Quel avenir pour le pouvoir d’achat ?

Photo007#1Le revenu disponible réel des Belges, qui est, rappelons-le une des composantes du pouvoir d’achat, devrait augmenter moins rapidement que la moyenne des pays de la zone euro. Les créations d’emploi de ces dernières années se sont concentrées dans les secteurs à forte intensité de travail à temps réduit, augmentant ainsi le pourcentage de travailleurs à temps partiel. Cette évolution s’explique principalement par l’augmentation du nombre de travailleurs à temps partiel dans des secteurs comme la santé, l’action sociale et les titres-services.

 L’évolution du pouvoir d’achat variera également en fonction des gains de productivité et des évolutions technologiques. En ce qui concerne les gains de productivité, ce n’est pas gagné. Le constat est clair, confirmé par de nombreuses études : les gains de productivité, mesurés par l’évolution du rapport PIB/nombre d’heures de travail, sont de plus en plus « maigres ». Après avoir connu une tendance à la hausse jusqu’en 1972 (à la veille du premier choc pétrolier), la tendance est à l’affaiblissement des gains de productivité depuis lors. Ils sont depuis 2007 inférieurs à 1% par an après avoir été cantonnés entre 1 et 2% par an pendant une quinzaine d’années. Par ailleurs, on doit également s’attendre à un plafonnement des gains de productivité liés à une hausse du niveau d’éducation mais aussi au vieillissement de la population. Avec ce niveau de gains de productivité, et sans changement dans la répartition de la valeur ajoutée, on n’a même pas de quoi payer les augmentations salariales « au fil de l’eau » (ancienneté, promotions…), ce qui aura un impact sur le revenu disponible futur et donc sur le pouvoir d’achat.

Par ailleurs, on est sur le point d’automatiser un grand nombre de métiers supplémentaires. Il y a une tendance à sous-estimer l’impact de cette nouvelle révolution technologique sur le chômage. Se pose alors la question : la mécanique à l’œuvre depuis fort longtemps (la destruction créatrice) permettra-t-elle à l’avenir d’assurer assez de travail pour tous ? D’aucuns sont (plutôt) optimistes, en tablant sur les effets stimulants d’une révolution technologique et organisationnelle qui ne ferait que décoller, d’autres en doutent, estimant que la balance des créations et destructions d’emplois sera négative. Bien sûr, l’esprit humain ne va pas cesser de réfléchir, d’innover, d’améliorer. Il y aura des gains de productivité, et pas seulement dans les usines, mais aussi dans les bureaux, les classes et les hôpitaux. Toutefois, pour que l’augmentation de la productivité soit bonne pour le pouvoir d’achat, il faut qu’elle ne soit pas obtenue par une suppression d’emplois non compensée par des créations ailleurs. Or, il ressort de différentes études récentes qu’il est plus aisé de voir les emplois qui sont menacés que les nouveaux métiers qui émergent. Cependant, il faut se souvenir qu’il en a toujours été ainsi, comme en témoignent, par exemple, les troubles sociaux qui ont accompagné les premiers métiers à tisser, et qu’au total la technologie n’a pas appauvri mais enrichi les travailleurs.

En conclusion, nous inaugurons un cycle long de croissance lente dans lequel la fin des adjuvants des dettes publiques a sonné. Nous entrons dans une phase où il faudra impérativement réduire les taux d’endettement et tenir compte (enfin !) de l’impact de notre dette environnementale. Rien ne nous permet cependant de parier aujourd’hui sur une progression ou sur un effondrement du pouvoir d’achat. Mais si nous voulons vivre aujourd’hui dans une société plus ouverte et plus équitable pour les plus démunis, si nous voulons transmettre à nos enfants une société plus saine et plus viable, nous devons prendre des mesures aujourd’hui pour « moderniser » une des composantes essentielles du bien-être : le pouvoir d’achat. Il en va du futur des générations qui nous suivent.

Economistes Coq 2016

Pour en savoir plus : Consultez le document complet « Pistes et éclairages économiques-Pour une nouvelle conception du pouvoir d’achat »

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