Brexit : quel impact au niveau durabilité ?

img_2074Par Degroof Petercam

Le Brexit a fait couler beaucoup d’encre, avant et après l’annonce du 23 juin dernier.

Même s’il reste de nombreuses incertitudes sur les conséquences mais aussi sur les modalités de sortie – notamment le délai –, nous pouvons toutefois nous interroger au sujet de l’impact potentiel des engagements environnementaux, sociaux et de gouvernance pris par le pays, et en particulier l’impact sur l’accord de Paris de décembre dernier.

L’engagement vis-à-vis de la Conférence Onusienne sur le Climat (COP 21) à Paris s’est fait au niveau de l’Union Européenne.

Au-delà de l’objectif 2020[1], l’UE a défini son objectif 2030. C’est-à-dire, 40% de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), 27% d’amélioration de l’efficacité énergétique et 27% comme part des renouvelables dans l’offre énergétique primaire. Cet objectif a été défini, le Royaume-Uni inclus, et s’articule autour de deux axes principaux: la réduction de GES et la part des renouvelables dans l’offre énergétique. Si le Royaume-Uni est en retard sur le deuxième axe, il est parmi les bons élèves sur le premier et son retrait de l’Union Européenne impacte l’engagement pris pour 2030.

En effet, si le Royaume-Uni ne compte plus dans les statistiques agrégées de l’Union Européenne, cette dernière sera contrainte de, soit revoir à la baisse son engagement, soit demander un effort plus important pour les membres restants afin de compenser. En effet, selon les calculs de HSBC, pour atteindre l’objectif de réduction de 40% des émissions de GES, les Etats Membres devraient contribuer à une réduction supplémentaire de 7.6%. Cela peut sembler dérisoire à partager entre 27 états. Cependant, face à la résistance de certains pays gros émetteurs, la tâche n’est pas aisée. De plus, la voix des membres gros émetteurs ayant affiché un certain scepticisme climatique, notamment le bloc de l’Europe de l’Est, s’accroit au sein du Parlement Européen avec le retrait du Royaume-Uni. Ce qui met en péril un engagement vers davantage d’efforts et donc d’investissements plus importants pour décarboniser leurs systèmes énergétiques.

Si cela avait néanmoins lieu, il faudra supposer également un impact plus important pour les sociétés et industries actives dans les Etats Membres contraintes de contribuer à la transition énergétique. Nous pourrions même pousser le scénario plus loin et envisager quelques délocalisations vers les réglementations plus laxistes en termes d’émissions. Un peu ce que nous voyons sur le terrain fiscal… au pays le plus offrant…

L’Union Européenne peut également annoncer une révision à la baisse de son engagement, un message qui serait bien négatif vue l’importance de l’enjeu et l’urgence d’agir.

Cependant, le Royaume-Uni, avec ou sans l’Union Européenne, peut également s’engager fortement sur la voie du changement climatique. Il faut en effet souligner que le pays a adopté en 2008 le Climate Change Act qui reste toujours d’application et vise une réduction de 80% des GES d’ici 2050. Ensuite, le comité sur le changement climatique est bel et bien existant au niveau national et travaille aux engagements du pays en matière de réduction de GES et d’efficacité énergétique. Comme souligné plus haut, le Royaume-Uni a atteint des résultats significatifs en la matière. Sur la période 1990-2014, la consommation énergétique du pays a baissé de 10% alors que le PIB augmentait de 65%. A titre de comparaison, la moyenne pour l’Union Européenne des 28 Membres représentait une baisse de 4% de la consommation pour une augmentation du PIB de 49%. Enfin, le Royaume-Uni peut ratifier l’Accord de Paris à titre individuel comme tout autre pays.

Le Royaume-Uni surperforme l’UE en matière d’efficacité énergétique sur la période 1990-2014

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En matière de renouvelables cependant, le pays a des progrès à faire et ne pose aucun risque de retard dans les objectifs de l’Union Européenne. En effet, les énergies renouvelables ne représentaient que 6.93% de l’offre en énergie primaire au Royaume-Uni comparée à 12.53% pour l’Union Européenne en 2014. Les évolutions, et notamment l’engagement du gouvernement vers plus de nucléaire et de gaz, laissent penser que le pays n’atteindra ni l’objectif de 2020 ni celui de 2030.

Les nombreuses incertitudes planant sur le Brexit soulèvent également plusieurs questions sur l’impact potentiel en matière d’engagement environnemental en particulier l’Accord de Paris, jugé historique pour la prise en compte du risque carbone.

Si les incertitudes règnent également ici et que plusieurs scénarii sont possibles, il faut reconnaître que le risque principal à court terme réside dans le retard de ratification de l’Union Européenne de l’Accord. Pour rappel, l’Accord obtenu en décembre dernier entrera en vigueur s’il est ratifié par au moins 55 parties représentant minimum 55% des émissions globales de la planète. Bien que 197 parties l’aient adopté aujourd’hui, la ratification fin juin ne comptait que 19 parties représentant 0.18% des émissions globales. L’Union Européenne devait compter pour 28 Etats Membres et 12.1% des émissions et être dès lors un contributeur important au succès de la ratification. Le Brexit retarde cette ratification et dès lors éloigne l’objectif des 55 parties et 55% des émissions. Si le climat n’est pas la priorité des discussions de modalités de sortie, il n’en reste pas moins que le changement climatique a lieu aujourd’hui et demande une réponse globale, ambitieuse et rapide.

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[1] l’UE s’engage à une réduction de 20% de ses émissions de gaz à effet de serre, 20% d’optimisation de l’efficacité énergétique et que les renouvelables représentent 20% de l’approvisionnement énergétique. Les objectifs énumérés s’entendent par rapport à l’année de référence 1990.

 


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