Tout va « relativement » bien, c’est grave ?

Source de l'illustration: Pexels

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Par J.P. Morgan AM

Depuis le début de l’année, les marchés sont animés par une forme d’hystérie collective alimentée par les craintes d’un hard landing (atterrissage forcé) en Chine, d’une récession aux États-Unis, et des conséquences de la baisse du prix du pétrole. En janvier, nous estimions que ces craintes étaient exagérées et, à l’aube de la fin du premier trimestre, il nous semble utile de les confronter à la réalité.

Le ralentissement de l’économie chinoise s’est confirmé au début de l’année mais les autorités ont, comme nous l’anticipions, pris une série de mesures pour stabiliser la croissance et le renminbi. La banque centrale chinoise a ainsi abaissé les ratios de réserves obligatoires des banques de 50 points de base afin de soutenir la croissance du crédit, tandis que le gouvernement a décidé de laisser filer son déficit budgétaire à -3% en 2016. Dans ce contexte, un hard landing nous semble peu probable. Le spectre d’une dévaluation massive du renminbi semble s’éloigner également puisque l’USD/CNY (renminbi on-shore) se traite à nouveau à son niveau de fin décembre. On peut certes s’inquiéter du fait que la stabilisation du renminbi ait été opérée au prix d’une forte baisse des réserves de change mais les mesures techniques prises cette année pour enrayer la spéculation, à l’instar de l’application des mêmes ratios de réserves obligatoires sur les dépôts en CNH (renminbi off-shore), commencent à porter leurs fruits. La Chine n’a ainsi dû consacrer que 28,7 milliards de dollars au soutien de sa monnaie en février, contre 100 milliards en moyenne depuis août 2015.

L’imminence supposée d’une récession aux États-Unis a également pesé sur les marchés en janvier, mais les indicateurs économiques publiés récemment démontrent que la première économie mondiale continue à croître à un rythme soutenu. La croissance du 4ème trimestre 2015 a, en effet, été revue à la hausse, le taux de chômage est retombé à 4,9% et l’indice de l’Université du Michigan, mesurant la confiance des consommateurs, est remonté au mois de février. Certes, le secteur manufacturier reste à la peine, mais il est loin de s’effondrer, comme l’illustre la remontée surprise de l’indice ISM manufacturier, qui est passé de 47,8 au mois de janvier à 49,5 au mois de février. Il semble donc que les craintes d’une récession dans les prochains mois sont exagérées.

Enfin, la baisse des prix pétroliers a également fait couler beaucoup d’encre. Il est cependant établi aujourd’hui qu’il s’agit avant tout d’un choc de l’offre, avec l’arrivée des États-Unis et de l’Iran sur les marchés pétroliers internationaux, et pas d’un choc de la demande qui demeure importante, à l’instar de la Chine qui a importé 8% de pétrole en plus en 2015 qu’en 2014. A terme, nous estimons comme en début d’année que l’offre devrait graduellement s’ajuster, ce qui, conjugué à la stabilisation du dollar, devrait permettre au prix du baril de se maintenir à un niveau supérieur à 30 dollars.

En conclusion, bien que les défis économiques et financiers restent nombreux, à l’instar du référendum britannique ou de la croissance anémique des bénéfices des entreprises, le scénario catastrophe anticipé par les marchés au début de l’année semble s’éloigner. Dans ce contexte nous estimons que nombre d’actifs ont été survendus, à l’instar des actions européennes ou de la dette à Haut Rendement. Ces classes d’actifs affichent en effet des valorisations attractives, des fondamentaux solides et surtout, dans ce contexte de taux négatifs, des rendements compétitifs, puisque le rendement du dividende s’établissait au 11 mars 2016 à 3,6% et que les taux High Yields européens étaient de 5,7%.

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