le prix est plus élevé), dans des commerces de proximité plus chers que les grandes surfaces. La stricte indexation sur base d’un panier moyen défini arbitrairement ne correspond donc pas au mode de vie des plus défavorisés. En général, on constate que le mécanisme d’indexation sur base d’un panier de consommation moyen aura tendance à être plus favorable aux classes sociales aisées.

Par ailleurs, le panier moyen auquel il est fait référence est un concept qui ne fait pas la distinction entre les besoins et les préférences. On peut ainsi distinguer plusieurs types de consommation : la consommation contrainte et la consommation plaisir. Dans la consommation, il y a une part de biens et services qui sont achetés sur base de la contrainte sociale. On distingue alors le pouvoir d’achat du « vouloir d’achat ». Le vouloir d’achat est présent surtout dans la consommation contrainte pour des raisons de statut social (il « faut » que les enfants portent tel type de chaussures, il « faut » avoir un téléviseur à écran plat, il « faut » avoir un Smartphone pour être reconnu socialement). Comment tenir compte de toutes ces données dans le calcul du pouvoir d’achat ? Comment rendre ce calcul plus subjectif ?

Que préconisent les économistes de l’Economic Prospective Club ?

Les populations à faibles revenus sont désavantagées par le calcul actuel de l’indice des prix car leur mode de consommation ne correspond pas au panier de biens habituellement utilisé pour ce calcul. Bien qu’il ne soit pas toujours indiqué de créer une multitude d’indices différents, les économistes estiment cependant qu’il semble opportun, pour des questions d’équité, de créer un indice des prix sur base d’un panier de biens qui correspondrait mieux à celui de la classe aux revenus les plus faibles. Il permettrait ainsi d’ajuster l’indexation des salaires, des prix, des loyers aux modes de consommation des plus défavorisés. Cet indice que l’on peut qualifier de « protection sociale » devrait permettre de protéger cette partie de la population contre des baisses de pouvoir d’achat. En effet, l’indexation actuelle n’est pas garante de cette protection sociale puisqu’elle se base sur un panier qui ne correspond pas à celui des plus démunis. Tous les mécanismes d’indexation en Belgique se baseraient dès lors sur ce nouvel indice de protection sociale.

La construction de cet indice adapté devra se faire sur base d’une analyse des habitudes de consommation de ces ménages-types : loyers, énergie, dépenses alimentaires, de vêtements,… Il conviendra aussi d’intégrer dans cet indice les dépenses contraintes ou imposées à cette classe sociale comme, par exemple, l’achat des fournitures scolaires. Le but poursuivi par la création d’un tel indice serait d’éviter que la situation des plus pauvres ne s’aggrave en raison d’une mauvaise prise en compte de leurs habitudes de vie. Cette méthode de calcul permettrait d’ajuster, de rendre plus juste et plus équitable le calcul de l’indice des prix des plus démunis et donc d’ajuster leur pouvoir d’achat à leurs réalités quotidiennes.

Economistes Coq 2016

Pour en savoir plus : Consultez le document complet « Pistes et éclairages économiques-Pour une nouvelle conception du pouvoir d’achat »

 

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