To Brexit or not to Brexit !

Photo003#3Par Erik Joly, Office Head Investment, ABN AMRO Private Banking

Dans moins de trois mois, les Britanniques se rendront aux urnes pour se prononcer par référendum pour ou contre le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne. Les sondages prédisent un coude-à-coude entre les partisans et les opposants du retrait. La plupart des entreprises semblent en tout cas soutenir le maintien de leur pays dans l’UE. C’est ce qui est récemment ressorti d’une consultation effectuée par la Confédération de l’industrie britannique : une vaste majorité des entreprises participantes optent résolument pour le maintien. Et un certain nombre d’institutions financières influentes avaient déjà fait savoir qu’elles tourneraient le dos à Londres si le Brexit devenait réalité. Mais l’issue d’un tel référendum demeure très incertaine.

Notre scénario de base part de l’hypothèse selon laquelle le Royaume-Uni reste dans l’UE, et nous lui attribuons une probabilité de 65 %. Par ailleurs, nous avons identifié quatre scénarios de Brexit dont nous pensons qu’il existe une probabilité de 35 % que l’un d’eux se réalise un jour. Ces scénarios de Brexit envisagent surtout les conséquences économiques et financières jusqu’en mai 2017, tout en sachant pertinemment bien que les négociations entre le Royaume-Uni et l’UE risquent de se prolonger bien au-delà ; peut-être deux ans dans l’éventualité d’une sortie au second semestre 2018 et sans doute encore plusieurs années après celle-ci.

Scénario de base : le Royaume-Uni reste dans l’UE (probabilité de 65 %)

Bien que les conservateurs britanniques soient très partagés, la consigne de vote officielle du gouvernement est de dire oui au maintien. Tant le Premier ministre Cameron, que la plupart des membres de son gouvernement, que la majorité des autres partis politiques mèneront campagne pour le maintien de la situation actuelle. Ce scénario prévoit un ralentissement de la croissance économique au cours des six premiers mois de cette année. L’incertitude relative au référendum grèverait les investissements tout en ayant également des effets négatifs sur une économie mondiale déjà affaiblie. En conséquence, la Banque d’Angleterre se trouverait en position de ne pouvoir faire que du surplace. Au second semestre, l’économie britannique remonterait la pente. Les prévisions concernant le PIB britannique de cette année envisagent une hausse de 1,6 % (contre 2,2 % l’an dernier) puis de 2,5 % en 2017. Les conséquences économiques sur la zone euro seraient négligeables. En ce qui concerne l’évolution des taux de change, la paire de devises eur/gbp atteindrait un taux de 0,78 préalablement au référendum pour ensuite reculer à 0,71.

Scénario de Brexit 1 : sortie anarchique sans contagion au reste de l’UE (probabilité de 15 %)

Si Brexit il y a, il s’agirait du scénario le plus probable des quatre. Si les Britanniques optaient réellement pour la sortie de l’UE, les marchés devraient se préparer à de longues et pénibles négociations pour établir les conditions du retrait. Dans ce cas, il est probable que les entreprises et les investisseurs partiraient du principe que la poursuite du libre-échange est impossible et qu’ils adapteraient leur posture en ce sens. Certains membres de l’UE pourraient tenter d’en tirer parti au profit de leur secteur financier, mais fondamentalement, nul doute sur le fait que l’EU adopterait une position particulièrement dure au cours des négociations afin d’éviter que l’exemple britannique ne fasse des émules parmi les autres États membres mécontents de l’UE. Le Royaume-Uni ne pourrait plus bénéficier de la libre circulation des personnes ; c’est ce que l’UE exigerait comme condition en contrepartie de l’accès total au marché intérieur.

L’incertitude relative aux futures entraves commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni aurait une influence négative sur les investissements étrangers et l’emploi. L’économie britannique entrerait alors en récession et la Banque d’Angleterre devrait se résoudre à mener une politique de stimulation monétaire. La prime de risque de la livre sterling ainsi que les actions augmenteraient, ce qui engendrerait une perte de valeur. L’an prochain, le PIB britannique perdrait 2,5 points de pourcentage comparé à celui du scénario de base. La paire de devises eur/gbp se dirigerait vraisemblablement vers un taux de 0,95 alors que l’effet négatif sur le PIB de la zone euro en 2017 s’élèverait apparemment à un quart de pour cent.

