Viva Latin America ?

IMG_1936Par Erik Joly, ABN AMRO Private Banking

L’année dernière, bon nombre d’analystes partaient de l’hypothèse que l’Amérique latine allait connaître en 2016 une croissance aux alentours de 0.8%. Aujourd’hui, ce chiffre relativement modeste, nous semble encore trop optimiste. Nous tablons maintenant sur une croissance régionale, négative de -0.50%. Qu’est-ce qui fait, que ces économies régionales ne parviennent qu’à reprendre difficilement des couleurs ?

Dans pratiquement tous les pays de la région, à l’exception du Mexique, la confiance aussi bien des consommateurs que des producteurs, est en chute libre. Le Brésil se voit confronté à une instabilité politique et économique sans précédent. Le ralentissement économique et la flambée des taux ont fait exploser le déficit public et mettent en péril la crédibilité du pays. De plus, le scandale qui a frappé de plein fouet la compagnie pétrolière Petrobras continue à faire des vagues. Au Chili, le pays avec la dette la moins importante de la région (moins de 20 pourcent du PIB), l’arrivée au pouvoir de la présidente socialiste Michelle Bachelet n’a pas arrangé les choses. Des scandales de corruption liés à la famille présidentielle, mais surtout les réformes économiques annoncées par le gouvernement de centre gauche ont lourdement affecté la confiance des acteurs économiques. Tout cela fait que les investissements régressent (moins d’un demi pourcent en 2015). Selon nous, il n’y aura pas d’amélioration en vue avant les élections présidentielles prévues en 2017.

La Chine devient un partenaire commercial de plus en plus important pour l’Amérique Latine. La faiblesse des prix des matières premières, résultant d’une demande nettement moins importante en provenance de ce pays, n’explique qu’en partie le malaise généralisé de la région. C’est aussi la croissance moindre aux Etats Unis qui est un facteur déterminant. Ce pays compte pour plus de 80% des exportations mexicaines. Ce chiffre avoisine les 30% pour la Colombie. La chute du prix du pétrole affecte également les finances publics de ces deux pays. Les investissements dans le secteur pétrolier sont devenus quasiment inexistants. Pour le Mexique, la croissance attendue pour 2016 ne dépasse plus les 2%.

Tous les pays de la région sans exception ont assisté à une dépréciation de leurs devises respectives, créant ainsi des tensions inflationnistes et ce malgré une croissance molle. Certains pays, comme la Colombie et le Perou, ont été touchés par les effets pervers d’El Nino. Ce phénomène météorologique a eu un impact négatif sur les prix des denrées alimentaires. En matière d’inflation, il y a d’énormes différences entre les différents pays. Le Mexique, par exemple, bénéficie d’une inflation relativement modérée. A l’autre extrême du spectre se situent l’Argentine et le Venezuela. En Argentine, l’année dernière, les prix ont monté de plus de 30% et au Venezuela la hausse des prix était de plus de 100%. Au Chili et au Perou, les prix ont progressé dans le courant du mois de janvier de respectivement 4.8 et 4.6 % bien au-delà des objectifs, qui avaient été fixés par les banques centrales.

Afin de combattre une inflation, parfois galopante, les banques centrales ont décidé de relever leurs taux directeurs. Plus que les autres pays émergents, l’Amérique Latine est particulièrement sensible à l’évolution des taux aux Etats-Unis. Raison pour laquelle, même la banque centrale du Mexique (pays qui est le moins touché par l’inflation) a décidé de suivre le mouvement enclenché par la Federal Reserve. Elle a donc décidé, à son tour, d’augmenter son taux directeur de 25 points de base en décembre 2015. Puisque nous estimons que la Fed ne procédera plus à d’autres relèvements dans le courant de cette année, le Mexique devrait faire suivre cette tendance. Il n’en va pas de même pour d’autres pays comme le Brésil, le Pérou, la Colombie ou encore le Chili. Après les chutes sévères dont plusieurs pays ont été victimes, nous tablons sur une stabilisation, voire une légère appréciation de plusieurs devises régionales.

L’Amérique Latine a connu deux années difficiles. Il est fort probable que la croissance restera également négative en 2016. Nous nous attendons à un retour à la normale, c’est-à-dire à une croissance positive, à partir de 2017. Les différentes économies restent cependant fortement sensibles à l’évolution des prix des matières premières, ainsi qu’à l’évolution de la croissance mondiale. De plus, la situation des finances publiques ne permet actuellement pas de faire les investissements nécessaires dans l’infrastructure. Une épée de damoclès pour le long terme….

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