Retour en force des matières premières

par-defaut-2016-11-16-a-10-14-44Par Jean-Philippe Olivier, Responsable des spécialistes d’investissement chez THEAM

Dans le film The Revenant, le personnage joué par l’acteur Leonardo DiCaprio survit à des événements épouvantables, dont l’attaque d’un grizzly. Le film raconte l’histoire de Hugh Glass, un explorateur, chasseur, trappeur et trader en fourrure de la frontière américaine en 1823. La vie des traders était en effet beaucoup plus rude à cette époque qu’aujourd’hui (ou est-ce vraiment le cas ?…). Que la scène de l’attaque du grizzly (et le reste du film) soit vraie ou non importe peu.

Survivre à une attaque d’ours est aussi un thème récurrent dans les marchés financiers.

Depuis cinq ans, le marché des matières premières est en recul – un marché « baissier » ou « bear market » dans le jargon. Avec une chute de 66 % (Indice BCOM ex agriculture & livestock TR du 2 avril 2011 au 20 janvier 2016), cette période pourrait être qualifiée de fortement baissière, d’autant plus si l’on tient compte du plancher sur 12 ans atteint par le pétrole le 2 février dernier (près de 27 dollars/baril).

Ce plongeon est en autres clairement lié à l’effondrement de l’économie mondiale et au ralentissement économique en Chine. Cependant, d’autres raisons moins évidentes expliquent cette débâcle : le passage aux sources d’énergie renouvelables, la surcapacité induite des projets miniers lancés lors du rebond de 2006-2008 et l’augmentation du nombre et de la capacité des puits pétroliers.

Le marché des matières premières a par ailleurs aussi été purgé de certains professionnels du secteur, car les banques ont clôturé ou fortement réduit leurs bilans et les activités d’investissement dans les matières premières depuis 2011. Les hedge funds spécialisés dans la classe d’actifs ont aussi fermé leurs portes. Plusieurs investisseurs ont accepté les difficultés de timing dans les matières premières agricoles, où la météo est tout sauf prévisible. En résumé, rares sont les personnes qui ont souhaité garder des matières premières en portefeuille.

Pourtant, les matières premières ont solidement rebondi au premier semestre 2016. 

Ce rebond a surpris plus la plupart des traders et gérants de fonds. Hormis le fait que des prix très bas finissent généralement par rebondir à un certain moment, les fondamentaux ne justifiaient pas une telle envolée des prix de la plupart des matières premières. Il existe en effet un dicton dans le secteur, selon lequel les prix doivent rester bas pendant un certain temps avant de remonter. Plus ils restent bas longtemps, plus la main invisible du marché pourra ajuster ses capacités et plus les prix s’ajusteront progressivement à la hausse. C’est ainsi que fonctionnent les cycles.

Quoi qu’il en soit, l’indice susmentionné a gagné près de 30 % depuis le creux du 10 octobre 2016. Et à l’heure d’écrire ces lignes, l’or affiche un bond d’environ 23 % depuis le début de l’année.

Ce rebond a suscité à nouveau l’intérêt des investisseurs pour la classe d’actifs, nombre d’entre eux affirmant d’ailleurs qu’ils savaient qu’elle finirait par repartir à la hausse. Dans la foulée, les demandes de produits d’investissement dans l’or ont redémarré également.

J’espère à présent que vous comprenez mieux le thème d’introduction qui m’a amené aux matières premières.

À un moment donné après une attaque d’ours, et pour autant que le trader survive pour conter son histoire, ce dernier peut opérer un retour remarquable : non seulement il a survécu, mais en plus il renoue avec la prospérité. Dès lors, est-ce le bon moment pour réintroduire les matières premières dans son portefeuille ?

Ce marché est-il sur le point de se normaliser ? Le moment propice est toujours difficile à évaluer et les investissements dans de tels actifs de diversification devraient toujours garder leur objectif premier, à savoir la diversification. Quoi qu’il en soit, il semble que ce soit un bon moment pour revenir dans ce marché et chercher des points d’entrée intéressants à l’aide d’une approche plus stratégique.

Nous aurions tendance à rester neutres sur les matières premières dans les 12 prochains mois

Nous attendons d’observer un aplatissement de la courbe des contrats à terme de gré à gré sur le pétrole, et à terme un bon vieux déport, pour être tout à fait convaincus de pouvoir profiter d’un portage attrayant. Les fondamentaux des métaux industriels ne montrent aucun signe d’amélioration. Parallèlement, les métaux précieux risquent de souffrir des hausses de taux d’intérêt et du raffermissement du dollar américain. Cependant, nous pensons que compte tenu de la nature des matières premières, il est sensé de les utiliser à titre de diversification dans le cadre d’une couverture de l’allocation d’actifs.

Ainsi, le véritable rapport entre mon histoire d’introduction et les matières premières est le titre du film : « The Revenant » (un retour d’entre les morts). Vu leur caractère cyclique, les prix des matières premières pourraient une fois de plus finir par remonter bien plus haut que leur niveau actuel. « Quand » est par contre une toute autre question.

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