Pouvoir d’achat : copie à revoir pour le revenu disponible !

IMG_0707Il convient d’analyser le pouvoir d’achat à travers ses deux composantes : le revenu disponible réel et le coût de la vie. Or, à bien des égards, le pouvoir d’achat objectif n’est pas bien mesuré. En matière de revenu disponible, plusieurs déficiences peuvent ainsi être relevées. S’entendre sur ce qu’est le revenu disponible n’est pas chose aisée.

En Belgique, les statistiques relatives au calcul des revenus des habitants sont lacunaires et la mesure du pouvoir d’achat n’est, de ce fait, pas toujours cohérente. Une première remarque peut être apportée concernant les échelles d’équivalence (voir définition ci-contre). En effet, on constate que les échelles d’équivalence qui sont utilisées pour définir les revenus minima ou les allocations sociales diffèrent selon les types d’allocations.

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NB : Le tableau se lit de la manière suivante. Supposons une personne seule dans différentes situations. Que devient son revenu si elle accueille une personne adulte supplémentaire sans revenus ?

Ces échelles d’équivalence ne sont cependant jamais remises en cause. Or, les notions d’inégalités sont biaisées par des mesures qui sont imparfaites. Il serait donc opportun de définir des échelles d’équivalence qui soient cohérentes et identiques quelque soit le revenu ou l’allocation sociale. Nous sommes également face à un autre défi : en Belgique, nous ne connaissons pas la répartition exacte des revenus. Malgré cette carence, les études révèlent des inégalités. On constate qu’à situations de ménage égales et à revenus égaux, les gens ne paient pas la même somme d’impôts selon la provenance de leurs revenus : salaire, pension, loyers, revenus mobiliers,…

Une autre lacune peut être relevée. Le pouvoir d’achat des individus d’une nation ne tient pas compte d’une composante essentielle : la consommation de biens collectifs tels que, par exemple, l’enseignement, la culture, les soins de santé, l’infrastructure routière,… Si un contribuable paye proportionnellement beaucoup d’impôts par rapport aux habitants d’un autre pays, son revenu disponible et son pouvoir d’achat seront apparemment moindres que ceux du contribuable de cet autre pays. Cependant, si grâce à ce prélèvement fiscal plus élevé, ce citoyen bénéficie d’un accès à l’enseignement supérieur gratuit, à des soins de santé de qualité dont le coût est majoritairement supporté par l’Etat ou à un réseau d’autoroutes et de transports en commun de qualité, son pouvoir d’achat sera, en réalité, supérieur à celui du contribuable d’un autre pays qui aura payé moins d’impôts mais qui ne bénéficiera pas d’un accès à autant de biens collectifs de qualité. Il faut donc revoir et ajuster la façon dont le revenu disponible est calculé.

 Que proposent les économistes de l’Economic Prospective Club ?

Les économistes préconisent plusieurs pistes pour améliorer l’appréhension du revenu disponible. Le problème des échelles d’équivalence a été souligné et il paraît urgent d’harmoniser, pour tous les types de revenus, les incohérences relevées dans ces échelles d’équivalence. Il faut accorder la manière dont on tient compte de la taille des ménages dans le calcul des revenus sociaux quels qu’ils soient. Une réflexion sur l’échelle d’équivalence devrait ainsi être entamée dans les institutions appropriées, et en particulier à l’OCDE. Il convient aussi d’harmoniser les montants des allocations sociales liés à la présence d’un second adulte dans les ménages. Une recherche devrait aussi être lancée sur la pertinence d’une différenciation des échelles d’équivalence selon les catégories sociales et selon les niveaux de revenus.

Il serait aussi souhaitable d’avoir une approche plus juste et plus fine des finances publiques qui tienne compte de la composante intergénérationnelle. Doit-on défendre le pouvoir d’achat actuel à tout prix ? Et surtout au prix du pouvoir d’achat des générations qui nous suivent ? En effet, dans le cadre de la transmission intergénérationnelle, l’importance des dépenses publiques différées aura un impact sur les générations futures. Il y a lieu d’analyser et de faire les corrections nécessaires concernant les éléments qui ont un impact sur le pouvoir d’achat transgénérationnel (par exemple, l’arrêt des centrales nucléaires,…). Il faut aussi tenir davantage compte dans le calcul du pouvoir d’achat des services reçus par les citoyens grâce aux impôts payés et de construire un indicateur qui calcule de façon exacte cet impact (indicateur Molinari corrigé). Une fois de plus, les recommandations vont dans le sens d’accroître la vitesse du désendettement public. En marge de ce désendettement souhaité, l’attention est une nouvelle fois attirée sur la nécessité de rendre les données publiques accessibles à tous en toute transparence de façon à pouvoir effectuer les mesures de façon correcte et pour prendre les décisions les plus appropriées à la situation économique réelle des personnes.

Economistes Coq 2016

Pour en savoir plus : Consultez le document complet « Pistes et éclairages économiques-Pour une nouvelle conception du pouvoir d’achat »

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