Scénario de Brexit 2 : sortie anarchique avec contagion au reste de l’UE (probabilité de 5 %)

C’est de loin le scénario le plus défavorable. La sortie du Royaume-Uni de l’UE donnerait du grain à moudre aux mouvements eurosceptiques dans le reste de l’Europe. Il est possible que les gouvernements de ces pays soient mis sous pression pour organiser à leur tour un référendum, ce qui ferait croître le risque politique dans toute l’Europe. Une mauvaise situation économique, un taux de chômage élevé, des politiques d’austérité ainsi qu’une politique migratoire débridée sont autant de raisons pour lesquelles les partis populistes gagneraient du terrain et seraient responsables d’une forte fragmentation du paysage politique. Tout ceci rendrait les réformes gouvernementales plus difficiles et provoquerait, chez les investisseurs, un regain d’inquiétude concernant l’euro. En cas de nouvelle flambée de la crise de l’euro, la croissance du PIB de la zone euro deviendrait tout à fait nulle. La croissance du PIB britannique serait encore inférieure de 0,5 point de pourcentage à celle du premier scénario de sortie. Après une augmentation initiale, la paire de devises eur/gbp chuterait à 0,85 immédiatement après la sortie britannique de l’UE.

Scénario de Brexit 3 : sortie organisée sans contagion au reste de l’UE (probabilité de 10%)

Il s’agirait du scénario de Brexit le plus favorable. Après la décision des Britanniques de quitter l’UE, les négociations entre les parties se dérouleraient dans une atmosphère sereine. Les marchés partiraient du principe que les relations commerciales ne devraient pas nécessairement pâtir de la situation. Le Royaume-Uni obtiendrait peut-être un accès au marché intérieur mais serait cependant contraint d’accepter un certain nombre de réglementations européennes (possiblement relatives à la libre circulation des personnes). Ce scénario prévoit également le ralentissement de l’économie britannique l’an prochain (1 point de pourcentage en moins que dans le scénario de base) mais l’incertitude demeurerait limitée. En 2017, l’effet négatif sur le PIB de la zone euro resterait vraisemblablement réduit, alors que la paire de devises eur/gbp enregistrerait une hausse et atteindrait 0,85.

Scénario de Brexit 4 : sortie organisée avec contagion au reste de l’UE (probabilité de 5%)

Dans ce cas, nous envisageons que le PIB du Royaume-Uni ainsi que celui de la zone euro soient 1,5 point de pourcentage inférieurs à ceux du scénario de base. Le taux de la paire de devises eur/gbp stagnerait à 0,8.

Conséquences économiques du Brexit

À court et moyen terme, (moins de deux ans), les entreprises britanniques investiront moins et créeront moins d’emplois en raison de l’incertitude. Cela aura également, sans conteste, des répercussions sur la consommation. Les investissements directs ainsi que les autres flux de capitaux en direction du Royaume-Uni déclineront simultanément. 46 % de tous les investissements directs au Royaume-Uni proviennent de l’UE alors que ceux du reste du monde sont en partie liés à l’accès au marché intérieur. Si les investissements directs diminuent, le Royaume-Uni éprouvera encore davantage de difficultés à financer le grave déficit de sa balance courante (plus de 4,5 % du PIB). Enfin, les primes de risque de la livre sterling subiront également une hausse.

À plus long terme (plus de deux ans), les entreprises devront peut-être faire face à des prélèvements sur les importations et les exportations entre le Royaume-Uni et l’UE. Au cours de ces dernières années, ces prélèvements avaient systématiquement diminué dans de nombreux secteurs.

Le secteur financier ne sortira pas non plus indemne de cette aventure. Environ 40 % des services financiers britanniques sont destinés à l’UE. De nombreuses banques en dehors de l’UE sont établies au Royaume-Uni parce que ce pays représente une porte ouverte vers le marché intérieur qui leur offre la possibilité de proposer leurs services dans d’autres pays de l’UE. Le Brexit pourrait changer tout cela.

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Une réponse à To Brexit or not to Brexit !

  1. Je suis intrigué. J’aimerais connaitre la méthode employée pour déterminer les differents pourcentages de probabilité des différents scénarios.

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